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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Médecine du travail : votre dossier médical (DMST) conservé 40 ans, transmis, produit en justice — accès, effacement, CNIL et réparation (2026)

Votre médecin du travail détient sur vous un dossier que votre employeur ne peut pas lire, mais que la justice peut recevoir : le dossier médical en santé au travail (DMST). Il retrace votre état de santé, vos expositions et les avis médicaux rendus à votre sujet. Il se transmet d’un service de prévention à l’autre, se conserve pendant quarante ans et peut être produit devant un tribunal pour la défense de l’hôpital ou du service qui vous a suivi. Le Conseil d’État vient de le confirmer le 27 août 2026 : une patiente qui demandait l’effacement de ses données de santé a été déboutée parce que l’hôpital les avait produites en justice pour sa défense. Face à ce dossier, vous n’êtes pas démuni : accès à tout moment sans motiver votre demande, rectification, effacement et limitation auprès du service, opposition à certaines transmissions, plainte devant la CNIL contrôlée entièrement par le juge, et réparation devant les tribunaux. Cet article décrit ces leviers, leurs conditions et leurs limites, à Paris et en Île-de-France comme ailleurs.

I. Connaître votre dossier médical en santé au travail et le contrôler

A. Un dossier tenu par le médecin du travail, inaccessible à votre employeur

Le dossier médical en santé au travail, souvent abrégé DMST, retrace, dans le respect du secret médical, les informations relatives à votre état de santé, aux expositions auxquelles vous avez été soumis, ainsi que les avis et propositions du médecin du travail. C’est l’Institut national de recherche et de sécurité qui le rappelle : ce dossier constitue un outil de prévention et de traçabilité des expositions professionnelles, permettant d’apprécier le lien entre votre état de santé et le poste que vous occupez.

Le principe de départ est protecteur. Toute personne prise en charge a droit au respect de sa vie privée et du secret des informations la concernant, en vertu de l’article L. 1110-4 du code de la santé publique. Ce secret couvre l’ensemble des informations venues à la connaissance du professionnel et s’impose à tous les professionnels intervenant dans le système de santé. Concrètement, votre employeur ne peut pas consulter votre DMST. Ce qu’il reçoit, c’est uniquement l’avis médical d’aptitude ou d’inaptitude : cet avis est transmis au salarié ainsi qu’à l’employeur par tout moyen leur conférant une date certaine, et l’employeur le conserve pour le présenter à l’inspecteur du travail. Le contenu médical, lui, reste entre les mains du service de prévention et de santé au travail (SPST).

Plusieurs professionnels peuvent toutefois consulter et alimenter ce dossier, sous la responsabilité du médecin du travail : collaborateurs médecins, internes en médecine du travail, infirmiers, et désormais l’intervenant en prévention des risques professionnels ainsi que l’assistant du service, pour certaines informations comme les données d’identité et les expositions. Le médecin praticien correspondant, ce médecin de ville formé à la médecine du travail qui participe au suivi depuis le 1er janvier 2023, y a également accès, sauf opposition de votre part. Toutes les actions réalisées sur le dossier, quel qu’en soit l’auteur, doivent être tracées et conservées, avec la date, l’heure et l’identification du professionnel concerné. Cet historique des accès constitue déjà une première garantie : si un accès indu vous est révélé, la trace existe.

Lorsque vous changez d’employeur ou de service de prévention, votre dossier peut suivre. Le service compétent pour assurer la continuité de votre suivi peut demander la transmission de votre dossier, et le service détenteur vous informe et s’assure que vous ne vous y opposez pas. En l’absence d’opposition, le dossier est transmis par messagerie sécurisée. Vous devez donc être informé de ce transfert avant qu’il ait lieu, et votre silence après information vaut accord : vérifiez vos courriers et vos messages du service de prévention lors de tout changement professionnel. Les informations concernant des tiers qui n’interviennent pas dans votre suivi ne sont transmissibles que si elles sont strictement nécessaires à la continuité de ce suivi.

Le contentieux de l’avis lui-même obéit à un délai bref qu’il ne faut pas manquer. En cas de contestation portant sur les avis, propositions ou conclusions écrites reposant sur des éléments de nature médicale, le conseil de prud’hommes statuant selon la procédure accélérée au fond est saisi dans un délai de quinze jours à compter de leur notification. Ce délai de quinze jours court dès la notification de l’avis, et ses modalités figurent sur l’avis lui-même. À Paris, le conseil de prud’hommes de Paris statue dans ces conditions ; le médecin du travail informé de la contestation peut être entendu par le médecin-inspecteur du travail. Distinguez bien les deux voies : la contestation de l’avis d’aptitude ou d’inaptitude relève des prud’hommes dans ce délai de quinze jours, tandis que l’accès à votre dossier et l’effacement de vos données relèvent du droit de la protection des données, sans ce délai.

B. Vos droits d’accès, de rectification, d’effacement et d’opposition auprès du service

Le travailleur a accès à son DMST à tout moment, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un médecin qu’il désigne, et pour exercer ce droit, il n’a pas besoin de motiver sa demande. Ce droit d’accès direct, sans motif à fournir, est fondamental : adressez une demande écrite au service de prévention et de santé au travail qui vous suit, en précisant si vous souhaitez une communication sous format papier ou dématérialisé. Le texte réglementaire le confirme : le travailleur, ou en cas de décès toute personne autorisée par les articles L. 1110-4 et L. 1111-7 du code de la santé publique, peut demander la communication de son dossier médical en santé au travail sous format papier ou dématérialisé. Après un décès, ce sont donc les ayants droit, dans les conditions et limites prévues par ces articles, qui peuvent demander la communication.

Au-delà de l’accès, le même texte ouvre trois autres droits directement auprès du service : le travailleur peut également exercer ses droits de rectification, d’effacement et de limitation, prévus aux articles 16 à 18 du règlement (UE) 2016/679, auprès du service de prévention et de santé au travail. Une mention erronée sur vos expositions, un avis périmé qui continue de circuler, une donnée que vous estimez excessive : demandez par écrit la rectification ou l’effacement, en identifiant précisément les pièces concernées et le motif invoqué. La limitation permet, en attendant l’issue de votre demande, de geler l’utilisation des données contestées. Conservez la preuve de vos envois et des réponses, car ces échanges feront foi devant la CNIL puis devant le juge.

L’opposition, en revanche, est encadrée de façon restrictive. D’une part, le droit d’opposition ne s’applique pas à la constitution et à l’alimentation du dossier médical en santé au travail. Vous ne pouvez donc pas interdire au service de constituer votre dossier ni aux professionnels habilités de l’alimenter : cette collecte répond à une obligation légale de suivi. D’autre part, le droit d’opposition s’exerce, en droit commun, dans les conditions prévues à l’article 21 du règlement (UE) 2016/679, et ce droit ne s’applique pas lorsque le traitement répond à une obligation légale. L’article 21 du règlement prévoit que la personne concernée peut s’opposer à tout moment, pour des raisons tenant à sa situation particulière, et que le responsable du traitement ne traite plus les données, à moins qu’il ne démontre des motifs légitimes et impérieux qui prévalent, ou que le traitement serve à la constatation, à l’exercice ou à la défense de droits en justice. En pratique, votre opposition joue donc contre les accès et transmissions non obligatoires : accès du médecin praticien correspondant, transmission de votre dossier à un nouveau service lors d’un changement d’employeur, accès des professionnels chargés du suivi. Sur chacun de ces points, vous devez être informé et votre opposition, une fois exprimée, est retracée dans le dossier. Vérifiez que cette traçabilité figure bien dans la copie que vous obtenez.

La conservation du dossier mérite une attention particulière parce qu’elle est longue. Le dossier médical en santé au travail est conservé pendant une durée de quarante ans à compter de la date de la dernière visite ou examen du titulaire au sein du service concerné, dans la limite d’une durée de dix ans à compter de la date du décès. Cette durée de quarante ans s’explique par la traçabilité des expositions professionnelles, dont les effets sur la santé peuvent apparaître des décennies plus tard, notamment pour les maladies professionnelles à longue latence. Le dossier peut être conservé au sein du service qui l’a recueilli ou déposé auprès d’un organisme hébergeur, dans le respect des dispositions de l’article L. 1111-8 du code de la santé publique, et le service veille à la confidentialité dans les deux cas. Cet hébergeur n’est pas un prestataire ordinaire : l’hébergement est réalisé après que la personne prise en charge en a été dûment informée, et l’hébergeur numérique doit être titulaire d’un certificat de conformité délivré par un organisme accrédité. Si vous apprenez que vos données de santé du travail sont hébergées hors d’un cadre certifié, c’est un manquement en soi, distinct de toute autre violation.

Deux prolongations sont prévues. D’abord, ces délais sont suspendus par l’introduction de tout recours gracieux ou contentieux tendant à mettre en cause la responsabilité médicale du service ou de professionnels de santé : dès qu’un litige met en cause cette responsabilité, le compteur s’arrête. Ensuite, pour les expositions les plus dangereuses, la conservation est prorogée jusqu’aux échéances spéciales du code du travail, qui peuvent atteindre cinquante ans après la fin de l’exposition aux agents chimiques dangereux ou aux rayonnements ionisants. Demander l’effacement d’un dossier encore soumis à ces délais se heurtera donc à une fin de non-recevoir légale : ciblez votre demande sur les données qui ne relèvent ni de ces durées ni d’un litige en cours, et motivez précisément en quoi leur conservation n’est plus nécessaire.

II. Quand la conservation l’emporte et comment obtenir réparation

A. L’effacement refusé au nom de la défense en justice : l’arrêt du Conseil d’État du 27 août 2026

Le 27 août 2026, le Conseil d’État a rendu une décision directement applicable à votre situation. Une patiente demandait l’annulation de la décision par laquelle la CNIL avait clôturé sa plainte contre le refus du centre hospitalier de Hyères d’effacer ses données de santé. Ces données, contenues dans des documents établis par le médecin du travail de l’hôpital, avaient été produites par l’établissement devant les juridictions administratives pour assurer sa défense dans un litige sur le refus de reconnaître le caractère professionnel de sa pathologie. La requérante contestait la clôture de sa plainte, la compétence du signataire, la motivation et l’absence d’investigations complémentaires.

Le Conseil d’État rappelle d’abord le cadre. La personne concernée a le droit d’obtenir du responsable du traitement l’effacement, dans les meilleurs délais, de données à caractère personnel la concernant, lorsque l’un des motifs s’applique, notamment lorsqu’elle s’oppose au traitement en vertu de l’article 21, paragraphe 1, et il n’existe pas de motif légitime impérieux pour le traitement. Mais il ajoute aussitôt l’exception : ces paragraphes ne s’appliquent pas dans la mesure où ce traitement est nécessaire à la constatation, à l’exercice ou à la défense de droits en justice. En l’espèce, le traitement était nécessaire à la défense de l’hôpital devant les juges, et la CNIL n’avait pas à apprécier la régularité ou la valeur probante des éléments produits à titre de preuve. La requête est rejetée, y compris la demande de frais.

Trois enseignements concrets pour votre dossier. Premièrement, tant qu’un litige vous oppose à votre employeur ou au service sur votre état de santé, l’inaptitude, la reconnaissance d’une maladie professionnelle ou d’un accident du travail, vos données de santé du travail peuvent être légalement conservées et produites en justice par l’autre partie, et votre demande d’effacement sera rejetée sur ce fondement. Ne confondez donc pas le calendrier : contestez l’avis devant les prud’hommes dans les quinze jours, mais attendez l’issue définitive du litige avant de demander l’effacement des pièces qui y ont servi. Deuxièmement, la CNIL n’est pas tenue de mener des investigations complémentaires dans chaque dossier : à Hyères, l’absence d’enquête supplémentaire n’a pas constitué une erreur de droit. Pour éviter une clôture sèche, joignez à votre plainte des éléments précis et circonstanciés, notamment sur le risque concret d’atteinte à votre vie privée, car la requérante a échoué faute de tels éléments. Troisièmement, la décision confirme que l’auteur d’une plainte peut déférer au juge de l’excès de pouvoir le refus de la CNIL d’y donner suite, et que le contrôle du juge est entier lorsque sont en cause les droits d’accès, de rectification, d’effacement, de limitation et d’opposition. Une clôture de plainte n’est donc jamais le dernier mot : le recours devant le Conseil d’État contre la décision de clôture reste ouvert, sous le contrôle le plus strict du juge.

La Cour de cassation éclaire de son côté les demandes d’effacement qui touchent à l’information du public. Le 3 juin 2026, sa première chambre civile, en formation de section et avec publication au Bulletin, a statué sur un homme condamné en 2009 qui demandait l’anonymisation d’un article de presse archivé en ligne relatant sa condamnation. La Cour juge que l’article 17 du règlement général sur la protection des données, qui prévoit le droit à l’oubli sous réserve de la liberté d’expression, consacre l’exigence d’une mise en balance entre les droits au respect de la vie privée et à la protection des données, d’une part, et le droit à la liberté d’information, d’autre part. Cette mise en balance doit prendre en considération sept critères : la nature de l’information archivée, le temps écoulé depuis les faits et la publication, l’intérêt contemporain de l’information, la notoriété de la personne et son comportement depuis les faits, les répercussions négatives de la permanence en ligne, le degré d’accessibilité dans les archives, et l’impact de la mesure sur la liberté d’expression et de la presse. En l’espèce, la condamnation portait sur des faits graves commis dans des fonctions exposées, par une personne notoire, et l’information alimentait un débat d’intérêt général : le pourvoi est rejeté. Retenez la méthode : toute demande d’effacement de données de santé qui ont fait l’objet d’une publicité, d’une publication ou d’une production en justice sera pesée de la même façon, au cas par cas. Plus les données ont servi un débat légitime ou une défense en justice, plus l’effacement sera difficile ; plus elles sont anciennes, inutiles et préjudiciables, plus il sera accessible.

B. Saisir la CNIL, faire sanctionner et obtenir réparation devant le juge

Lorsque le service de prévention ne répond pas à votre demande d’accès, de rectification ou d’effacement, ou y répond par un refus que vous estimez injustifié, la voie est balisée : d’abord une demande écrite au responsable du traitement, puis, sans réponse satisfaisante, une plainte devant la CNIL. La Commission traite les réclamations, pétitions et plaintes introduites par une personne concernée ou par un organisme, une organisation ou une association, examine ou enquête sur l’objet de la réclamation, dans la mesure nécessaire, et informe l’auteur de la réclamation de l’état d’avancement et de l’issue de l’enquête dans un délai raisonnable(https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000037823103/). Elle dispose d’un large pouvoir d’appréciation sur les suites à donner, en tenant compte de la gravité des manquements, du sérieux des indices, de la date des faits et de l’ensemble des intérêts généraux dont elle a la charge. C’est pourquoi votre plainte doit être documentée : copie de vos demandes au service, dates, réponses ou silence gardé, pièces montrant la conservation ou la diffusion contestée, et description précise du préjudice pour votre vie privée. À Paris et en Île-de-France, où siègent de nombreux services interentreprises et directions d’hôpitaux publics, adressez vos demandes en recommandé avec accusé de réception et conservez les traces numériques de vos démarches en ligne.

La CNIL peut contrôler sur place et sur pièces, mettre en demeure, prononcer des injonctions et infliger des amendes administratives. La sanction prononcée contre un éditeur de logiciels de laboratoires de biologie médicale illustre la sévérité applicable aux données de santé : par une délibération du 15 avril 2022, la formation restreinte a retenu des manquements constitués aux articles 28 paragraphe 3, 29 et 32 du RGPD et prononcé une amende administrative d’un montant de 1 500 000 euros. Près de 500 000 patients étaient concernés par une fuite de données comprenant des informations sur des infections, des cancers, des maladies génétiques, des grossesses ou des traitements médicamenteux. Les griefs portaient sur l’absence de mentions obligatoires dans les contrats de sous-traitance, le traitement de données hors instruction du responsable et l’insuffisance des mesures de sécurité. Si votre dossier de santé au travail est hébergé par un prestataire non certifié, conservé sans contrat de sous-traitance conforme ou exposé par des mesures de sécurité défaillantes, ce sont exactement ces trois fondements qui pourront être invoqués dans votre plainte : contrat incomplet, traitement hors instructions, sécurité insuffisante.

Rappelons que le traitement des données de santé est par principe interdit. Le traitement des données génétiques, des données biométriques aux fins d’identifier une personne physique de manière unique, des données concernant la santé ou des données concernant la vie sexuelle ou l’orientation sexuelle d’une personne physique sont interdits, sauf si l’une des exceptions s’applique, parmi lesquelles le consentement explicite, les obligations en droit du travail et de la protection sociale avec garanties appropriées, ou les finalités de médecine préventive et de diagnostic sous la responsabilité d’un professionnel soumis au secret. Votre dossier de santé au travail relève de ces exceptions, mais elles sont d’interprétation stricte : toute utilisation qui sort du suivi médical, de la prévention et des obligations légales redevient illicite. Un employeur qui exigerait la communication du contenu médical de votre dossier, un assureur qui conditionnerait un contrat à sa transmission, ou un prestataire qui exploiterait ces données à d’autres fins commettraient un traitement illicite, ouvrant droit à la plainte et à la réparation.

La réparation, justement, se demande devant le juge. Toute personne qui a subi un dommage matériel ou moral du fait d’une violation du règlement a le droit d’obtenir du responsable du traitement ou du sous-traitant réparation du préjudice subi, et le juge peut allouer des dommages et intérêts même pour un préjudice moral lié à la perte de contrôle de données aussi sensibles que des données de santé. Devant le conseil de prud’hommes, l’utilisation illicite de vos données médicales par l’employeur peut fonder une demande de dommages et intérêts distincte du litige sur l’avis : produisez la trace des accès indus, la copie de votre dossier montrant les mentions litigieuses et la décision de la CNIL si elle a fait droit à votre plainte. Devant le tribunal judiciaire, l’action en responsabilité pour violation du règlement et de la loi du 6 janvier 1978 suit le droit commun de la preuve, avec l’aide des constats que vous aurez fait établir. À Paris, le pôle social du tribunal judiciaire de Paris connaît des litiges de sécurité sociale liés aux maladies professionnelles, tandis que les prud’hommes connaissent des contestations d’avis : articulez les deux procédures sans les confondre, et veillez aux délais propres à chacune, à commencer par les quinze jours de la contestation d’avis et les délais de recours contre les décisions de la CNIL.

Pour les lecteurs parisiens et franciliens, trois points d’attention pratiques méritent d’être soulignés. D’abord, la densité des services de prévention interentreprises en Île-de-France multiplie les transmissions de dossiers lors des changements d’employeur : soyez vigilant à chaque mobilité et exercez votre droit d’opposition à la transmission avant qu’elle n’ait lieu. Ensuite, les grands établissements hospitaliers parisiens, soumis aux mêmes règles de conservation et de défense en justice que le centre hospitalier de Hyères dans l’arrêt du 27 août 2026, produisent couramment des pièces médicales devant les juridictions administratives : anticipez ce calendrier et ne demandez l’effacement qu’une fois le litige définitivement tranché. Enfin, les juridictions compétentes se trouvent à proximité, du conseil de prud’hommes de Paris au Conseil d’État pour le recours contre une clôture de plainte, ce qui facilite l’exercice effectif de vos droits mais ne dispense pas de la rigueur procédurale : écrits, délais, preuves.

En définitive, votre dossier médical en santé au travail n’est ni un dossier patronal ni un dossier inaccessible : c’est un dossier médical protégé par le secret, tenu par des professionnels de santé, soumis à vos droits d’accès, de rectification, d’effacement et de limitation, conservé quarante ans pour la traçabilité des expositions, et opposable en justice tant qu’un litige l’exige. L’arrêt du Conseil d’État du 27 août 2026 et celui de la Cour de cassation du 3 juin 2026 dessinent la même ligne de partage : vos droits sont réels et contrôlés entièrement par le juge, mais ils cèdent, au cas par cas, devant la défense en justice et l’information légitime. Exercez-les par écrit, dans les délais, avec des preuves, devant le service d’abord, la CNIL ensuite, le juge enfin : c’est cet enchaînement, et lui seul, qui transforme un droit théorique en effacement obtenu ou en réparation chiffrée.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».