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Sanction DGCCRF Shein : ce que les e-commerçants doivent corriger tout de suite

La nouvelle sanction prononcée par la DGCCRF contre Shein remet un sujet très concret au centre du commerce en ligne : un site peut avoir des prix attractifs, des volumes importants et une logistique performante, tout en s’exposant à un risque majeur si le tunnel de commande, le droit de rétractation ou les informations remises au client ne sont pas conformes.

Le 3 juin 2026, la DGCCRF a annoncé deux amendes administratives visant des sociétés liées à l’exploitation du site fr.shein.com. Les manquements relevés portent notamment sur le droit de rétractation, les informations environnementales relatives à certains produits textiles et les confirmations de commande envoyées aux consommateurs. Pour une entreprise française de e-commerce, une marketplace, une marque qui vend en direct ou un vendeur tiers, l’intérêt de cette actualité n’est pas de commenter Shein. Il est de vérifier immédiatement ses propres pratiques.

La difficulté est fréquente : le site affiche des conditions générales, le client reçoit un e-mail, le service après-vente répond aux demandes, mais certaines mentions obligatoires sont absentes, trop difficiles à trouver ou seulement disponibles dans le compte client. Or, en vente à distance, l’information doit être claire, complète et conservable par le consommateur.

Ce que la DGCCRF reproche dans ce type de dossier

Dans sa communication officielle, la DGCCRF indique avoir sanctionné le non-respect du droit de rétractation, une information défaillante sur la qualité environnementale de certains produits et des confirmations de commande non conformes.

Le premier point touche à la capacité du client à changer d’avis. En principe, le consommateur dispose d’un droit de rétractation de 14 jours pour une vente à distance, sauf exceptions prévues par la loi. Le professionnel doit informer le client de l’existence ou de l’absence de ce droit, expliquer les modalités pratiques, fournir le formulaire utile et ne pas créer d’obstacle artificiel à son exercice.

Le deuxième point concerne l’information environnementale. Pour certains produits, notamment textiles, des obligations spécifiques existent sur la traçabilité, les caractéristiques environnementales ou la présence de microfibres plastiques. Une fiche produit incomplète peut donc devenir un sujet de contrôle, surtout lorsqu’elle concerne de nombreux produits ou des ventes massives.

Le troisième point est souvent sous-estimé : l’e-mail de confirmation de commande. La DGCCRF vise l’absence de mentions obligatoires telles que le prix du bien, la date ou le délai de livraison, l’identité et les coordonnées du vendeur, les garanties légales, le médiateur, le formulaire de rétractation et les informations relatives à ce droit.

Pour un site marchand, cela signifie que la conformité ne se limite pas à la page produit ou aux CGV. Elle doit suivre tout le parcours : fiche produit, panier, bouton de paiement, validation, e-mail de confirmation, espace client, facture, service client et gestion des retours.

Le droit de rétractation ne doit pas être seulement écrit dans les CGV

Beaucoup de sites pensent être protégés parce qu’une clause de rétractation figure dans leurs conditions générales. C’est insuffisant si le client ne reçoit pas une information utile au bon moment.

Avant la commande, le client doit savoir s’il dispose ou non d’un droit de rétractation. Si le produit relève d’une exception, par exemple un bien confectionné selon les spécifications du consommateur, cette exception doit être expliquée clairement. Une formule générale du type « aucun retour possible » est dangereuse si elle ne correspond pas aux exceptions légales.

Après la commande, le client doit recevoir une confirmation sur support durable. En pratique, l’e-mail de confirmation est l’outil le plus simple. Mais il ne doit pas être un simple message de type « votre commande est validée ». Il doit contenir, ou reprendre de manière accessible et conservable, les informations essentielles permettant au client de prouver ce qu’il a acheté, à quel prix, auprès de quel vendeur, avec quel délai de livraison et avec quelles garanties.

Un lien vers un compte client peut aider, mais il ne remplace pas toujours une information remise sur support durable. Le risque apparaît lorsque les informations peuvent être modifiées après coup, disparaître, devenir inaccessibles ou imposer au client une recherche complexe.

La confirmation de commande doit être auditée ligne par ligne

Le réflexe utile consiste à prendre une commande test et à lire l’e-mail comme le ferait un agent de contrôle.

L’e-mail mentionne-t-il le prix total ? Le prix du bien est-il distingué des frais de livraison ? La date ou le délai de livraison est-il indiqué ? L’identité du vendeur est-elle claire, surtout lorsque le site fonctionne en marketplace ? Les coordonnées du vendeur sont-elles accessibles ? Les garanties légales sont-elles mentionnées ? Le client sait-il comment saisir un médiateur de la consommation ? Le formulaire de rétractation est-il fourni ou facilement utilisable ? Les conditions de retour sont-elles cohérentes avec les informations données avant paiement ?

Il faut aussi vérifier le bouton de commande. Pour un contrat conclu en ligne, le bouton qui déclenche l’achat doit indiquer sans ambiguïté que la commande implique un paiement. Une mention du type « commande avec obligation de paiement » ou une formule équivalente est attendue. Un bouton trop vague peut fragiliser la vente.

Enfin, la page de paiement doit éviter les coûts surpris : frais de livraison, abonnement, frais de traitement, garanties payantes, options précochées, limitation de retour ou frais de renvoi doivent être visibles avant l’engagement du consommateur.

Marketplace : l’identité du vendeur est un point sensible

La sanction Shein rappelle aussi un point important pour les marketplaces : le consommateur doit comprendre qui lui vend réellement le produit.

Quand une plateforme mélange ses propres ventes, des vendeurs affiliés, des vendeurs étrangers ou des sociétés du même groupe, l’information peut devenir floue. Or cette flou crée un risque juridique. En cas de litige, le client doit savoir contre qui exercer son droit de rétractation, à qui demander le remboursement, qui supporte les garanties légales et quel service client est compétent.

Pour l’exploitant de marketplace, le sujet ne se limite pas aux CGV générales. Il faut vérifier les fiches vendeurs, les pages produits, les confirmations de commande, les factures, les e-mails de retour, les pages de médiation et les documents transmis après paiement.

Pour le vendeur tiers, il faut vérifier que la marketplace ne diffuse pas une information inexacte sur son identité, ses délais, ses garanties ou ses modalités de retour. Le vendeur qui découvre un écart doit le signaler par écrit et conserver la trace, car le contrôle peut porter sur la réalité du parcours client.

Les informations environnementales ne sont pas un argument marketing libre

Le commerce en ligne vend de plus en plus de produits avec des arguments environnementaux : matières recyclées, impact réduit, traçabilité, fabrication responsable, produit durable, faible empreinte, seconde vie. Ces mentions doivent être vérifiables.

Pour certains produits, l’entreprise doit fournir des informations précises. Pour les textiles, l’information sur les microfibres plastiques peut devenir obligatoire lorsque les conditions légales sont réunies. Si la fiche produit ne contient pas cette information, ou si elle la dissimule dans une page générique difficile à retrouver, l’entreprise s’expose à un grief.

Le danger ne vient pas seulement du mensonge grossier. Il vient aussi du parcours incomplet : une équipe marketing ajoute un pictogramme, une équipe produit importe une description fournisseur, une équipe technique supprime une ligne dans le template, et le site se retrouve avec des centaines de fiches non conformes.

L’audit doit donc porter sur les catégories de produits, les seuils applicables, les fournisseurs, les données disponibles, la preuve documentaire et l’affichage au consommateur.

Que faire si votre site e-commerce n’est pas conforme

La première action consiste à bloquer les formulations manifestement fausses ou trop absolues : « retour impossible », « aucun remboursement », « garantie non applicable », « délai indicatif sans engagement » ou « vendeur non responsable » sont des signaux à relire immédiatement.

La deuxième action consiste à corriger le tunnel de commande. Il faut vérifier les pages produit, le panier, le bouton de paiement, la page de validation et l’e-mail envoyé après achat. Chaque étape doit être cohérente avec les autres.

La troisième action consiste à documenter les modifications. En cas de contrôle, il ne suffit pas de dire que le site a été corrigé. Il faut pouvoir produire les anciennes versions, les dates de correction, les captures d’écran, les tickets techniques, les nouvelles CGV, les e-mails types et les procédures internes.

La quatrième action consiste à former le service client. Un droit de rétractation mal expliqué par le support peut aggraver le dossier. Si un conseiller répond qu’un client ne peut pas annuler alors que la loi le permet, cette réponse devient une pièce.

La cinquième action consiste à traiter les vendeurs tiers. Une marketplace doit prévoir un processus de contrôle, de correction et de suspension si un vendeur ne fournit pas les informations nécessaires ou si ses produits posent un risque.

En cas de contrôle DGCCRF, la réponse doit être organisée

Un contrôle DGCCRF se prépare comme un dossier de preuve. L’entreprise doit identifier les demandes, réunir les captures du parcours client, produire les CGV applicables, transmettre les e-mails types, expliquer les rôles entre plateforme, vendeur et prestataire logistique, puis montrer les corrections déjà engagées.

La réponse doit être factuelle. Il est rarement utile de minimiser ou de contester par principe. Si une mention manque, il faut l’admettre, la corriger et expliquer depuis quand le problème existe. Si l’entreprise estime que la DGCCRF se trompe, il faut produire un raisonnement juridique précis, avec les textes, les pages concernées et les preuves techniques.

Le dirigeant doit aussi mesurer le risque réputationnel. Une sanction publique peut créer un effet commercial immédiat : perte de confiance, questions de partenaires, demandes de consommateurs, rupture de référencement marketplace, blocage de paiement par un prestataire ou pression d’une association de consommateurs.

Paris et Île-de-France : les contrôles touchent aussi les PME

À Paris et en Île-de-France, beaucoup de PME vendent en ligne sans se considérer comme des acteurs structurés du e-commerce : boutiques physiques avec site marchand, marques de mode, produits de beauté, accessoires, livraison locale, abonnements, marketplaces de niche, vente via réseaux sociaux ou applications.

Ces entreprises sont pourtant concernées. Dès qu’un consommateur commande à distance, les règles de vente en ligne s’appliquent. Le fait de vendre peu, de sous-traiter le site ou d’utiliser une plateforme technique ne dispense pas de vérifier le parcours client.

Pour une PME, l’audit le plus rentable est souvent court : une commande test, une lecture des CGV, une revue de l’e-mail de confirmation, une vérification du formulaire de rétractation, un contrôle des fiches produits sensibles et une procédure de réponse au contrôle. Ce travail peut éviter une sanction, mais aussi réduire les litiges clients.

Les pièces à préparer

Pour sécuriser un site marchand, réunissez les CGV en vigueur, les modèles d’e-mails envoyés après commande, les captures du tunnel d’achat, les fiches produits sensibles, les conditions de retour, la procédure de remboursement, les mentions relatives aux garanties légales, le médiateur de la consommation, les informations sur les vendeurs tiers, les contrats marketplace et les documents fournisseurs relatifs aux caractéristiques environnementales.

Si un contrôle est déjà engagé, ajoutez les courriers de la DGCCRF, les procès-verbaux ou demandes d’information, les échanges avec les prestataires techniques, les preuves de correction, les statistiques de commandes concernées et les réclamations clients éventuelles.

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Pour aller plus loin, vous pouvez consulter la page droit des affaires à Paris et l’article du cabinet sur RappelConso et la responsabilité du vendeur marketplace.

Sources utiles : DGCCRF, sanction Shein pour de nouveaux manquements, DGCCRF, règles entre professionnels et consommateurs en e-commerce, Service-Public Entreprendre, faire du commerce en ligne.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».