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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Fumée de cheminée ou de poêle du voisin qui entre chez vous : conduit, preuves et recours en 2026

Octobre est là et, avec les premières soirées fraîches, votre voisin vient de rallumer sa cheminée ou son poêle à bois. Très vite, votre patio baigne dans une odeur âcre, des fumées grisâtres stagnent sous vos fenêtres et, dès que vous entrouvrez pour aérer, elles s’infiltrent dans le séjour et les chambres. Faut-il subir jusqu’au printemps au nom du chauffage au bois, ou pouvez-vous exiger que le voisin modifie son installation ? La réponse tient en trois points. Depuis 2024, le trouble anormal de voisinage relève d’une responsabilité de plein droit : quand des fumées envahissent régulièrement votre logement et le rendent par moments irrespirable, le juge peut ordonner la mise en conformité du conduit, voire le retrait pur et simple de l’installation, sous astreinte. Mais rien n’est automatique : les constats et les odeurs, même répétés, ne suffisent pas à eux seuls, et c’est très souvent une expertise judiciaire qui départage les versions en vérifiant la hauteur du conduit, le tirage et les règles de l’art. Enfin, l’argent suit la preuve et non la colère : les tribunaux indemnisent le préjudice démontré, parfois quelques milliers d’euros, et rejettent les demandes de relogement ou de santé dont le lien avec les fumées n’est pas établi. Réserve importante avant d’entrer dans le détail : chaque configuration de toit, chaque conduit et chaque écrit compte, et cet article décrit le droit applicable et des cas réellement jugés en 2025 sans prédire l’issue d’aucun litige. Les contrats signés priment sur toute analyse générale, et seul le juge tranche les désaccords.

I. Des fumées qui entrent chez vous : quand le trouble devient anormal

A. Une responsabilité de plein droit, appréciée au cas par cas

Le fondement a changé de numéro mais pas de logique : depuis la loi du 15 avril 2024, le trouble anormal de voisinage est codifié à l’article 1253 du code civil, qui dispose : Le propriétaire, le locataire, l’occupant sans titre, le bénéficiaire d’un titre ayant pour objet principal de l’autoriser à occuper ou à exploiter un fonds, le maître d’ouvrage ou celui qui en exerce les pouvoirs qui est à l’origine d’un trouble excédant les inconvénients normaux de voisinage est responsable de plein droit du dommage qui en résulte. Concrètement, la victime n’a pas à prouver une faute du voisin : il lui suffit d’établir l’existence du trouble, son caractère anormal et la relation de voisinage. Le même article protège toutefois les activités antérieures : la responsabilité n’est pas engagée quand le trouble provient d’activités existant avant l’arrivée de la personne lésée, à condition qu’elles soient conformes aux lois et règlements et poursuivies sans aggravation. Pour une cheminée, cette réserve joue rarement en pratique, car c’est l’usage nouveau ou intensifié qui fait litige : dans une affaire jugée en référé en juin 2025 dans le sud-est, la cheminée accolée à la façade ne posait aucun problème pendant des années, jusqu’à l’arrivée d’une locataire qui s’est mise à l’utiliser quotidiennement à partir d’avril 2022, et c’est ce changement d’usage qui a rouvert tout le débat.

À côté de ce régime spécial, le droit commun de la responsabilité pour faute subsiste et sert souvent de fondement complémentaire : Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. Et le droit de propriété lui-même porte sa limite : La propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements. Chauffez-vous comme vous voulez, donc, mais pas de manière à rendre le logement du voisin irrespirable. Trois précisions des tribunaux méritent d’être connues avant d’évaluer votre situation. D’abord, la rareté d’usage ne protège pas l’installation : à Évreux, la voisine soutenait que son poêle n’était utilisé que très rarement et ne gênait qu’au démarrage par vent contraire, mais le tribunal a retenu qu’un chauffage a par nature vocation à servir régulièrement, avec un allumage quasi quotidien en saison froide, et que le sous-régime fréquent dû au mauvais tirage multipliait les épisodes d’enfumage. Ensuite, votre état de santé ne fait pas le trouble, dans un sens comme dans l’autre : les juges du fond apprécient l’anormalité en fonction de l’environnement local et du mode de vie normal du secteur, sans tenir compte de la prédisposition de la victime, ce qui protège aussi bien le voisin fragile que le voisin flegmatique. Enfin, le responsable ne s’exonère que par la force majeure : ni la conformité alléguée de l’installation, ni l’ancienneté de la cheminée, ni les attestations de voisins qui ne sentent rien ne suffisent à elles seules quand les mesures et l’expertise établissent l’enfumage.

Cinq décisions rendues entre juin et septembre 2025, lues intégralement, montrent comment les juges appliquent ces principes aux fumées de cheminée et de poêle. Le cas le plus net a été jugé le 11 septembre 2025 par le tribunal judiciaire d’Évreux : une propriétaire se plaignait que le poêle à bois de la maison voisine rabattait ses fumées dans son patio entièrement clos, puis dans son logement par les huisseries, depuis 2016, malgré le remplacement de la cheminée par un poêle en 2019 et la réhausse du conduit à la demande des services municipaux. Deux expertises ont conclu au mauvais tirage structurel de l’installation, aggravé par l’absence d’amenée d’air et l’usage d’un combustible inadapté. Le tribunal a jugé que l’enfumage du patio et du logement, même limité aux périodes d’allumage et de ralenti, excédait les inconvénients normaux de la promiscuité urbaine dès lors que l’air devenait par moments irrespirable, et il a ordonné le retrait complet du poêle et de son évacuation sous astreinte. À Saint-Étienne, le 10 juin 2025, le tribunal a condamné le voisin à mettre son conduit en conformité sous astreinte de 150 euros par jour de retard, retenant à la fois la violation des règles de l’art et l’importance des fumées pour la santé des enfants en bas âge. À Rouen, le 4 juin 2025, pour des dépôts de bistre provenant d’une souche de cheminée dégradée, le tribunal a réparti les travaux entre voisins et alloué 612 euros de travaux et 1 650 euros de préjudice de jouissance. Ces trois jugements ordonnent, ils ne se contentent pas d’indemniser : quand le trouble est établi, le juge fait cesser la cause.

Deux autres décisions tempèrent cette sévérité et expliquent pourquoi tous les dossiers ne se gagnent pas. Le 8 septembre 2025, le tribunal judiciaire de Bordeaux, saisi par une voisine qui dénonçait des fumées épaisses et toxiques avec constats de commissaire de justice à quatre dates et attestations à l’appui, a refusé de trancher sur pièces : constats et témoignages établissent la réalité des fumées, mais leur caractère subjectif ne prouve ni la toxicité ni le dépassement des inconvénients normaux, d’autant que l’installation était conforme aux règles de l’art, ramonée chaque année, et qu’aucun autre voisin ne se plaignait. Le tribunal a donc ordonné une expertise et sursis à statuer sur tout le reste. Le 3 juin 2025, le juge des référés de Grasse a ordonné une expertise sur une cheminée située à environ deux mètres des fenêtres des demandeurs, tout en interdisant temporairement son utilisation : l’expertise éclaire, le référé protège en attendant. La leçon commune est claire : une installation conforme et bien entretenue ne rend pas toute plainte irrecevable, mais elle oblige le demandeur à prouver plus, et c’est l’expert, pas le plus convaincant des voisins, qui mesure le trouble.

B. Les preuves qui font la différence, et celles qui ne suffisent pas

Le premier réflexe utile n’est pas la lettre recommandée comminatoire, c’est le dossier de preuves, car le juge des fumées est un juge de la mesure. Les pièces qui ont pesé dans les cinq affaires de 2025 dessinent une méthode éprouvée. D’abord, les constats de commissaire de justice, datés et répétés : à Bordeaux, quatre passages entre la mi-décembre 2024 et le début janvier 2025 ont décrit des odeurs importantes à très irritantes et des fumées grisâtres provenant de la cheminée voisine, avec infiltration constatée à l’ouverture des fenêtres. Ensuite, les mesures objectives : à Évreux, l’expert a relevé 26 parties par million de monoxyde de carbone dans la pièce, porte-fenêtre entrouverte, pendant la phase de démarrage du poêle, avant retour à zéro une fois le régime nominal atteint. Puis les témoignages de tiers, qui corroborent la fréquence et l’intensité : attestations de voisins, vidéos d’enquêteurs privés reprises par l’expert. Enfin, les signalements officiels : à Saint-Étienne, les services de santé publique de la ville ont constaté l’infraction au règlement sanitaire, mesuré la distance entre la fenêtre et le conduit, et adressé au voisin un courrier lui rappelant son obligation de mise en conformité, tandis qu’une conseillère habitat-santé reconnue par l’agence régionale de santé décrivait les risques pour les enfants. Chaque couche renforce la précédente, et aucune ne la remplace.

Car l’envers du décor est tout aussi instructif : les tribunaux rejettent sans hésiter les préjudices affirmés mais non rattachés aux fumées. À Évreux, la demanderesse réclamait son relogement à l’hôtel, son préjudice de jouissance, ses appareils de dépollution, le ravalement de ses façades et jusqu’à 50 000 euros pour une pathologie évolutive attribuée aux fumées : tout a été rejeté faute de lien de causalité démontré, le tribunal relevant qu’elle se plaignait parfois de fumées alors que le poêle était éteint et qu’aucune pièce ne reliait ses pathologies à l’installation. Seuls ont été indemnisés les frais d’investigation nécessaires pour établir le trouble, à hauteur de 1 910,71 euros, et un préjudice d’anxiété de 2 000 euros lié à la crainte d’une intoxication au monoxyde. À Bordeaux, les taux de polluants intérieurs mesurés chez la demanderesse se sont révélés inférieurs à la pollution normale de l’agglomération, ce qui a pesé vers l’expertise plutôt que vers la condamnation. À Rouen, les demandes indemnitaires excédant les travaux et la jouissance ont été rejetées des deux côtés. Trois règles pratiques en découlent. Premièrement, ne réclamez que ce que vous pouvez rattacher aux fumées par une pièce : factures de constats et d’expertises privées, oui ; pathologies et relogement, seulement avec un avis médical ou des justificatifs d’usage effectif de l’installation pendant la période. Deuxièmement, la sensibilité particulière ne crée pas le trouble à elle seule : les juges apprécient l’anormalité en fonction de l’environnement local et du mode de vie normal du secteur, pas de la vulnérabilité de la victime. Troisièmement, le comportement compte : multiplier les plaintes alors que l’appareil est éteint, refuser la conciliation ou entretenir l’animosité affaiblit le dossier au lieu de le renforcer.

II. Le conduit dans le viseur : normes et recours

A. La hauteur du conduit, les règles de l’art et l’entretien

Quand les fumées rabattent chez le voisin, le premier suspect technique est presque toujours le même : un conduit trop bas, mal placé ou mal entretenu. La règle nationale de référence est ancienne et toujours en vigueur : pour les logements, Les orifices extérieurs des conduits à tirages naturels, individuels ou collectifs doivent être situés à 0,40 mètre au moins au-dessus de toute partie de construction distante de moins de 8 mètres sauf si, du fait de la faible dimension de cette partie de construction, il n’y a pas de risque que l’orifice extérieur du conduit se trouve dans une zone de surpression. Autrement dit, un conduit qui débouche à hauteur de la fenêtre de l’étage voisin, à quelques mètres, est par construction suspect : les vents rabattent les fumées vers l’ouverture au lieu de les disperser vers le ciel. Les règlements sanitaires départementaux ajoutent une seconde barrière, souvent formulée comme à Saint-Étienne où le tribunal a appliqué l’article 63 du règlement local : les prises d’air neuf et les ouvrants doivent en principe se trouver à au moins huit mètres de toute source de pollution, dont les débouchés de conduits de fumée. Huit mètres dans un lotissement ou un village dense, c’est considérable, et c’est précisément pourquoi les experts mesurent au centimètre : 2,648 mètres entre le conduit et l’appui de la fenêtre à Saint-Étienne, environ deux mètres à Grasse, un débouché plus bas que la fenêtre des demandeurs dans les deux cas.

Au-delà des distances, les experts vérifient la conformité aux règles de l’art, au premier rang desquelles les documents techniques unifiés 24.1 et 24.2 qui encadrent les conduits et l’âtrerie. À Saint-Étienne, l’expert a conclu que le conduit métallique présentait un vice constructif générant nuisances olfactives et pénétrations de fumées, et qu’il aurait dû dépasser de 40 centimètres l’arase de la façade voisine ; le tribunal a ajouté qu’en tout état de cause, l’anormalité du trouble s’appréciait en fonction des faits, même sans violation de norme démontrée. À Évreux, les deux experts successifs ont préconisé une amenée d’air basse, un conduit isolé et un extracteur, puis le remplacement de l’évacuation avec création d’une amenée d’air au foyer, avant que le tribunal ne constate que la réhausse du tuyau était infaisable au regard des règles d’urbanisme et des règles de l’art, faute de pouvoir sécuriser un tuyau d’une telle hauteur : c’est cette impossibilité technique de mise aux normes qui a justifié le retrait plutôt que la réparation. L’entretien et le combustible complètent le tableau : à Bordeaux, le ramonage annuel et l’achat de bois sec auprès de sylviculteurs ont contribué à renvoyer le dossier à l’expertise au lieu de la condamnation immédiate, tandis qu’à Évreux l’usage de granulés pourtant proscrits par le fabricant du poêle a aggravé le diagnostic. Avant d’écrire au voisin, vérifiez donc quatre points : la hauteur et la position du débouché par rapport à vos ouvertures, la conformité de l’installation aux règles de l’art, la régularité de l’entretien, et l’existence de règles locales plus strictes, car certaines zones couvertes par un plan de protection de l’atmosphère ou un arrêté préfectoral restreignent les foyers ouverts et les combustibles. Parfois, aucune mise aux normes n’est matériellement possible, et le juge en tire les conséquences : à Évreux, la réhausse du tuyau aurait exigé une hauteur que les règles d’urbanisme et les professionnels consultés jugeaient impossible à sécuriser, de sorte que seul le retrait de l’installation pouvait faire cesser le trouble. À l’inverse, quand la mise en conformité reste faisable mais dégrade la vue, le préjudice visuel se répare aussi : à Saint-Étienne, l’exhaussement du conduit, visible depuis la terrasse des demandeurs et perturbant leurs vues, a été indemnisé à hauteur de 2 000 euros. Et quand le conduit est mitoyen ou adossé aux deux maisons, les obligations se partagent : à Rouen, chacun a été condamné à réparer la souche située sur sa propre maison, le tribunal ordonnant même la dépose d’une antenne satellite fixée sur la souche litigieuse, preuve que tout ce qui s’accroche au conduit, même sans rapport avec le chauffage, entre dans le périmètre du litige.

B. Agir dans l’ordre : amiable, mairie, conciliateur, puis juge

Un litige de fumées se gagne dans l’ordre, et les tribunaux regardent d’un bon œil celui qui a tout tenté avant d’assigner. Commencez par l’écrit amiable, daté et conservé : décrivez les épisodes, leurs dates et leurs effets, proposez un constat commun ou une visite, et demandez la mise en conformité du conduit. À Saint-Étienne, la voisine avait écrit dès décembre 2018 et le voisin avait répondu qu’il n’avait pas les moyens financiers des travaux : cet échange a ensuite éclairé le tribunal sur la bonne foi de chacun. Parallèlement, signalez la situation aux services municipaux d’hygiène et de santé : leur passage ne remplace pas une expertise, mais leur compte rendu, leurs mesures et leur rappel à la réglementation pèsent lourd, comme à Saint-Étienne où la ville a caractérisé les dangers pour les enfants et enjoint la mise en conformité dès mars 2018. Passez ensuite par le conciliateur de justice, auxiliaire de justice bénévole chargé du règlement amiable des différends : dans la même affaire, la conciliation a été tentée en juillet 2019 et son échec constaté en juin 2020, ce qui a démontré que toutes les voies douces étaient épuisées. Cette démarche n’est pas seulement utile, elle est dans bien des cas exigée : le service public rappelle qu’une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative est obligatoire avant de saisir la justice pour les litiges dont les demandes ne dépassent pas 5 000 euros, et qu’il est possible de résoudre un différend par un accord amiable avec l’aide d’un conciliateur, d’un médiateur, d’avocats ou du juge, l’accord pouvant ensuite être homologué pour devenir exécutoire. Conservez donc l’attestation d’échec ou l’accord signé : le premier prouve que vous n’avez pas assigné à la légère, le second peut clore le litige sans procès. Si vous êtes locataire enfumé par l’installation du voisin, écrivez aussi à votre bailleur, tenu de vous assurer la jouissance paisible, et conservez copie de tout : le juge apprécie les dossiers chronologiques.

Quand l’amiable échoue, deux portes judiciaires s’ouvrent selon l’urgence. En cas de danger ou de trouble manifeste, le juge des référés peut ordonner rapidement une expertise et des mesures provisoires : S’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé. C’est sur ce fondement que le juge de Grasse a désigné un expert chargé de dire si la cheminée était conforme, d’évaluer le danger pour la santé et de chiffrer les travaux, tout en interdisant temporairement toute utilisation : Le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence peuvent toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Au fond, le tribunal peut ordonner la mise en conformité ou le retrait de l’installation sous astreinte, allouer des dommages-intérêts pour les préjudices prouvés, et statuer sur les dépens dont le coût de l’expertise. Plusieurs points méritent d’être anticipés avec un conseil : l’auteur du trouble et le propriétaire du fonds d’où il provient peuvent être recherchés ensemble, de sorte que le bailleur dont la locataire utilise la cheminée, comme les propriétaires indivis assignés à Grasse, ne sont pas hors de cause ; l’acheteur d’un bien équipé d’un conduit non conforme peut se retourner contre son vendeur, comme la garantie accordée à Saint-Étienne au voisin condamné contre la société qui avait installé le conduit ; et Les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement. Les travaux ordonnés ne sont donc pas suspendus par l’appel.

Anticipez enfin le coût de la procédure elle-même, car l’expertise judiciaire se paie et les dépens suivent le perdant. À Évreux, la voisine condamnée a supporté les entiers dépens, y compris l’expertise, plus 6 000 euros au titre des frais irrépétibles, en application de la règle selon laquelle Le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer : 1° A l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ; À Saint-Étienne, 3 500 euros ont été alloués sur le même fondement, avec les frais d’expertise de 3 770,10 euros dans les dépens. À Rouen, où chaque partie succombait partiellement, les dépens ont été partagés par moitié et les demandes au titre de l’article 700 rejetées. À Grasse, l’expertise ayant été ordonnée à l’initiative des demandeurs et pour leur seul profit, les dépens du référé leur sont restés. Autrement dit, mieux le trouble est établi tôt par des pièces solides, moins l’expertise coûte en risque financier. Pour un propriétaire ou un locataire confronté à un enfumage répété, l’accompagnement d’un cabinet expert en droit immobilier à Paris permet de cadrer constats, expertise et demandes avant que l’hiver n’installe le trouble dans la durée.

La fumée de cheminée ou de poêle du voisin n’est donc ni une fatalité de l’hiver ni un billet automatique vers la condamnation : c’est un trouble que le droit sait mesurer et faire cesser quand la preuve est faite. Faites constater tôt, par écrit et par des tiers, signalez aux services compétents, tentez la conciliation, puis demandez au juge la mesure proportionnée, de la mise en conformité au retrait, avec l’indemnisation exacte de ce que vous démontrez. Les installations se ressemblent, mais chaque toit, chaque vent et chaque conduit raconte une histoire différente, et c’est cette histoire technique, documentée pièce par pièce, qui convainc. Quand les premiers froids rallument les foyers, le meilleur moment pour agir est celui où les fumées commencent à entrer, pas celui où l’hiver a déjà tout recouvert.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».