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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Assignation en redressement judiciaire : que faire avant l’audience du tribunal de commerce ?

Les defaillances d’entreprises restent a un niveau eleve en 2026. Dans ce contexte, de plus en plus de dirigeants ne deposent pas eux-memes une declaration de cessation des paiements : ils recoivent une assignation d’un creancier, souvent l’URSSAF, qui demande au tribunal l’ouverture d’un redressement judiciaire ou, a titre principal ou subsidiaire, d’une liquidation judiciaire.

La recherche Google confirme que l’intention est une intention de crise. Google Ads remonte assignation en liquidation judiciaire a 170 recherches mensuelles en France, concurrence faible, CPC haut a 4,93 euros, et assignation redressement judiciaire a 140 recherches mensuelles, concurrence faible, CPC haut a 4,96 euros. Le cluster adjacent tribunal de commerce redressement judiciaire atteint 50 recherches mensuelles, avec un CPC haut a 1,99 euro. Ce ne sont pas des recherches de curiosite : le dirigeant a souvent une date d’audience, une dette URSSAF, une tresorerie fragile et quelques jours pour preparer un dossier.

L’actualite judiciaire renforce cet angle. Voyage a retrouve plusieurs decisions de tribunaux de commerce rendues en avril 2026 sur assignation URSSAF en redressement judiciaire ou liquidation judiciaire, notamment un jugement du tribunal de commerce de Chambery du 21 avril 2026 et des jugements du tribunal de commerce d’Annecy du meme jour. Ces decisions illustrent une realite pratique : l’audience n’est pas une formalite. Le tribunal controle l’etat de cessation des paiements, la possibilite de redressement, la situation du patrimoine professionnel et, pour certains entrepreneurs individuels, les effets sur le patrimoine personnel.

L’article qui suit explique quoi faire lorsqu’une assignation en redressement judiciaire ou en liquidation judiciaire arrive dans l’entreprise, quelles pieces reunir, quels arguments presenter, et comment eviter qu’un dossier mal prepare se transforme en liquidation immediate.

Une assignation n’est pas une simple relance de paiement

Une assignation en redressement judiciaire n’a pas le meme objet qu’une mise en demeure, une contrainte URSSAF ou une assignation en paiement. Le creancier ne demande pas seulement au tribunal de condamner l’entreprise a payer une dette. Il demande l’ouverture d’une procedure collective.

Le fondement se trouve notamment a l’article L. 631-5 du code de commerce : en l’absence de conciliation en cours, la procedure de redressement judiciaire peut etre ouverte sur l’assignation d’un creancier, quelle que soit la nature de sa creance. Pour la liquidation judiciaire, l’article L. 640-5 du code de commerce prevoit un mecanisme comparable.

Cela signifie qu’une dette fiscale, sociale, bancaire, fournisseur ou locative peut devenir le point d’entree d’une procedure collective si le creancier soutient que l’entreprise est en cessation des paiements. L’URSSAF n’a donc pas besoin d’etre un creancier commercial pour saisir le tribunal.

Le dirigeant doit comprendre ce que le tribunal va regarder. La question n’est pas seulement : « dois-je cette somme ? » La question devient : « l’entreprise peut-elle faire face a son passif exigible avec son actif disponible ? » C’est la definition de la cessation des paiements posee par l’article L. 631-1 du code de commerce.

Ce que l’assignation doit contenir

L’article R. 631-2 du code de commerce impose au creancier d’indiquer la nature et le montant de sa creance et de produire des elements de preuve de nature a caracteriser la cessation des paiements du debiteur.

Des le jour de la reception, il faut donc relire l’assignation comme une piece de procedure. Le dirigeant doit verifier l’identite du demandeur, le montant reclame, les dates d’echeance, la date et l’heure d’audience, le tribunal saisi, les demandes exactes, les pieces visees, et surtout les elements utilises pour dire que l’entreprise ne peut plus payer son passif exigible.

Un dossier URSSAF peut contenir des mises en demeure, contraintes, decompte de cotisations, majorations, relances, saisies infructueuses ou echanges sur un echeancier. Un dossier fournisseur peut contenir des factures, bons de commande, bons de livraison, relances, reconnaissances de dette, decisions de justice ou proces-verbaux d’huissier.

La premiere ligne de defense consiste a isoler ce qui est certain de ce qui est discutable. Une creance contestee serieusement ne se traite pas comme une dette liquide et exigible. Un decompte URSSAF peut contenir des majorations, periodes, imputations ou echeanciers a verifier. Un fournisseur peut reclamer une facture alors que la prestation est contestee, que des avoirs existent ou qu’un litige contractuel est en cours.

Les 48 premieres heures : constituer le dossier de survie

Le dirigeant doit agir vite. L’absence a l’audience ne bloque pas le tribunal. Le jugement peut etre rendu meme si l’entreprise n’a pas prepare ses pieces ou n’a pas comparu.

Dans les 48 premieres heures, il faut reunir :

  • les derniers releves bancaires ;
  • une situation de tresorerie actualisee ;
  • la liste des dettes echues et non echues ;
  • les echeanciers URSSAF, fiscaux, bancaires ou fournisseurs ;
  • les factures clients a encaisser ;
  • les contrats ou commandes en cours ;
  • les preuves de moratoires ou reserves de credit ;
  • les bulletins de paie et dettes salariales si l’entreprise emploie du personnel ;
  • le dernier bilan, le compte de resultat, la balance agee clients et fournisseurs ;
  • les echanges avec le creancier qui assigne.

Ce dossier doit permettre de repondre a deux questions. Premiere question : l’entreprise est-elle reellement en cessation des paiements ? Deuxieme question : si elle l’est, son redressement est-il possible ?

La distinction est decisive. Si l’entreprise n’est pas en cessation des paiements, l’objectif est le rejet de l’assignation. Si elle est en cessation des paiements mais dispose d’une activite, d’un carnet de commandes, d’une marge et d’un plan credible, l’objectif devient d’eviter la liquidation judiciaire et d’obtenir, au besoin, un redressement judiciaire avec periode d’observation.

Contester la cessation des paiements

La cessation des paiements n’est pas le simple fait d’avoir une dette. Une entreprise peut avoir une dette URSSAF ou une facture fournisseur impayee sans etre juridiquement en cessation des paiements, si elle dispose d’un actif disponible suffisant ou de moratoires qui rendent le passif non exigible a court terme.

L’actif disponible comprend la tresorerie mobilisable, les lignes de credit non utilisees, les facilites de caisse utilisables, certains financements confirmes et les reserves de credit. Les creances clients tres incertaines ou lointaines ne suffisent pas toujours. Un devis signe mais non facture ne se traite pas comme une somme disponible.

Le passif exigible correspond aux dettes arrivees a echeance et immediatement exigibles. Une dette faisant l’objet d’un moratoire respecte, d’un echeancier accepte ou d’une contestation serieuse peut changer l’analyse. Il faut donc produire les accords ecrits, les preuves de paiement, les contestations adressees au creancier, et les elements comptables qui montrent que l’entreprise peut passer le cap.

Le piege consiste a plaider seulement « nous allons payer ». Le tribunal attend des pieces. Une promesse orale de rentree de fonds pese peu. Un releve bancaire, un ordre de virement, une attestation bancaire, un echeancier signe, une facture client approuvee et payable a tres court terme pesent davantage.

Eviter la liquidation immediate

Lorsque le creancier demande la liquidation judiciaire, le risque est plus fort. L’article L. 640-1 du code de commerce prevoit que la liquidation judiciaire concerne le debiteur en cessation des paiements dont le redressement est manifestement impossible.

Si le tribunal retient la cessation des paiements, il doit donc encore apprecier si une poursuite d’activite est envisageable. C’est ici que le dirigeant doit construire un dossier de redressement. Il faut montrer l’activite reelle, les clients actifs, les commandes, la marge, les salaries indispensables, les actifs utiles, la possibilite de reduire certaines charges, et le traitement envisage du passif.

Un tableau simple peut suffire a rendre le dossier lisible :

  • chiffre d’affaires mensuel recent ;
  • marge brute ;
  • charges fixes ;
  • dettes sociales et fiscales ;
  • dettes fournisseurs critiques ;
  • encaissements attendus a 30, 60 et 90 jours ;
  • mesures immediates de restructuration ;
  • proposition d’echeancier ou de plan d’apurement.

Le dirigeant ne doit pas minimiser les difficultes. Il doit montrer que l’entreprise a une chance concrete de redressement. Le tribunal n’a pas besoin d’un discours rassurant. Il a besoin d’une trajectoire documentee.

Que faire avec l’URSSAF avant l’audience ?

Lorsque l’assignation vient de l’URSSAF, il faut verifier si un accord est encore possible avant l’audience. Un plan d’apurement accepte peut aider a soutenir que la dette n’est plus exigible dans les memes termes ou que la situation peut etre reglee sans liquidation. Mais il faut obtenir une trace ecrite.

Il faut aussi controler la creance. Le montant inclut-il des majorations ? Les periodes sont-elles exactes ? Des paiements ont-ils ete mal imputes ? Une opposition a contrainte existe-t-elle ? Un echeancier a-t-il ete respecte puis denonce ? L’entreprise a-t-elle recu les mises en demeure ? Ces points ne font pas automatiquement tomber l’assignation, mais ils peuvent affaiblir la preuve du passif exigible ou justifier un renvoi.

Les decisions recentes retrouvees via Voyage montrent que les juridictions examinent concretement les assignations URSSAF. Par exemple, le tribunal de commerce de Chambery, dans une decision du 21 avril 2026 accessible sur le site de la Cour de cassation (decision 69e9f2a9cdc6046d473d59bf), a statue sur une assignation URSSAF visant un redressement judiciaire et subsidiairement une liquidation judiciaire. D’autres decisions d’Annecy du 21 avril 2026, egalement indexees par Voyage, illustrent la meme dynamique contentieuse.

Faut-il demander un renvoi ?

Le renvoi n’est pas une strategie par defaut. Il peut etre utile si l’entreprise a besoin de quelques jours pour produire des pieces comptables, finaliser un accord URSSAF, obtenir une attestation bancaire, regulariser une situation ou preparer une demande volontaire plus adaptee.

Il faut toutefois demander le renvoi avec une raison precise. Dire « nous avons besoin de temps » est faible. Dire « nous attendons l’attestation de la banque sur la ligne de credit disponible », « un echeancier URSSAF est en cours de signature », ou « la balance agee et les releves bancaires seront produits sous huit jours » est plus concret.

Si la situation est deja compromise, le renvoi peut aussi aggraver le risque personnel du dirigeant. L’article L. 631-4 du code de commerce impose au debiteur de demander l’ouverture d’un redressement judiciaire dans les quarante-cinq jours suivant la cessation des paiements, sauf demande de conciliation dans ce delai. Attendre pour attendre peut donc devenir une faute.

Le choix entre rejet, sauvegarde, redressement et liquidation

Le premier scenario est le rejet de l’assignation. Il suppose de convaincre le tribunal que la cessation des paiements n’est pas caracterisee ou que la demande du creancier est irrecevable ou insuffisamment justifiee.

Le deuxieme scenario est la sauvegarde. Elle n’est pas ouverte si l’entreprise est deja en cessation des paiements, mais elle peut etre envisagee en amont lorsque les difficultes sont serieuses sans franchir ce seuil. Si une assignation arrive alors que l’entreprise n’est pas en cessation des paiements, il faut examiner tres vite si une procedure preventive ou une sauvegarde peut mieux proteger l’entreprise.

Le troisieme scenario est le redressement judiciaire. Il gele les poursuites individuelles, ouvre une periode d’observation et permet de construire un plan. Le dirigeant reste en principe en fonction, sous controle des organes de la procedure et, le cas echeant, d’un administrateur judiciaire.

Le quatrieme scenario est la liquidation judiciaire. Elle intervient lorsque le redressement est manifestement impossible. Le dirigeant perd alors la main sur l’exploitation, le liquidateur realise les actifs, et les consequences sociales, contractuelles et patrimoniales peuvent etre rapides.

Paris et Ile-de-France : preparer l’audience localement

A Paris et en Ile-de-France, les audiences de procedures collectives se tiennent devant les juridictions commerciales ou les tribunaux des activites economiques competents. Les greffes indiquent en pratique les modalites de placement de l’assignation, le depot du second original et le calendrier d’audience applicable a la chambre saisie.

Pour une entreprise francilienne, la preparation doit etre encore plus concrete : justificatif d’immatriculation recent, adresse du siege, etablissements secondaires, activite reelle, effectif, bail commercial, principaux clients, dettes sociales et fiscales, contrats essentiels, comptes bancaires, actifs utiles et calendrier de tresorerie.

Un dirigeant de commerce, restaurant, societe de services, agence, entreprise du BTP ou prestataire B2B doit aussi anticiper les effets immediats d’une decision : blocage des poursuites, declaration des creances, information des salaries, relation avec le bailleur, continuation ou arret des contrats, et communication avec les clients.

Ce sujet releve du droit des affaires a Paris, car il touche a la survie de l’exploitation, au passif social et fiscal, aux relations fournisseurs, au bail commercial et a la responsabilite du dirigeant. Il complete notre analyse sur la cessation des paiements et le delai de 45 jours, mais avec un angle different : que faire quand l’initiative vient d’un creancier.

Plan d’action avant l’audience

Le jour meme, il faut scanner l’assignation, relever la date d’audience, identifier les demandes exactes et dresser la liste des pieces visees par le creancier.

Dans les 24 heures, il faut produire une situation de tresorerie, lister le passif exigible, isoler les dettes contestees, verifier les moratoires, demander les releves bancaires complets et collecter les preuves d’encaissements attendus.

Dans les 48 heures, il faut contacter le creancier, en particulier l’URSSAF si elle est demanderesse, pour savoir si un echeancier ou une regularisation partielle est envisageable. Toute discussion doit etre confirmee par ecrit.

Avant l’audience, il faut choisir une ligne claire : rejet car absence de cessation des paiements, redressement plutot que liquidation, renvoi justifie par des pieces imminentes, ou demande volontaire mieux preparee. Melanger toutes les lignes sans ordre affaiblit le dossier.

Le bon reflexe n’est pas de nier les difficultes. Le bon reflexe est de transformer une assignation subie en dossier jugeable : chiffres, pieces, calendrier, preuve de l’activite et strategie de sortie.

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Le cabinet peut analyser en 48 heures une assignation en redressement judiciaire, une assignation en liquidation judiciaire, une dette URSSAF ou une audience urgente devant le tribunal de commerce.

Nous vous indiquons les pieces a reunir, les arguments utiles, les risques de liquidation immediate et la strategie a presenter avant l’audience.

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Nous intervenons a Paris et en Ile-de-France pour les dirigeants, societes, commercants, entrepreneurs individuels et PME confrontes a une assignation URSSAF, fournisseur ou bancaire.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».