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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Non-dépôt des comptes annuels : que faire si le greffe ou le parquet vous relance en 2026 ?

Un dirigeant qui n’a pas déposé les comptes annuels de sa société peut recevoir une relance du greffe, une demande de régularisation ou un courrier du parquet. Le risque n’est pas seulement administratif. Il peut devenir pénal, procédural et commercial.

En 2026, le sujet revient au premier plan pour trois raisons. Le dépôt des comptes reste une obligation annuelle. Les formalités passent désormais très largement par les canaux dématérialisés ou par le greffe compétent. Surtout, la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique a replacé les obligations déclaratives des entreprises au centre de l’actualité des dirigeants.

Si vous avez reçu un courrier, il ne faut pas répondre par une explication vague. Il faut vérifier la date d’approbation, le type de société, les pièces déposables, la possibilité de confidentialité, puis produire un justificatif de régularisation.

L’erreur fréquente consiste à croire qu’un dépôt tardif se règle seulement par le paiement de frais de greffe. Ce n’est pas exact. Le président du tribunal de commerce peut être saisi. Une injonction sous astreinte peut suivre. Le dirigeant peut aussi être exposé à une amende en cas de non-dépôt.

Qui doit déposer les comptes annuels ?

Les sociétés commerciales sont les premières concernées : SARL, EURL, SAS, SASU, SA, certaines SNC et sociétés par actions.

Le principe est simple. Après l’approbation des comptes, la société doit déposer au greffe les comptes annuels et les documents annexes exigés par le Code de commerce.

Pour les SARL, l’article L. 232-22 du Code de commerce impose notamment le dépôt des comptes annuels, de la proposition d’affectation du résultat et de la résolution d’affectation votée. Pour les sociétés par actions, l’article L. 232-23 prévoit un mécanisme comparable, avec des pièces propres aux sociétés concernées.

Le délai dépend du mode de dépôt.

Lorsque le dépôt est fait au greffe en format papier ou sur place, il doit intervenir dans le mois qui suit l’approbation des comptes.

Lorsque le dépôt est effectué par voie électronique, le délai est porté à deux mois après cette approbation.

Il faut donc commencer par une question très concrète : à quelle date les comptes ont-ils été approuvés ? Sans cette date, on ne sait pas calculer correctement le retard.

Que faire dès réception d’un courrier du greffe ou du parquet ?

La première action consiste à identifier la nature exacte du courrier.

Une simple demande de régularisation n’appelle pas la même réponse qu’une injonction, une convocation ou un courrier du parquet mentionnant expressément le risque pénal.

Il faut ensuite réunir les pièces suivantes : les comptes annuels, le procès-verbal d’approbation ou la décision de l’associé unique, la décision d’affectation du résultat, les rapports exigés lorsqu’un commissaire aux comptes intervient, et le récépissé si un dépôt a déjà été tenté.

Si la société a essayé de déposer les comptes mais que la formalité a été rejetée, le rejet doit être conservé. Il peut expliquer le retard, surtout si le dirigeant corrige rapidement les anomalies.

La réponse doit être courte et vérifiable. Elle doit indiquer la date d’approbation des comptes, la date du dépôt ou du nouveau dépôt, le numéro de formalité lorsque celui-ci existe, et joindre le récépissé ou la preuve de transmission.

Une promesse de régularisation sans pièce jointe est faible. Un récépissé de dépôt est beaucoup plus utile.

Quelles sanctions en cas de non-dépôt ?

Service-Public rappelle que le non-dépôt expose le dirigeant à une amende pénale de 1 500 euros, portée à 3 000 euros en cas de récidive.

Ce risque pénal n’est pas le seul.

Le président du tribunal de commerce peut aussi ordonner au dirigeant de procéder au dépôt, éventuellement sous astreinte. Dans une société en tension, un associé, un créancier ou un partenaire peut exploiter l’absence de dépôt pour soutenir que la gestion manque de transparence.

Le défaut de dépôt peut donc produire trois effets pratiques.

D’abord, il déclenche une difficulté de conformité. La société apparaît comme négligente dans ses obligations déclaratives.

Ensuite, il peut ouvrir un angle contentieux. Un associé minoritaire peut s’en servir pour demander des comptes, contester la gouvernance ou appuyer une action en responsabilité.

Enfin, il peut abîmer la relation commerciale. Une banque, un fournisseur ou un acquéreur potentiel peut voir dans le non-dépôt un signal d’opacité.

Ce point est important en cession d’entreprise, en levée de fonds, en renouvellement bancaire ou en procédure de prévention des difficultés.

Le cas particulier des SAS : ne pas confondre approbation et dépôt

La Cour de cassation a rappelé en 2026 une nuance importante pour les SAS.

Dans un arrêt du 7 janvier 2026, publié au Bulletin, la chambre criminelle a jugé que le délai de dépôt prévu par l’article L. 232-23 ne court pas si les comptes n’ont pas été approuvés par l’assemblée générale des actionnaires.

La formule est nette : « le délai d’un mois […] n’a pas commencé à courir » lorsque les comptes n’ont pas été approuvés.

Cela ne signifie pas qu’un dirigeant de SAS peut ignorer ses comptes. Cela signifie seulement que l’analyse pénale doit être précise : il faut vérifier les statuts, la présence d’un associé unique, la convocation des associés et la date réelle d’approbation.

Nous avons consacré un article spécifique à ce point : non-dépôt des comptes annuels d’une SAS et approbation des comptes.

Pour une SARL, une autre décision de la chambre criminelle du 12 février 2025 rappelle que le seul retard dans la soumission des documents comptables à l’assemblée ne suffit pas toujours à caractériser l’infraction pénale de non-soumission. Là encore, la chronologie compte.

Le bon réflexe n’est donc pas de nier le retard. Le bon réflexe est de reconstruire juridiquement la séquence : établissement des comptes, convocation, approbation, dépôt, rejet éventuel, régularisation.

Peut-on demander la confidentialité des comptes ?

Certaines sociétés peuvent demander que tout ou partie de leurs comptes ne soit pas rendu public.

Cette option concerne notamment les micro-entreprises et certaines petites entreprises, sous conditions. Elle ne dispense pas du dépôt. Elle permet seulement de limiter la publicité de certaines informations.

Il faut donc distinguer deux sujets.

Le premier est le dépôt lui-même. Il demeure obligatoire lorsque la société entre dans le champ du Code de commerce.

Le second est la publicité des documents. Selon la taille et la forme de la société, une déclaration de confidentialité peut être jointe au dépôt.

Beaucoup de dirigeants retardent le dépôt parce qu’ils ne veulent pas rendre publics leurs chiffres. C’est une mauvaise stratégie. Il vaut mieux vérifier si la confidentialité est possible et déposer correctement, plutôt que laisser le dossier devenir contentieux.

Que faire si les comptes ne sont pas prêts ?

Si les comptes ne sont pas prêts, il faut traiter la cause du blocage.

Si le problème vient de l’expert-comptable, il faut obtenir un calendrier écrit et récupérer les pièces déjà disponibles.

Si le problème vient d’un conflit entre associés, il faut vérifier les statuts, les règles de convocation et les majorités applicables. Le dépôt ne doit pas être paralysé sans stratégie.

Si le problème vient d’une anomalie comptable, il faut documenter l’anomalie, corriger les comptes, puis conserver la preuve de la correction.

Si la société connaît des difficultés financières, le sujet peut dépasser le simple dépôt des comptes. Un retard massif, des comptes non approuvés et une trésorerie dégradée peuvent imposer d’analyser la cessation des paiements, la conciliation ou une procédure collective.

Dans ce cas, le dirigeant doit éviter deux erreurs : déposer des comptes qu’il sait inexacts ou ignorer un courrier officiel en pensant gagner du temps.

Paris et Île-de-France : quel canal vérifier ?

Pour une société immatriculée à Paris ou en Île-de-France, le greffe compétent dépend du siège social.

Le dirigeant doit vérifier le ressort du tribunal de commerce, l’état de la formalité et la cohérence entre le procès-verbal d’approbation et les documents transmis.

En pratique, les dossiers les plus sensibles sont ceux où plusieurs années n’ont pas été déposées. La réponse doit alors classer les exercices un par un : comptes établis, comptes approuvés, comptes déposés, comptes rejetés, comptes manquants.

Cette méthode permet de répondre proprement à une relance et d’éviter une réponse générale qui ne prouve rien.

Les pièces à préparer avant de répondre

Avant d’écrire au greffe, au parquet ou à un associé qui vous met en cause, préparez les documents suivants.

Il faut d’abord les statuts à jour, car ils peuvent prévoir des règles particulières d’approbation dans une SAS.

Il faut ensuite les procès-verbaux ou décisions d’associé unique pour chaque exercice concerné.

Il faut aussi les comptes annuels complets, les décisions d’affectation du résultat, les rapports nécessaires, les récépissés de dépôt ou les messages de rejet.

Enfin, il faut conserver les échanges avec l’expert-comptable et les associés. Ils peuvent expliquer un retard, établir une obstruction ou montrer que le dirigeant a tenté de régulariser.

La stratégie utile : régulariser, puis sécuriser la réponse

Dans la plupart des cas, la priorité est la régularisation.

Mais régulariser ne suffit pas toujours. Il faut aussi sécuriser la réponse, surtout si le courrier mentionne le parquet, une injonction, une astreinte ou des poursuites possibles.

La réponse doit éviter les aveux inutiles. Elle doit rester factuelle : date d’approbation, pièces déposées, récépissé, difficulté rencontrée, correction accomplie.

Si plusieurs exercices sont concernés, un tableau chronologique est souvent plus efficace qu’une longue lettre.

Si le retard révèle un conflit de gouvernance ou une difficulté financière, il faut traiter ce sujet séparément. Le dépôt des comptes n’est alors que le symptôme visible d’un problème plus large.

Pour un accompagnement plus global en droit des sociétés et contentieux commercial, vous pouvez consulter notre page droit des affaires.

Sources utiles

Les règles de dépôt sont détaillées par Service-Public sur la page dépôt des comptes annuels d’une société.

Les articles L. 232-22 et L. 232-23 du Code de commerce sont accessibles sur Legifrance : SARL et dépôt des comptes ; sociétés par actions et dépôt des comptes.

La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique est publiée sur Legifrance.

La décision de la Cour de cassation du 7 janvier 2026, n° 24-83.864, est consultable sur le site de la Cour de cassation.

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Vous pouvez appeler le 06 46 60 58 22 ou utiliser le formulaire de contact du cabinet.

À Paris et en Île-de-France, nous pouvons vérifier le ressort compétent, les délais de régularisation et la réponse à adresser au greffe, au parquet ou aux associés.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».