Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Article généré par une intelligence artificielle, selon un processus conçu et contrôlé par le cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Extension construite sans autorisation à Paris : procès-verbal, mise en demeure de régulariser et prescription de six ans en 2026

Vous avez agrandi votre maison, monté une véranda, transformé un garage en pièce à vivre ou couvert une terrasse, sans demander de permis de construire ni déposer de déclaration préalable. Un agent assermenté est passé, un procès-verbal a été dressé, puis le maire vous a adressé une mise en demeure de régulariser ou de mettre les lieux en conformité. Cette lettre fixe un délai, évoque une amende et une astreinte, et vous craignez la démolition. La situation est sérieuse, mais elle obéit à des règles précises : l’administration ne peut pas tout exiger, le juge pénal ne peut pas être saisi indéfiniment, et la régularisation reste souvent possible lorsque le projet respecte les règles d’urbanisme applicables au terrain. Depuis un avis du Conseil d’État du 24 juillet 2025, le délai dont dispose la mairie pour agir est clarifié : six ans à compter de l’achèvement des travaux. Comprendre l’articulation entre le procès-verbal, la mise en demeure administrative, les poursuites pénales et la demande de régularisation permet de choisir la bonne réponse, dans le bon délai, avec les bonnes pièces.

I. Ce que la mairie peut vous imposer après le procès-verbal

A. La mise en demeure administrative : régulariser ou mettre en conformité, sous amende et astreinte

Tout commence par le constat. Les infractions aux règles d’urbanisme sont relevées par des officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par des fonctionnaires et agents commissionnés et assermentés, et la loi attache une force particulière à leur constat : « Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu’à preuve du contraire. » Contester le procès-verbal suppose donc d’apporter une preuve contraire, par exemple des photographies datées, des factures de travaux, des attestations ou des constats d’huissier établissant la nature exacte des ouvrages et leur date d’achèvement. Sans élément contraire, le juge tient les faits relevés pour établis.

Une fois le procès-verbal dressé, l’autorité compétente pour délivrer les autorisations d’urbanisme — en pratique le maire dans les communes dotées d’un plan local d’urbanisme, conformément à l’article L. 422-1 du code de l’urbanisme — peut mettre en œuvre ses pouvoirs de police spéciale, indépendamment d’éventuelles poursuites pénales. L’article L. 481-1 du code de l’urbanisme prévoit que cette autorité « peut, après avoir invité l’intéressé à présenter ses observations » prendre deux types de mesures. D’abord, « Ordonner le paiement d’une amende d’un montant maximal de 30 000 euros ». Ensuite, selon le même article L. 481-1, « Mettre en demeure l’intéressé, dans un délai qu’elle détermine, soit de procéder aux opérations nécessaires à la mise en conformité de la construction, de l’aménagement, de l’installation ou des travaux aux dispositions dont la méconnaissance a été constatée, soit de déposer, selon le cas, une demande d’autorisation ou une déclaration préalable visant à leur régularisation. »

L’invitation à présenter vos observations avant la mise en demeure n’est pas une formalité de pure forme. C’est le moment de faire valoir que les travaux relevaient d’une simple déclaration préalable plutôt que d’un permis, qu’ils sont conformes au plan local d’urbanisme, que leur achèvement est ancien, ou que vous avez déjà déposé un dossier de régularisation. Des observations précises, accompagnées de pièces, peuvent conduire l’autorité à choisir la voie de la régularisation plutôt que celle de la mise en conformité avec démolition partielle, ou à accorder un délai réaliste. Le délai imparti tient compte de la nature de l’infraction et des moyens d’y remédier, et il peut être prolongé, pour une durée qui ne peut excéder un an, lorsque vous rencontrez des difficultés pour vous exécuter.

La mise en demeure peut être assortie d’une astreinte dont le montant maximal est de 1 000 euros par jour de retard, dans la limite d’un total de 100 000 euros. L’astreinte peut aussi être prononcée après l’expiration du délai, si vous n’avez pas obtempéré, après une nouvelle invitation à présenter vos observations. L’article L. 481-2 du code de l’urbanisme précise son régime : « L’astreinte prévue à l’article L. 481-1 court à compter de la date de la notification de l’arrêté la prononçant et jusqu’à ce qu’il ait été justifié de l’exécution des opérations nécessaires à la mise en conformité ou des formalités permettant la régularisation. Le recouvrement de l’astreinte est engagé par trimestre échu. » Concrètement, chaque trimestre d’inexécution peut donner lieu à un titre de recette, et les sommes sont recouvrées au bénéfice de la commune. Si vous régularisez en cours de route, conservez la preuve de la date d’exécution ou du dépôt du dossier, car c’est elle qui arrête le compteur.

Lorsque la mise en demeure reste sans effet à l’expiration du délai, l’autorité peut passer à un instrument plus contraignant encore : l’article L. 481-3 du code de l’urbanisme dispose que « lorsque la mise en demeure prévue à l’article L. 481-1 est restée sans effet au terme du délai imparti, l’autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3-1 peut obliger l’intéressé à consigner entre les mains d’un comptable public une somme équivalant au montant des travaux à réaliser, laquelle sera restituée à l’intéressé au fur et à mesure de l’exécution des mesures prescrites. » La consignation n’est pas une amende supplémentaire : la somme vous est restituée à mesure que vous exécutez les travaux prescrits. Mais elle pèse immédiatement sur votre trésorerie et son recouvrement s’opère comme en matière de créances étrangères à l’impôt et au domaine.

Face à une mise en demeure, trois réflexes s’imposent dans les premiers jours. D’abord, vérifier la régularité formelle de l’acte : auteur compétent, visa du procès-verbal, motivation, mention du délai et des voies de recours. Ensuite, dater précisément l’achèvement des travaux, car toute la prescription en dépend. Enfin, faire examiner sans attendre si le projet est régularisable au regard du plan local d’urbanisme : si oui, le dépôt rapide d’un dossier complet peut désamorcer l’escalade vers l’astreinte et la consignation. La mise en demeure est une décision administrative qui peut être contestée devant le tribunal administratif dans le délai de deux mois à compter de sa notification : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. » Un recours gracieux adressé au maire dans ce délai proroge le délai contentieux et ouvre parfois une discussion utile, notamment quand un dossier de régularisation est en cours d’instruction.

B. Le volet pénal : amende calculée au mètre carré, démolition possible et prescription de six ans

Parallèlement à l’action administrative, le procureur de la République peut engager des poursuites correctionnelles. L’article L. 480-4 du code de l’urbanisme définit le délit : « Le fait d’exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 et L. 421-5-3 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d’aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d’une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d’une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l’article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. » En cas de récidive, un emprisonnement de six mois peut en outre être prononcé. Les poursuites peuvent viser l’utilisateur du sol, le bénéficiaire des travaux, l’architecte, l’entrepreneur ou toute autre personne responsable de leur exécution. Si vous avez fait réaliser l’extension par une entreprise, celle-ci peut donc être poursuivie à vos côtés, ce qui compte dans la préparation de votre défense et dans vos propres recours contractuels contre elle.

La condamnation pénale peut s’accompagner de mesures réelles qui dépassent largement l’amende. L’article L. 480-5 du code de l’urbanisme prévoit qu’en cas de condamnation, « le tribunal, au vu des observations écrites ou après audition du maire ou du fonctionnaire compétent, statue même en l’absence d’avis en ce sens de ces derniers, soit sur la mise en conformité des lieux ou celle des ouvrages avec les règlements, l’autorisation ou la déclaration en tenant lieu, soit sur la démolition des ouvrages ou la réaffectation du sol en vue du rétablissement des lieux dans leur état antérieur. » Le tribunal peut donc ordonner la démolition de l’extension, même si le maire ne l’a pas demandée. L’article L. 480-7 du code de l’urbanisme ajoute : « Le tribunal impartit au bénéficiaire des travaux irréguliers ou de l’utilisation irrégulière du sol un délai pour l’exécution de l’ordre de démolition, de mise en conformité ou de réaffectation ; il peut assortir son injonction d’une astreinte de 500 € au plus par jour de retard. » La régularisation obtenue avant l’audience — un permis délivré entre-temps pour les mêmes travaux — peut conduire le tribunal à prononcer la mise en conformité plutôt que la démolition, d’où l’intérêt de mener de front la défense pénale et le dossier d’urbanisme.
La prescription constitue la principale limite temporelle aux poursuites. L’action publique des délits se prescrit par six années révolues à compter du jour où l’infraction a été commise, selon l’article 8 du code de procédure pénale : « L’action publique des délits se prescrit par six années révolues à compter du jour où l’infraction a été commise. » Pour les constructions sans autorisation, le point de départ ne se situe pas au premier coup de pioche : la Cour de cassation juge que « le délit constitué par l’exécution illicite de travaux de construction s’accomplit pendant tout le temps où ils sont exécutés de sorte que sa perpétration s’étend jusqu’à l’achèvement de ces derniers », comme elle l’a rappelé dans son arrêt du 20 janvier 2026 qui a cassé une condamnation pour défaut de recherche de la date d’achèvement. Dans cette affaire, un propriétaire poursuivi pour une piste de quad et des bâtiments édifiés sans permis invoquait la prescription ; la cour d’appel avait fait peser sur lui la charge de la preuve de la date d’achèvement. La chambre criminelle a censuré cette analyse : la prescription de l’action publique est une exception d’ordre public et il appartient au ministère public d’établir qu’elle n’est pas acquise. Les juges doivent donc rechercher le moment où les travaux ont été achevés, fixer le point de départ en conséquence, puis vérifier si des actes interruptifs — procès-verbal transmis au parquet, réquisitions, citations — ont fait courir un nouveau délai.

Cette décision éclaire la stratégie de défense. Si vos travaux sont achevés depuis plus de six ans sans acte interruptif, soulevez la prescription devant le tribunal correctionnel en demandant au parquet de justifier de la date d’achèvement et de l’existence d’actes interruptifs. À l’inverse, si des travaux se sont poursuivis par tranches — une extension en 2018, une surélévation en 2022, des aménagements en 2024 — chaque tranche peut avoir son propre point de départ, et les travaux les plus récents rouvrent la discussion. Rassemblez tout ce qui date l’achèvement : factures d’entreprises, photographies, images aériennes, attestations de voisins, relevés de compteur. Et ne confondez pas prescription pénale et droit de construire : l’acquisition de la prescription pénale n’efface pas l’irrégularité administrative et ne vaut pas autorisation. Une construction prescrite au pénal reste une construction sans autorisation, qui peut faire obstacle à une vente, à un financement ou à de futurs travaux.

II. Comment sortir de l’irrégularité

A. Déposer une demande de régularisation qui peut aboutir

La régularisation consiste à demander après coup l’autorisation qui aurait dû être sollicitée avant les travaux : permis de construire ou déclaration préalable selon la nature et l’importance de l’ouvrage. Le principe de départ est simple et sévère : selon l’article L. 421-1 du code de l’urbanisme, « Les constructions, même ne comportant pas de fondations, doivent être précédées de la délivrance d’un permis de construire », un décret en Conseil d’État précisant les travaux sur constructions existantes soumis à permis. En pratique, les seuils réglementaires distinguent trois situations. Les petites constructions neuves relèvent de la déclaration préalable : l’article R. 421-9 du code de l’urbanisme soumet à déclaration, hors secteurs protégés, les constructions dont l’emprise au sol ou la surface de plancher est supérieure à cinq mètres carrés sans dépasser vingt mètres carrés, pour une hauteur au plus égale à douze mètres. Les extensions des constructions existantes obéissent à des seuils propres, avec une tolérance portée à quarante mètres carrés en zone urbaine couverte par un plan local d’urbanisme. Au-delà, le permis de construire s’impose, avec le recours obligatoire à un architecte lorsque la surface de plancher dépasse 150 mètres carrés pour les particuliers. Identifier le bon formulaire conditionne la recevabilité de votre dossier : une déclaration préalable déposée pour des travaux qui exigent un permis sera rejetée, et le délai de la mise en demeure continuera de courir.

Le dépôt d’un dossier de régularisation n’efface ni le procès-verbal ni les poursuites déjà engagées, mais il change la donne à plusieurs égards. Sur le terrain administratif, la mise en demeure elle-même vous y invite : déposer une demande d’autorisation ou une déclaration préalable en vue de régulariser les travaux est l’une des deux voies qu’elle propose. Un dossier complet, déposé dans le délai imparti, démontre votre diligence et peut justifier une prolongation du délai ou la suspension de l’astreinte dans son exécution. Sur le terrain pénal, l’autorisation obtenue avant le jugement éclaire le tribunal sur la compatibilité du projet avec les règles d’urbanisme et plaide pour la mise en conformité plutôt que pour la démolition. Et sur le terrain patrimonial, un permis de régularisation purgé des recours sécurise la revente et les futurs travaux.

La régularisation n’est toutefois possible que si le projet respecte les règles applicables à la date où l’administration statue, pas celles qui prévalaient lors des travaux. Le service instructeur examine votre demande comme une demande ordinaire : conformité au plan local d’urbanisme en vigueur — hauteur, emprise au sol, prospect, aspect extérieur, stationnement, raccordements —, respect des servitudes d’utilité publique, avis conforme de l’architecte des Bâtiments de France en secteur protégé. Si le plan a changé entre-temps et rend désormais votre extension non conforme, la régularisation sera refusée. Ce refus peut lui-même être contesté : le contentieux du refus de permis obéit aux règles ordinaires du recours pour excès de pouvoir, avec un recours gracieux préalable souvent utile puis un recours contentieux dans les deux mois. Menez donc l’instruction comme un dossier neuf : plans de l’existant et du projet, insertion paysagère, notice descriptive, formulaires complets. Un dossier bâclé appelle un refus qui aggrave votre position dans la procédure de mise en demeure.

Deux décisions récentes illustrent les pièges de la régularisation. La cour administrative d’appel de Marseille, dans un arrêt du 28 septembre 2023, a confirmé le refus de régulariser une construction de 42 mètres carrés de surface de plancher édifiée sans permis alors qu’un permis de 1957 autorisait une villa : la requérante invoquait l’ancienneté de la construction et sa conformité au plan local, mais la cour a appliqué l’exception prévue par la loi lorsque la construction a été réalisée sans le permis requis. C’est l’enseignement central de l’article L. 421-9 du code de l’urbanisme : « Lorsqu’une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d’opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l’irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l’urbanisme. » Cette prescription administrative décennale protège les constructions anciennes, mais elle ne joue pas, entre autres cas, lorsque la construction a été réalisée sans permis alors qu’il était requis. Autrement dit, l’ancienneté ne blanchit pas une construction qui n’a jamais fait l’objet de la moindre autorisation : pour celle-là, seule une régularisation au fond, vérifiant la conformité actuelle aux règles, peut aboutir.
Le Conseil d’État a précisé dans son avis du 24 juillet 2025 comment ces règles s’articulent lorsqu’une nouvelle demande se heurte à l’irrégularité initiale. Saisi par le tribunal administratif de Montpellier à propos d’une clôture et d’une construction visées par un arrêté interruptif et une mise en demeure, le Conseil a jugé que la décision statuant sur une demande d’autorisation ou sur une déclaration préalable portant sur des travaux nouveaux ne peut en principe se fonder sur l’irrégularité de la construction existante, sauf notamment lorsque celle-ci a été réalisée sans le permis requis. Vérifiez donc avant tout dépôt si votre construction d’origine était elle-même autorisée : si l’extension sans permis s’appuie sur une maison elle-même dépourvue de permis, l’administration pourra opposer l’irrégularité d’ensemble, et la régularisation devra porter sur tout ce qui n’a jamais été autorisé.

B. Quand la régularisation est impossible : mise en conformité, démolition et réflexes parisiens

Si le projet ne respecte pas les règles en vigueur, la régularisation est fermée et il reste la mise en conformité : modifier ou démolir ce qui dépasse pour revenir dans les règles. La mise en demeure vous impartit un délai pour ces opérations, y compris les démolitions partielles nécessaires. Faites chiffrer les travaux par des professionnels, demandez si besoin la prolongation du délai, et exécutez dans les temps : l’astreinte court jusqu’à justification de l’exécution. Lorsque le tribunal correctionnel est saisi, la mise en conformité spontanée avant l’audience constitue un argument de premier ordre pour éviter la démolition judiciaire et obtenir une peine d’amende modérée.

Même lorsque l’action publique est prescrite et que la mairie ne peut plus user de ses pouvoirs de police spéciale, un dernier risque subsiste du côté civil. L’article L. 480-14 du code de l’urbanisme permet à la commune ou à l’établissement public compétent de saisir le tribunal judiciaire pour faire ordonner la démolition ou la mise en conformité d’un ouvrage édifié sans l’autorisation exigée, et il fixe la durée de cette action : « L’action civile se prescrit en pareil cas par dix ans à compter de l’achèvement des travaux. » Pendant dix ans après l’achèvement, la démolition peut donc encore être demandée en justice alors même que les poursuites pénales sont éteintes. Au-delà, la construction échappe à la démolition forcée mais demeure irrégulière : elle figure sans droit sur votre propriété, complique toute mutation — le notaire et l’acquéreur exigeront des justificatifs — et peut motiver le refus d’autorisations ultérieures portant sur le même bâtiment. Le temps qui passe réduit les risques sans jamais créer de droits.

À Paris et en Île-de-France, plusieurs particularités commandent une vigilance renforcée. D’abord, la densité des secteurs protégés : aux abords des monuments historiques et dans les sites patrimoniaux, l’avis de l’architecte des Bâtiments de France conditionne toute régularisation, et les seuils de la déclaration préalable ne s’appliquent pas de la même façon. Vérifiez la situation de votre parcelle sur le plan local d’urbanisme et sur la carte des servitudes avant de déposer. Ensuite, le plan local d’urbanisme bioclimatique de Paris impose des exigences précises — pleine terre, végétalisation, performance énergétique — que votre dossier de régularisation doit respecter comme un dossier neuf. Puis, l’organisation juridictionnelle : la mise en demeure du maire de Paris se conteste devant le tribunal administratif de Paris, celle d’une commune de petite ou de grande couronne devant le tribunal administratif territorialement compétent, toujours dans les deux mois de la notification. Constituez dès la réception de la mise en demeure un dossier chronologique complet : acte de propriété, autorisations antérieures, plans, photographies datées, factures, échanges avec les services d’urbanisme, récépissé du dépôt de régularisation. Enfin, anticipez l’effet de la procédure sur vos projets : tant que l’irrégularité n’est pas purgée, toute nouvelle demande portant sur le même bâtiment risque l’opposition ou le refus fondé sur l’irrégularité d’ensemble. Traitez le stock avant le flux.

Retenez l’ordre des opérations face à une construction sans autorisation. Premièrement, dater l’achèvement des travaux et recenser les actes de procédure déjà intervenus pour apprécier la prescription de six ans de l’action publique et celle de dix ans de l’action civile. Deuxièmement, répondre aux observations préalables à la mise en demeure avec des pièces, sans reconnaître plus que les faits établis. Troisièmement, faire auditer la conformité du projet aux règles en vigueur et déposer sans tarder le dossier de régularisation si elle est envisageable. Quatrièmement, contester dans les deux mois les actes qui vous font grief, en articulant le recours avec l’instruction du dossier plutôt qu’en les opposant. Une construction sans autorisation se rattrape lorsqu’elle respecte les règles de fond et que son auteur agit vite ; elle se paie au prix fort — amende au mètre carré, astreinte, consignation, démolition — lorsqu’il laisse les délais courir.

Conclusion

Un procès-verbal pour travaux sans autorisation n’est ni une simple amende forfaitaire ni une fatalité démolisseuse : il ouvre une séquence où l’administration peut mettre en demeure de régulariser ou de mettre en conformité sous amende de 30 000 euros, astreinte et consignation, tandis que le juge pénal peut sanctionner jusqu’à 6 000 euros par mètre carré et ordonner la démolition. La prescription de six ans de l’action publique, comptée depuis l’achèvement des travaux et rappelée par la Cour de cassation le 20 janvier 2026 comme par l’avis du Conseil d’État du 24 juillet 2025, borne ces pouvoirs dans le temps ; l’action civile en démolition de la commune, elle, court pendant dix ans. Entre ces deux bornes, la régularisation reste la voie de sortie chaque fois que le projet respecte les règles en vigueur, à condition de déposer un dossier complet dans le délai de la mise en demeure et de contester en temps utile les refus. Face à la mise en demeure, le bon réflexe tient en trois gestes : dater, vérifier la conformité au plan local, puis déposer ou mettre en conformité sans attendre.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».