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Sanction DGCCRF pour contrat fournisseur incomplet : que vérifier ?

Le 12 juin 2026, la DGCCRF a publié une sanction de 124 500 euros contre une société chargée de négocier des conditions commerciales avec des fournisseurs, notamment pour des produits vendus dans des magasins d’une grande enseigne. L’administration indique avoir relevé 171 manquements au formalisme des contrats fournisseurs : chiffre d’affaires prévisionnel absent, clause de renégociation manquante, clause de révision automatique non prévue, engagements sur les volumes insuffisamment encadrés pour certains produits agricoles périssables.

Ce type de sanction ne concerne pas seulement les grands groupes. Toute entreprise qui achète, distribue, référence ou négocie des produits alimentaires, agricoles, de grande consommation ou des conditions commerciales annuelles peut être exposée si ses conventions sont imprécises. Le risque n’est pas seulement théorique : la DGCCRF peut contrôler les contrats, relever les manquements, engager une procédure contradictoire et publier la décision.

Pour un dirigeant, un acheteur, une centrale, un fournisseur ou un distributeur, la bonne question est donc pratique : votre contrat permet-il de comprendre clairement le prix, les contreparties, les volumes, les mécanismes de révision et les clauses de protection du fournisseur ?

Ce que la DGCCRF regarde dans un contrat fournisseur

Un contrôle ne se limite pas au prix final. Les services de l’administration vérifient la cohérence de toute la relation commerciale : conditions générales de vente, convention annuelle ou pluriannuelle, mandat promotionnel, avenant, contrat-cadre, contrats d’application, échanges de négociation, justificatifs des services rendus et calendrier de signature.

Dans les relations fournisseur-distributeur, le code de commerce impose souvent une convention écrite. Pour les produits de grande consommation, l’article L. 441-4 du code de commerce exige notamment que la convention fixe le chiffre d’affaires prévisionnel, les obligations réciproques, le prix unitaire des obligations et les conditions de mise en oeuvre des avantages promotionnels lorsqu’ils existent.

Pour les produits agricoles et alimentaires, les exigences sont encore plus sensibles. L’article L. 441-8 du code de commerce impose, pour certains contrats de plus de trois mois, une clause de renégociation du prix lorsque les coûts de production, l’énergie, le transport ou les emballages fluctuent fortement. L’article L. 443-8 prévoit aussi une clause de révision automatique des prix en fonction de l’évolution du coût des matières premières agricoles entrant dans la composition du produit.

L’administration ne sanctionne donc pas seulement l’absence d’un contrat. Elle peut sanctionner un contrat rédigé trop vite, incomplet, non signé dans les délais, mal articulé avec les CGV ou incapable de prouver les contreparties réellement convenues.

Les clauses à vérifier immédiatement

La première clause à contrôler est celle du chiffre d’affaires prévisionnel. Dans une convention fournisseur-distributeur, ce chiffre ne doit pas être traité comme une formule décorative. Il sert à décrire le plan d’affaires de la relation commerciale. S’il est absent, incohérent ou impossible à relier aux volumes attendus, il devient une zone de risque.

La deuxième clause est la clause de renégociation. Pour les produits agricoles et alimentaires concernés, elle doit préciser les conditions et les seuils de déclenchement. Elle doit aussi permettre une renégociation conduite de bonne foi dans un délai qui ne peut pas dépasser un mois. Une clause vague du type « les parties se rapprocheront en cas de difficulté » ne suffit pas toujours.

La troisième clause est la clause de révision automatique. Elle doit fonctionner à la hausse comme à la baisse et être liée à la variation du coût des matières premières agricoles. Le contrat doit expliquer la formule, les indicateurs utilisés et le délai de mise en oeuvre. Si la formule est introuvable ou si elle renvoie à des indicateurs non identifiés, le contrat devient fragile.

La quatrième vérification porte sur les engagements de volumes, surtout pour les produits agricoles périssables ou issus de cycles courts de production. Les volumes ne sont pas qu’un objectif commercial. Ils peuvent conditionner des avantages tarifaires, des remises, des services ou des engagements d’approvisionnement. Ils doivent être compréhensibles, traçables et cohérents avec le contrat.

La cinquième vérification porte sur les mandats promotionnels. Lorsque le fournisseur accorde au distributeur la possibilité de proposer des avantages aux consommateurs, le mandat doit préciser le montant, la nature de l’avantage, la période concernée, les produits visés, les quantités prévisionnelles et les modalités de reddition de comptes.

Que risque l’entreprise en cas de contrat incomplet ?

Le risque principal est l’amende administrative. Pour plusieurs manquements liés aux conventions et aux produits alimentaires, le code de commerce prévoit des plafonds pouvant atteindre 375 000 euros pour une personne morale, avec doublement possible en cas de réitération. Pour certains produits agricoles périssables, d’autres plafonds spécifiques existent.

Le risque est aussi réputationnel. L’article L. 470-2 du code de commerce permet à l’administration de publier la décision de sanction. Une décision publiée sur le site de la DGCCRF peut être lue par les fournisseurs, les concurrents, les franchiseurs, les investisseurs, les banques et les partenaires commerciaux.

Il existe enfin un risque contractuel. Un contrat mal rédigé fragilise la défense de l’entreprise si un fournisseur invoque un déséquilibre, une absence de contrepartie, une remise injustifiée, une pression dans la négociation ou une modification unilatérale des conditions commerciales. Le dossier DGCCRF peut alors devenir le point de départ d’un contentieux civil plus large.

Comment réagir si la DGCCRF contrôle les contrats ?

Il faut d’abord centraliser les pièces sans les modifier après coup. Les contrats signés, les CGV, les avenants, les mandats promotionnels, les grilles tarifaires, les échanges de négociation, les courriels de refus ou d’acceptation, les preuves de remise des documents et les tableaux de volumes doivent être rassemblés dans leur version datée.

Il faut ensuite cartographier les contrats par catégorie. Les règles ne sont pas exactement les mêmes selon que l’on parle de produits de grande consommation, de produits alimentaires, de produits agricoles périssables, de produits destinés aux animaux de compagnie ou de services associés. Une défense sérieuse commence par cette qualification.

Il faut aussi préparer une réponse contradictoire. Avant de prononcer une amende, l’administration doit informer l’entreprise de la sanction envisagée et lui laisser un délai pour présenter ses observations. Ce délai doit être utilisé pour corriger les erreurs factuelles, expliquer le contexte de négociation, produire les pièces utiles, distinguer les contrats réellement concernés et contester les qualifications excessives.

La défense ne doit pas se limiter à dire que les manquements sont « formels ». En matière de relations commerciales, le formalisme protège souvent l’équilibre économique de la relation et la transparence de la négociation. Il faut donc montrer concrètement que le fournisseur a reçu l’information utile, que les obligations étaient identifiables, que les volumes étaient suivis et que les clauses de variation de prix pouvaient effectivement fonctionner.

Les erreurs fréquentes à éviter

La première erreur consiste à réutiliser un modèle ancien sans vérifier les évolutions EGAlim. Les clauses relatives aux matières premières agricoles, à la renégociation et à la révision automatique ont une logique propre. Copier un ancien modèle de convention unique peut créer une fausse sécurité.

La deuxième erreur consiste à séparer les documents sans les faire correspondre. Une CGV, une convention annuelle, un mandat promotionnel et un avenant peuvent être valables isolément mais incohérents ensemble. Lors d’un contrôle, l’administration regarde la relation commerciale dans son ensemble.

La troisième erreur consiste à accepter des remises ou services sans contrepartie lisible. Une remise globale, une coopération commerciale imprécise ou une rémunération de service non documentée expose l’entreprise à une contestation. Chaque avantage doit pouvoir être relié à une obligation réelle, datée et vérifiable.

La quatrième erreur consiste à oublier la preuve de la négociation. Il ne suffit pas que la convention soit signée. Il faut pouvoir retracer les étapes : transmission des CGV, demandes de modification, acceptation, refus motivé, échanges sur les volumes, discussion sur les indicateurs et calendrier de signature.

La cinquième erreur consiste à corriger seulement après contrôle. Une mise en conformité tardive peut être utile pour l’avenir, mais elle n’efface pas nécessairement les manquements passés. Mieux vaut auditer les conventions avant la prochaine campagne de négociation commerciale.

Plan d’action en 48 heures pour un dirigeant ou un acheteur

Commencez par identifier les contrats concernés : fournisseurs alimentaires, produits agricoles, produits de grande consommation, enseignes, centrales, franchises, réseaux de distribution, grossistes ou plateformes. Séparez les contrats en cours, les contrats déjà exécutés et les avenants.

Vérifiez ensuite cinq points : chiffre d’affaires prévisionnel, obligations réciproques, clauses de renégociation, clauses de révision automatique et engagements de volumes. Si un point manque, notez précisément le contrat, la date, le fournisseur, le produit et la conséquence possible.

Contrôlez les délais. Pour certaines conventions, les dates de communication des CGV, de négociation et de prise d’effet sont centrales. Un contrat signé trop tard ou appliqué avant formalisation peut créer un risque autonome.

Préparez enfin une note interne. Elle doit lister les lacunes, les pièces disponibles, les corrections possibles, les contrats prioritaires et les risques financiers. Cette note servira à décider s’il faut renégocier un avenant, répondre à l’administration, sécuriser les prochaines conventions ou préparer une défense contentieuse.

Paris et Île-de-France : pourquoi anticiper avant le contrôle

À Paris et en Île-de-France, beaucoup de PME, centrales d’achat, franchises, commerces alimentaires, plateformes et réseaux de distribution négocient avec des fournisseurs situés sur plusieurs territoires. La complexité vient souvent de la multiplication des interlocuteurs : direction achats, comptabilité, juridique, magasins, franchiseur, centrale régionale, prestataire de services ou cabinet comptable.

Cette organisation ne dispense pas l’entreprise de produire un contrat clair. En cas de contrôle, il faut être capable d’expliquer qui a négocié, qui a signé, quel document est applicable, quelle version des CGV a servi de base et comment les volumes ou les remises ont été suivis.

Lorsqu’un contrat porte sur des produits alimentaires ou agricoles, la mise en conformité doit être traitée avant la campagne de négociation suivante. Attendre un courrier de l’administration, c’est souvent découvrir trop tard que les modèles utilisés par l’entreprise ne correspondent plus aux exigences du code de commerce.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».