Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Mandat ad hoc ou conciliation : que faire avant le dépôt de bilan quand la trésorerie se tend ?

Les défaillances d’entreprises sont redevenues un sujet immédiat pour les dirigeants. Les bilans publiés au printemps 2026 confirment une tension forte sur les trésoreries : hausse des procédures collectives, banques plus prudentes, fournisseurs moins patients, charges sociales et fiscales qui rattrapent les entreprises fragilisées. Dans ce contexte, beaucoup de chefs d’entreprise cherchent trop tard « dépôt de bilan », « redressement judiciaire » ou « liquidation judiciaire », alors que le bon réflexe peut être de saisir le président du tribunal plus tôt, par un mandat ad hoc ou une conciliation.

Le signal Google Ads va dans le même sens. Les requêtes mandat ad hoc et mandataire ad hoc représentent chacune environ 2 900 recherches mensuelles en France, avec une concurrence faible. Le cluster liquidation judiciaire atteint 33 100 recherches mensuelles, redressement judiciaire 22 200, déclaration de cessation de paiement 590 et dépôt de bilan 1 900. L’intention est claire : les dirigeants ne cherchent pas une définition abstraite, ils veulent savoir quoi faire quand la banque bloque, quand l’Urssaf relance, quand un fournisseur exige un paiement comptant ou quand le découvert devient impossible à couvrir.

La réponse utile tient en une phrase : si l’entreprise n’est pas encore en cessation des paiements, le mandat ad hoc ou la conciliation peuvent permettre de négocier discrètement avant la procédure collective ; si la cessation des paiements est déjà caractérisée, il faut raisonner vite sur le délai de 45 jours, la conciliation éventuelle et le dépôt au greffe.

Mandat ad hoc et conciliation : deux procédures confidentielles avant le redressement

Le mandat ad hoc et la conciliation sont des procédures de prévention. Elles se distinguent du redressement judiciaire et de la liquidation judiciaire parce qu’elles sont en principe confidentielles et parce qu’elles cherchent d’abord un accord avec les créanciers.

Le mandat ad hoc est très souple. Le dirigeant demande au président du tribunal de désigner un mandataire ad hoc pour l’aider à négocier avec un ou plusieurs créanciers : banque, bailleur commercial, Urssaf, fournisseur stratégique, partenaire contractuel. La loi n’impose pas une durée aussi cadrée que pour la conciliation. L’objectif est de créer un cadre sérieux, sans publicité immédiate, pour traiter une difficulté encore négociable.

La conciliation est plus structurée. Elle vise une entreprise qui connaît une difficulté juridique, économique ou financière, avérée ou prévisible, mais qui n’est pas en cessation des paiements depuis plus de 45 jours. Le conciliateur aide à rechercher un accord avec les principaux créanciers. Cet accord peut ensuite être constaté ou homologué, selon le niveau de sécurité recherché.

Les textes de base se trouvent dans le Code de commerce, notamment l’article L. 611-3 sur le mandat ad hoc, l’article L. 611-4 sur la conciliation et les dispositions relatives aux effets de l’accord de conciliation, notamment l’article L. 611-8. Les fiches publiques Entreprendre Service-Public sur le mandat ad hoc et la procédure de conciliation confirment aussi cette logique de prévention avant l’ouverture d’une procédure collective.

Le point décisif : êtes-vous déjà en cessation des paiements ?

La première question n’est pas « faut-il déposer le bilan ? » mais « l’entreprise peut-elle encore faire face à son passif exigible avec son actif disponible ? ». C’est la définition pratique de la cessation des paiements.

Le passif exigible, ce sont les dettes arrivées à échéance que l’entreprise doit payer maintenant : loyers, charges sociales, dettes fiscales, factures fournisseurs, échéances bancaires, salaires, condamnations exigibles. L’actif disponible, ce sont les liquidités immédiatement mobilisables : trésorerie, concours bancaires confirmés, réserve disponible, encaissements certains à très court terme lorsqu’ils peuvent réellement être mobilisés.

Une entreprise peut avoir un carnet de commandes solide et être tout de même en cessation des paiements si elle ne peut plus payer ce qui est exigible. Inversement, une entreprise en tension peut ne pas être encore en cessation des paiements si un accord bancaire ferme, un moratoire écrit ou un apport certain permet de couvrir les échéances immédiates.

Cette qualification doit être documentée. Le dirigeant doit réunir :

  • une situation de trésorerie datée ;
  • la liste des dettes échues et des dettes à venir dans les trente à soixante jours ;
  • les relevés bancaires ;
  • les relances fournisseurs, Urssaf, impôts, bailleur et banque ;
  • les moratoires déjà obtenus ;
  • les commandes et créances clients réellement encaissables ;
  • les cautions, garanties et engagements personnels éventuellement donnés.

Ce dossier sert à choisir entre prévention, conciliation, redressement judiciaire ou liquidation judiciaire. Il servira aussi, plus tard, si quelqu’un reproche au dirigeant d’avoir attendu trop longtemps.

Quand choisir le mandat ad hoc ?

Le mandat ad hoc est souvent adapté lorsque la difficulté est sérieuse mais encore ciblée.

Exemples fréquents :

  • la banque menace de dénoncer un découvert ;
  • un bailleur commercial refuse un échelonnement de loyers ;
  • un fournisseur clé bloque les livraisons ;
  • l’entreprise doit renégocier un prêt, une dette fiscale ou sociale ;
  • un conflit entre associés empêche un apport ou une cession ;
  • un client important paie en retard et provoque une tension temporaire ;
  • un repreneur ou un investisseur potentiel veut une discussion encadrée.

Son intérêt est la discrétion. Il évite souvent l’effet de panique attaché à une procédure collective publiée. Il permet aussi de montrer aux créanciers qu’un tiers indépendant suit la discussion, ce qui peut faciliter un moratoire, une suspension des poursuites amiable ou un accord de restructuration.

Mais le mandat ad hoc ne règle pas tout. Il ne suspend pas automatiquement les poursuites. Il ne force pas un créancier à accepter un délai. Il ne protège pas contre une assignation si le créancier décide d’agir et si les conditions sont réunies. Il doit donc être demandé assez tôt, quand il existe encore une marge de négociation.

Quand basculer vers la conciliation ?

La conciliation devient plus pertinente lorsque la négociation doit être mieux sécurisée et concerner plusieurs créanciers importants.

Elle peut être utile si l’entreprise veut obtenir :

  • un accord global de rééchelonnement ;
  • une suspension coordonnée des poursuites ;
  • un apport de trésorerie avec un niveau de protection juridique ;
  • une homologation pour rendre l’accord plus solide ;
  • un cadre de discussion avec les banques, l’Urssaf, le fisc et les principaux fournisseurs ;
  • une préparation de cession ou de refinancement sous supervision.

La conciliation n’est pas seulement une « négociation assistée ». Elle produit des effets pratiques importants lorsque l’accord est homologué. Elle peut notamment sécuriser certains nouveaux financements et donner une force particulière à l’accord obtenu. C’est un outil utile pour une entreprise encore sauvable, mais il exige une chronologie propre.

La limite est nette : si l’entreprise est en cessation des paiements depuis plus de 45 jours, la conciliation n’est plus le bon refuge. Le dirigeant doit alors examiner l’obligation de demander l’ouverture d’une procédure collective.

Le piège du délai de 45 jours

L’article L. 631-4 du Code de commerce impose au débiteur de demander l’ouverture du redressement judiciaire dans les 45 jours qui suivent la cessation des paiements, sauf s’il a demandé dans ce délai l’ouverture d’une procédure de conciliation.

Ce « sauf » est souvent mal compris. Il ne transforme pas la conciliation en délai illimité. Il permet de traiter la difficulté dans un cadre amiable si la demande est faite à temps. Si la conciliation échoue ou prend fin sans solution, le dirigeant doit réagir immédiatement en fonction de la situation réelle de trésorerie.

Le risque n’est pas seulement procédural. Un dépôt tardif peut nourrir une discussion sur la faute de gestion, l’aggravation du passif, la responsabilité pour insuffisance d’actif ou une sanction personnelle du dirigeant dans les cas les plus graves. La bonne défense commence donc avant le dépôt : dater, expliquer, conserver les preuves, démontrer que les décisions ont été prises avec une information comptable et juridique sérieuse.

Que faire cette semaine si la trésorerie bloque ?

La méthode doit être simple et rapide.

Première étape : établir la photographie de trésorerie. Il faut une situation à jour, pas un sentiment général. Combien y a-t-il sur les comptes ? Quelles échéances tombent dans les quinze prochains jours ? Quelles dettes sont déjà exigibles ? Quels encaissements sont certains ?

Deuxième étape : classer les créanciers. Tous les créanciers ne pèsent pas de la même manière. La banque, le bailleur commercial, l’Urssaf, le Trésor public, un fournisseur indispensable ou un client stratégique ne se traitent pas comme une facture isolée.

Troisième étape : vérifier la date possible de cessation des paiements. C’est le point qui structure le choix. Si l’entreprise peut encore payer l’exigible, le mandat ad hoc est souvent possible. Si elle ne le peut plus mais que la situation est récente, la conciliation peut rester utile. Si le délai est dépassé ou si l’activité est irrémédiablement compromise, il faut préparer le redressement ou la liquidation.

Quatrième étape : écrire avant de promettre. Les promesses orales aux banques ou aux fournisseurs créent des malentendus. Il faut formaliser les demandes de moratoire, les échéanciers proposés, les engagements conditionnels et les réserves sur la situation réelle.

Cinquième étape : ne pas privilégier un créancier au hasard. En période de tension, payer un créancier sous pression peut paraître rassurant. Mais un paiement désordonné peut aggraver la situation si l’entreprise sacrifie les salaires, les charges, un fournisseur vital ou la preuve d’une gestion équilibrée.

Paris et Île-de-France : quel tribunal saisir ?

Pour une société commerciale, le président du tribunal de commerce est en principe l’interlocuteur naturel pour le mandat ad hoc et la conciliation. À Paris et en Île-de-France, la compétence dépend du siège social et de la nature de l’activité.

Une société immatriculée à Paris relèvera généralement du tribunal des activités économiques de Paris, dans le cadre de l’expérimentation engagée depuis 2025. Une société située dans les Hauts-de-Seine, les Yvelines, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, l’Essonne, le Val-d’Oise ou la Seine-et-Marne doit vérifier le tribunal compétent selon son siège et son activité.

En pratique, le dossier doit être prêt avant le rendez-vous :

  • extrait Kbis récent ;
  • comptes annuels ;
  • situation de trésorerie ;
  • état des dettes et créances ;
  • liste des principaux créanciers ;
  • contrats bancaires et lignes de financement ;
  • bail commercial ;
  • relances et mises en demeure ;
  • prévisionnel court terme ;
  • note expliquant la difficulté et la solution recherchée.

Le dirigeant gagne du temps s’il arrive avec une demande claire : négocier un moratoire bancaire, sauver un bail commercial, débloquer un fournisseur critique, organiser une cession, éviter une assignation ou préparer un accord global.

Pourquoi cet angle manque souvent dans les contenus concurrents

Les pages généralistes expliquent correctement la différence entre mandat ad hoc, conciliation, redressement et liquidation. Leur limite est ailleurs : elles traitent souvent le sujet comme une fiche de procédure, sans transformer la recherche du dirigeant en plan d’action immédiat.

Le besoin réel est plus précis. Un dirigeant qui tape mandat ad hoc, conciliation entreprise difficulté ou dépôt de bilan veut savoir s’il a encore une option confidentielle, quelles pièces préparer, quel créancier appeler, quel délai surveiller et comment éviter que la prévention se retourne contre lui faute de chronologie. C’est ce delta qui compte : la qualification de la cessation des paiements, le délai de 45 jours, la sélection des créanciers, les preuves à conserver et l’organisation concrète du dépôt ou de la négociation.

Pour aller plus loin sur les risques contentieux des dirigeants et des sociétés, la page du cabinet en droit des affaires à Paris présente les principaux accompagnements. L’article sur la déclaration de cessation des paiements complète le sujet lorsque la difficulté a déjà basculé vers le dépôt au greffe.

Les erreurs qui coûtent cher

La première erreur est d’attendre la dernière relance bancaire. Plus le dirigeant saisit le tribunal tard, moins le mandat ad hoc ou la conciliation ont de chances de produire un accord utile.

La deuxième erreur est de confondre trésorerie tendue et cessation des paiements. Une entreprise peut être très fragile sans être juridiquement en cessation des paiements. L’inverse est aussi vrai : une entreprise peut avoir beaucoup d’actifs comptables et ne plus pouvoir payer l’exigible.

La troisième erreur est de négocier sans preuve. Un créancier peut accepter un échéancier oral puis reprendre ses poursuites. La banque peut demander des garanties supplémentaires. Un fournisseur peut modifier ses conditions. Chaque étape doit être documentée.

La quatrième erreur est de cacher les dettes importantes au mandataire ou au conciliateur. Une procédure de prévention repose sur la confiance et sur une vision complète du passif. Un accord construit sur une photographie incomplète risque de s’effondrer.

La cinquième erreur est de traiter la prévention comme une honte. Le mandat ad hoc et la conciliation existent précisément pour intervenir avant le redressement ou la liquidation. Les utiliser à temps peut protéger l’entreprise, le dirigeant et parfois les emplois.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier

Consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet pour vérifier si votre entreprise peut encore demander un mandat ad hoc, une conciliation ou doit préparer une déclaration de cessation des paiements.

Nous analysons la trésorerie, les dettes exigibles, les relances bancaires ou fournisseurs, les risques du dirigeant et le tribunal compétent à Paris ou en Île-de-France.

Appelez le cabinet au 06 46 60 58 22 ou utilisez le formulaire de contact.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».