Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Article généré par une intelligence artificielle, selon un processus conçu et contrôlé par le cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Dossier de surendettement et saisie sur salaire : mon employeur a reçu la saisie — déclarer, suspendre, calculer et contester devant le juge, que faire ?

Votre employeur vous convoque et vous tend un courrier du tribunal : une saisie des rémunérations vient d’être autorisée contre vous. Sur votre prochaine fiche de paie, une retenue apparaît déjà, parfois plusieurs centaines d’euros, alors que le loyer, les courses et les trajets pour travailler ne baissent pas. La panique est normale. La question qui suit l’est tout autant : est-ce que le dossier de surendettement de la Banque de France peut arrêter cette ponction sur le salaire, et comment agir vite sans aggraver la situation face à l’employeur et au créancier ? La réponse tient en deux temps. Dès le dépôt du dossier, vous pouvez demander au juge des contentieux de la protection la suspension de la saisie sur salaire et des cessions de rémunération que vous avez consenties. Dès la recevabilité prononcée par la commission, la suspension et l’interdiction des procédures d’exécution deviennent automatiques, dans la limite de deux ans, jusqu’au plan, aux mesures imposées ou au rétablissement personnel. Encore faut-il déclarer la dette à l’euro près, justifier la retenue par des pièces exactes, vérifier le calcul de la quotité saisissable avec les personnes à charge, puis contester dans les délais si le montant est faux ou si la procédure se poursuit malgré la protection. Cet article décrit pas à pas ce chemin de crise : déclarer, suspendre, calculer, contester, avec les textes applicables et les décisions de la deuxième chambre civile qui tranchent les litiges les plus fréquents.

I. Mon employeur a reçu une saisie sur salaire : comment déclarer la dette et suspendre la retenue avec un dossier de surendettement recevable ?

A. Faut-il déclarer la saisie sur salaire dans le dossier Banque de France et comment prouver la retenue à l’employeur ?

Oui, sans aucune hésitation. Toute dette doit figurer dans le dossier de surendettement, et la dette qui fonde la saisie des rémunérations en premier. La commission dresse un état du passif à partir de vos déclarations, puis elle en informe le débiteur : « La commission informe le débiteur de l’état du passif qu’elle a dressé. » Si vous oubliez la créance saisie sur salaire, l’état du passif est faux, le plan repose sur des bases fausses et le créancier reste libre de poursuivre. Déclarez donc le créancier saisissant avec le solde exact, le titre exécutoire (jugement, contrainte, acte notarié), les intérêts, les frais d’huissier déjà exposés et les retenues déjà prélevées. Joignez l’autorisation de saisie, l’acte de saisie notifié à l’employeur, les trois dernières fiches de paie avec les lignes de retenue, le contrat de travail, les justificatifs de personnes à charge et le relevé des sommes déjà versées au greffe. Cette rigueur sert deux fois : elle permet à la commission de chiffrer un plan réaliste et elle donne au juge saisi d’une demande de suspension une preuve immédiate du danger pour le budget du ménage.

Face à l’employeur, la posture compte autant que les pièces. L’employeur n’est pas votre adversaire : il exécute une décision du tribunal sous contrôle du greffe et il doit verser chaque mois la fraction saisissable. Ne lui demandez pas d’arrêter seul les retenues, car le barème est d’ordre public et il ne peut pas modifier de lui-même la quotité. Remettez-lui une copie du récépissé de dépôt du dossier, puis de la décision de recevabilité dès que vous la recevez, et informez par écrit le commissaire de justice et le greffe du tribunal qui suit la saisie. Conservez chaque envoi. Quand la commission est saisie, elle seule peut demander au juge des contentieux de la protection l’annulation d’un acte accompli en violation de la protection, dans le délai d’un an à compter de l’acte ou du paiement, comme l’a rappelé la deuxième chambre civile le 28 mars 2024 : « Il résulte de l’article L. 761-2 du code de la consommation que tout acte effectué en violation de l’article L. 722-2 du même code, posant le principe de l’interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur, peut être annulé par le juge des contentieux de la protection, à la demande de la commission de surendettement, présentée pendant le délai d’un an à compter de l’acte ou du paiement de la créance. » Vous gardez parallèlement votre droit propre d’agir, car « la faculté pour la commission de surendettement de saisir le juge des contentieux de la protection à fin d’annulation de la mesure ne fait pas obstacle au droit du débiteur de contester une mesure conservatoire devant le juge de l’exécution. » En pratique parisienne, écrivez donc aux trois destinataires le même jour : employeur, commissaire de justice, greffe du tribunal judiciaire qui a autorisé la saisie. Cette triple notification évite les retenues qui continuent « parce que personne n’était au courant ».

Le périmètre de la déclaration mérite une attention particulière quand plusieurs retenues se cumulent : saisie des rémunérations d’un créancier, cession de rémunération consentie autrefois à une banque, avis à tiers détenteur du Trésor, paiement direct d’une pension alimentaire. La protection du surendettement couvre les procédures d’exécution et les cessions volontaires portant sur des dettes non alimentaires, mais elle ne couvre pas les dettes alimentaires ni, devant le juge civil, les amendes et réparations pénales qui relèvent du juge pénal. Le site officiel service-public.fr le résume ainsi : dès le dépôt, le juge des contentieux de la protection peut suspendre les saisies sur les biens, la saisie sur salaire et les cessions consenties, sauf obligations alimentaires, et il ne peut pas suspendre les saisies liées aux amendes ou dettes pénales. Triez donc vos retenues en deux colonnes : celles qui peuvent être suspendues et celles qui continueront. Si une pension alimentaire est prélevée par paiement direct, elle continue. Si une amende pénale est recouvrée par le Trésor, la demande de suspension civile ne l’arrête pas. Cette distinction évite les faux espoirs et les courriers inutiles. Pour tout le reste, crédits à la consommation, prêts personnels, découverts, loyers impayés civils, factures, la déclaration complète ouvre la voie à la suspension.

Un dernier point de preuve décide souvent du sort de la demande : le montant exact de la créance. La Cour de cassation exige du juge de la saisie des rémunérations une vérification réelle du montant en principal, intérêts et frais lors de la phase d’autorisation après échec de la conciliation. Le 21 février 2019, la deuxième chambre civile a jugé que « l’article R. 3252-19 du code du travail n’impose au juge de vérifier d’office le montant de la créance en principal, intérêts et frais qu’en cas d’échec de la conciliation préalable à la saisie et non lorsqu’il statue sur une contestation postérieure à l’audience de conciliation ». Autrement dit, le premier contrôle est le bon : apportez dès la conciliation le décompte du créancier, vos paiements, vos contestations sur les intérêts et les frais. Si vous laissez passer ce stade, la contestation ultérieure reste possible mais elle vous demande de prouver vous-même l’erreur. Joignez donc au dossier de surendettement le même décompte corrigé : titre exécutoire, taux d’intérêt, date de déchéance du terme, paiements déjà effectués, frais contestés. La commission y voit clair, le juge de la saisie aussi, et le risque de payer deux fois la même somme recule fortement.

B. Comment obtenir la suspension de la saisie sur salaire dès le dépôt du dossier puis automatiquement à la recevabilité ?

Deux fenêtres se succèdent et il faut utiliser les deux. Première fenêtre : dès le dépôt du dossier, la suspension n’est pas automatique mais elle peut être ordonnée. Vous pouvez demander au juge des contentieux de la protection la suspension des procédures d’exécution, dont la saisie des rémunérations en cours, ainsi que des cessions de rémunération que vous avez consenties. En cas d’urgence, le président de la commission, son délégué ou le représentant local de la Banque de France peut prendre l’initiative. Concrètement, déposez une requête simple au tribunal judiciaire de votre domicile, avec le récépissé de dépôt, l’acte de saisie, les fiches de paie montrant la retenue, le budget mensuel et les charges incompressibles. Demandez la suspension jusqu’à la décision de recevabilité. Les juges des contentieux de la protection d’Île-de-France statuent vite sur ces demandes quand le dossier montre que la retenue supprime le reste à vivre. La durée de cette suspension judiciaire ne peut pas dépasser deux ans, ce qui laisse largement le temps à la commission d’examiner le dossier.

Deuxième fenêtre : la recevabilité prononcée par la commission déclenche l’effet automatique. Le texte central est limpide : « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » La commission examine d’abord la situation puis se prononce sur la recevabilité : « La commission examine la situation du débiteur et se prononce sur la recevabilité de sa demande. » À compter de cette décision, le créancier ne peut plus engager une nouvelle saisie des rémunérations et la saisie en cours est suspendue. L’employeur doit cesser de prélever et de verser au greffe pour les dettes concernées. La suspension court « jusqu’à l’approbation du plan conventionnel de redressement prévu à l’article L. 732-1 , jusqu’à la décision imposant les mesures prévues aux articles L. 733-1 , L. 733-4 , L. 733-7 et L. 741-1 , jusqu’au jugement prononçant un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire ou jusqu’au jugement d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire. Cette suspension et cette interdiction ne peuvent excéder deux ans. » Pendant cette période, ne payez plus directement le créancier saisissant : tout versement direct fausse le plan et peut être regardé comme un avantage irrégulier. Laissez la procédure suivre son cours sous protection et signalez immédiatement toute retenue qui persisterait après notification de la recevabilité.

La portée exacte de cette suspension mérite d’être comprise pour éviter deux erreurs inverses. Première erreur : croire que la saisie est annulée. Elle est suspendue et interdite, pas effacée. Le titre du créancier subsiste, la créance reste inscrite à l’état du passif, et le sort final de la dette dépend du plan, des mesures imposées ou du rétablissement personnel. Si le plan prévoit un rééchelonnement, la dette sera remboursée selon l’échéancier. Si les mesures imposent un effacement partiel, le solde effacé disparaît à la fin du plan exécuté sans incident. Si un rétablissement personnel sans liquidation est prononcé, l’effacement est total pour les dettes incluses. Deuxième erreur : croire que la suspension profite aux dettes exclues. Les pensions alimentaires continuent d’être prélevées. Les dettes pénales suivent leur voie propre. Pour les dettes civiles ordinaires, en revanche, la protection est large et elle a un effet collatéral précieux, rappelé le 8 février 2024 par la deuxième chambre civile : « Il résulte de ce texte que la décision de recevabilité de la demande de traitement de la situation de surendettement emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur. » Et le créancier muni d’un titre exécutoire ne peut pas contourner la suspension pour interrompre la prescription : « le créancier qui recherche l’exécution d’un titre notarié ne peut, à compter de la décision de recevabilité du débiteur au bénéfice de la procédure de surendettement des particuliers, interrompre la prescription en diligentant une procédure d’exécution ». Conservez donc la preuve de la date de recevabilité : elle fige les poursuites et elle peut paralyser les manœuvres de contournement.

Le cas particulier de la saisie immobilière en parallèle mérite un mot, car beaucoup de salariés surendettés cumulent saisie sur salaire et commandement de saisie immobilière. La suspension automatique s’applique aux procédures d’exécution, mais pour la vente forcée déjà ordonnée, le report de l’adjudication obéit à une règle spéciale : « En cas de saisie immobilière, lorsque la vente forcée a été ordonnée, le report de la date d’adjudication ne peut résulter que d’une décision du juge chargé de la saisie immobilière, saisi à cette fin par la commission, pour causes graves et dûment justifiées. » Si vous êtes dans ce cumul, demandez à la commission de saisir le juge de la saisie immobilière sans attendre, avec les mêmes pièces que pour la saisie sur salaire. Pour approfondir l’architecture générale de la procédure, le guide du dossier de surendettement à la Banque de France : recevabilité, plan et effacement des dettes replace chaque étape dans son ordre et rappelle les pièces que la commission attend en priorité.

II. Combien l’employeur peut-il retenir sur le salaire et comment contester la saisie devant le juge ?

A. Comment calculer la part saisissable du salaire avec les enfants à charge et le minimum vital à garder ?

La saisie des rémunérations ne prend jamais tout le salaire. La loi pose un barème par tranches avec un correctif par personne à charge, plus un minimum insaisissable égal au montant forfaitaire du revenu de solidarité active pour une personne seule. Le principe figure à « Sous réserve des dispositions relatives aux pensions alimentaires prévues à l’article L. 3252-5 , les sommes dues à titre de rémunération ne sont saisissables ou cessibles que dans des proportions et selon des seuils de rémunération affectés d’un correctif pour toute personne à charge, déterminés par décret en Conseil d’Etat. » Le décret annuel fixe les tranches : « La proportion dans laquelle les sommes dues à titre de rémunération sont saisissables ou cessibles, en application de l’article L. 3252-2 , est fixée comme suit », avec un vingtième sur la première tranche, puis un dixième, un cinquième, un quart, un tiers, deux tiers et la totalité au-delà du dernier seuil. Les montants de seuils sont révisés chaque année en fonction de l’indice des prix : « Les seuils et correctifs prévus aux articles R. 3252-2 et R. 3252-3 sont révisés annuellement par décret en fonction de l’évolution de l’indice des prix à la consommation, hors tabac, des ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé tel qu’il est fixé au mois d’août de l’année précédente dans la série France-entière. Ils sont arrondis à la dizaine d’euros supérieure. » Vérifiez toujours le barème de l’année en cours sur le simulateur officiel justice.fr avant de signer un accord ou de contester un calcul, car un barème périmé fausse tout.

Le correctif pour personnes à charge change concrètement le résultat. Le texte prévoit que « Les seuils déterminés à l’article R. 3252-2 sont augmentés d’un montant de 1 740 € par personne à la charge du débiteur saisi ou du cédant, sur justification présentée par l’intéressé. » Sont visés le conjoint, le partenaire de pacte civil ou le concubin aux ressources modestes, l’enfant ouvrant droit aux prestations familiales à charge effective et permanente ou pour lequel vous versez une pension, et l’ascendant modeste qui vit avec vous ou auquel vous versez une pension. Oublier de déclarer un enfant à charge, c’est accepter une retenue trop lourde. Fournissez le livret de famille, les attestations de prestations familiales, l’avis d’imposition, les justificatifs de pension versée. L’assiette du calcul compte aussi : « Pour la détermination de la fraction insaisissable, il est tenu compte du montant de la rémunération, de ses accessoires ainsi que de la valeur des avantages en nature, après déduction des cotisations et contributions sociales obligatoires et de la retenue à la source prévue à l’article 204 A du code général des impôts. » Les primes, le treizième mois proratisé, les avantages en nature entrent dans l’assiette, tandis que les remboursements de frais et les allocations pour charges de famille n’y entrent pas. Une erreur fréquente consiste à appliquer le barème au brut sans déduire les cotisations ni la retenue à la source : le résultat gonfle artificiellement la part saisissable.

Deux garde-fous protègent le reste à vivre. D’abord, la fraction égale au revenu de solidarité active pour une personne seule reste en toute hypothèse à votre disposition, même si le barème donnerait une retenue supérieure. Ensuite, et c’est le lien direct avec le surendettement, le montant des remboursements du plan est lui-même calibré sur la quotité saisissable : « Pour l’application des dispositions des articles L. 732-1 , L. 733-1 ou L. 733-4 , le montant des remboursements est fixé, dans des conditions précisées par décret en Conseil d’Etat, par référence à la quotité saisissable du salaire telle qu’elle résulte des articles L. 3252-2 et L. 3252-3 du code du travail, de manière à ce que la part des ressources nécessaire aux dépenses courantes du ménage lui soit réservée par priorité. » Autrement dit, la commission ne peut pas vous imposer une mensualité qui écraserait le budget courant : elle part de la quotité saisissable puis elle réserve en priorité les dépenses de la vie quotidienne. Si la saisie en cours prélève déjà plus que la future mensualité du plan, signalez-le par écrit à la commission avec les fiches de paie : c’est un argument fort pour obtenir un rééchelonnement réaliste ou une suspension de l’exigibilité. La commission peut d’ailleurs, à la demande du débiteur et après observations des parties, imposer des rééchelonnements, des imputations sur le capital, des taux réduits et des suspensions d’exigibilité : « En l’absence de mission de conciliation ou en cas d’échec de celle-ci, la commission peut, à la demande du débiteur et après avoir mis les parties en mesure de fournir leurs observations, imposer tout ou partie des mesures suivantes », dans les limites de durée prévues par ce texte.

Prenons un cas concret pour fixer les idées, sans remplacer le calcul individualisé que le greffe doit valider. Un salarié parisien gagne un salaire net après cotisations et retenue à la source, avec un conjoint sans ressources et deux enfants à charge. Le correctif ajoute trois fois le montant par personne à charge aux seuils du barème, ce qui décale chaque tranche vers le haut et réduit mécaniquement la fraction saisissable. Si l’employeur a appliqué le barème sans correctif, la retenue est fausse et la différence doit être restituée ou imputée. Si le greffe a calculé avec un barème de l’année précédente, le résultat est faux aussi. La Cour de cassation sanctionne ce type d’approximation : dans une affaire où le créancier dénonçait le calcul de l’employeur, elle a cassé l’arrêt qui s’était contenté d’affirmations générales, au motif pris « sans s’expliquer sur les irrégularités dénoncées par la société Pakenco dans le calcul de la quotité saisissable et le montant des sommes prélevées par la société Rakon, dont elle invoquait la mauvaise foi », la cour d’appel « n’a pas donné de base légale à sa décision ». La leçon vaut pour le salarié comme pour le créancier : exigez un décompte ligne par ligne, tranche par tranche, avec les personnes à charge prises en compte et le minimum vital respecté. Sans ce décompte, ne validez rien.

B. Comment contester la saisie des rémunérations et les mesures de la commission devant le juge des contentieux de la protection à Paris et en Île-de-France ?

Contester utilement suppose de saisir le bon juge, avec le bon moyen, dans le bon délai. Pour la saisie des rémunérations elle-même, tout commence devant le tribunal judiciaire du lieu de votre domicile ou de votre travail, avec une tentative de conciliation devant le juge, puis une autorisation qui fixe le montant et les modalités. Si la conciliation échoue, le juge vérifie d’office le montant en principal, intérêts et frais. Si elle aboutit, l’accord vaut engagement et les contestations ultérieures vous appartiennent. Après l’autorisation, l’acte de saisie est notifié à l’employeur, qui déclare la situation et verse chaque mois la fraction saisissable au greffe. Chaque incident, erreur de calcul, oublie des personnes à charge, non-respect du minimum vital, créance prescrite, titre non exécutoire, paiement déjà effectué, peut être porté devant le juge par déclaration au greffe. Agissez vite : les délais de contestation sont brefs et la retenue court chaque mois. Apportez le titre du créancier, le décompte complet, les preuves de paiement, les fiches de paie avant et après saisie, les justificatifs de charges et le barème de l’année en vigueur. Demandez la mainlevée partielle ou totale, la réduction au bon montant et, le cas échéant, la restitution des sommes trop prélevées.

Quand un dossier de surendettement est en cours, une seconde voie s’ouvre devant le juge des contentieux de la protection, seul compétent pour le traitement du surendettement : « Le juge des contentieux de la protection connaît des mesures de traitement des situations de surendettement des particuliers et de la procédure de rétablissement personnel. » C’est lui qui ordonne la suspension judiciaire après le dépôt, qui contrôle la recevabilité sur recours du créancier ou du débiteur, qui vérifie les créances contestées, qui homologue ou impose les mesures et qui statue sur le rétablissement personnel. La vérification des créances devant lui n’a pas l’autorité de la chose jugée au fond, mais elle conditionne tout le plan : une créance prescrite écartée allège les mensualités, une créance réduite à son juste montant change l’équilibre. Les décisions récentes de la deuxième chambre civile montrent que ce contrôle est réel et qu’il profite aussi bien aux débiteurs qu’aux créanciers de bonne foi, pourvu que les pièces soient produites. Si la commission impose des mesures qui vous paraissent intenables, contestez-les devant ce juge avec un budget actualisé. S’il vous oriente vers un rétablissement personnel sans liquidation parce que votre situation est irrémédiablement compromise et que vous ne détenez que des biens insaisissables courants, la loi prévoit que « Si l’examen de la demande de traitement de la situation de surendettement fait apparaître que le débiteur se trouve dans la situation irrémédiablement compromise définie au deuxième alinéa de l’article L. 724-1 et ne possède que des biens mentionnés au 1° du même article L. 724-1, la commission impose un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire. » Dans ce cas, la saisie sur salaire n’a plus d’objet pour les dettes effacées.

À Paris et en Île-de-France, quelques réflexes pratiques font gagner des semaines. Saisissez le tribunal judiciaire de votre domicile : Paris, Nanterre, Bobigny, Créteil, Évry, Versailles, Pontoise, Meaux ou Melun selon votre adresse, car la compétence territoriale suit le débiteur saisi. Présentez-vous au greffe des saisies des rémunérations avec un dossier classé : pièce d’identité, contrat de travail, trois bulletins de salaire, dernier avis d’imposition, tableau des charges, acte de saisie, décision de recevabilité ou récépissé de dépôt, état du passif de la commission. Demandez par écrit la suspension ou la mainlevée en visant la recevabilité et joignez la preuve de notification à l’employeur : les greffes franciliens traitent en priorité les dossiers où la chaîne de transmission est prouvée. Préparez aussi la preuve des démarches auprès de la Banque de France de votre département, car le juge vérifie que vous n’avez pas laissé le dossier en sommeil. Si votre situation relève d’un plan conventionnel en cours de négociation, demandez au juge un délai compatible avec la réponse de la commission plutôt qu’une décision au fond précipitée. Si une audience de conciliation est convoquée pour une nouvelle saisie malgré la recevabilité, présentez-vous avec la décision de recevabilité et demandez le constat de l’interdiction : le juge ne peut pas autoriser ce que la loi interdit.

Trois erreurs reviennent sans cesse et doivent être évitées. Première erreur : cesser de payer son loyer pour compenser la retenue sur salaire. Le loyer impayé crée une dette nouvelle qui peut compromettre le plan et exposer à une procédure d’expulsion parallèle. Signalez la difficulté à la commission et demandez l’ajustement des mensualités plutôt que de créer un impayé. Deuxième erreur : contracter un nouveau crédit pour combler le trou laissé par la saisie. L’aggravation volontaire de l’insolvabilité pendant la procédure peut conduire à l’irrecevabilité ou à la déchéance. Troisième erreur : démissionner pour échapper à la saisie. La perte d’emploi supprime la retenue mais supprime surtout le revenu qui finance le plan, et la commission peut en tirer les conséquences sur la bonne foi. Gardez l’emploi, faites corriger le calcul, obtenez la suspension, puis laissez le plan prendre le relais. Si l’employeur vous menace de sanction à cause de la saisie, rappelez par écrit que la saisie des rémunérations est une procédure judiciaire qui ne constitue pas une faute et conservez tout écrit : le droit du travail protège le salarié contre une sanction fondée sur ce seul motif, et tout conflit de ce type doit être documenté.

Conclusion

Une saisie sur salaire qui tombe pendant un surendettement n’est pas une fatalité et n’autorise ni l’employeur ni le créancier à passer outre la protection légale. Déclarez la dette au premier jour avec le titre, le décompte et les retenues déjà subies. Demandez la suspension judiciaire dès le dépôt, puis faites notifier la recevabilité à l’employeur, au commissaire de justice et au greffe pour activer l’effet automatique prévu par la loi, dans la limite de deux ans jusqu’au plan, aux mesures imposées ou au rétablissement personnel. Vérifiez le calcul tranche par tranche avec les personnes à charge et le minimum vital, car une retenue fausse se conteste avec des pièces, pas avec des affirmations. Portez chaque incident devant le bon juge, au bon moment, avec un dossier complet, à Paris comme ailleurs en Île-de-France. Menée ainsi, la procédure reprend sa fonction : protéger le minimum nécessaire à la vie courante pendant que la commission bâtit une solution durable, au lieu de laisser une retenue excessive vider le salaire mois après mois.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».