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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Avocat vente à réméré requalification pacte commissoire prohibé Paris

La vente à réméré est un mécanisme codifié aux articles 1659 et suivants du Code civil. Présentée comme une opération de portage temporaire pour propriétaires surendettés, elle permet à l’investisseur d’acquérir le bien tout en laissant au vendeur une faculté de rachat dans un délai déterminé. Lorsque l’opération porte sur la résidence principale et dissimule un prêt à taux usuraire, elle peut être requalifiée en pacte commissoire prohibé et annulée. Le cabinet défend le vendeur piégé pour faire constater cette nullité et récupérer le bien.

Vous êtes vendeur
Vous avez signé une vente à réméré en urgence.
Prix sous-évalué, indemnité d’occupation très élevée, prélèvement immédiat du loyer sur le prix : la requalification peut être plaidée.

Voir la défense →

Vous êtes acquéreur
Le vendeur conteste la vente à réméré.
Le tribunal apprécie strictement les indices : vileté du prix, taux usuraire, indemnité d’occupation manifestement disproportionnée. Tous doivent converger.

Voir les limites →

Comment ça se passe.

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Vous appelez ou envoyez vos pièces.
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Réponse personnelle sous 24 h.
Maître Reda KOHEN vous rappelle et formule une première analyse de la requalification possible.
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Rendez-vous au cabinet ou en visio.
Convention d’honoraires claire, calcul du taux usuraire, stratégie d’assignation en nullité.
Partie I

Le cadre légal de la vente à réméré.

01La faculté de rachat de l’article 1659 du Code civil.+

La vente à réméré est définie par le législateur comme un pacte conférant au vendeur un droit personnel et temporaire de récupérer son bien. Elle suppose un transfert de propriété immédiat à l’acquéreur, sous condition résolutoire de l’exercice du rachat.

Code civil, article 1659 : « La faculté de rachat est un pacte par lequel le vendeur se réserve de reprendre la chose vendue, moyennant la restitution du prix principal et le remboursement dont il est parlé à l’article 1673. »

Le vendeur perd la qualité de propriétaire dès la signature. Il ne la retrouve qu’au jour de la régularisation authentique du rachat, accompagné du paiement intégral du prix majoré et des frais. Art. 1659 C. civ.Art. 1673 C. civ.

02Le délai impératif de cinq ans de l’article 1660.+

Le législateur impose une limite temporelle à la faculté de rachat. Le terme convenu, lorsqu’il dépasse cinq ans, est automatiquement réduit. Aucun juge ne peut le prolonger.

Code civil, article 1660 : « La faculté de rachat ne peut être stipulée pour un terme excédant cinq années. Si elle a été stipulée pour un terme plus long, elle est réduite à ce terme. »

Code civil, article 1661 : « Le terme fixé est de rigueur, et ne peut être prolongé par le juge. »

En pratique, la majorité des contrats actuels prévoient des durées de douze à vingt-quatre mois. L’expiration du délai sans rachat rend l’acquéreur propriétaire irrévocable. Art. 1660 C. civ.Art. 1662 C. civ.

03L’obligation de remboursement intégral à l’exercice du rachat.+

Le rachat n’opère qu’après remboursement effectif du prix et des frais. La simple manifestation d’intention par exploit d’huissier ne suffit pas. L’acte authentique doit être régularisé, accompagné de la consignation ou du versement réel des fonds.

Code civil, article 1673 : « Le vendeur qui use du pacte de rachat doit rembourser non seulement le prix principal, mais encore les frais et loyaux coûts de la vente, les réparations nécessaires, et celles qui ont augmenté la valeur du fonds, jusqu’à concurrence de cette augmentation. Il ne peut entrer en possession qu’après avoir satisfait à toutes ces obligations. »

La Cour de cassation rappelle que l’acquéreur initial demeure propriétaire tant que le vendeur n’a pas satisfait à son obligation de paiement. Cass. 3e civ., 20 déc. 2006, n° 06-13.078Cass. 3e civ., 8 nov. 2018, n° 14-25.005

04La convention d’occupation précaire accessoire.+

L’acte de vente prévoit habituellement le maintien du vendeur dans les lieux pendant la durée de la faculté de rachat, moyennant une indemnité d’occupation. Cette indemnité est souvent prélevée d’avance sur le prix de vente, ce qui en fait l’un des indices de requalification.

La convention d’occupation est juridiquement accessoire à la vente. La nullité de la vente principale entraîne automatiquement celle de la convention d’occupation. Aucune indemnité d’occupation n’est alors due au titre de la convention annulée. Art. 1178 C. civ.

05Le rôle du notaire instrumentaire.+

Le notaire est tenu d’une obligation de conseil renforcée. Il doit éclairer les parties sur la portée, les effets et les risques de l’engagement, notamment au regard d’une possible vileté du prix et du caractère usuraire de l’opération.

Sa responsabilité délictuelle peut être engagée sur le fondement de l’article 1240 du Code civil lorsque l’acte authentique a été reçu sans mise en garde suffisante. La preuve de l’exécution de cette obligation incombe au notaire. Art. 1240 C. civ.CA Toulouse, 28 mai 2025, n° 23/01378

La défense, c’est la démonstration.

Évaluer le bien, calculer le taux usuraire réel, mesurer la vileté du prix, documenter la résidence principale et l’extrême urgence financière. Chaque indice nourrit la requalification.

Partie II

La requalification en pacte commissoire prohibé.

01Le principe posé par la troisième chambre civile en 2021.+

La Cour de cassation a précisé les conditions permettant de requalifier une vente avec faculté de rachat en pacte commissoire prohibé. La jurisprudence est désormais constante.

Tribunal judiciaire de Lorient, 10 décembre 2025, n° 23/01046 : « Une vente avec faculté de rachat peut être qualifiée de pacte commissoire prohibé ou contrat pignoratif lorsque, portant sur la résidence principale du vendeur, elle dissimule une opération de crédit et a pour objet d’éluder les dispositions protectrices des emprunteurs relatives au taux d’usure (Cass. 3e Civ, 24 juin 2021, n° 18-19.771), qui résultent de l’article L. 314-6 du code de la consommation. »

La protection s’applique aux débiteurs non rompus à ces pratiques, à l’exclusion de ceux qui recourent au réméré de manière habituelle comme outil de financement. Cass. 3e civ., 24 juin 2021, n° 18-19.771Art. L. 314-6 C. conso.

02Les trois indices non cumulatifs de la requalification.+

Les juridictions du fond appliquent une grille de lecture en trois indices, appréciée souverainement.

Tribunal judiciaire de Lorient, 10 décembre 2025, n° 23/01046 : « Trois indices non cumulatifs révèlent l’existence d’un contrat pignoratif : la vileté du prix stipulé par rapport à la valeur réelle du bien, la relocation du bien au vendeur moyennant une indemnité d’occupation exorbitante et le caractère usuraire de l’opération. »

Le tribunal de Bobigny ajoute un quatrième élément, la fréquence des achats effectués par la même personne, qui permet de distinguer le débiteur protégé de l’investisseur averti. TJ Lorient, 10 déc. 2025, n° 23/01046TJ Bobigny, 16 mars 2026, n° 23/12159

03La vileté du prix de vente.+

Le tribunal de Lorient a retenu la vileté pour un bien vendu 325 000 euros alors qu’il était évalué entre 820 000 et 850 000 euros vingt mois plus tard. Une décote de 250 % par rapport à la valeur de marché ne s’explique pas par la conjoncture seule.

À l’inverse, le tribunal de Bobigny a refusé la requalification pour une décote de 28 % par rapport à l’estimation, jugée justifiée par les charges propres au réméré et par les hypothèques grevant le bien. Le seuil de tolérance jurisprudentiel se situe entre ces deux extrêmes. TJ Lorient, 10 déc. 2025TJ Bobigny, 16 mars 2026

04Le calcul du taux usuraire effectif.+

Le caractère usuraire de l’opération s’apprécie en rapportant l’ensemble des coûts à la durée et au prix de vente. Sont intégrés : la différence entre prix de vente et prix de rachat, l’indemnité d’occupation totale et les frais accessoires.

À Lorient, la différence de 32 500 euros sur 16 mois cumulée à une indemnité d’occupation de 52 000 euros représentant 16 % du prix d’achat caractérisait l’usure. À Bobigny, le coût total annuel calculé à 18,45 % restait inférieur au taux d’usure légal de 21,16 % en vigueur au moment de la vente : la requalification a été écartée.

Code de la consommation, article L. 314-6 : « Constitue un prêt usuraire tout prêt conventionnel consenti à un taux effectif global qui excède, au moment où il est consenti, de plus du tiers, le taux effectif moyen pratiqué au cours du trimestre précédent par les établissements de crédit et les sociétés de financement pour des opérations de même nature comportant des risques analogues. »

Art. L. 314-6 C. conso.TJ Bobigny, 16 mars 2026, n° 23/12159

05L’indemnité d’occupation manifestement disproportionnée.+

L’indemnité d’occupation doit être confrontée à la valeur locative réelle. Le prélèvement immédiat sur le prix de vente de la totalité des loyers à venir constitue un indice supplémentaire. Le tribunal de Lorient a relevé qu’à Erdeven, le montant fixé n’était pas adossé à la valeur locative locale et que la venderesse supportait l’ensemble des charges du propriétaire.

À Bobigny, l’indemnité de 8 400 euros par mois pour un ensemble immobilier de 407 m² avec piscine couverte, salle de cinéma et salle de sport n’a pas été jugée disproportionnée. Le contentieux exige donc une expertise immobilière contemporaine de la vente, distincte des avis postérieurs. TJ Lorient, 10 déc. 2025TJ Bobigny, 16 mars 2026

06Les effets de la nullité prononcée.+

La nullité du contrat est rétroactive. La vente est censée n’avoir jamais existé. Le vendeur recouvre la propriété et reste réputé l’avoir conservée sans interruption. L’acquéreur restitue le bien et le prix lui est rendu. Les indemnités d’occupation versées doivent être restituées au vendeur, car la convention d’occupation tombe avec la vente principale.

La publication de la décision au service de la publicité foncière, ordonnée aux frais avancés de l’acquéreur, restaure la situation patrimoniale du vendeur. L’exécution provisoire est généralement écartée compte tenu de la nature du litige. Art. 1178 C. civ.Art. 514-1 CPC

FAQ

Questions fréquentes.

Une vente à réméré est-elle toujours licite quand elle porte sur la résidence principale ?+

Oui en principe. Le seul fait que la vente porte sur la résidence principale ne suffit pas à entraîner la requalification. Encore faut-il démontrer la conjonction d’indices : vileté du prix, taux usuraire et indemnité d’occupation excessive. À défaut, le contrat reste valable et l’acquéreur devient propriétaire irrévocable à l’expiration du délai.

Quel délai pour agir en nullité d’une vente à réméré ?+

L’action en nullité absolue d’un acte contraire à l’ordre public se prescrit par cinq ans à compter du jour où le vendeur a connu ou aurait dû connaître les faits permettant de l’exercer. La saisine du tribunal doit cependant être anticipée pour préserver les preuves : expertise contemporaine, courriels d’urgence, justification de l’absence d’alternative bancaire.

Comment calculer le taux usuraire d’une vente à réméré ?+

Le calcul intègre tous les coûts à la charge du vendeur, ramenés sur une base annuelle et rapportés au prix de vente. Sont additionnés : la différence prix de vente / prix de rachat, l’indemnité d’occupation totale, les honoraires d’agence et les frais de notaire. Le total est comparé au taux d’usure publié par la Banque de France pour la catégorie de prêt équivalente au moment de l’opération.

Le notaire engage-t-il sa responsabilité dans une vente à réméré ?+

Sa responsabilité délictuelle peut être engagée lorsqu’il a reçu l’acte authentique sans alerter spécifiquement le vendeur sur la vileté potentielle du prix, le caractère usuraire de l’opération et le risque de perte définitive du bien à l’expiration du délai. La mention standard d’information dans l’acte ne suffit pas à exonérer le notaire lorsque la situation présentait des indicateurs nets de précarité économique.

Que devient l’indemnité d’occupation déjà prélevée si la vente est annulée ?+

Elle est restituée au vendeur. La convention d’occupation précaire intégrée à l’acte de vente est annulée par voie de conséquence. L’acquéreur ne peut conserver les sommes prélevées, ni en obtenir d’autres au titre d’une occupation qui n’a juridiquement jamais existé après l’annulation rétroactive.

L’investisseur peut-il se prévaloir d’une habitude d’achat ?+

La fréquence des achats est un indice à charge de l’acquéreur, non du vendeur. Lorsque l’investisseur réalise habituellement des opérations de portage, le caractère professionnel renforce la protection due au débiteur. Les tribunaux retiennent ce critère pour caractériser le déséquilibre structurel entre les parties.

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Transmettez l’acte authentique de réméré et les pièces utiles au cabinet. Maître Reda KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse de la requalification possible et du calendrier d’assignation.

Voir aussi : l’action en rescision pour lésion de plus de sept douzièmes.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».