Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Article généré par une intelligence artificielle, selon un processus conçu et contrôlé par le cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Sécheresse en France : coupure d’eau potable, ce que le préfet et le distributeur peuvent imposer et vos recours

Après un mois et demi sans pluie significative, le préfet de Tarn-et-Garonne a pris le 8 octobre 2026 un nouvel arrêté de restriction des usages de l’eau, applicable depuis le samedi 10 octobre à 8 heures, avec plusieurs bassins placés en situation de crise, selon La Dépêche du Midi du 10 octobre 2026. Le même jour, la Charente passait en alerte renforcée avec des restrictions accrues sur l’eau potable, selon Sud Ouest du 8 octobre 2026. Et le 9 octobre 2026, Reporterre relayait le bulletin du Bureau de recherches géologiques et minières : 66 % des points d’observation des nappes phréatiques affichent des niveaux inférieurs aux normales mensuelles, avec une baisse qui se poursuit sur l’ensemble du territoire alors que la saison devrait être celle de la recharge. Pour le propriétaire, le locataire ou le copropriétaire, la question n’est plus seulement celle des fissures de sécheresse : elle devient celle de l’eau du robinet. Le préfet peut-il interdire d’arroser, de remplir une piscine ou de laver une voiture ? Le distributeur peut-il couper l’eau ou réduire la pression ? Que faire si la coupure dure, si la facture explose après une fuite, ou si le logement loué se retrouve sans eau ? Cet article décrit les règles applicables à la situation qui fait l’actualité et les recours concrets qui en découlent.

I. Sécheresse en France : ce que le préfet et le maire peuvent imposer sur votre eau potable

A. Arrêté sécheresse : quels usages de l’eau peuvent être limités ou suspendus près de chez vous ?

Le point de départ est simple : en France, « L’eau fait partie du patrimoine commun de la nation », comme l’énonce l’article L. 210-1 du code de l’environnement. Le même texte ajoute que « l’usage de l’eau appartient à tous et chaque personne physique a le droit d’accéder à l’eau potable ». Ce droit d’accès n’est pas un droit à consommer sans limite. Lorsque la ressource s’épuise, la loi organise le partage et donne au préfet le pouvoir de restreindre les usages, y compris ceux des particuliers, pour préserver en priorité l’alimentation en eau potable et la salubrité des cours d’eau.

La base légale figure à l’article L. 211-3 du code de l’environnement, qui permet à l’autorité administrative de « Prendre des mesures de limitation ou de suspension provisoire des usages de l’eau, pour faire face à une menace ou aux conséquences d’accidents, de sécheresse, d’inondations ou à un risque de pénurie ». Concrètement, ces mesures sont prises par arrêté préfectoral. L’article R. 211-66 du code de l’environnement précise que « Les mesures générales ou particulières prévues par le 1° du II de l’article L. 211-3 […] sont prescrites par arrêté du préfet du département dit arrêté de restriction temporaire des usages de l’eau ». C’est exactement l’acte pris le 8 octobre en Tarn-et-Garonne et celui qui place la Charente en alerte renforcée.

Ces arrêtés sont gradués. L’article R. 211-66 prévoit quatre niveaux de gravité : vigilance, alerte, alerte renforcée et crise. Les mesures sont définies par zone d’alerte, c’est-à-dire, selon l’article R. 211-67 du code de l’environnement, « une unité hydrologique ou hydrogéologique cohérente au sein d’un département, désignée par le préfet au regard de la ressource en eau ». En pratique, votre commune peut donc être soumise à des interdictions différentes de celles de la commune voisine. En Tarn-et-Garonne, la Vère, le Tescou et le Boudouyssou sont placés en crise, le niveau le plus élevé, parce que les barrages ne disposent plus de réserves suffisantes pour garantir un débit qui assure la salubrité des eaux, toujours selon La Dépêche du Midi.

Le contenu des interdictions suit la gravité. Au stade de la vigilance, l’arrêté appelle aux économies volontaires. Dès l’alerte, les arrêtés interdisent généralement l’arrosage des jardins et espaces verts aux heures chaudes, le lavage des voitures à domicile, le remplissage des piscines privées et le nettoyage des terrasses et façades au jet. En alerte renforcée, les plages horaires d’arrosage se réduisent encore et certains prélèvements sont suspendus. En crise, seuls les usages prioritaires subsistent : l’eau potable, la salubrité et, sous conditions strictes, quelques usages économiques. Les forages et puits des particuliers sont concernés dès lors qu’ils prélèvent dans la ressource visée par l’arrêté, et l’arrosage d’un potager peut lui-même être encadré. Avant d’arroser, de remplir ou de laver, vérifiez l’arrêté en vigueur dans votre zone d’alerte sur le site de votre préfecture et sur la plateforme VigiEau du ministère.

Ces mesures doivent rester proportionnées et limitées dans le temps. L’article R. 211-66 dispose que « Ces mesures, proportionnées au but recherché, ne peuvent être prescrites que pour une période limitée, éventuellement renouvelable ». La cour administrative d’appel de Nantes l’a rappelé le 8 juin 2026 à propos de l’arrêté du préfet du Calvados du 26 août 2022 qui fermait les stations de lavage : l’arrêté, « est applicable sur une durée limitée, courant du 27 août au 24 septembre 2022 », et « ne porte pas d’atteinte excessive à la liberté du commerce et de l’industrie, ni à la liberté d’entreprendre » (CAA Nantes, 8 juin 2026, n° 24NT02020). La requête des exploitants a été rejetée. Le raisonnement vaut pour les particuliers : une interdiction totale et durable, sans lien avec l’état réel de la ressource dans votre zone, peut être contestée.

Violer l’arrêté expose à une sanction pénale. L’article R. 216-9 du code de l’environnement dispose : « Est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la 5e classe le fait de contrevenir aux mesures de limitation ou de suspension provisoire des usages de l’eau prescrites par les arrêtés mentionnés aux articles R. 211-66 à R. 211-69. » La contravention de cinquième classe peut atteindre 1 500 euros, 3 000 euros en cas de récidive. Si vous estimez l’arrêté illégal, la voie n’est pas de l’ignorer mais de le contester : recours gracieux devant le préfet, recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif dans les deux mois, et référé-suspension en cas d’urgence si l’illégalité est sérieuse. À Paris et en Île-de-France, le tribunal compétent est celui du département où l’arrêté s’applique, par exemple le tribunal administratif de Paris, de Melun, de Cergy-Pontoise ou de Versailles selon la zone concernée. Conservez l’arrêté, sa date de publication et les relevés qui montrent, selon vous, que la restriction dépasse l’état de la ressource.

B. Facture impayée et sécheresse : dans quels cas votre eau peut-elle vraiment être coupée ?

Une confusion fréquente entretient l’inquiétude : beaucoup d’usagers pensent que le distributeur peut couper l’eau comme il couperait l’électricité après des impayés. Pour l’eau, la réponse est différente. L’article L. 115-3 du code de l’action sociale et des familles organise le maintien des fournitures essentielles pour les personnes en difficulté et précise que « Ces dispositions s’appliquent aux distributeurs d’eau pour la distribution d’eau tout au long de l’année ». Autrement dit, dans une résidence principale, le distributeur ne peut pas interrompre la fourniture d’eau pour non-paiement des factures, y compris en résiliant le contrat, et ce pendant toute l’année, pas seulement pendant la trêve hivernale qui protège l’électricité et le gaz. Seule une réduction de débit reste envisageable pour l’électricité dans certains cas ; pour l’eau, la coupure pour impayé est proscrite.

Ce régime protecteur ne couvre pas la sécheresse. Quand le préfet prend un arrêté de restriction, ou quand le réseau ne peut physiquement plus alimenter un secteur, l’usager peut subir des baisses de pression, des coupures tournantes organisées par la collectivité, voire une alimentation par citerne ou par bouteilles. Ces mesures ne sont pas des sanctions pour impayé : elles relèvent de la gestion de la pénurie et de la police de l’eau. Elles doivent être décidées par l’autorité compétente, annoncées aux usagers et limitées à ce qu’exige la situation. Une coupure décidée seul par un distributeur, sans arrêté et sans justification technique, n’a pas de fondement. C’est ici que la distinction compte : la facture impayée ne justifie jamais une coupure d’eau dans la résidence principale, tandis que la pénurie autorise des restrictions décidées par le préfet, jamais des représailles commerciales.

La définition même de l’eau potable éclaire vos droits. L’article L. 1321-1 du code de la santé publique dispose qu’« Une eau destinée à la consommation humaine est une eau propre et salubre qui, seule, convient aux usages liés à la boisson, à la préparation et à la cuisson des aliments, à l’hygiène corporelle, à l’hygiène générale et à la propreté, aux autres usages domestiques dans les lieux publics et privés ». L’eau qui sort de votre robinet doit donc satisfaire à des exigences sanitaires précises, contrôlées par l’agence régionale de santé. Si, pendant la sécheresse, l’eau devient trouble, change de goût ou fait l’objet d’une interdiction de consommation par arrêté municipal ou préfectoral, le distributeur et la collectivité doivent informer les usagers et organiser une fourniture de substitution. Conservez les avis de restriction de consommation, les analyses et les messages du distributeur : ce sont des pièces décisives si vous demandez ensuite une réduction de facture ou une indemnisation.

Le service qui vous alimente est un service public. L’article L. 2224-7 du code général des collectivités territoriales définit le service d’eau potable comme « Tout service assurant tout ou partie de la production, du transport, du stockage et de la distribution d’eau destinée à la consommation humaine ». Qu’il soit géré en régie par la commune ou l’intercommunalité, ou délégué à une société, il reste soumis à un règlement de service qui fixe les obligations de chacun. Demandez ce règlement : il précise les délais d’intervention en cas de fuite ou de coupure, les modalités de relève des compteurs, le régime des surconsommations après fuite et les voies de réclamation. C’est ce document, plus que les affirmations du guichet, qui dira si le distributeur a manqué à ses obligations.

En pratique, face à une coupure, adoptez une chronologie rigoureuse. Notez l’heure de début et de fin, photographiez le robinet ouvert et les messages d’alerte, interrogez le voisinage pour savoir si la coupure est générale ou limitée à votre branchement, et contactez le service d’astreinte du distributeur en notant le nom de l’interlocuteur et l’heure de l’appel. Demandez par écrit la cause invoquée : arrêté préfectoral, travaux programmés, incident technique ou impayé. Si la cause invoquée est un impayé dans votre résidence principale, rappelez par lettre recommandée l’interdiction de coupure et exigez le rétablissement immédiat. Si la cause est la sécheresse, demandez la référence de l’arrêté, sa durée et les mesures de substitution prévues. Chaque étape écrite construit le dossier qui servira ensuite devant le juge ou le médiateur.

II. Eau coupée, fuite ou réseau défaillant : comment obtenir réparation pendant la sécheresse

A. Fuite, coupure ou sur-facturation : comment agir contre le distributeur et qui est vraiment responsable ?

La Cour de cassation a tranché en 2025 une question qui concerne des milliers de propriétaires : quand une canalisation d’eau potable fuit sur votre terrain, en amont du compteur, qui paie la réparation et selon quel régime ? Dans un arrêt publié au Bulletin, la troisième chambre civile juge que le dommage causé par la fuite « se rattache à l’exécution des obligations de l’exploitant d’un service public industriel et commercial et de celles de l’usager, définies par le règlement de service », de sorte que « le demandeur ne pouvant se prévaloir, au motif que la canalisation défectueuse constitue un ouvrage public, des règles de la responsabilité sans faute des dommages causés par l’existence ou le fonctionnement d’un tel ouvrage » (Cass. 3e civ., 4 septembre 2025, n° 24-17.470, publié au Bulletin). L’affaire opposait des propriétaires à une communauté d’agglomération qui exploitait en régie le service de distribution : la fuite provenait d’une canalisation enterrée sous leur propriété, en amont du compteur situé dans la maison.

La portée est double. D’abord, l’action contre l’exploitant relève de la responsabilité contractuelle, fondée sur le règlement de service, et non de la responsabilité sans faute du fait des ouvrages publics. Le raisonnement s’appuie sur l’article 1147 du code civil dans sa rédaction antérieure à l’ordonnance du 10 février 2016, qui mettait les dommages-intérêts pour inexécution à la charge du débiteur sauf cause étrangère établie, et sur l’article L. 2224-12 du code général des collectivités territoriales, qui impose pour chaque service d’eau un « règlement de service définissant, en fonction des conditions locales, les prestations assurées par le service ainsi que les obligations respectives de l’exploitant, des abonnés, des usagers et des propriétaires ». Ensuite, la Cour censure les juges d’appel qui avaient écarté le règlement de service au motif que les canalisations en amont du compteur seraient des ouvrages publics dont l’exploitant répondrait sans faute. Pour faire condamner le distributeur, il faut donc démontrer une inexécution de ses obligations contractuelles, et pour se défendre, le propriétaire doit vérifier ce que le règlement de service met exactement à sa charge, notamment l’entretien de la partie privée du branchement.

Le Conseil d’État complète le tableau du côté de la compétence. Saisi de dommages subis par des usagers parisiens à l’occasion de la fourniture d’eau, il juge : « Eu égard aux rapports de droit privé nés du contrat d’abonnement qui lie le service public industriel et commercial de distribution d’eau potable à l’usager, il n’appartient qu’à la juridiction judiciaire de connaître des dommages causés à ce dernier à l’occasion de la fourniture de la prestation due par le service alors même que ces dommages trouvent leur origine dans un incident survenu en amont du branchement particulier desservant l’usager » (CE, 14 mai 2021, n° 446675). L’affaire concernait des immeubles d’une voie privée parisienne desservis par l’établissement public Eau de Paris : la demande portée devant le juge administratif des référés a été rejetée comme relevant des juridictions judiciaires. Pour un propriétaire parisien ou francilien, la leçon est nette : le litige contre le distributeur sur la qualité de la fourniture, la facturation ou les dommages liés au réseau se porte devant le tribunal judiciaire, en référé si l’urgence le justifie, et non devant le tribunal administratif. L’annulation d’un arrêté préfectoral de restriction, en revanche, relève bien du juge administratif.

La sur-facturation après fuite mérite une attention particulière en période de sécheresse, quand chaque mètre cube compte et coûte. La loi Warsmann, codifiée à l’article L. 2224-12-4 du code général des collectivités territoriales, plafonne la facture en cas de fuite sur une canalisation après compteur dans un local d’habitation : dès que le service constate une augmentation anormale de la consommation, il doit en informer l’abonné, et si la fuite est réparée par un plombier avec attestation, la part excédant le double de la consommation habituelle n’est pas due. La procédure est stricte : attendez l’information du service ou signalez vous-même l’anomalie, faites réparer rapidement par un professionnel, envoyez l’attestation dans le délai indiqué et contestez par écrit tout refus d’écrêtement. Si le distributeur refuse d’appliquer le plafonnement, saisissez le médiateur de l’eau puis le tribunal judiciaire. Pendant la sécheresse, les collectivités surveillent les consommations anormales : une facture qui triple sans changement de vos usages doit déclencher une vérification immédiate du réseau privatif et du compteur.

La coupure fautive ouvre droit à réparation. Si l’eau est coupée sans arrêté, sans travaux annoncés et sans incident avéré, ou si une coupure programmée dépasse largement la durée annoncée sans mesure de substitution, mettez le distributeur en demeure par écrit, chiffrez le préjudice (hébergement provisoire, achats d’eau, garde d’enfants empêchée, perte d’activité pour un local professionnel alimenté par le même branchement) et demandez la liste des usagers affectés pour établir le caractère collectif de l’incident. Les constats de commissaire de justice, les attestations de voisins et les relevés du service des eaux font la preuve. Le juge judiciaire peut ordonner le rétablissement sous astreinte en référé et allouer des dommages et intérêts au fond. N’acceptez pas un avoir commercial dérisoire si le préjudice est réel : une transaction signée trop vite peut vous priver d’une indemnisation complète.

B. Locataire ou copropriétaire : loyer, délivrance et charges quand l’eau manque ou est restreinte

Le locataire dont le logement se retrouve sans eau potable n’est pas démuni. L’article 1719 du code civil oblige le bailleur, « par la nature du contrat », à trois choses qui comptent ici : « 1° De délivrer au preneur la chose louée et, s’il s’agit de son habitation principale, un logement décent », « 2° D’entretenir cette chose en état de servir à l’usage pour lequel elle a été louée » et « 3° D’en faire jouir paisiblement le preneur pendant la durée du bail ». Un logement durablement privé d’eau courante potable ne permet ni l’hygiène corporelle, ni la cuisine, ni l’entretien courant : il cesse de servir à l’usage d’habitation. La distinction tient à la cause. Si la privation vient d’une installation privée défectueuse que le bailleur refuse de réparer, le manquement à l’obligation de délivrance et d’entretien est direct. Si elle vient d’une restriction préfectorale générale qui frappe tout le secteur, le bailleur ne répond pas de la pénurie elle-même, mais il reste tenu de ses obligations : informer le locataire, ne pas aggraver la situation par des installations défaillantes et entreprendre les démarches qui lui incombent, par exemple signaler la coupure au distributeur ou faire réparer la colonne d’immeuble.

Le levier financier suit la privation de jouissance. Quand le logement devient partiellement ou totalement impropre à l’habitation, le locataire peut demander une diminution de loyer pour la période de trouble, la suspension des loyers en cas d’impossibilité totale d’occuper, voire la résiliation judiciaire si le désordre est imputable au bailleur et rend le maintien impossible. Le juge apprécie au cas par cas : durée de la coupure, existence d’une fourniture de substitution, diligence du bailleur, diligences du locataire pour signaler le désordre. La méthode ne change pas pendant la sécheresse : signalez par écrit dès le premier jour, par lettre recommandée ou message conservé, décrivez précisément la privation (pas d’eau du tout, eau non potable avec arrêté affiché, pression insuffisante aux étages), proposez un constat amiable ou faites établir un constat par commissaire de justice, et conservez les factures d’eau en bouteille et les frais engagés. Ne cessez pas de payer le loyer de votre propre initiative : la consignation ou la réduction doivent être demandées au juge des contentieux de la protection, sauf accord écrit du bailleur. Une retenue unilatérale expose à un commandement de payer et à la clause résolutoire.

En copropriété, la sécheresse déplace le débat vers les parties communes et les charges. La piscine collective fermée par arrêté, l’arrosage des espaces verts interdit, le nettoyage des parties communes réduit : autant de décisions qui doivent être prises ou entérinées dans le respect des règles de la copropriété. Le syndic ne peut pas décider seul de travaux ou de modifications durables des équipements communs ; il exécute les décisions de l’assemblée générale et assure l’information des copropriétaires sur les arrêtés applicables à l’immeuble. Si le règlement de copropriété interdit le remplissage individuel des piscines ou encadre les jardins privatifs, ces clauses s’appliquent de plein droit et leur violation engage la responsabilité du copropriétaire fautif envers le syndicat et les voisins. En sens inverse, si le syndicat laisse un copropriétaire enfreindre l’arrêté préfectoral au vu de tous, par exemple en arrosant en pleine journée en période d’interdiction, les autres copropriétaires peuvent exiger que le syndic fasse cesser le trouble, d’abord par mise en demeure, ensuite devant le juge.

La répartition des charges suit les mêmes principes qu’en temps normal : les dépenses d’eau des parties communes et les réparations du réseau collectif sont réparties selon la grille du règlement, et une surconsommation due à une fuite sur une canalisation commune n’a pas à être supportée par un seul lot. Quand la facture collective explose après une fuite sur le réseau commun, le conseil syndical doit exiger du syndic la recherche de fuite, la réparation et, le cas échéant, l’application du plafonnement légal auprès du distributeur avec attestation du plombier. À Paris et en Île-de-France, où les immeubles anciens cumulent colonnes vétustes et compteurs parfois collectifs, faites vérifier l’état du réseau avant la saison sèche : une expertise préventive coûte moins cher qu’une facture de fuite répartie entre tous les lots et contestée en assemblée générale. Les procès-verbaux d’assemblée, les appels de charges et les échanges avec le syndic constituent le dossier qui permettra, si besoin, d’engager la responsabilité du syndic pour défaut de diligence.

Le dernier point concerne l’information de l’acquéreur, souvent négligée en période de sécheresse. Vendre une maison dans un secteur soumis à des restrictions récurrentes, alimentée par un forage ou un puits, ou située sur des sols argileux sujets au retrait-gonflement, impose une vigilance particulière sur les diagnostics et les annexes de la promesse : état des risques, situation au regard des arrêtés de restriction, existence et déclaration du forage, historique des sinistres et des indemnisations. L’acquéreur qui découvre après la vente un forage non déclaré interdit d’usage, un branchement non conforme ou des désordres liés à la sécheresse dissimulés lors des visites dispose des actions classiques du droit de la vente, dont la garantie des vices cachés et, en cas de manœuvre avérée, l’annulation pour dol. Le vendeur qui a subi des coupures répétées ou des restrictions documentées a intérêt à les mentionner : la transparence éteint les contentieux que le silence fait naître.

Conclusion

La sécheresse d’octobre 2026, avec l’arrêté du 8 octobre en Tarn-et-Garonne applicable depuis le 10 octobre, l’alerte renforcée en Charente et 66 % des nappes sous les normales mensuelles selon le bulletin du Bureau de recherches géologiques et minières du 8 octobre, replace l’eau potable au centre du droit du logement. Retenez l’essentiel : le préfet peut limiter ou suspendre vos usages par arrêté gradué, de la vigilance à la crise, et la violation expose à l’amende de cinquième classe ; votre eau ne peut jamais être coupée pour une facture impayée dans votre résidence principale, mais elle peut être restreinte par arrêté en cas de pénurie ; face au distributeur, le terrain est contractuel et judiciaire, avec le règlement de service pour boussole et la responsabilité de droit commun pour sanction, comme l’ont fixé la Cour de cassation le 4 septembre 2025 et le Conseil d’État le 14 mai 2021 ; face au bailleur, l’obligation de délivrance et de jouissance paisible demeure, avec une diminution de loyer possible quand la privation est établie ; en copropriété, les restrictions s’appliquent aux parties communes et la facture de fuite se traite avec méthode et attestation. Dans tous les cas, écrivez, datez, photographiez et conservez : l’arrêté, le règlement de service, les constats et les échanges avec le bailleur, le syndic ou le distributeur. C’est ce dossier, constitué dès les premiers jours de la restriction, qui transforme une coupure subie en droits exercés.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».