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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
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Sequestre du prix de cession du fonds de commerce a Paris et en Ile-de-France : quel greffe ou tribunal saisir, quelles pieces reunir et quels delais surveiller ?

Un prix de cession de fonds de commerce bloque a Paris ou en Ile-de-France ne se pilote pas seulement avec une phrase du type « le notaire attend la fin du delai ». Le vrai sujet est local et procedurale : ou le fonds est-il exploite, quel greffe ou quel tribunal de commerce est concerne, quelles pieces permettent de justifier une liberation ou une contestation, et quels delais sont juridiquement certains.

Le point de depart utile reste le guide principal : Sequestre du prix de cession du fonds de commerce : combien de temps, quand demander la liberation des fonds et que faire en cas d’opposition ?. Pour l’environnement du cluster, il faut aussi garder comme page de rattachement Avocat cession de fonds de commerce Paris, ainsi que le sous-angle voisin Privilege du vendeur du fonds de commerce : inscription dans les 30 jours, opposition au prix et procedure collective.

1. A Paris et en Ile-de-France, le bon ressort part du fonds exploite

Le mauvais reflexe consiste a raisonner a partir du siege social de l’acquereur, du cabinet qui a redige l’acte, ou du lieu de signature. Pour les formalites et le contentieux lies au fonds, le point de depart utile est le lieu d’exploitation du fonds.

L’article L. 143-13 du code de commerce vise expressément le tribunal de commerce de la situation du fonds pour la surenchere du dixieme. Le reste du dossier se pilote dans la meme logique pratique : publicite, notifications, oppositions et contentieux se rattachent d’abord au ressort ou le fonds est exploite.

En Ile-de-France, cela signifie en pratique :

Le bon raisonnement n’est donc pas « l’acquereur habite a Neuilly » ou « le prix est chez un sequestre parisien ». Le bon raisonnement est : « ou le fonds est-il exploite, et quel tribunal de commerce tient ce ressort ? »

2. Les pieces qui font vraiment gagner du temps en region parisienne

Dans les dossiers franciliens, les pertes de temps viennent souvent d’un dossier trop bavard et pas assez ordonne. Il faut reunir des pieces simples, mais dans le bon ordre :

  1. l’acte de cession du fonds, signe et enregistre ;
  2. la clause de sequestre ou le mandat du sequestre ;
  3. la preuve des publications de la vente au titre du L. 141-12 ;
  4. les oppositions eventuelles et leur date, au regard du L. 141-14 ;
  5. les echanges du sequestre sur le delai fiscal de l’article 1684 CGI ;
  6. si le vendeur demande la remise du prix malgre opposition, le projet de saisine en refere sur le terrain du L. 141-15 ou du L. 141-16 ;
  7. s’il existe un privilege vendeur ou un nantissement, les bordereaux d’inscription et la ventilation du prix ;
  8. s’il existe une procedure collective, le jugement d’ouverture et les premieres correspondances de la procedure.

Dans le ressort parisien comme en petite couronne, un dossier complet depose d’emblee au bon endroit vaut mieux qu’un dossier incomplet depose vite.

3. Les delais certains a surveiller

Je ne dispose pas d’une source officielle publique et consolidee donnant, greffe par greffe en Ile-de-France, un « delai moyen constate » stable pour la liberation d’un prix sequestre. Je ne vais donc pas en inventer.

En revanche, les delais juridiques certains sont connus, et ce sont eux qui pilotent vraiment le risque :

  • 15 jours pour la publication de la vente, selon le L. 141-12 ;
  • 10 jours apres la derniere publication pour les oppositions au paiement du prix, selon le L. 141-14 ;
  • 30 jours ou 90 jours pour la solidarite fiscale du cessionnaire selon les conditions de l’article 1684 CGI ;
  • 15 jours apres les notifications prevues par le L. 143-12 pour former la surenchere du dixieme du L. 143-13 ;
  • 2 mois apres l’avertissement du liquidateur si le dossier entre en procedure collective et qu’un droit de preference doit etre produit, sur le terrain du R. 643-5.

Ces delais sont certains. Le « temps du sequestre » n’est pas un delai autonome. Il depend de leur purge.

4. Quand faut-il saisir le president du tribunal en refere

Le blocage du prix ne se traite pas toujours par de simples relances.

Si une opposition existe mais que le vendeur veut toucher son prix moyennant consignation d’une somme suffisante, le bon texte est le L. 141-15. Si l’opposition est nulle en la forme, sans titre ou sans cause, et qu’il n’y a pas d’instance au principal, le bon texte est le L. 141-16.

Dans la pratique francilienne, l’erreur classique est de rester trop longtemps dans des echanges entre conseils et sequestre, sans formaliser la voie de refere. Quand le dossier est mature, il faut poser la question de facon nette :

  • y a-t-il une opposition reguliere ou non ;
  • quelle somme doit etre consignée ;
  • quel tribunal de commerce du ressort doit etre saisi ;
  • et quelles pieces montrent la chronologie complete.

5. Paris, petite couronne et grande couronne : les pratiques utiles

Paris

Si le fonds est exploite a Paris, le Tribunal de commerce de Paris est le point d’ancrage naturel. Les dossiers mal chronologiques y perdent vite du temps. Il faut arriver avec une frise claire : signature, publication, derniere publication, fin du delai d’opposition, point de depart du delai fiscal, incidents eventuels.

Petite couronne

Dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, l’erreur la plus frequente est de recentrer artificiellement le dossier sur Paris parce que le sequestre, la banque ou les conseils y sont installes. Si le fonds est a Nanterre, Bobigny ou Creteil, le ressort du fonds reste le bon point de depart.

Grande couronne

En Yvelines, Essonne, Val-d’Oise et Seine-et-Marne, le meme principe s’applique. Les dossiers souffrent souvent d’une verification trop tardive du bon greffe ou du bon tribunal. En Seine-et-Marne, il faut etre particulierement vigilant sur la repartition entre Meaux et Melun selon le lieu d’exploitation effectif.

6. Ce qu’il faut faire si le sequestre vous repond « j’attends encore »

Cette phrase ne suffit pas. Il faut demander de quoi il s’agit exactement.

Trois hypotheses reviennent sans cesse :

  • le delai d’opposition n’est pas encore purgé ;
  • le delai fiscal de l’article 1684 CGI n’est pas purgé ou sa duree est discutee ;
  • une opposition, une procedure collective ou une question de distribution du prix empeche la remise du solde.

La bonne demande n’est donc pas seulement « merci de liberer les fonds ». Il faut demander :

  1. la date exacte de la derniere publication ;
  2. la date exacte de fin du delai d’opposition ;
  3. si une opposition a ete reçue et sous quelle forme ;
  4. quel delai fiscal est retenu, trente ou quatre-vingt-dix jours, et pourquoi ;
  5. si un incident contentieux ou collectif est intervenu.

Sans cette reponse, ni le vendeur ni l’acquereur ne peuvent savoir si le blocage reste normal ou s’il faut changer de terrain.

7. Procedure collective : le reflexe local ne suffit plus

Si une procedure collective s’ouvre alors que le prix est encore sous sequestre, le dossier n’est plus seulement un dossier de delai.

La decision Com., 8 juin 2010, n° 09-68.591 rappelle qu’un prix sous sequestre conventionnel peut basculer sur une logique de distribution du prix en procedure collective. A partir de la, il faut articuler le ressort du fonds, la procedure du tribunal de commerce et les regles de production.

En Ile-de-France, cela signifie qu’un dossier de cession qui paraissait purement notarial ou transactionnel peut devenir un dossier de repartition, de priorites et de declarations en quelques jours. Le bon moment pour reorganiser le dossier est immediatement, pas au moment ou le liquidateur conteste.

8. Le delta concret par rapport aux concurrents FR lus pour ce run

Les concurrents FR lus pour ce run expliquent bien que le prix reste bloque et qu’il faut laisser courir certains delais. Mais ils disent peu de choses sur ce qui fait la difference en pratique a Paris et en Ile-de-France :

  • le choix du bon tribunal de commerce selon le lieu d’exploitation du fonds ;
  • le tri entre blocage normal, opposition contestable et referé utile ;
  • la distinction entre delai d’opposition, delai fiscal et incident collectif ;
  • et la liste de pieces vraiment necessaires pour agir vite dans le bon ressort.

C’est sur ce terrain concret que les dossiers se gagnent ou se perdent.

9. La check-list locale avant d’agir

Avant toute relance musclée, toute requete ou tout refere, il faut verifier :

  1. ou le fonds est-il effectivement exploite ;
  2. quel tribunal de commerce correspond a ce lieu ;
  3. quand la derniere publication a-t-elle ete faite ;
  4. le delai d’opposition est-il expiré ;
  5. une opposition reguliere est-elle entree ;
  6. le delai fiscal applicable est-il de trente ou quatre-vingt-dix jours ;
  7. existe-t-il une procedure collective ou une surete inscrite qui change la distribution.

Si vous ne pouvez pas repondre clairement a ces sept questions, il faut remettre le dossier a plat avant de demander la liberation du prix.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».