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L’evolution des procedures UDRP devant l’OMPI : la resolution extrajudiciaire des litiges de noms de domaine a l’epreuve du droit francais des marques

L’evolution des procedures UDRP devant l’OMPI : la resolution extrajudiciaire des litiges de noms de domaine a l’epreuve du droit francais des marques

I. La consolidation du cadre procedural UDRP par l’Organisation mondiale de la propriete intellectuelle

A. Le mecanisme originaire et sa logique de subsidiarite

La resolution des litiges relatifs aux noms de domaine constitue, depuis l’adoption des principes directeurs de l’ICANN en 1999, un champ d’experimentation privilegie du reglement extrajudiciaire des differends en matiere de propriete intellectuelle. La procedure UDRP, dont l’acronyme designe l’Uniform Domain-Name Dispute Resolution Policy, offre aux titulaires de marques une voie de recours administrative et internationalisee, distincte du contentieux judiciaire classique, pour obtenir le transfert ou la radiation des noms de domaine enregistres de mauvaise foi [[L’UDRP a ete adoptee le 26 aout 1999 par l’ICANN et mise en uvre le 1er decembre 1999 pour les domaines generiques .com, .net et .org, https://www.icann.org/resources/pages/help/dndr/udrp-fr]].

Le champ d’application de cette procedure est circonscrit a trois conditions cumulatives que le requerant doit etablir. En premier lieu, le nom de domaine litigieux doit etre identique ou similaire au point de preter a confusion avec une marque de produits ou de services sur laquelle le requerant detient des droits. En deuxieme lieu, le titulaire du nom de domaine ne doit disposer d’aucun droit ni interet legitime a l’egard de ce nom. En troisieme lieu, le nom de domaine doit avoir ete enregistre et utilise de mauvaise foi. Ces conditions circonscrites constituent le socle sur lequel les centres d’arbitrage habilites, au premier rang desquels le Centre d’arbitrage et de mediation de l’OMPI, fondent leurs decisions administratives.

Par ailleurs, la procedure UDRP se distingue du contentieux judiciaire par sa nature administrative et non juridictionnelle. Les decisions rendues par les commissions administratives ne possedent pas l’autorite de la chose jugee et ne font pas obstacle a ce qu’une partie saisisse ulterieurement une juridiction etatique competente. Le reglement UDRP precise en son article 4(k) que la procedure administrative ne saurait empecher une partie de soumettre le differend a une juridiction competente avant, pendant ou apres la procedure administrative. Cette subsidiarite constitue un trait essentiel du dispositif, qui preserve la primaute du controle juridictionnel tout en offrant une alternative rapide et peu couteuse aux operateurs economiques confrontes a des actes de cybersquatting.

Le droit francais des marques, codifie au sein du Code de la propriete intellectuelle, offre un cadre juridique autonome pour la protection des signes distinctifs contre les usages illicites dans les noms de domaine. Aux termes de l’article L. 711-1 du Code de la propriete intellectuelle, la marque constitue un signe servant a distinguer les produits ou services d’une personne physique ou morale de ceux d’autres personnes [[Article L. 711-1 du Code de la propriete intellectuelle, https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000039381546]]. L’article L. 711-3 du meme code erige en motif relatif de nullite l’atteinte portee par une marque a un nom de domaine anterieur dont la portee n’est pas seulement locale, s’il existe un risque de confusion dans l’esprit du public [[Article L. 711-3 du Code de la propriete intellectuelle, https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000039381542]]. Ces dispositions, combinees a l’action en contrefacon et a l’action en concurrence deloyale de droit commun, forment un arsenal juridique substantiel que la procedure UDRP vient completer sans le supplanter.

B. Les innovations procedurales de 2025-2026 : acceleration et resolution precoce

Le 9 mars 2026, le Centre d’arbitrage et de mediation de l’OMPI a introduit un service facultatif de traitement accelere des plaintes UDRP, constitutif d’une evolution significative du cadre procedural applicable aux litiges de noms de domaine [[OMPI, lancement de la procedure UDRP acceleree, 9 mars 2026, https://www.wipo.int/amc/fr/domains/lessons/fasttrack.html]]. Desormais, un requerant peut solliciter, sous certaines conditions, que la decision administrative soit rendue dans un delai maximal de trente jours calendaires a compter du depot de la plainte, contre un delai moyen de soixante jours pour la procedure classique. Cette acceleration s’inscrit dans un contexte d’intensification des campagnes d’usurpation numerique et de harponnage, qui imposent aux titulaires de marques une reactivite accrue pour preserver l’integrite de leurs signes distinctifs dans l’environnement numerique.

La procedure acceleree est ouverte aux requerants qui invoquent exclusivement des marques enregistrees aupres d’un office national ou regional de propriete industrielle et qui limitent leur argumentation aux seuls motifs de l’article 4(a) des principes UDRP. Le defendeur ne peut solliciter de delai supplementaire et la commission administrative statue sur dossier ecrit, sans audience, dans le respect du contradictoire. Le mecanisme produit ainsi un effet dissuasif renforce a l’egard des cybersquatteurs, dont le modele economique repose precisement sur la lenteur presumee des procedures contentieuses.

Parallelement a cette innovation, l’OMPI a deploye un dispositif de resolution precoce applicable aux litiges dans lesquels le titulaire du nom de domaine se revele introuvable ou refuse de se manifester dans le cadre de la procedure. Dans cette hypothese, qualifiee de cas John Doe, la commission administrative peut statuer sans attendre l’expiration du delai de reponse du defendeur, des lors que les diligences raisonnables pour identifier et contacter ce dernier ont ete accomplies. Ce dispositif empeche les strategies dilatoires consistant a se soustraire deliberement a la procedure pour prolonger artificiellement l’indisponibilite du nom de domaine au profit du cybersquatteur.

Ces innovations traduisent une volonte institutionnelle d’adapter l’outil UDRP a l’evolution des pratiques frauduleuses tout en preservant les garanties fondamentales du contradictoire. Le succes quantitatif de la procedure UDRP atteste de son utilite operationnelle : selon les statistiques publiees par l’OMPI en 2025, le Centre d’arbitrage a administre plus de soixante-dix mille procedures depuis sa creation, avec un taux de succes en faveur des requerants superieur a quatre-vingts pour cent des decisions rendues. La France figure parmi les principaux pays utilisateurs de la procedure, aux cotes des Etats-Unis, de la Chine et de l’Allemagne, ce qui temoigne de l’appropriation de cet instrument par les operateurs economiques francais.

II. L’articulation entre la procedure UDRP et le contentieux judiciaire francais

A. La protection du nom de domaine par le droit francais des marques

La chambre commerciale de la Cour de cassation a, dans un arret du 26 mars 2025 publie au Bulletin, clarifie l’articulation entre les actions fondees sur la contrefacon de marque et celles fondees sur la concurrence deloyale a raison d’une atteinte a un nom commercial ou a un nom de domaine. Elle a juge que l’action en contrefacon et l’action en concurrence deloyale peuvent etre exercees simultanement a titre principal des lors que se trouve caracterisee au soutien de l’action en concurrence deloyale l’existence d’une faute relevant de faits distincts de ceux retenus au titre de la contrefacon [[Cass. com., 26 mars 2025, n 23-13.589, Publie, https://www.courdecassation.fr/decision/67e3a405dfcf522ee2c324f2]]. La Cour precise que le nom commercial et le nom de domaine se distinguent, par leur nature, des droits detenus sur une marque, le premier ayant pour objet d’identifier une entreprise et le second de permettre l’acces a un site internet. Des lors, un acte de concurrence deloyale peut resulter de l’atteinte fautive a un nom de domaine, lorsqu’il existe un risque de confusion entre les entreprises designees sous les noms commerciaux concernes ou entre les noms de domaine.

Cette jurisprudence, qui s’inscrit dans le sillage d’une ligne jurisprudentielle constante de la chambre commerciale, consolide l’autonomie conceptuelle du nom de domaine par rapport a la marque tout en maintenant la possibilite d’un cumul d’actions lorsque les faits incrimines sont distincts. La Cour de cassation rappelle neanmoins, conformement au principe de reparation integrale, que la victime ne peut obtenir une double indemnisation d’un prejudice deja repare au titre de la contrefacon [[Cass. com., 26 mars 2025, n 23-13.589, https://www.courdecassation.fr/decision/67e3a405dfcf522ee2c324f2]]. Cette precisation est d’un interet pratique considerable pour les titulaires de marques qui engagent simultanement une procedure UDRP et une action judiciaire : l’obtention du transfert du nom de domaine par la voie administrative ne fait pas obstacle a l’exercice ulterieur d’une action en concurrence deloyale devant le juge francais pour obtenir reparation des prejudices distincts nes de l’atteinte fautive.

La cour d’appel de Rennes, dans un arret du 1er juillet 2025, a egalement apporte un eclairage utile sur la nullite d’une marque pour atteinte a un nom de domaine anterieur et pour mauvaise foi du deposant. Statuant sur le fondement de l’article L. 714-3 du Code de la propriete intellectuelle, elle a prononce la nullite de la marque contestee apres avoir retenu que le demandeur a l’enregistrement avait agi de parfaite mauvaise foi en deposant une marque constituant la reproduction a l’identique d’un nom de domaine exploite de longue date par un tiers, alors qu’il connaissait cet usage anterieur pour avoir lui-meme beneficie de la visibilite offerte par le site internet correspondant [[CA Rennes, 3e ch. com., 1er juil. 2025, n 24/05280, https://www.courdecassation.fr/decision/6864bdf8cf476b3ae02585c7]]. La cour applique la grille d’analyse de la mauvaise foi deduite de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union europeenne, selon laquelle celle-ci est caracterisee lorsqu’il ressort d’indices pertinents et concordants que le titulaire de la marque a introduit la demande d’enregistrement non pas dans le but de participer de maniere loyale au jeu de la concurrence, mais avec l’intention de porter atteinte, d’une maniere non conforme aux usages honnetes, aux interets de tiers [[CJUE, 29 janvier 2020, Sky, C-371/18, https://curia.europa.eu/]].

Cet arret illustre de maniere topique la situation qu’entend prevenir la procedure UDRP : le detournement du droit des marques a des fins etrangeres a sa fonction essentielle d’indication d’origine, par le depot d’un signe reproduisant un nom de domaine anterieurement exploite. La cour insiste sur la necessite pour le requerant de justifier, au jour du depot de la marque contestee, de l’exploitation effective du nom de domaine et de sa portee non seulement locale, tant dans sa dimension geographique qu’economique. Les statistiques marketing, les factures de vente et l’attestation de l’Afnic produites en l’espece ont permis de satisfaire cette exigence probatoire.

Par ailleurs, la chambre commerciale de la Cour de cassation a, dans un arret du 18 mars 2026 egalement publie au Bulletin, opere un revirement de jurisprudence significatif en matiere de recevabilite des demandes nouvelles en cause d’appel dans le contentieux de la propriete intellectuelle. Elle a juge que lorsqu’elles reposent sur les memes faits, une action en contrefacon et une action en concurrence deloyale ou fondee sur le parasitisme tendent aux memes fins, a savoir l’interdiction de fabrication et de commercialisation d’un produit ou service et la reparation du prejudice subi du fait de cette commercialisation [[Cass. com., 18 mars 2026, n 24-17.016, Publie, https://www.courdecassation.fr/decision/69bad384cdc6046d471a6127]]. Il s’ensuit que la partie qui a introduit, en premiere instance, une action en contrefacon rejetee pour defaut de droit privatif est recevable a former, pour la premiere fois en appel, une demande en concurrence deloyale ou fondee sur le parasitisme, lorsque ces demandes reposent sur les memes faits.

Ce revirement, qui assouplit la jurisprudence anterieure de la chambre commerciale sur la distinction entre les actions en contrefacon et les actions en concurrence deloyale, renforce la position des titulaires de droits de propriete intellectuelle dans le contentieux judiciaire. En autorisant la formulation pour la premiere fois en appel d’une demande subsidiaire en concurrence deloyale apres le rejet en premiere instance de l’action principale en contrefacon, la Cour de cassation evite que le requerant ne soit contraint d’engager une nouvelle instance, avec les couts et les delais inherents a cette demarche. L’articulation entre la voie extrajudiciaire UDRP, rapide mais limitee au transfert du nom de domaine, et la voie judiciaire, plus longue mais susceptible d’indemniser integralement les prejudices subis, s’en trouve d’autant plus coherente.

B. La complementarite des voies de droit : UDRP, action en contrefacon et action en concurrence deloyale

La coexistence de la procedure UDRP et des actions judiciaires de droit interne ne saurait etre analysee en termes de concurrence normative. Ces deux ensembles proceduraux se completent et produisent, par leur interaction, un effet de dissuasion renforce a l’encontre des pratiques de cybersquatting. La procedure UDRP presente l’avantage de la rapidite, du cout modere et de l’execution quasi automatique des decisions de transfert, sans necessite d’exequatur. Les bureaux d’enregistrement accredites par l’ICANN sont contractuellement tenus de mettre en uvre les decisions des commissions administratives dans un delai de dix jours ouvres suivant leur notification, sous reserve de l’introduction d’une action judiciaire par le defendeur avant l’expiration de ce delai.

En contrepartie, la procedure UDRP est limitee dans son objet : elle ne peut aboutir qu’au transfert ou a la radiation du nom de domaine litigieux, a l’exclusion de toute condamnation a des dommages et interets. Le requerant qui entend obtenir reparation des prejudices economiques et moraux subis du fait de l’atteinte a sa marque doit donc necessairement emprunter la voie judiciaire. De meme, la procedure UDRP ne permet pas d’obtenir des mesures probatoires, telles que les saisies-contrefacon prevues aux articles L. 716-4-8 et suivants du Code de la propriete intellectuelle, qui constituent pourtant un prealable indispensable a l’etablissement de la preuve dans de nombreux contentieux de contrefacon en ligne.

La chambre commerciale de la Cour de cassation a, dans son arret du 26 juin 2024 publie au Bulletin et au Rapport annuel, rappele les conditions de la caracterisation du parasitisme economique, lequel est une forme de deloyaute, constitutive d’une faute au sens de l’article 1240 du code civil, qui consiste, pour un operateur economique, a se placer dans le sillage d’un autre afin de tirer indument profit de ses efforts, de son savoir-faire, de la notoriete acquise ou des investissements consentis [[Cass. com., 26 juin 2024, n 23-13.535 et 22-17.647, Publie au Bulletin et au Rapport, https://www.courdecassation.fr/decision/667baefceee23a0a3f11d24c]]. Il appartient a celui qui se pretend victime d’actes de parasitisme d’identifier la valeur economique individualisee qu’il invoque, ainsi que la volonte d’un tiers de se placer dans son sillage. Le savoir-faire et les efforts humains et financiers propres a caracteriser une valeur economique identifiee et individualisee ne peuvent se deduire de la seule longevite et du succes de la commercialisation du produit et, les idees etant de libre parcours, le seul fait de reprendre, en le declinant, un concept mis en uvre par un concurrent ne constitue pas, en soi, un acte de parasitisme.

Cette construction jurisprudentielle du parasitisme economique presente un interet direct pour le contentieux des noms de domaine. Le detournement d’un nom de domaine aux fins de capter la clientele d’un concurrent, en creant un risque de confusion ou d’association, entre dans les previsions de l’article 1240 du code civil et peut fonder une action en concurrence deloyale, independamment de l’action en contrefacon lorsque les conditions de cette derniere ne sont pas reunies. La cour d’appel de Bordeaux, dans un arret du 26 mai 2025, a ainsi juge que constitue un agissement parasitaire le fait pour un concurrent de reproduire sur son site internet des produits similaires en exploitant des associations visuelles identiques a celles de la societe demanderesse, generant un risque de confusion dans l’esprit de la clientele [[CA Bordeaux, 4e ch. com., 26 mai 2025, n 23/02341, https://www.courdecassation.fr/decision/68354be441b4a069865d03b4]].

En consequence, la strategie contentieuse d’un titulaire de marque confronte a une usurpation de nom de domaine gagne a etre concue de maniere integree, en combinant les atouts respectifs de la procedure UDRP et des actions judiciaires de droit interne. La saisine prioritaire du Centre d’arbitrage de l’OMPI permet d’obtenir, dans un delai de trente a soixante jours, le transfert du nom de domaine litigieux et, partant, de faire cesser l’atteinte immediate portee a la marque. L’introduction ulterieure d’une action en concurrence deloyale sur le fondement de l’article 1240 du code civil, assortie le cas echeant d’une action en contrefacon, offre la possibilite d’obtenir la reparation integrale des prejudices subis, dont l’evaluation peut etre facilitee par les constatations operees dans le cadre de la procedure administrative. La decision UDRP, qui constate l’identite ou la similarite des signes et l’absence de droits ou d’interets legitimes du defendeur, constitue un commencement de preuve utile dans le cadre de la procedure judiciaire subsequente, sans toutefois lier le juge saisi.

Les juridictions francaises n’ignorent pas l’existence et l’utilite de la procedure UDRP. La cour d’appel de Versailles, dans le cadre du contentieux oppose la societe Altrad a la societe Copac, a eu a connaitre de la coexistence entre une action en nullite de marque fondee sur un depot frauduleux et une action en concurrence deloyale pour debauchage de salaries et detournement de clientele, illustrant la complexite des litiges de propriete industrielle dans lesquels s’entrelacent les questions de validite des titres, de contrefacon et de comportements deloyaux [[CA Versailles, ch. com. 3-1, 10 dec. 2025, n 21/05747, https://www.courdecassation.fr/decision/693a65e83e607b3c2110e3f8]].

La chambre commerciale de la Cour de cassation a egalement rappele, dans un arret du 13 novembre 2025 publie au Bulletin, que la mauvaise foi du deposant d’une marque, condition de l’action en revendication et de l’action en nullite, ne necessite pas de viser un tiers en particulier pour etre constituee [[Cass. com., 13 nov. 2025, n 24-14.355, Publie, https://www.courdecassation.fr/decision/691597ab5cc9fa7cae5ac130]]. Cette conception extensive de la mauvaise foi, qui s’aligne sur la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union europeenne, rejoint la logique de la procedure UDRP, dans laquelle l’enregistrement et l’usage de mauvaise foi du nom de domaine s’apprecient de maniere objective, sans exigence d’une intention de nuire dirigee specifiquement contre le requerant.

Des lors, l’evolution recente du cadre procedural UDRP, marquee par l’introduction d’une procedure acceleree et d’un mecanisme de resolution precoce des litiges, consolide l’attractivite de cette voie extrajudiciaire pour les titulaires de marques francais. Ces innovations repondent a un besoin operationnel avere, celui d’une reaction rapide et efficace face a des comportements frauduleux dont la gravite est amplifiee par les potentialites du reseau internet. Elles s’inscrivent, par ailleurs, dans un mouvement plus large de modernisation des instruments de la propriete intellectuelle face aux defis de l’economie numerique, dont le droit francais et le droit de l’Union europeenne se font l’echo. Les praticiens du droit des marques disposent desormais d’un eventail de voies de droit dont la combinaison judicieuse, alliant la rapidite de la procedure administrative a la plenitude de juridiction du juge judiciaire, constitue un atout strategique de premier ordre pour la defense des signes distinctifs.

Conclusion

La procedure UDRP, dans sa version renouvelee de 2026, incarne une forme aboutie de regulation privee des litiges de noms de domaine, dont l’efficacite operationnelle est desormais largement attestee par les statistiques du Centre d’arbitrage de l’OMPI. Les innovations procedurales introduites au cours des mois de mars et mai 2026, qu’il s’agisse de la voie acceleree garantissant une decision sous trente jours ou du dispositif de resolution precoce applicable aux cas dans lesquels le defendeur est defaillant, temoignent de la capacite d’adaptation de cet instrument aux mutations de la delinquance numerique.

La jurisprudence francaise recente de la chambre commerciale de la Cour de cassation et des cours d’appel a simultanement consolide le cadre juridique applicable au contentieux des noms de domaine, en precisant les conditions du cumul des actions en contrefacon et en concurrence deloyale, en assouplissant la recevabilite des demandes nouvelles en appel et en reaffirmant la conception extensive de la mauvaise foi du deposant. Cette double evolution, institutionnelle et jurisprudentielle, renforce la securite juridique des titulaires de marques et favorise l’emergence d’une strategie contentieuse integree, dans laquelle la voie extrajudiciaire UDRP et le contentieux judiciaire ne s’opposent pas mais se completent, au service d’une protection effective des signes distinctifs dans l’environnement numerique.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».