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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Associé de SAS exclu : contester la clause d’exclusion, défendre ses droits et obtenir le vrai prix de ses actions en 2026

Vous venez de recevoir une lettre recommandée qui parle de votre exclusion de la SAS. Ou vous avez appris, par un procès-verbal d’assemblée générale, que vos actions allaient être rachetées de force. Premier réflexe : ne signez rien dans la précipitation, ne cédez pas vos titres à un prix imposé verbalement, et conservez chaque document. L’exclusion d’un associé de société par actions simplifiée est une mesure d’une gravité exceptionnelle : elle vous prive de votre qualité d’associé et vous contraint à céder vos actions. Le législateur l’a donc enfermée dans un cadre strict, et le juge contrôle chaque étape. Une clause mal rédigée, un vote organisé sans vous, une notification expédiée sans les motifs, un prix calculé sur un exercice comptable contestable : chacun de ces points peut conduire à l’annulation de la décision ou à la révision du prix. Les arrêts rendus par la Cour de cassation en 2024 et 2025, dont une décision publiée au Bulletin le 7 mai 2025, ont précisé les droits de l’associé visé et les pouvoirs de l’expert chargé de fixer la valeur des actions. Le Conseil constitutionnel, saisi de la conformité même du dispositif, l’a validé le 9 décembre 2022 en posant des garanties précises. Cet article décrit la méthode complète : vérifier la clause et la procédure, faire annuler une exclusion irrégulière, obtenir le vrai prix de vos actions et récupérer concrètement votre argent, y compris à Paris et en Île-de-France.

I. Exclusion d’un associé de SAS : comment contester la clause d’exclusion et faire annuler la décision

A. Exclusion SAS : comment vérifier la clause statutaire, le vote des associés et la notification de vos droits

La première vérification porte sur les statuts. En SAS, l’exclusion n’existe que si les statuts l’ont prévue. L’article L. 227-16 du code de commerce dispose : « Dans les conditions qu’ils déterminent, les statuts peuvent prévoir qu’un associé peut être tenu de céder ses actions. Ils peuvent également prévoir la suspension des droits non pécuniaires de cet associé tant que celui-ci n’a pas procédé à cette cession. » (article L. 227-16 du code de commerce). Sans clause statutaire d’exclusion, aucune majorité, même écrasante, ne peut vous contraindre à céder vos actions. Demandez donc immédiatement une copie certifiée des statuts en vigueur au jour de la décision, avec l’historique de leurs modifications, ainsi que le texte exact de la clause invoquée contre vous. Vérifiez que la clause existait avant l’ouverture de la procédure : une clause adoptée après les faits pour les couvrir après coup soulève une difficulté sérieuse de régularité que le juge examinera de près.

La deuxième vérification porte sur les motifs. Le Conseil constitutionnel a validé le dispositif d’exclusion en rappelant ses conditions de fond : la décision d’exclusion doit suivre la procédure écrite dans les statuts, reposer sur un motif stipulé par ces statuts, conforme à l’intérêt social et à l’ordre public, sans abus (décision n° 2022-1029 QPC du 9 décembre 2022). Concrètement, relisez la clause : énumère-t-elle limitativement les cas d’exclusion (exercice d’une activité concurrente, perte de la qualité de salarié, changement de contrôle, mésentente grave) ou renvoie-t-elle à une formule vague ? Un motif qui ne figure pas dans la liste statutaire, un motif étranger à l’intérêt de la société ou une exclusion utilisée comme une sanction déguisée pour écarter un minoritaire gênant exposent la décision à l’annulation. Rassemblez dès maintenant les pièces qui montrent la réalité de votre comportement : contrats, correspondances, relevés d’activité, attestations. Le juge, rappelle le Conseil constitutionnel, contrôle la réalité puis de la gravité du motif retenu : c’est sur pièces que ce contrôle se joue.

La troisième vérification porte sur votre droit de vote. C’est un point sur lequel la Cour de cassation a tranché avec netteté le 29 mai 2024. Dans une affaire où les statuts prévoyaient que « l’associé dont l’exclusion est susceptible d’être prononcée ne participe pas au vote relatif à son exclusion », la Cour a cassé l’arrêt qui validait l’exclusion et a jugé : « Il résulte de la combinaison de ces textes que si les statuts d’une société par actions simplifiée peuvent prévoir l’exclusion d’un associé par une décision collective des associés, toute stipulation de la clause d’exclusion ayant pour objet ou pour effet de priver l’associé dont l’exclusion est proposée de son droit de voter sur cette proposition est réputée non écrite. » (Cass. com., 29 mai 2024, n° 22-13.158). Le fondement est l’article 1844 du code civil : « Tout associé a le droit de participer aux décisions collectives. » (article 1844 du code civil). Vérifiez donc le procès-verbal : avez-vous été convoqué à l’assemblée qui a voté votre exclusion, avez-vous pu voter, et votre voix a-t-elle été comptée ? Si les statuts vous ont privé de vote, la stipulation est réputée non écrite et la décision prise sur son fondement est fragilisée à sa base. Ce moyen, issu d’un arrêt de 2024, figure aujourd’hui parmi les premiers contrôles à opérer dans tout dossier d’exclusion en SAS.

La quatrième vérification porte sur la notification et votre défense. La plupart des clauses organisent une procédure : information préalable de l’associé visé, exposé des motifs, délai pour préparer sa défense, parfois une réunion préalable avant l’assemblée. Ces stipulations statutaires ont force obligatoire entre les parties : « les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites », rappelle la Cour de cassation au visa de l’article 1134 du code civil dans sa rédaction applicable (Cass. com., 12 février 2025, n° 23-20.079). Dans cette affaire, les statuts imposaient une notification par lettre recommandée trente jours avant la réunion, avec la mesure envisagée, ses motifs et la date de la réunion, puis une réunion préalable permettant à l’associé de présenter ses observations. Contrôlez chaque délai au jour près : date d’envoi et de réception du recommandé, contenu exact de la lettre, respect du préavis statutaire, tenue effective de la phase contradictoire. Une convocation expédiée trop tard, des motifs notifiés de façon sommaire au point de vous empêcher de préparer votre défense, ou l’absence pure et simple de la phase de discussion prévue par les statuts constituent des irrégularités que le juge sanctionne. Notez toutefois la limite posée par ce même arrêt du 12 février 2025 : la Cour a cassé une cour d’appel qui exigeait de la lettre de convocation plus que ce que les statuts prévoyaient, en jugeant que les statuts « n’exige ni que la lettre de convocation à la réunion préalable précise l’identité de la société concurrente dans laquelle un associé travaillerait et la nature de l’activité exercée, ni que soient également notifiés les éléments de preuve détenus par la société ». La leçon est double : la société doit respecter scrupuleusement la procédure écrite dans les statuts, mais l’associé ne peut pas inventer des exigences que les statuts ne contiennent pas. Votre contestation doit donc s’appuyer sur le texte exact de la clause, pas sur une idée générale de l’équité.

La cinquième vérification porte sur l’adoption même de la clause. Depuis la loi du 19 juillet 2019, « Les clauses statutaires mentionnées aux articles L. 227-14 et L. 227-16 ne peuvent être adoptées ou modifiées que par une décision prise collectivement par les associés dans les conditions et formes prévues par les statuts » (article L. 227-19 du code de commerce). L’unanimité n’est donc plus exigée pour la clause d’exclusion, contrairement aux clauses d’inaliénabilité et de changement de contrôle. Mais deux limites demeurent. D’une part, le principe général de l’article 1836 du code civil : « En aucun cas, les engagements d’un associé ne peuvent être augmentés sans le consentement de celui-ci. » (article 1836 du code civil). Une partie de la doctrine soutient que l’introduction d’une clause d’exclusion aggrave les engagements des associés et devrait recueillir le consentement de chacun : si la clause a été insérée sans votre vote favorable, conservez cet argument pour le débat judiciaire, même si la lettre de l’article L. 227-19 Issue de 2019 va en sens contraire. D’autre part, la conformité constitutionnelle du dispositif a été contestée puis tranchée : le Conseil constitutionnel a déclaré conformes les textes en retenant qu’ils poursuivent « un objectif d’intérêt général » — garantir la cohésion de l’actionnariat et éviter les blocages — et que l’associé dispose de recours effectifs devant le juge (décision n° 2022-1029 QPC du 9 décembre 2022). L’argument d’inconstitutionnalité frontale est donc fermé ; reportez votre effort sur les cinq vérifications précédentes, qui sont les vrais leviers d’annulation.

B. Associé exclu de SAS que faire : assignation en nullité, réintégration et dommages et intérêts

Si l’une des vérifications précédentes révèle une irrégularité, l’action consiste à demander au juge l’annulation de la décision d’exclusion. L’associé exclu peut contester la décision devant le tribunal, et le juge vérifie alors la régularité de la procédure statutaire ainsi que la réalité et la gravité du motif. L’annulation fait tomber avec elle l’obligation de céder : dans l’affaire jugée le 12 février 2025, la cour d’appel avait annulé les résolutions d’exclusion et « ordonné la réintégration » de l’associé « dans ses droits d’actionnaire » (Cass. com., 12 février 2025, n° 23-20.079). La réintégration signifie que vous retrouvez vos actions et les droits qui y sont attachés, comme si l’exclusion n’avait pas eu lieu. Elle peut s’accompagner de dommages et intérêts lorsque la procédure a été menée de façon abusive ou en violation des stipulations statutaires : dans ce même dossier, 5 000 euros avaient été alloués à l’associé, sommes dont la Cour a ensuite examiné le sort au regard de la cassation. Chiffrez votre préjudice avec méthode : dividendes non perçus pendant la période d’éviction, perte de chance de participer aux décisions, frais engagés pour votre défense, atteinte à votre réputation professionnelle si l’exclusion a été diffusée. Chaque poste doit être justifié par une pièce.

Le tribunal compétent est en principe le tribunal de commerce du siège de la société pour les contestations entre associés relatives au fonctionnement social, ou le tribunal judiciaire selon la nature du litige et les clauses statutaires. Vérifiez si les statuts comportent une clause attributive de juridiction ou une clause d’arbitrage : en SAS, de telles clauses sont fréquentes et peuvent imposer un for précis. L’assignation doit viser avec précision les résolutions attaquées (date de l’assemblée, numéros des résolutions), les moyens de nullité (violation de telle stipulation statutaire, privation du droit de vote, absence de motif statutaire, détournement de procédure) et les demandes (annulation, réintégration, dommages et intérêts, publication éventuelle du jugement). Joignez les statuts en vigueur, leurs versions antérieures, la clause d’exclusion, les convocations et lettres recommandées avec leurs accusés de réception, les procès-verbaux d’assemblée et de réunion préalable, et toute pièce sur le motif invoqué. Un dossier d’exclusion se gagne sur la chronologie : établissez un tableau daté de chaque étape et confrontez-le aux délais statutaires.

Les délais d’action exigent une vigilance particulière. L’action en nullité d’une décision collective se prescrit, et l’associé qui laisse passer le temps sans réagir fragilise sa position : la société fera valoir qu’il a exécuté ou accepté la décision. Dès la notification de la mesure, envoyez une contestation écrite et motivée, par lettre recommandée avec accusé de réception, en réservant l’ensemble de vos droits et en refusant tout prix imposé unilatéralement. Ne remettez pas vos ordres de mouvement de titres et ne signez pas d’acte de cession tant que la régularité de l’exclusion et le prix n’ont pas été tranchés, sauf engagement écrit et réversible négocié en connaissance de cause. Si la société tente de vous priver entre-temps de vos droits non pécuniaires (information, vote aux assemblées suivantes), contestez par écrit : la suspension de ces droits n’est régulière que si les statuts la prévoient et dans les conditions qu’ils fixent, conformément à l’article L. 227-16 précité. En cas d’urgence — convocation imminente d’une assemblée destinée à constater le transfert de vos actions, menace de cession de vos titres à un tiers — saisissez le juge des référés pour obtenir la suspension de la mesure ou la désignation d’un mandataire, en démontrant le trouble manifestement illicite ou le risque de dommage imminent.

Préparez aussi l’hypothèse où l’exclusion serait jugée régulière sur son principe. Le contentieux se déplace alors sur le terrain du prix, qui fait l’objet de la seconde partie de cet article, et sur les garanties d’exécution. L’associé exclu, même régulièrement évincé, reste créancier du prix de ses actions : l’exclusion ne vaut pas confiscation. Le Conseil constitutionnel l’a posé comme l’une des garanties qui fondent la conformité du dispositif : l’associé exclu a droit au rachat de ses actions à un prix déterminé selon les modalités statutaires ou, à défaut, par accord amiable ou par expertise, et il peut contester ce prix devant le juge (décision n° 2022-1029 QPC du 9 décembre 2022). Pour suivre l’ensemble des litiges entre associés d’une SAS et les stratégies de sortie, les développements consacrés au droit des sociétés et aux conflits entre associés à Paris replacent l’exclusion parmi les autres voies de séparation. Conservez enfin à l’esprit que la société peut, de son côté, demander en justice le transfert forcé des titres si vous refusez d’exécuter une exclusion devenue définitive : l’objectif n’est donc pas de bloquer indéfiniment la procédure, mais d’obtenir soit son annulation pour irrégularité, soit un prix exact et payé comptant.

II. Rachat des actions après exclusion en SAS : comment obtenir le vrai prix et récupérer votre argent

A. Prix de rachat des actions en cas d’exclusion : statuts, accord amiable et expertise 1843-4

Le prix est le second champ de bataille de l’exclusion, et souvent le plus rentable. L’article L. 227-18 du code de commerce fixe la hiérarchie : « Si les statuts ne précisent pas les modalités du prix de cession des actions lorsque la société met en oeuvre une clause introduite en application des articles L. 227-14 , L. 227-16 et L. 227-17 , ce prix est fixé par accord entre les parties ou, à défaut, déterminé dans les conditions prévues à l’article 1843-4 du code civil. Lorsque les actions sont rachetées par la société, celle-ci est tenue de les céder dans un délai de six mois ou de les annuler. » (article L. 227-18 du code de commerce). Commencez par lire la formule statutaire de prix : multiple d’excédent brut d’exploitation, actif net comptable, chiffre d’affaires moyen, décote de minoritaire, date d’arrêté des comptes de référence. Chaque paramètre se discute. Une formule qui aboutit à un prix dérisoire ou qui prive l’associé de la substance de ses droits peut être contestée, et l’interprétation de la clause relève du juge. Faites chiffrer la différence entre l’application littérale de la formule proposée par la société et votre lecture : un tableau comparatif, exercice par exercice, rend le débat lisible pour le tribunal et pour l’expert.

À défaut d’accord amiable, l’expert de l’article 1843-4 prend le relais. Le texte dispose : « Dans les cas où la loi renvoie au présent article pour fixer les conditions de prix d’une cession des droits sociaux d’un associé, ou le rachat de ceux-ci par la société, la valeur de ces droits est déterminée, en cas de contestation, par un expert désigné, soit par les parties, soit à défaut d’accord entre elles, par jugement du président du tribunal judiciaire ou du tribunal de commerce compétent, statuant selon la procédure accélérée au fond et sans recours possible. L’expert ainsi désigné est tenu d’appliquer, lorsqu’elles existent, les règles et modalités de détermination de la valeur prévues par les statuts de la société ou par toute convention liant les parties. » (article 1843-4 du code civil). La désignation intervient donc soit d’un commun accord, soit par le président du tribunal statuant en procédure accélérée au fond, sans recours possible contre cette désignation. L’expert est lié par les règles de valorisation prévues aux statuts ou aux conventions, mais il lui appartient de les interpréter et de les appliquer aux données financières : c’est là que se joue l’essentiel. Exigez que la mission écrite de l’expert mentionne expressément les règles statutaires applicables, la date de référence de l’évaluation et la liste des documents à produire. L’arrêt rendu le 7 mai 2025 par la chambre commerciale, publié au Bulletin, éclaire directement ce contentieux : dans un dossier où trois sociétés avaient été exclues d’une SAS et où les parties s’opposaient sur l’exercice comptable à retenir, l’expert avait proposé « effectuer deux chiffrages, l’un fondé sur les états financiers de la société Pharmabest arrêtés au 31 décembre 2017 et l’autre sur les états financiers arrêtés au 31 décembre 2018 » (Cass. com., 7 mai 2025, n° 23-24.041, publié au Bulletin). La cour d’appel avait annulé cette lettre de mission et exigé que l’expert sursoie à ses opérations pour faire trancher l’interprétation par le tribunal. La Cour de cassation censure cette analyse et pose : « Il résulte de ce texte que l’expert peut, afin de ne pas retarder le cours de ses opérations, retenir différentes évaluations correspondant aux interprétations de la convention respectivement revendiquées par les parties, à charge pour le juge, après avoir procédé à la recherche nécessaire de la commune intention des parties, d’appliquer l’évaluation correspondante, laquelle s’impose alors à lui. » Autrement dit, l’expert n’a pas à interrompre sa mission pour renvoyer les parties devant le juge sur chaque désaccord d’interprétation : il chiffre chaque hypothèse, et le juge tranche ensuite en retenant l’évaluation conforme à l’intention commune. Pour l’associé exclu, l’enseignement pratique est majeur : demandez systématiquement à l’expert de chiffrer votre interprétation de la clause de prix, même si la société la conteste, et exigez la communication des pièces nécessaires à ce chiffrage. Le refus de la société de transmettre les documents réclamés par l’expert, comme dans ce dossier où la société avait « refusé de communiquer certains documents à l’expert », peut être porté devant le juge pour obtenir une injonction de communiquer sous astreinte.

Surveillez trois paramètres techniques qui font varier le prix de façon massive. D’abord, la date de référence : l’évaluation se place en principe au jour où le transfert de propriété s’opère ou à la date fixée par les statuts, et le choix entre deux exercices comptables successifs peut déplacer le résultat de plusieurs dizaines de pour cent, comme l’illustre le double chiffrage 2017-2018 validé par l’arrêt du 7 mai 2025. Si la société a provoqué votre exclusion juste avant la clôture d’un excellent exercice pour figer le prix sur l’exercice précédent, contestez la date retenue par écrit et demandez à l’expert de chiffrer les deux hypothèses. Ensuite, la décote de minoritaire et la décote d’illiquidité : vérifiez si les statuts les prévoient expressément ; à défaut de stipulation, discutez leur principe et leur taux avec des références de place, car une décote de 20 à 30 % appliquée sans base textuelle ampute directement votre indemnisation. Enfin, les distributions et acomptes postérieurs à l’exclusion : tant que le transfert n’est pas intervenu, les dividendes afférents à vos actions vous appartiennent en principe ; exigez le relevé des distributions décidées depuis la décision d’exclusion et intégrez-les à votre réclamation. Pour la méthode de contestation du rapport d’expertise lui-même — désignation, mission, erreurs de méthode, recours contre l’évaluation — les explications détaillées consacrées à la contestation du prix de rachat des parts fixé par expert sur le fondement de l’article 1843-4 complètent utilement cette partie. L’expert détermine la valeur, mais le juge garde le contrôle de l’interprétation des conventions et de la régularité des opérations : c’est devant lui que se plaide, pièces comptables à l’appui, la conformité du chiffrage aux règles statutaires.

B. Associé exclu comment récupérer le prix de ses actions : paiement, garanties et pratique à Paris

Un prix fixé ne vaut que s’il est payé. Or l’associé exclu fait face à une société qui vient de l’évincer et qui n’a pas toujours la trésorerie pour racheter ses titres. Anticipez. Dès l’ouverture de la procédure, demandez par écrit le calendrier de paiement, l’identité du cessionnaire (la société elle-même, un associé désigné, un tiers agréé) et les garanties proposées. Si les actions sont rachetées par la société, la loi lui impose de « les céder dans un délai de six mois ou de les annuler » (article L. 227-18 du code de commerce) : ce délai légal constitue un levier de négociation pour exiger un paiement comptant ou à brève échéance, car la société doit de toute façon financer l’opération. En cas de paiement échelonné accepté, exigez des sûretés proportionnées : séquestre d’une partie du prix entre les mains d’un notaire ou d’un avocat, garantie bancaire à première demande, nantissement de titres, clause d’exigibilité anticipée en cas d’incident de paiement, intérêts de retard à un taux dissuasif. Sans garantie, un échéancier consenti à une société qui traverse des difficultés se transforme vite en créance impayée, et l’associé exclu, déjà privé de ses droits politiques, se retrouve simple créancier chirographaire.

En cas de refus de payer ou de retard, agissez par étapes. Une mise en demeure détaillée, chiffrée et assortie d’un délai précis constitue le préalable indispensable à toute action et fait courir les intérêts. Si la société conteste le prix fixé par l’expert, elle doit saisir le juge : elle ne peut pas se payer de ses propres mains en retenant unilatéralement une somme inférieure. Saisissez le tribunal d’une demande en paiement du prix, en exécution de la cession et, le cas échéant, en communication des pièces comptables sous astreinte. Les décisions de justice exécutoires permettent ensuite les mesures d’exécution sur les comptes et les actifs de la débitrice. Lorsque le cessionnaire est un associé personne physique solvable plutôt que la société, dirigez l’action contre lui en paiement du prix de cession, avec les intérêts et les frais. Surveillez enfin la prescription : l’action en paiement du prix se prescrit, et chaque année écoulée sans acte interruptif affaiblit votre position. Interrompez la prescription par des actes utiles — mise en demeure par acte d’huissier, assignation, reconnaissance écrite de dette — et conservez-en la preuve.

À Paris et en Île-de-France, plusieurs particularités pratiques méritent l’attention. Le contentieux relève le plus souvent du tribunal de commerce de Paris, qui statue en procédure accélérée au fond pour la désignation de l’expert de l’article 1843-4, ou du tribunal judiciaire de Paris selon la configuration du litige et les clauses statutaires : vérifiez la clause de juridiction avant d’assigner, car une assignation devant un tribunal incompétent fait perdre des mois. Les experts parisiens inscrits près la cour d’appel de Paris pratiquent couramment les évaluations multi-hypothèses validées par l’arrêt du 7 mai 2025 : proposez-leur expressément ce cadre de mission et fournissez-leur les liasses fiscales, les comptes consolidés le cas échéant, les valorisations antérieures (levées de fonds, cessions comparables, rapports d’audit) et les éléments postérieurs à la date de référence susceptibles d’éclairer la valeur. Les sociétés parisiennes comportent fréquemment des pactes d’associés extrastatutaires qui complètent les statuts sur le prix : produisez le pacte à l’expert et au juge, car l’expert est tenu d’appliquer les méthodes de valorisation écrites dans les statuts ou dans les conventions qui lient les parties. Anticipez les délais parisiens d’audiencement en sollicitant, quand l’urgence le justifie, des mesures provisoires : provision sur le prix non sérieusement contestable, injonction de communiquer les comptes sociaux, désignation d’un mandataire chargé de veiller à la conservation des actifs pendant l’instance. La juridiction compétente, les délais de procédure, les pièces comptables à préparer et les garanties de paiement forment le quatuor parisien d’un dossier d’exclusion mené efficacement.

Conclusion

L’exclusion d’un associé de SAS n’est ni une formalité ni une fatalité. Elle n’existe que si les statuts l’ont prévue, elle doit reposer sur un motif stipulé, conforme à l’intérêt social et à l’ordre public, sans abus, et elle doit suivre à la lettre la procédure écrite dans la clause, vote de l’associé visé et contradictoire compris. Chaque manquement — clause inexistante ou adoptée irrégulièrement, privation du droit de vote réputée non écrite depuis l’arrêt du 29 mai 2024, notification tardive ou sommaire, motif étranger aux statuts — ouvre la voie de l’annulation et de la réintégration dans les droits d’associé, avec des dommages et intérêts lorsque la procédure a été abusive. Sur le prix, la hiérarchie est claire : modalités statutaires, accord des parties, puis expertise de l’article 1843-4, l’expert pouvant chiffrer chaque interprétation en litige pour laisser le juge trancher, comme l’a jugé la Cour de cassation le 7 mai 2025 dans une décision publiée au Bulletin. Le Conseil constitutionnel a validé l’ensemble du dispositif le 9 décembre 2022 en posant ses contreparties : motif contrôlé, prix garanti, juge accessible. Face à une notification d’exclusion, la méthode tient donc en quatre gestes : exiger les statuts et la chronologie complète, contester par écrit en réservant vos droits, refuser tout prix imposé sans base vérifiable, et porter sans tarder le débat sur le motif comme sur le prix devant le juge, avec l’expert pour chiffrer et les pièces pour prouver. C’est à ce prix, au sens propre, que l’associé exclu transforme une éviction subie en sortie négociée à la valeur exacte de ses droits.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».