Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

BODACC liquidation judiciaire : vérifier un client avant de livrer ou signer

Une annonce BODACC n’est pas seulement une information administrative. Pour une entreprise, elle peut changer la décision de livrer, de signer un devis, d’accorder un délai de paiement ou de poursuivre une relation commerciale.

Le réflexe devient d’autant plus utile que les procédures collectives se multiplient. Sur les annonces BODACC consultées entre le 19 et le 26 juin 2026, Paris concentrait 368 procédures collectives publiées, les Hauts-de-Seine 98 et le Val-de-Marne 52. Pour un fournisseur, un prestataire, un bailleur commercial ou une société de services, ces publications peuvent révéler qu’un client est entré en redressement judiciaire, qu’un plan vient d’être arrêté, ou qu’une liquidation judiciaire a été ouverte.

Le problème pratique est simple. Une entreprise peut encore apparaître active, répondre aux mails, demander une livraison urgente ou négocier un nouvel échéancier, alors qu’une annonce publiée au BODACC impose déjà de changer de méthode.

Il ne s’agit pas de refuser toute relation avec une entreprise en difficulté. Il s’agit de ne pas prendre une décision commerciale avec des informations incomplètes, dans un cadre de droit des affaires où le contrat, le paiement et la preuve doivent être alignés.

Que révèle une annonce BODACC en cas de redressement ou liquidation ?

Le BODACC publie les annonces civiles et commerciales, notamment les jugements d’ouverture de redressement judiciaire, de liquidation judiciaire, de sauvegarde, les plans de redressement, les conversions de procédure et certaines décisions relatives aux organes de la procédure.

Une annonce utile doit être lue en détail. Il faut vérifier la dénomination sociale, le numéro SIREN, le greffe, la juridiction, la date du jugement, la nature exacte de la procédure et l’identité du mandataire judiciaire ou du liquidateur.

La date de publication compte autant que la date du jugement. Pour un créancier, certains délais se déclenchent à compter de la publication au BODACC. L’article R. 622-24 du Code de commerce fixe ainsi le délai de déclaration de créance à deux mois à compter de la publication du jugement d’ouverture au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales.

Cette règle impose une lecture immédiate. Attendre que le client explique lui-même sa situation peut faire perdre plusieurs semaines. Or, dans une procédure collective, le calendrier n’est pas un détail.

Si le client est en redressement judiciaire, peut-on encore livrer ?

Oui, mais il faut distinguer ce qui est dû avant le jugement et ce qui naît après.

L’article L. 631-1 du Code de commerce définit le redressement judiciaire comme une procédure ouverte au débiteur en cessation des paiements et destinée à permettre la poursuite de l’activité, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif. Le redressement n’est donc pas une fermeture automatique de l’entreprise. Des commandes peuvent encore être passées, des prestations peuvent encore être réalisées et des contrats peuvent encore être poursuivis.

Mais l’ouverture de la procédure modifie la logique du risque. L’article L. 622-21 du Code de commerce interrompt ou interdit les actions en paiement relatives aux créances antérieures, ainsi que les procédures d’exécution. La facture ancienne ne se traite donc plus comme une facture ordinaire.

Pour une livraison nouvelle, la question devient différente. L’article L. 622-17 du Code de commerce prévoit que les créances nées régulièrement après le jugement d’ouverture, pour les besoins du déroulement de la procédure ou de la période d’observation, ou en contrepartie d’une prestation fournie au débiteur pendant cette période, sont payées à leur échéance.

En pratique, il faut donc demander avant de livrer :

  1. si la commande est postérieure au jugement d’ouverture ;
  2. si elle est nécessaire à la poursuite de l’activité ;
  3. qui valide la commande, surtout lorsqu’un administrateur judiciaire a été désigné ;
  4. quelles conditions de paiement sont acceptées ;
  5. si les anciennes factures doivent être déclarées séparément au passif.

Une erreur fréquente consiste à mélanger l’ancien et le nouveau. Le fournisseur accepte de continuer à livrer parce que le client promet de payer une ancienne dette en même temps que la nouvelle commande. Ce mélange peut créer une difficulté sérieuse. Les dettes antérieures obéissent à la discipline collective. Les prestations postérieures doivent être sécurisées par des conditions claires.

Si le client est en liquidation judiciaire, le risque change de nature

La liquidation judiciaire n’a pas la même fonction que le redressement. Elle intervient lorsque le redressement apparaît impossible ou lorsque l’activité doit être arrêtée, sauf poursuite temporaire autorisée.

L’article L. 641-3 du Code de commerce prévoit que le jugement de liquidation judiciaire produit notamment les effets des articles L. 622-21 et L. 622-22. Les créanciers doivent déclarer leurs créances au liquidateur selon les règles de la déclaration de créance.

Pour un fournisseur, cela signifie qu’une livraison après liquidation ne doit jamais être traitée comme une simple commande tardive. Il faut vérifier si l’activité est poursuivie, si le liquidateur ou l’administrateur autorise l’opération, et si la prestation répond à un besoin réel de la procédure.

Si aucune poursuite d’activité n’existe, la prudence commande de ne pas livrer sans cadre écrit. La société peut encore avoir un site actif, une adresse mail fonctionnelle et des interlocuteurs commerciaux. Cela ne suffit pas.

Une annonce de liquidation judiciaire doit aussi déclencher une revue des contrats en cours. Les abonnements, prestations récurrentes, locations, licences, maintenances et contrats de fourniture peuvent produire des créances postérieures ou antérieures selon leur date et leur cause. Le traitement n’est pas le même.

Que faire si le BODACC révèle une procédure après une facture impayée ?

Si la facture est antérieure au jugement d’ouverture, il faut sortir de la logique relance. L’article L. 622-24 du Code de commerce impose aux créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d’ouverture d’adresser leur déclaration au mandataire judiciaire. La créance doit être déclarée même si elle n’est pas encore établie par un titre, et les créances non définitivement chiffrées doivent être évaluées.

Le délai de droit commun est de deux mois à compter de la publication au BODACC. Passé ce délai, le créancier s’expose à une forclusion et devra envisager un relevé de forclusion, dont l’issue dépendra des circonstances.

Nous avons traité le recouvrement après ouverture de procédure dans un article dédié : client en redressement ou liquidation judiciaire et facture impayée. Ici, le réflexe est plus en amont : mettre le BODACC dans le circuit de décision commerciale avant que le litige ne se forme.

Concrètement, lorsqu’une annonce apparaît, il faut rassembler la facture, le bon de commande, le bon de livraison, les échanges sur les délais, les conditions générales, les éventuelles clauses de réserve de propriété et les garanties obtenues. La déclaration de créance ne doit pas être un formulaire rempli à la hâte. Elle doit permettre au mandataire de comprendre le fondement, le montant et les accessoires de la créance.

Faut-il suspendre les livraisons dès qu’une annonce BODACC apparaît ?

Pas automatiquement.

Une suspension brutale peut elle-même créer un contentieux si le contrat est en cours, si la prestation reste utile à l’activité et si aucune clause ne permet d’arrêter immédiatement. L’article L. 622-13 du Code de commerce encadre les contrats en cours et interdit qu’une résiliation résulte du seul fait de l’ouverture d’une procédure de sauvegarde, règle applicable au redressement judiciaire.

La bonne méthode consiste à qualifier la situation avant d’agir.

Si la commande est nouvelle, l’entreprise peut demander un paiement comptant, une validation écrite de l’organe compétent, une limitation de l’encours ou une livraison fractionnée. Si le contrat est ancien, elle doit vérifier s’il est poursuivi, à quelles conditions, et si les prestations postérieures seront payées à l’échéance.

La Cour de cassation a déjà rappelé, dans une affaire de compte bancaire nanti, qu’un blocage de fonds pouvait vider de son sens le potentiel de la procédure de redressement judiciaire lorsqu’il empêchait l’entreprise de fonctionner faute de fonds disponibles (Cass. com., 22 janvier 2020, n° 18-21.647, publié au Bulletin, lien officiel). Cette décision ne donne pas carte blanche au débiteur. Elle rappelle surtout que les réflexes unilatéraux doivent être maniés avec prudence dans une procédure collective.

Pour un fournisseur, cela signifie qu’il faut sécuriser, pas improviser. Le bon réflexe n’est pas toujours de couper la relation. Le bon réflexe est d’obtenir un cadre écrit et de séparer l’ancien passif des nouvelles opérations.

Les signaux à vérifier avant de signer avec un client ou fournisseur

Avant une livraison importante, un contrat long, un délai de paiement ou une prestation à forte mobilisation, la vérification BODACC doit être croisée avec d’autres signaux.

Le numéro SIREN doit correspondre exactement à l’entité contractante. Beaucoup d’erreurs viennent d’un groupe de sociétés où le commercial parle au nom d’une enseigne, tandis que le contrat engage une filiale différente.

La nature de l’annonce doit ensuite être isolée. Un plan de redressement arrêté ne signifie pas la même chose qu’une ouverture de redressement judiciaire, une conversion en liquidation judiciaire ou une liquidation avec poursuite d’activité.

Il faut aussi identifier le tribunal et l’organe de la procédure. À Paris et en Île-de-France, les annonces peuvent relever du tribunal des activités économiques de Paris ou de tribunaux de commerce du ressort, selon le siège social. Cette information conditionne les échanges avec le mandataire, la déclaration de créance et la compréhension du calendrier.

Enfin, la décision commerciale doit être adaptée au montant engagé. Un contrat de 800 euros payable d’avance ne soulève pas les mêmes risques qu’une prestation de 40 000 euros payable à 60 jours fin de mois. Plus l’encours est élevé, plus il faut documenter la validation, les conditions de paiement, les garanties et les limites de livraison.

Paris et Île-de-France : pourquoi le réflexe BODACC est particulièrement utile

Le tissu économique francilien concentre beaucoup de sociétés de services, de commerces, de startups, de holdings et de prestataires B2B. Les relations commerciales y sont rapides, souvent dématérialisées, et parfois conclues sans rencontre physique.

Dans ce contexte, une recherche BODACC avant livraison peut éviter plusieurs erreurs :

  1. livrer une société déjà placée en liquidation judiciaire sans vérifier la poursuite d’activité ;
  2. accorder un nouveau délai de paiement à une société entrée en redressement sans traiter les anciennes factures ;
  3. continuer une prestation récurrente sans identifier l’administrateur ou le mandataire ;
  4. oublier le délai de deux mois pour déclarer une créance ;
  5. signer avec une société du même groupe mais pas avec la bonne entité solvable.

Pour une entreprise parisienne ou francilienne, ce contrôle doit devenir un réflexe au même titre que la vérification du Kbis, du SIREN, du pouvoir du signataire et des conditions générales.

Les pièces à réunir avant d’appeler un avocat

Pour agir vite, il faut transmettre un dossier court mais complet.

Les pièces prioritaires sont le devis ou contrat, les bons de commande, les bons de livraison, les factures, les relances, les conditions générales, les échanges sur le paiement, les éventuelles garanties, l’extrait BODACC, le Kbis ou la fiche INPI, et l’identité exacte de l’interlocuteur qui demande la poursuite de la relation.

Si le client demande une nouvelle livraison, il faut ajouter le montant de l’encours actuel, le montant de la nouvelle commande, la marge exposée, les délais de fabrication, les biens déjà préparés et les possibilités de suspendre ou fractionner l’exécution.

Si la créance est déjà impayée, il faut aussi vérifier la date du jugement, la date de publication BODACC, le nom du mandataire judiciaire ou du liquidateur, et la date limite de déclaration.

Conclusion

Une annonce BODACC ne dit pas seulement qu’un client ou fournisseur traverse une difficulté. Elle impose une méthode.

Avant de livrer, il faut vérifier la nature de la procédure, la date du jugement, la date de publication, l’organe compétent et la qualification des créances anciennes ou nouvelles.

Après une facture impayée, il faut déclarer la créance dans le délai utile et ne pas poursuivre une action en paiement comme si aucune procédure collective n’avait été ouverte.

Le bon objectif n’est pas de rompre systématiquement la relation commerciale. C’est de décider avec les bons documents, les bons interlocuteurs et un risque mesuré.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier.

Vous avez découvert une annonce BODACC concernant un client, un fournisseur ou un partenaire commercial. Le cabinet peut analyser la procédure, les délais et les actions utiles dans le cadre d’une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet.

Appelez le 06 46 60 58 22 ou utilisez le formulaire de contact du cabinet.

À Paris et en Île-de-France, nous pouvons vérifier la procédure, préparer une déclaration de créance, cadrer la poursuite d’un contrat ou sécuriser une décision de livraison.

Envoyez vos pièces. Recevez une stratégie.

Transmettez les pièces de votre dossier au cabinet. Maître Reda KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse stratégique.

Première analyse : 80 € TTC
Réponse personnelle sous 24 h
100 % confidentiel
Jusqu’à 1 Go de pièces

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».