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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Avocat refus de renouvellement bail commercial motif grave et légitime Paris (L. 145-17)

Le refus de renouvellement d’un bail commercial pour motif grave et légitime au sens de l’article L. 145-17 du Code de commerce permet au bailleur d’écarter l’indemnité d’éviction. La procédure est strictement encadrée : mise en demeure préalable par acte extrajudiciaire, délai d’un mois, motif précis. Une erreur de forme fait basculer le contentieux du côté du preneur. Le cabinet Kohen Avocats intervient à Paris pour sécuriser le congé du bailleur ou contester celui notifié au preneur.

Vous êtes bailleur
Vous voulez délivrer un congé sans indemnité d’éviction.
Le preneur a manqué à ses obligations. Vous souhaitez refuser le renouvellement sur le fondement de l’article L. 145-17 et sécuriser la mise en demeure avant tout congé.

Voir la procédure bailleur →

Vous êtes preneur
Vous avez reçu un congé L. 145-17.
Le bailleur invoque un motif grave et légitime pour vous priver d’indemnité d’éviction. Vous voulez obtenir le maintien dans les lieux ou, à défaut, l’indemnité.

Voir la défense preneur →

Comment ça se passe.

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Partie I

Le refus de renouvellement pour motif grave et légitime.

01Qu’est-ce qu’un motif grave et légitime au sens de l’article L. 145-17 ?+

L’article L. 145-17 du Code de commerce autorise le bailleur à refuser le renouvellement du bail commercial sans verser d’indemnité d’éviction lorsqu’il justifie d’un motif grave et légitime à l’encontre du locataire sortant. La sanction est lourde pour le preneur, qui perd la valeur de son fonds de commerce.

Code de commerce, article L. 145-17, I : « Le bailleur peut refuser le renouvellement du bail sans être tenu au paiement d’aucune indemnité : 1° S’il justifie d’un motif grave et légitime à l’encontre du locataire sortant. Toutefois, s’il s’agit soit de l’inexécution d’une obligation, soit de la cessation sans raison sérieuse et légitime de l’exploitation du fonds, compte tenu des dispositions de l’article L. 145-8, l’infraction commise par le preneur ne peut être invoquée que si elle s’est poursuivie ou renouvelée plus d’un mois après mise en demeure du bailleur d’avoir à la faire cesser. »

Le motif vise typiquement l’inexécution d’une obligation contractuelle ou la cessation d’exploitation. Le juge apprécie la gravité du manquement au regard de l’économie du bail. Art. L. 145-17 CComArt. L. 145-14 CCom

02La mise en demeure préalable : formalisme à peine de nullité.+

Le texte impose une mise en demeure préalable du bailleur lorsque le manquement reproché tient à l’inexécution d’une obligation ou à la cessation d’exploitation. Cette formalité conditionne la validité du refus.

Code de commerce, article L. 145-17, I, 1° : « Cette mise en demeure doit, à peine de nullité, être effectuée par acte extrajudiciaire, préciser le motif invoqué et reproduire les termes du présent alinéa. »

Trois conditions cumulatives : acte d’huissier de justice (commissaire de justice), désignation précise du manquement reproché, reproduction littérale de l’alinéa du Code de commerce. L’omission de l’une de ces mentions emporte la nullité de l’acte. Art. L. 145-17 CCom

03Le délai d’un mois et la régularisation possible.+

Le bailleur ne peut invoquer l’infraction qu’à la condition qu’elle se soit poursuivie ou renouvelée plus d’un mois après la mise en demeure. Ce délai laisse au preneur la possibilité de régulariser sa situation.

La Cour de cassation a posé un principe clair : dès lors que la situation reprochée peut être régularisée, la mise en demeure est obligatoire, même si l’inexécution présente un caractère continu.

« Le refus de renouvellement d’un bail commercial pour motifs graves et légitimes doit être précédé d’une mise en demeure lorsque le preneur peut régulariser sa situation. Tel est le cas lorsque le bailleur reproche au preneur de poursuivre l’exploitation d’un débit de boissons en dépit de condamnations pénales lui interdisant d’exploiter un tel commerce, cette situation pouvant être régularisée selon différentes voies de droit. » (Cass. 3e civ., 23 novembre 2011, n° 10-24.180, Publié au Bulletin)

Cette jurisprudence verrouille la procédure : le bailleur qui s’abstient de la mise en demeure prend un risque majeur. Cass. 3e civ., 23 nov. 2011, n° 10-24.180

04Cas typiques de motif grave et légitime retenu par les juges.+

La jurisprudence a retenu plusieurs motifs comme suffisamment graves. Défaut de paiement persistant des loyers et charges malgré mise en demeure. Sous-location prohibée par le bail sans accord du bailleur. Cessation d’exploitation du fonds en méconnaissance de l’article L. 145-8 du Code de commerce. Changement de destination des lieux loués sans autorisation. Manquements graves à l’obligation d’exploitation conforme à la destination contractuelle.

À l’inverse, le juge écarte le motif lorsque le manquement est ancien et tolérée par le bailleur, lorsqu’il est isolé et bénin, ou lorsque la mise en demeure n’a pas été suivie d’effet sur un délai utile au preneur. L’analyse est in concreto. Art. L. 145-8 CComArt. L. 145-17 CCom

05Sanction de l’absence ou de l’irrégularité de la mise en demeure.+

La règle est contre-intuitive et constitue le pivot du contentieux. Lorsque la mise en demeure est absente ou viciée, le congé ne tombe pas pour autant : il maintient ses effets mais ouvre au preneur le droit à une calcul de l’indemnité d’éviction intégrale.

« Lorsqu’un bailleur commercial refuse le renouvellement sollicité par le preneur, sans offrir d’indemnité d’éviction pour motifs graves et légitimes, l’absence de mise en demeure régulière laisse subsister le refus de renouvellement mais ouvre droit, pour le preneur, au paiement d’une indemnité d’éviction. » (Cass. 3e civ., 19 décembre 2012, n° 11-24.251, Publié au Bulletin)

L’enjeu financier est majeur. L’indemnité d’éviction comprend la valeur marchande du fonds, les frais de déménagement et de réinstallation, les droits de mutation et les frais accessoires (article L. 145-14 CCom). Cass. 3e civ., 19 déc. 2012, n° 11-24.251Art. L. 145-14 CCom

Le formalisme protège la valeur du fonds.

Un congé L. 145-17 est un acte technique. Sa validité dépend de trois éléments : la mise en demeure préalable, sa régularité formelle, l’écoulement utile du délai. Une erreur, et l’indemnité d’éviction redevient due.

Partie II

Stratégie procédurale et défense du preneur.

01Prescription biennale : quand commence-t-elle à courir ?+

L’action en contestation du congé est soumise à la prescription biennale de l’article L. 145-60 du Code de commerce. La question délicate est celle du point de départ du délai, notamment pour l’action en rétractation de l’offre de renouvellement.

« Le délai de prescription de l’action en rétractation de l’offre de renouvellement du bail pour motif grave et légitime court à compter du jour où le bailleur a eu connaissance de l’infraction qui fonde son refus. » (Cass. 3e civ., 9 novembre 2017, n° 16-23.120, Publié au Bulletin)

Le point de départ n’est pas la date du congé mais celle de la connaissance acquise par le bailleur du fait reproché. Cette règle protège le preneur contre des griefs ressuscités tardivement. Art. L. 145-60 CComArt. 2225 C. civ.

02Invoquer la nullité de la mise en demeure : ordre et calendrier.+

La nullité de la mise en demeure pour vice de forme est une exception de procédure au sens de l’article 112 du Code de procédure civile. Elle doit être soulevée avant toute défense au fond, sous peine d’irrecevabilité.

La rédaction des premières conclusions du preneur est donc déterminante. Soulever d’abord la nullité de l’acte d’huissier, puis subsidiairement contester le bien-fondé du motif, puis très subsidiairement solliciter l’indemnité d’éviction. L’ordre des moyens conditionne le succès de la défense. Art. 112 CPCCass. 3e civ., 2 juin 2010, n° 09-14.194

03Saisine du juge des loyers commerciaux et expertise.+

Le contentieux du refus de renouvellement relève de la compétence du juge des loyers commerciaux du tribunal judiciaire, statuant en chambre des baux commerciaux. La procédure se déroule en deux temps lorsque le motif est contesté.

Premier temps : le juge statue sur la validité du refus et donc sur l’éviction de l’indemnité. Second temps, en cas de rejet du motif : une expertise judiciaire est ordonnée pour évaluer l’indemnité d’éviction. L’expert apprécie la valeur du fonds, les frais accessoires et le préjudice global. Art. L. 145-14 CComArt. R. 145-23 CCom

04Congé pendant la tacite prolongation : règles spécifiques.+

Le bailleur conserve la faculté de délivrer un congé en cours de tacite prolongation du bail commercial pour motif grave et légitime. Le formalisme reste identique : mise en demeure préalable, acte extrajudiciaire, délai d’un mois.

La période de tacite prolongation est précaire pour les deux parties. Le bailleur peut chercher à reprendre les lieux sans indemniser le preneur. Le preneur peut, à l’inverse, demander à tout moment le renouvellement et placer le bailleur devant ses responsabilités. La stratégie doit anticiper la riposte de l’autre partie. Art. L. 145-9 CComArt. L. 145-17 CCom

05Forme du congé et offre de renouvellement.+

Le congé doit respecter les formes de l’article L. 145-10 du Code de commerce : acte extrajudiciaire, mention des motifs invoqués, reproduction des articles applicables. Le congé portant refus de renouvellement pour motif grave et légitime doit viser expressément l’article L. 145-17 et préciser le manquement reproché.

La motivation insuffisante n’entraîne pas la nullité automatique mais affaiblit la position du bailleur devant le juge. Un congé motivé en termes vagues ou par simple renvoi à des courriers antérieurs s’expose à voir le motif rejeté. Art. L. 145-10 CCom

FAQ

Questions fréquentes.

Le bailleur peut-il invoquer un motif grave et légitime sans mise en demeure préalable ?+

Non, dès lors que le manquement reproché tient à l’inexécution d’une obligation ou à la cessation d’exploitation. La mise en demeure préalable est imposée par l’article L. 145-17 du Code de commerce. Son absence ne fait pas tomber le congé mais ouvre droit au preneur à l’indemnité d’éviction (Cass. 3e civ., 19 déc. 2012, n° 11-24.251). Le bailleur peut s’en dispenser uniquement lorsque le manquement n’est pas susceptible de régularisation.

Quel délai pour contester un congé fondé sur l’article L. 145-17 ?+

L’action se prescrit par deux ans en application de l’article L. 145-60 du Code de commerce. Le point de départ varie selon la nature de l’action. Pour l’action en rétractation de l’offre de renouvellement, le délai court à compter du jour où le bailleur a eu connaissance du manquement (Cass. 3e civ., 9 nov. 2017, n° 16-23.120). Pour la contestation du congé, le délai court généralement à compter de la notification.

Quels manquements justifient un refus pour motif grave et légitime ?+

La jurisprudence admet le défaut de paiement persistant des loyers et charges, la sous-location prohibée, la cessation d’exploitation sans cause sérieuse, le changement de destination des lieux et les manquements répétés à l’obligation d’exploitation. Le manquement doit être actuel, suffisamment grave et ne pas avoir été toléré. Un manquement isolé, ancien ou bénin ne suffit pas. L’appréciation est in concreto par le juge des loyers commerciaux.

Quelle indemnité si le bailleur perd sur le motif grave et légitime ?+

L’indemnité d’éviction couvre l’intégralité du préjudice causé au preneur par le défaut de renouvellement, conformément à l’article L. 145-14 du Code de commerce. Elle comprend la valeur marchande du fonds de commerce (méthode du chiffre d’affaires, du bénéfice ou de la valeur du droit au bail selon les cas), les frais de déménagement et de réinstallation, ainsi que les frais et droits de mutation. Une expertise judiciaire est généralement ordonnée pour fixer le montant.

La mise en demeure peut-elle être contenue dans le congé lui-même ?+

Non. La mise en demeure doit être préalable au congé et permettre au preneur de régulariser dans le délai d’un mois. La logique du texte est précisément de laisser une chance au preneur. Un acte unique combinant mise en demeure et congé prive le preneur de cette faculté et expose le bailleur à la nullité de la procédure. Les deux actes doivent être distincts dans le temps, l’un précédant l’autre.

Que faire dès réception d’un congé L. 145-17 ?+

Préserver tous les actes reçus, vérifier la date exacte de notification, contrôler la régularité formelle de la mise en demeure et du congé (acte d’huissier, motif précis, reproduction des textes), inventorier les éléments de preuve de la régularité de l’exploitation. Consulter un avocat dans les semaines qui suivent pour engager une action en contestation ou solliciter l’indemnité d’éviction. La prescription est de deux ans, mais agir vite renforce la position procédurale.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».