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Maître Reda KOHEN
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Votre nom apparaît encore dans Google après suppression à la source : exiger le déréférencement, saisir la CNIL et obtenir réparation en 2026

Votre nom tapé dans Google affiche toujours un lien qui vous nuit : un vieil article de presse, une annonce périmée, une procédure ancienne, parfois même une page que l’éditeur du site a pourtant supprimée. La page source a disparu, mais le moteur de recherche continue de renvoyer vers elle, ou vers sa copie en cache, chaque fois qu’un recruteur, un banquier ou un partenaire saisit vos nom et prénom. Cette situation est fréquente et elle appelle une réponse juridique précise : le moteur de recherche est un responsable de traitement distinct de l’éditeur du site, et vous pouvez exiger de lui, directement, qu’il cesse d’associer votre identité à ce contenu.

Le déréférencement ne supprime pas l’information à la source. Il coupe le lien entre votre nom et le résultat affiché : la page reste accessible par d’autres requêtes ou en accès direct, mais elle n’apparaît plus quand la recherche porte sur votre identité. Cette distinction, rappelée par la Commission nationale de l’informatique et des libertés, commande toute la stratégie : quand la source a été effacée mais que Google affiche encore le résultat, c’est contre le moteur qu’il faut agir, avec ses propres fondements, ses propres formulaires et ses propres délais. Et quand le moteur refuse, la plainte devant la CNIL puis le recours devant le juge prennent le relais, avec à la clé la possibilité d’obtenir réparation du préjudice subi.

Ce parcours se joue en deux temps. D’abord, adresser au moteur une demande précise, motivée et documentée, puis exploiter le délai de réponse pour saisir la CNIL en cas d’échec. Ensuite, porter le litige devant le juge avec une demande ciblée sur des adresses exactes, en démontrant concrètement que votre droit à la protection de vos données prime, au jour où le juge statue, sur l’intérêt du public à accéder à l’information par votre nom. Les décisions rendues entre 2018 et 2026 dessinent une méthode exigeante mais lisible, que cet article expose pas à pas.

I. Exiger du moteur de recherche qu’il cesse d’associer votre nom au contenu litigieux

A. Viser le bon responsable avec une demande précise, motivée et documentée

Le premier réflexe détermine souvent l’issue du dossier : identifier le bon interlocuteur. L’éditeur du site qui a publié le contenu et le moteur de recherche qui le référence sont deux responsables de traitement distincts, soumis chacun à leurs propres obligations. La Cour de justice de l’Union européenne l’a jugé dès le 13 mai 2014 dans l’arrêt Google Spain : l’activité d’un moteur de recherche qui trouve des informations publiées par des tiers, les indexe automatiquement, les stocke temporairement et les met à disposition des internautes selon un ordre de préférence constitue un traitement de données à caractère personnel, dont l’exploitant du moteur est responsable. Concrètement, même si vous avez déjà obtenu l’effacement à la source, le moteur reste tenu de ses propres obligations pour les résultats qu’il continue d’afficher sur votre nom.

Cette autonomie a une conséquence pratique immédiate : la suppression de la page source ne rend pas la demande au moteur inutile, et l’échec auprès de l’éditeur ne dispense pas d’agir contre le moteur. Quand l’article a été retiré du site mais que le résultat persiste dans Google, la demande de déréférencement porte sur un traitement qui se poursuit. Quand l’éditeur refuse de retirer un contenu licite, par exemple un article de presse relatant des faits exacts, la demande au moteur suit une autre logique : il ne s’agit plus de contester la publication elle-même, mais l’accessibilité permanente de cette publication à partir de votre identité. La Cour de cassation l’a confirmé dans ses arrêts de 2018 et 2019, rendus au visa des dispositions alors applicables issues de la loi du 6 janvier 1978 : le juge saisi d’une demande de déréférencement doit apprécier le bien-fondé de cette demande pour elle-même, en mettant concrètement en balance les intérêts en présence, sans se contenter de constater que la publication d’origine était licite.

Le fondement de votre demande se trouve dans le règlement général sur la protection des données. Le règlement (UE) 2016/679 ouvre le droit d’obtenir l’effacement de données personnelles lorsque l’un des motifs qu’il énumère s’applique : données devenues inutiles au regard de leur finalité, retrait du consentement sans autre fondement, opposition au traitement sans motif légitime impérieux du responsable, traitement illicite, obligation légale d’effacement, ou données collectées auprès d’un enfant dans le cadre des services en ligne. Le même texte réserve toutefois les traitements nécessaires à l’exercice de la liberté d’expression et d’information, à une obligation légale, à l’intérêt public dans le domaine de la santé, aux archives et à la recherche, ou à la constatation et à la défense de droits en justice. Votre demande doit donc anticiper l’exception que le moteur invoquera le plus souvent : l’intérêt du public à accéder à l’information. Le droit d’opposition, prévu par le même règlement, complète cet arsenal : vous pouvez vous opposer à tout moment, pour des raisons tenant à votre situation particulière, à un traitement fondé sur l’intérêt légitime du responsable, et le moteur ne peut passer outre que s’il démontre des motifs légitimes et impérieux qui prévalent sur vos intérêts et vos droits.

La forme de la demande compte autant que son fondement. Les principaux moteurs mettent à disposition un formulaire de demande de suppression de résultats : utilisez-le, sans négliger les autres moteurs où votre nom produit les mêmes résultats. La CNIL décrit la marche à suivre : adresser au moteur, par son formulaire en ligne, une demande de déréférencement du contenu affiché dans la liste de résultats, puis motiver cette demande en expliquant pourquoi le lien devrait être retiré. En pratique, une demande solide comporte la requête exacte qui pose problème, c’est-à-dire votre nom et votre prénom tels que vous les écrivez, les adresses complètes des pages en cause, une copie d’écran datée des résultats, la description du préjudice concret que cette association vous cause, et les motifs juridiques invoqués. Une personne en recherche d’emploi joindra par exemple la preuve des candidatures restées sans réponse depuis la mise en ligne ; une personne dont une procédure ancienne ressurgit rappellera les dates, l’issue et le temps écoulé ; une personne dont les données ont été publiées sans base légale exposera l’illicéité du traitement d’origine. Plus la demande est précise et documentée, plus le refus ultérieur sera difficile à justifier, devant la CNIL comme devant le juge.

Un point de procédure mérite une vigilance particulière : la qualité du défendeur. Dans un jugement parisien du 16 janvier 2024, le tribunal a mis hors de cause la société Google France, simple établissement sans pouvoir décisionnel sur le traitement, pour ne retenir que la société Google LLC, exploitante du moteur. Vérifiez donc à qui vous adressez votre demande et, plus tard, votre assignation : viser la société américaine exploitante évite une fin de non-recevoir et des mois perdus. Conservez chaque pièce échangée : accusés de réception du formulaire, réponse du moteur, captures avant et après. Ces documents formeront le socle de la plainte devant la CNIL et, le cas échéant, du dossier judiciaire. L’identification claire des traitements, des parties et de leurs rôles respectifs, éditeur d’un côté, exploitant du moteur de l’autre, conditionne tout le contentieux qui suit, y compris l’analyse du contrat qui lie le site à ses prestataires techniques, utile pour établir qui décide réellement des données affichées.

B. Compter les délais, exploiter le refus et saisir la CNIL avec un dossier complet

Le responsable du traitement ne dispose pas d’un temps illimité pour vous répondre. Le règlement européen impose de vous informer des mesures prises à la suite de votre demande dans les meilleurs délais et en tout état de cause dans un délai d’un mois à compter de sa réception. Ce délai peut être prolongé de deux mois compte tenu de la complexité ou du nombre de demandes, mais le responsable doit alors vous prévenir dans le premier mois et motiver ce report. S’il refuse de donner suite, il doit vous en informer sans tarder, au plus tard dans le même délai d’un mois, en exposant les motifs de son inaction et en vous rappelant la possibilité d’introduire une réclamation auprès d’une autorité de contrôle et de former un recours juridictionnel. La CNIL applique la même grille de lecture : le moteur dispose d’un mois, prolongeable jusqu’à trois mois pour les demandes complexes ou nombreuses, à charge pour lui d’expliquer cette prolongation. Notez soigneusement la date d’envoi de votre demande et celle de la réponse : le point de départ des délais se prouve par vos accusés de réception.

Le refus du moteur n’épuise pas vos droits, il ouvre la deuxième phase. La CNIL peut être saisie par courrier ou en ligne d’une plainte contre le moteur de recherche. Cette plainte n’est recevable en pratique que si vous justifiez avoir d’abord exercé votre droit auprès du responsable : joignez impérativement la copie de votre demande de déréférencement et celle de la réponse du moteur, ou la preuve de son silence après l’expiration du délai. Décrivez les faits chronologiquement : nature du contenu, requête concernée, date de la demande à l’éditeur le cas échéant, date de la demande au moteur, réponse reçue, persistance actuelle des résultats avec captures récentes. La CNIL instruit la plainte, peut mettre en demeure le responsable et, en cas de manquement persistant, prononcer des mesures correctrices pouvant aller jusqu’à la sanction. La CNIL a ainsi sanctionné Google d’une amende de 100 000 euros rendue publique en 2016 pour avoir limité le déréférencement aux seules versions européennes accessibles depuis l’Europe ; cette délibération a ensuite été annulée par le Conseil d’État, non sur le principe du pouvoir de sanction, mais sur la portée territoriale exigée et sur l’absence de mise en balance préalable. L’épisode illustre deux enseignements durables : l’autorité contrôle réellement les moteurs, et ses décisions sont elles-mêmes soumises au contrôle du juge, ce qui impose de construire un dossier juridiquement rigoureux dès la plainte.

La plainte devant la CNIL ne doit pas faire oublier ses limites. L’autorité statue sur la conformité du traitement et peut contraindre le responsable, mais elle ne vous alloue pas de dommages et intérêts. Si votre préjudice est substantiel, perte d’emploi, rupture de relations d’affaires, atteinte durable à votre réputation, seule l’action judiciaire vous procurera réparation. Les deux voies se complètent plus qu’elles ne s’excluent : une plainte bien documentée, suivie d’une mise en demeure ou d’une sanction, pèse dans la négociation et éclaire le juge sur la réalité du manquement ; symétriquement, l’assignation en justice n’oblige pas à retirer la plainte, et le juge apprécie souverainement le litige. Dans les dossiers sensibles, par exemple des données de santé, des opinions politiques ou des condamnations anciennes, mentionnez expressément la nature des données dans votre plainte : le régime applicable et l’intensité du contrôle en dépendent, comme l’ont montré les arrêts rendus sur renvoi préjudiciel à propos des données sensibles et des informations pénales.

Préparez enfin la bascule judiciaire sans attendre l’issue de la plainte. La CNIL instruit dans des délais qu’elle ne garantit pas, et votre situation peut exiger une décision rapide, notamment quand un recrutement, une levée de fonds ou une élection approche. Faites établir un constat d’huissier ou, à défaut, des captures techniques horodatées des résultats de recherche sur votre nom, conservez les courriels démontrant le lien entre ces résultats et votre préjudice, et rassemblez les attestations de tiers qui ont vu ces résultats. Ce faisceau de preuves servira devant le juge des référés, qui statue vite mais n’accorde que ce qui est démontré avec précision. Le dossier CNIL et le dossier judiciaire procèdent ainsi d’une même discipline : des demandes écrites, des délais comptés, des réponses conservées, des résultats constatés.

II. Faire trancher le litige par le juge et obtenir réparation du préjudice

A. Saisir le juge d’une demande ciblée et démontrer concrètement que votre droit prime

Toute personne peut former un recours juridictionnel effectif contre un responsable de traitement, et le règlement européen réserve cette action aux juridictions de l’État membre où le responsable est établi ou de celui où réside la personne concernée. En France, le contentieux du déréférencement contre l’exploitant du moteur relève du juge judiciaire, le plus souvent saisi en référé pour obtenir rapidement la suppression des résultats. Le référé suppose de caractériser, sur le fondement de l’article 835 du code de procédure civile (article 809 dans sa rédaction applicable aux litiges jugés en 2018 et 2019), soit un trouble manifestement illicite, soit une obligation non sérieusement contestable. Cette exigence façonne toute la demande : le juge des référés, juge de l’évidence, n’ordonne que des mesures précises, sur des liens précisément identifiés, après avoir vérifié lui-même l’équilibre des droits en présence.

La méthode que le juge doit suivre est fixée depuis l’arrêt de la première chambre civile du 14 février 2018. Dans cette affaire, un particulier avait obtenu en appel non seulement la suppression de deux liens déterminés, mais aussi une injonction générale ordonnant à Google de supprimer, sous astreinte, tout lien futur que l’intéressé signalerait comme attentatoire à sa vie privée. La Cour de cassation a censuré cette injonction générale : « la juridiction saisie d’une demande de déréférencement est tenue de porter une appréciation sur son bien-fondé et de procéder, de façon concrète, à la mise en balance des intérêts en présence ». Autrement dit, le juge ne peut pas déléguer au demandeur le tri des liens à supprimer ni conférer un caractère automatique à l’effacement : chaque adresse doit être examinée, et la suppression de chacune doit résulter d’une balance entre, d’un côté, l’intérêt des internautes à accéder à l’information et, de l’autre, vos droits au respect de la vie privée, protégé par l’article 9 du code civil, et à la protection de vos données. Retenez la leçon pour votre assignation : listez chaque URL litigieuse, expliquez pour chacune en quoi son association à votre nom est fautive, et bannissez les formules générales visant tout autre lien, image ou vidéo relatifs à l’affaire. Le tribunal judiciaire de Paris a appliqué exactement cette grille le 16 janvier 2024 en rejetant des demandes jugées imprécises et générales, et la cour d’appel de Paris a confirmé le 5 décembre 2024 en relevant que le trouble manifestement illicite n’était pas établi pour des faits connus et judiciairement établis relevant de l’information d’intérêt général.

Le contenu de la balance des intérêts mérite une attention égale. L’année suivante, le 27 novembre 2019, la Cour de cassation a censuré une cour d’appel qui avait rejeté une demande de déréférencement relative à une condamnation fiscale ancienne en se bornant à relever la pertinence professionnelle des données, l’intérêt du public et le rôle public de l’intéressé. La Haute juridiction a jugé que la cour aurait dû vérifier « sans vérifier ni constater que le droit à l’information du public présentait, au jour où elle statuait, un caractère prépondérant, nonobstant le caractère sensible des données en cause et la gravité » de l’atteinte aux droits fondamentaux résultant du traitement. Trois enseignements s’en dégagent pour votre dossier. D’abord, l’appréciation se fait au jour où le juge statue, pas au jour de la publication : le temps écoulé, l’évolution de votre situation et la perte d’actualité de l’information comptent. Ensuite, le caractère sensible des données et la gravité de l’atteinte pèsent lourd : données de santé, vie privée, infractions anciennes purgées ne se traitent pas comme des informations professionnelles courantes. Enfin, la qualité de personne exposée publiquement ne suffit pas à elle seule : encore faut-il que l’information en cause intéresse réellement le public aujourd’hui, au regard de votre rôle actuel, et pas seulement de votre passé.

Les affaires de presse illustrent concrètement cette balance. Le 3 juin 2026, la première chambre civile a rejeté le pourvoi d’un homme condamné au pénal en 2009 et 2011 qui demandait à un journal en ligne de supprimer l’article relatant sa condamnation, subsidiairement d’effacer ses nom et prénom, très subsidiairement de le désindexer des moteurs. La Cour a approuvé le rejet : l’article était licite, il rendait compte de faits judiciairement établis, et l’éditeur y avait ajouté la mention de l’infirmation partielle en appel. Cet arrêt, consultable sur Legifrance, ne ferme pas la porte du déréférencement : il vise l’éditeur du site, pas le moteur, et il rappelle que la suppression à la source d’un article de presse licite n’est pas de droit. Mais il éclaire votre stratégie contre le moteur : quand l’article source est licite et d’intérêt public, concentrez la demande sur l’association de votre nom aux résultats, démontrez la perte d’actualité et le préjudice actuel, et ne demandez au juge que des suppressions de liens précis, jamais la censure générale d’un sujet. À l’inverse, quand le contenu est inexact, incomplet ou trompeur, par exemple une condamnation présentée sans son issue favorable ou une dette soldée décrite comme impayée, l’inexactitude renforce puissamment la demande, à condition de la prouver par pièces : jugement définitif, attestation de paiement, rectificatif publié.

La portée territoriale du déréférencement obtenu constitue un dernier paramètre à intégrer. Saisi par le Conseil d’État, la Cour de justice a jugé le 24 septembre 2019, dans l’affaire ayant opposé Google à la CNIL, que le droit de l’Union n’impose pas au moteur un déréférencement mondial systématique : l’obligation s’applique aux versions du moteur correspondant aux États membres, assortie de mesures sérieusement dissuasives contre le contournement. Le Conseil d’État en a tiré les conséquences le 27 mars 2020 en annulant la délibération de la CNIL qui exigeait un déréférencement sur l’ensemble des noms de domaine : d’une part, une telle extension excéderait le champ du droit de l’Union et supposerait une mise en balance que la formation restreinte n’avait pas effectuée ; d’autre part, la portée du droit doit être appréciée version par version, au terme de cet examen concret. La décision est consultable sur Legifrance. Pour votre dossier, la conséquence est double : formulez votre demande pour les versions européennes du moteur et vérifiez son exécution depuis la France, sans exiger d’emblée un effacement mondial que le juge ne vous accorderait qu’au terme d’une démonstration spécifique ; et si votre activité ou votre réputation se joue hors d’Europe, documentez ce rayonnement pour justifier une protection élargie.

B. Chiffrer le préjudice, conserver les preuves et articuler les responsabilités

Obtenir la suppression des liens ne répare pas le passé : les mois ou les années pendant lesquels votre nom a renvoyé vers ce contenu ont pu détruire des opportunités, et ce préjudice se répare par des dommages et intérêts. Le règlement européen pose le principe sans détour : toute personne ayant subi un dommage matériel ou moral du fait d’une violation du règlement a le droit d’obtenir du responsable du traitement ou du sous-traitant réparation du préjudice subi. Le responsable qui a participé au traitement répond du dommage causé par la violation, et il ne s’exonère qu’en prouvant que le fait dommageable ne lui est nullement imputable. Quand plusieurs acteurs participent au même traitement, chacun répond du dommage dans sa totalité envers la victime, quitte à se retourner ensuite contre les autres à proportion de leurs parts de responsabilité. Ce régime ouvre des demandes substantielles : perte de chance d’embauche, contrats manqués, financement refusé, clientèle détournée, mais aussi préjudice moral tiré de l’exposition durable de votre vie privée ou d’une condamnation ancienne à chaque recherche sur votre nom.

La réparation suppose un préjudice prouvé, chiffré et relié au traitement litigieux. Constituez méthodiquement trois séries de pièces. Première série, la réalité et la durée de l’affichage : constats d’huissier ou captures techniques horodatées des résultats sur la requête de votre nom, répétés dans le temps pour établir la persistance après vos demandes ; copies de la demande au moteur, de sa réponse ou de son silence, de la plainte à la CNIL et de ses suites. Deuxième série, le lien avec votre dommage : courriels de recruteurs ou de partenaires faisant état de leurs recherches, refus motivés, attestations de proches ou de collègues ayant vu les résultats, statistiques de perte d’activité pour un indépendant, certificats médicaux si l’exposition a altéré votre santé. Troisième série, le chiffrage : bulletins de salaire du poste manqué, devis et contrats perdus, comptabilité de la baisse de chiffre d’affaires, barèmes de préjudice moral tirés de décisions comparables que votre conseil sélectionnera. Les juges parisiens sanctionnent les demandes floues par le rejet et condamnent le demandeur qui succombe aux dépens et à des indemnités de procédure sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, qui ont atteint plusieurs milliers d’euros : en 2024, le tribunal puis la cour d’appel ont ainsi condamné des demandeurs déboutés à verser 1 000 puis 4 000 euros au titre des frais irrépétibles. Ne saisissez le juge qu’avec un dossier complet, des liens précisément désignés et un préjudice documenté.

L’articulation des responsabilités entre l’éditeur et le moteur conditionne le succès de l’action en réparation. Dirigez chaque grief contre le bon défendeur : reprochez à l’éditeur la publication elle-même, son inexactitude ou son maintien malgré l’effacement dû ; reprochez au moteur le référencement persistant sur votre nom malgré une demande régulière. Quand la source a été supprimée mais que le résultat subsiste, la faute du moteur est en général la plus lisible : le traitement d’origine a cessé, aucun intérêt légitime ne justifie plus l’association de votre nom à une page fantôme ou à son cache. Quand l’article source est licite, la démonstration se déplace vers la balance des intérêts au jour du jugement : ancienneté, perte d’actualité, rôle actuel du demandeur, sensibilité des données, gravité de l’atteinte. Dans les deux cas, évitez d’assigner la filiale française dépourvue de pouvoir sur le traitement et visez l’exploitant du moteur, comme l’a rappelé le tribunal judiciaire de Paris en mettant Google France hors de cause. Si un prestataire technique, hébergeur, agence ou éditeur de logiciel, intervient dans la chaîne, faites préciser par écrit qui décide des finalités et des moyens : responsable et sous-traitant n’encourent pas les mêmes obligations, et cette qualification, souvent fixée par les contrats de prestations informatiques et de sous-traitance de données, détermine contre qui la réparation doit être demandée.

Enfin, anticipez les défenses que le moteur opposera systématiquement. Il invoquera la liberté d’expression et le droit du public à l’information, surtout pour des faits judiciaires ou des fonctions exercées publiquement ; répondez par l’actualité de l’intérêt public, la sensibilité des données et votre situation présente, pièces à l’appui. Il soutiendra que l’information reste accessible par d’autres requêtes et que le déréférencement serait inefficace ; répondez que le droit porte précisément sur la recherche par votre nom, qui concentre l’atteinte, et que la CNIL définit le déréférencement comme la rupture de cette association. Il plaidera la disproportion d’une suppression mondiale ; limitez votre demande aux versions européennes, sauf à démontrer un rayonnement international justifiant davantage. Il contestera le préjudice ; produisez le faisceau de preuves décrit plus haut. Chaque défense se traite par une pièce, chaque pièce renforce à la fois la demande de suppression et la demande indemnitaire.

En définitive, le déréférencement après l’effacement à la source n’est ni automatique ni illusoire : c’est un droit conditionné, qui se gagne par la précision des demandes, le respect des délais, la mise en balance concrète des intérêts et la preuve du préjudice. Les moteurs connaissent ces règles et filtrent les demandes sommaires ; la CNIL et les juges sanctionnent les dossiers approximatifs mais accueillent les dossiers rigoureux. Si votre nom renvoie encore vers un contenu supprimé, périmé ou disproportionné, agissez dans l’ordre : demande motivée au moteur avec adresses exactes, plainte à la CNIL en cas de refus ou de silence, puis action judiciaire ciblée assortie d’une demande de réparation chiffrée. À chaque étape, conservez tout, datez tout, chiffrez tout : c’est cette discipline probatoire qui transforme un sentiment d’injustice numérique en décision exécutoire.

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Votre nom apparaît encore dans Google alors que la page a été supprimée, ou un vieux contenu remonte à chaque recherche sur votre identité. Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris, examine votre dossier en numérique et données personnelles et vous indique la voie la plus rapide : demande au moteur, plainte devant la CNIL ou action devant le juge, avec réparation du préjudice.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».