Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Article généré par une intelligence artificielle, selon un processus conçu et contrôlé par le cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Vos terres agricoles en bail emphytéotique ou votre emphytéose à défendre : durée, redevance, constructions et sortie sans indemnité devant le tribunal paritaire

Vous possédez des terres agricoles que vous ne voulez ni vendre ni soumettre au fermage de neuf ans, ou vous exploitez des parcelles que votre bailleur accepte de vous confier pour plusieurs décennies afin d’y bâtir un hangar, d’y planter ou d’y installer votre siège d’exploitation : le bail emphytéotique répond à ce besoin. Ce contrat confère au preneur, appelé emphytéote, un droit réel sur le fonds pour une durée de plus de dix-huit ans et de quatre-vingt-dix-neuf ans au plus, sans renouvellement automatique. La contrepartie de cette stabilité est rude : redevance incompressible, entretien et réparations à la charge du preneur, constructions conservées sans indemnité par le bailleur à la sortie, et expulsion à l’expiration sans droit au maintien.

La pratique rurale montre que ce montage dérape souvent. Le bailleur réclame une résiliation immédiate après quelques impayés, le preneur exige le paiement de ses constructions, ou l’une des parties découvre que l’autorisation d’exploiter n’a jamais été demandée. Les tribunaux paritaires des baux ruraux tranchent ces litiges : la cour d’appel de Rennes a confirmé le 5 juin 2025 l’expulsion d’emphytéotes agricoles au terme de leur bail avec condamnation à 18 645,19 euros de redevances, et la cour d’appel d’Aix-en-Provence a jugé le 28 mai 2026 du sort d’une emphytéose de quatre-vingt-dix-neuf ans résiliée, avec une indemnité contractuelle de 3 555 000 euros. Cet article décrit comment conclure ce bail hors statut du fermage, fixer et recouvrer la redevance, céder ou hypothéquer le droit réel, construire sans faute, puis sortir sans indemnité, devant le tribunal paritaire. Chaque situation suppose d’identifier la nature du bien, son usage agricole effectif, les parties et leurs capacités, le titre d’occupation réellement signé et les actes administratifs en cause, autorisation d’exploiter et document d’urbanisme.

I. Conclure un bail emphytéotique agricole hors statut du fermage : durée, redevance et titre d’occupation

A. Pourquoi l’emphytéose échappe au bail rural de neuf ans : droit réel, durée de plus de dix-huit à quatre-vingt-dix-neuf ans, sans tacite reconduction

L’article L. 411-1 du code rural et de la pêche maritime dispose que toute mise à disposition à titre onéreux d’un immeuble à usage agricole en vue de l’exploiter pour y exercer une activité agricole est régie par le statut du fermage, et que cette disposition est d’ordre public. Le bail emphytéotique constitue l’exception principale : il obéit à ses dispositions législatives propres, les articles L. 451-1 à L. 451-13 du même code, qui relèvent des conventions conclues en application de dispositions législatives particulières, réservées par l’article L. 411-2. La Cour de cassation applique strictement ce cantonnement : le 27 février 2020, la troisième chambre civile a jugé, au visa de l’article L. 411-2 et de l’article L. 221-2 du code de l’urbanisme, que l’exploitant bénéficiaire d’une concession temporaire de terres agricoles acquises pour une réserve foncière ne bénéficie d’aucun droit né du statut des baux ruraux tant que l’immeuble n’est pas repris pour son utilisation définitive (pourvoi n° 18-24.772, cassation). La leçon vaut pour l’emphytéose : le régime applicable dépend du titre réellement conclu, vérifié clause par clause, et non de la seule qualité agricole du bien.

L’article L. 451-1 du code rural et de la pêche maritime énonce que le bail emphytéotique de biens immeubles confère au preneur un droit réel susceptible d’hypothèque ; ce droit peut être cédé et saisi dans les formes prescrites pour la saisie immobilière. Ce droit réel rapproche l’emphytéote d’un quasi-propriétaire temporaire : il peut céder son droit, l’hypothéquer pour financer ses constructions et consentir des servitudes dans la limite de la durée du bail. En contrepartie, ce bail doit être consenti pour plus de dix-huit années et ne peut dépasser quatre-vingt-dix-neuf ans ; il ne peut se prolonger par tacite reconduction. Trois conséquences pratiques en découlent. D’abord, une durée inférieure ou égale à dix-huit ans fait douter de la qualification : le contrat risque la requalification en bail rural de neuf ans avec renouvellement, préemption du fermier et encadrement du loyer. Ensuite, aucune reconduction tacite ne sauve le preneur qui reste sur place après l’expiration : il devient occupant sans droit, redevable d’une indemnité d’occupation, comme l’a jugé la cour d’appel de Rennes le 5 juin 2025 (chambre des baux ruraux, RG n° 24/02755) avec 7,83 euros par jour jusqu’à libération effective. Enfin, le contraste avec le fermage est total : à défaut de congé, le bail rural est renouvelé pour neuf ans, ainsi que l’a rappelé la Cour de cassation le 28 novembre 2024 (3e civ., pourvoi n° 23-17.036, cassation partielle), tandis que l’emphytéose s’éteint par l’arrivée du terme sans formalité de congé. Pour une analyse d’ensemble du renouvellement et de la préemption dans le bail rural classique, la synthèse des arrêts 2026 sur le statut du fermage et la préemption expose les règles dont l’emphytéose permet précisément de sortir.

Tout le monde ne peut pas consentir une emphytéose. L’article L. 451-2 du code rural et de la pêche maritime prévoit que le bail emphytéotique ne peut être valablement consenti que par ceux qui ont le droit d’aliéner, et sous les mêmes conditions, comme dans les mêmes formes. L’usufruitier, le tuteur sans autorisation du conseil de famille, ou l’indivisaire seul ne peuvent donc pas engager le fonds pour un demi-siècle. Vérifiez le titre de propriété, la capacité du signataire et, en indivision, l’accord de tous les coïndivisaires avant de signer. La preuve du contrat obéit aux règles du code civil en matière de baux, et à défaut de conventions contraires le bail est régi par les dispositions légales suivantes, selon l’article L. 451-3. Ce droit réel se monnaye et se transmet, à l’inverse du bail rural dont la cession est enfermée dans le cercle familial sauf autorisation du tribunal. Puisque le droit de l’emphytéote peut être cédé et saisi dans les formes prescrites pour la saisie immobilière, le preneur peut vendre son droit à un repreneur, l’apporter en garantie à sa banque pour financer le hangar ou l’irrigation, et ses créanciers peuvent le saisir comme un immeuble. Organisez ces opérations par écrit : faites signifier toute cession au bailleur par commissaire de justice, exigez les quittances des redevances échues avant de payer le prix de cession, et vérifiez que le cessionnaire sollicite à son tour l’autorisation d’exploiter, car le contrôle des structures s’attache à la personne qui met en valeur, non au papier qui l’y autorise. La banque qui prend une hypothèque sur le droit réel exigera en outre la publication de son inscription et une délégation d’assurance couvrant les bâtiments : anticipez ces frais dans votre plan de financement, ils conditionnent le déblocage des fonds.

En pratique, faites établir l’acte par notaire, décrivez précisément les parcelles cadastrales, les bâtiments existants, la destination imposée et la redevance, puis faites publier le bail au service de la publicité foncière : seul un droit réel publié est pleinement opposable aux acquéreurs successifs du fonds pendant quatre-vingt-dix-neuf ans.

B. Fixer la redevance et la recouvrer sans faute : deux ans d’impayés, sommation, résolution judiciaire et refus de la clause résolutoire

La redevance emphytéotique n’est pas un fermage : aucun arrêté préfectoral n’en encadre le montant, et les parties la fixent librement, en une somme annuelle, parfois modeste quand le preneur s’engage à construire ou à améliorer. Cette liberté ne rend pas la dette facultative. L’article L. 451-6 du code rural et de la pêche maritime dispose que le preneur ne peut se libérer de la redevance, ni se soustraire à l’exécution des conditions du bail emphytéotique en délaissant le fonds. Le preneur qui cesse d’exploiter, qui abandonne les parcelles ou qui les laisse en friche reste tenu de payer jusqu’au terme ou jusqu’à la résolution prononcée. Conservez chaque appel de redevance, chaque mise en demeure et chaque preuve de paiement : devant le tribunal paritaire de Guingamp, confirmé par la cour d’appel de Rennes le 5 juin 2025, l’imputation des versements entre fermages des baux ruraux voisins et redevances emphytéotiques a décidé de l’issue, le preneur étant déclaré à jour de ses fermages mais condamné à 18 645,19 euros de redevances impayées au titre du bail emphytéotique du 30 septembre 1992.

Le bailleur impayé ne peut pas reprendre les terres de lui-même. L’article L. 451-5 du code rural et de la pêche maritime prévoit qu’à défaut de paiement de deux années consécutives, le bailleur est autorisé, après une sommation restée sans effet, à faire prononcer en justice la résolution de l’emphytéose. La procédure compte donc trois marches obligatoires : deux années consécutives d’impayés, une sommation demeurée sans effet, puis une demande en justice. Le même article ajoute que la résolution peut également être demandée par le bailleur en cas d’inexécution des conditions du contrat ou si le preneur a commis sur le fonds des détériorations graves, et que néanmoins, les tribunaux peuvent accorder un délai suivant les circonstances. Ce délai de grâce judiciaire distingue l’emphytéose du couperet contractuel : n’insérez jamais dans un bail emphytéotique une clause de résiliation de plein droit pour impayés. La Cour de cassation a jugé le 6 novembre 2025 que l’insertion dans un bail d’une clause de résolution de plein droit confère à la jouissance du locataire une précarité incompatible avec la constitution d’un tel droit (3e civ., pourvois n° 23-11.581 et 23-11.823, cassation partielle sans renvoi, à propos d’un bail de vingt-deux novembre 1974 requalifié en bail commercial). Une telle clause, outre qu’elle expose le bail à la requalification, est privée d’effet pour obtenir une expulsion automatique : seule la résolution judiciaire, avec le délai que le juge peut accorder, met fin au droit réel.

Le changement de titre ne dispense d’aucune autorisation administrative d’exploiter. La Cour de cassation a jugé le 26 octobre 2023, au visa des articles L. 331-1, L. 331-1-1, L. 331-2, L. 331-6 et R. 331-1 du code rural et de la pêche maritime, que le contrôle des structures des exploitations agricoles s’applique à la mise en valeur des terres agricoles ou des ateliers de production hors sol au sein d’une exploitation agricole, quels que soient la forme ou le mode d’organisation juridique de celle-ci et le titre en vertu duquel la mise en valeur est assurée (3e civ., pourvoi n° 21-24.231, cassation partielle). L’emphytéote qui s’agrandit, qui reprend des parcelles au-delà des seuils ou qui s’installe doit donc solliciter l’autorisation d’exploiter comme tout fermier, avant de prendre possession. Le défaut d’autorisation expose à la nullité des mises en valeur et à des sanctions, sans que le bailleur puisse s’en prévaloir pour échapper à ses propres obligations. Stipulez dans le bail qui demande l’autorisation, dans quel délai, et ce qu’il advient du contrat en cas de refus définitif.

II. Exploiter, construire puis rendre les terres : charges, dégradations et sortie sans indemnité

A. Bâtir et entretenir sans dégrader : constructions conservées par le bailleur, réparations, charges et incendie

Construire constitue souvent l’objet même de l’emphytéose agricole : hangar de stockage, bâtiment d’élevage aux normes, forage d’irrigation, maison d’habitation liée à l’exploitation. Le preneur peut bâtir et améliorer, mais à ses frais et sans espoir de remboursement légal. L’article L. 451-7 du code rural et de la pêche maritime énonce que le preneur ne peut opérer dans le fonds aucun changement qui en diminue la valeur et que si le preneur fait des améliorations ou des constructions qui augmentent la valeur du fonds, il ne peut les détruire, ni réclamer à cet égard aucune indemnité. La cour d’appel de Rennes a appliqué ce texte à la lettre le 5 juin 2025 : rappelant que si le preneur fait des améliorations ou des constructions qui augmentent la valeur du fonds, il ne peut les détruire ni réclamer aucune indemnité, elle a débouté les emphytéotes de toute demande au titre des améliorations apportées et rejeté leur répétition d’indu de 24 307,10 euros, les paiements litigieux correspondant à des redevances emphytéotiques et non à des fermages. Ne confondez pas avec le fermier sortant, qui perçoit une indemnité d’améliorations : l’emphytéote finance ses constructions à fonds perdus, sauf clause contraire du bail. Si le bailleur accepte de verser une indemnité de sortie, écrivez-en le principe, l’assiette et le mode d’évaluation dans l’acte initial : l’arrêt de la cour d’appel d’Aix-en-Provence du 28 mai 2026 (chambre 1-5, RG n° 20/01746) montre qu’une indemnité contractuelle peut atteindre 3 555 000 euros avec intérêts et capitalisation, mais seulement parce que le contrat ou la procédure d’expertise l’avait fondée, après résiliation d’une emphytéose de quatre-vingt-dix-neuf ans consentie le 25 septembre 1963 et résiliée par le tribunal paritaire de Marseille le 14 janvier 2020.

L’entretien pèse entièrement sur l’emphytéote, y compris pour les bâtiments existants au jour du bail. L’article L. 451-8 du code rural et de la pêche maritime dispose que le preneur est tenu de toutes les contributions et charges de l’héritage : taxe foncière, charges et réparations de toute nature lui incombent. Le même article limite l’obligation de reconstruire : le preneur n’est pas obligé de reconstruire les bâtiments, s’il prouve qu’ils ont été détruits par cas fortuit, par force majeure ou qu’ils ont péri par le vice de la construction antérieure au bail, et il répond de l’incendie, conformément à l’article 1733 du code civil. Faites dresser un état des lieux d’entrée précis, avec photographies et diagnostic des bâtiments : sans preuve du cas fortuit ou du vice antérieur, le preneur paie la reconstruction. L’arrêt d’Aix-en-Provence illustre le contentieux des détériorations graves : abandon du fonds, clinique laissée à la ruine après la perte de l’exploitation thermale, demandes réciproques d’indemnités fondées sur l’article L. 451-5 alinéa 2 pour inexécution des conditions et sur l’article L. 451-6 pour l’obligation de ne pas délaisser le fonds. Pour les terres, l’interdiction de diminuer la valeur du fonds vise les coupes abusives, le comblement de mares, l’arrachage de haies ou l’épuisement des sols : décrivez les pratiques culturales autorisées et les aménagements soumis à accord écrit préalable.

L’emphytéote dispose enfin d’un pouvoir propre sur les servitudes. L’article L. 451-9 du code rural et de la pêche maritime prévoit que l’emphytéote peut acquérir au profit du fonds des servitudes actives, et les grever, par titres, de servitudes passives, pour un temps qui n’excédera pas la durée du bail à charge d’avertir le propriétaire. En pratique, l’exploitant peut faire constituer un passage pour ses engins, une canalisation d’irrigation ou un raccordement électrique au profit des parcelles, et accepter des servitudes de réseaux qui s’éteindront au terme du bail. Avertissez le bailleur par écrit avant chaque constitution et limitez expressément la durée de la servitude à celle de l’emphytéose : une servitude consentie au-delà du terme engagerait votre responsabilité envers le propriétaire qui retrouverait son fonds grevé.

B. Sortir à l’expiration : expulsion, indemnité d’occupation, aucune indemnité d’amélioration et juge compétent

À l’arrivée du terme, le bail s’éteint seul. Aucun congé n’est requis, aucune indemnité d’éviction n’est due, et le preneur qui se maintient est un occupant sans droit. Le tribunal paritaire de Guingamp, confirmé par la cour d’appel de Rennes le 5 juin 2025, a constaté la résiliation par l’effet du terme du bail emphytéotique du 30 septembre 1992, ordonné l’expulsion des emphytéotes et de tous occupants de leur chef dans un délai de deux mois, et fixé une indemnité d’occupation de 7,83 euros par jour depuis le 30 septembre 2021 jusqu’à libération effective. Bailleur, notifiez par écrit la fin du bail à l’avance, proposez un état des lieux de sortie contradictoire et, en cas de maintien, assignez sans tarder en constatation de l’expiration et en expulsion avec indemnité d’occupation : chaque mois de retard fige un occupant qui continue d’exploiter vos terres. Preneur, préparez votre sortie un an avant le terme : relogez le cheptel et le matériel, cessez les cultures pérennes, et ne comptez sur aucune prolongation judiciaire, la tacite reconduction étant légalement impossible.

La sortie ne donne lieu à aucun décompte d’améliorations au profit du preneur, comme l’a confirmé l’arrêt rennais en application de l’article L. 451-7. Distinguez soigneusement trois masses : les redevances impayées, dues jusqu’à la restitution effective et productives d’intérêts ; l’indemnité d’occupation pour la période postérieure au terme, fixée par le juge ; et les dégradations excédant l’usure normale, réparées par dommages et intérêts sur le fondement de l’inexécution du bail. Ne mélangez pas ces chefs avec d’éventuels fermages de baux ruraux portant sur des parcelles voisines : à Rennes, les juges ont imputé les paiements en priorité sur les fermages pour éviter une résiliation des baux ruraux, puis condamné pour les redevances emphytéotiques restantes. Tenez une comptabilité séparée par contrat, avec des libellés de virement distincts.

Le juge compétent est le tribunal paritaire des baux ruraux. L’article L. 491-1 du code rural et de la pêche maritime dispose qu’il est créé, dans le ressort de chaque tribunal judiciaire, au moins un tribunal paritaire des baux ruraux qui est seul compétent pour connaître des contestations entre bailleurs et preneurs de baux ruraux relatives à l’application des titres Ier à VI et VIII du livre IV du présent code. Le bail emphytéotique relève du titre V du livre IV : les tribunaux paritaires de Guingamp et de Marseille ont jugé au fond des emphytéoses agricoles, et les cours d’appel de Rennes et d’Aix-en-Provence ont statué sur leurs appels. Assignez devant le tribunal paritaire du ressort, en visant les articles L. 451-1 à L. 451-13, et produisez l’acte de bail, le décompte des redevances, la sommation et les états des lieux. En Île-de-France, où la pression urbaine rend ces montages fréquents sur les plateaux agricoles de Seine-et-Marne, des Yvelines et de l’Essonne, vérifiez avant de signer la compatibilité de la destination et des constructions projetées avec le document d’urbanisme communal : une emphytéose de cinquante ans qui fige un usage devenu inconstructible ruine les deux parties, sans que le juge puisse réécrire le bail.

En conclusion, le bail emphytéotique agricole offre ce que le fermage refuse : une durée pouvant atteindre quatre-vingt-dix-neuf ans, une redevance libre, un droit réel cessible et hypothécable, et une sortie sans renouvellement imposé. Il exige en retour une discipline stricte : un bailleur capable d’aliéner, un acte notarié précis et publié, une autorisation d’exploiter demandée malgré le titre particulier, deux années d’impayés et une sommation avant toute résolution judiciaire, jamais de clause résolutoire de plein droit, des constructions financées à fonds perdus faute de clause d’indemnité, et une restitution au terme sans indemnité d’occupation prolongée. Les arrêts de Rennes et d’Aix-en-Provence comme ceux de la Cour de cassation de 2023 et de 2025 appliquent ces règles sans indulgence pour les approximations. Rédigez chaque clause comme si le tribunal paritaire devait la lire, car un jour il la lira. Commencez par qualifier le titre : durée de plus de dix-huit ans, droit réel, absence de reconduction. Sécurisez le paiement : redevance écrite, quittances, sommation avant tout procès. Encadrez les travaux : accord préalable, état des lieux, clause d’indemnité si le bailleur l’accepte. Préparez la sortie : calendrier de restitution, sort des constructions, indemnité d’occupation chiffrée. À chaque étape, le texte applicable se vérifie sur Legifrance à la date du litige et la décision utile se lit en intégralité : c’est ce dossier complet, et lui seul, qui emporte la conviction du tribunal paritaire.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».