Cabinet Kohen Avocats · Paris

Cigarette électronique explosion : que faire, qui est responsable et comment obtenir réparation

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Article généré par une intelligence artificielle, selon un processus conçu et contrôlé par le cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris
Cigarette électronique explosion : que faire, qui est responsable et comment obtenir réparation

En plein travail, dans une plateforme logistique de Carquefou près de Nantes, la cigarette électronique qu’une préparatrice de commandes conservait dans la poche intérieure de son blouson s’est enflammée puis a explosé, lui brûlant l’abdomen au deuxième degré profond en janvier 2023. Selon l’employeur, l’objet n’avait rien à y faire ; la caisse et le tribunal ont pourtant reconnu un accident du travail, comme le rapporte Ouest-France le 7 octobre 2026. La scène n’est pas isolée : un salarié en télétravail, surpris en pleine visioconférence par l’inflammation de son appareil resté dans sa poche, s’est brûlé à la cuisse et à la main, et le tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand a confirmé le caractère professionnel de l’accident le 13 août 2026. Et les questions des internautes suivent la courbe des faits : « cigarette électronique explosion », « batterie cigarette electronique explosion », « cigarette electronique explosion cause » figurent parmi les saisies Google qui montent en France.

Au-delà du volet accident du travail, qui relève du droit social, une explosion de batterie pose une question de droit des produits : qui répond du dommage quand un accumulateur explose dans une poche, un sac ou au visage ? Le vendeur du magasin, le fabricant, l’importateur ? Faut-il prouver le défaut, et comment, quand l’appareil est calciné ? Quels délais pour agir, et que réclamer : remboursement, soins, préjudice esthétique, souffrances ? Cet article décrit la marche à suivre dans les premières heures, puis les trois voies de recours de l’acheteur — responsabilité des produits défectueux, garantie légale de conformité, garantie des vices cachés — à partir des textes vérifiés sur Légifrance à la date du 7 octobre 2026 et de décisions lues dans leur texte intégral, dont un jugement parisien du 19 mars 2026 qui ordonne l’expertise d’un accumulateur explosé et un arrêt de la Cour de cassation du 23 septembre 2026 sur un produit détruit par son propre vice.

I. Explosion de cigarette électronique : que faire dans les premières heures

A. Cigarette électronique : faire constater les brûlures et garder l’appareil en l’état

Le premier réflexe est médical : une brûlure par explosion de batterie associe la chaleur, la projection chimique et parfois le blast. Les lésions décrites dans les dossiers récents donnent la mesure du risque : dans l’affaire jugée à Paris en mars 2026, le certificat médical établi au lendemain des faits constatait une brûlure au deuxième degré profond, voire au troisième degré, d’environ vingt centimètres au niveau du flanc, avec présence de phlyctènes et d’une zone nécrotique, causée par une cigarette électronique transportée avec sa batterie dans un sac. Faites établir un certificat médical initial dès le premier passage aux urgences ou chez le médecin : il décrit les lésions, leur étendue, leur degré et leur cause apparente. Ce document servira deux fois, pour la déclaration d’accident du travail si l’explosion survient au temps et au lieu du travail, et pour l’action contre le vendeur ou le producteur. Conservez chaque pièce médicale qui suit : comptes rendus, ordonnances, arrêts de travail, photographies datées de l’évolution des plaies.

Le deuxième réflexe est probatoire : conservez l’appareil en l’état, exactement tel qu’il est après l’explosion, sans le nettoyer, le démonter, le recharger ni le jeter. Dans le litige parisien, l’acheteur avait conservé l’accumulateur litigieux et produit sa photographie ; c’est sur cette conservation que le tribunal s’est appuyé pour ordonner une expertise technique de l’accumulateur et de la cigarette électronique afin de déterminer les circonstances et les causes de l’explosion. Un appareil jeté ou bricolé prive l’expert de son objet et fragilise toute la démonstration : le juge ne pourra ni identifier le défaut ni relier la batterie précise achetée chez tel vendeur au dommage subi. Rangez l’appareil dans un contenant non inflammable, à l’écart de toute source de chaleur, et notez par écrit, dès que possible, le récit précis des faits : date, heure, lieu, ce que vous faisiez, où se trouvait l’appareil, les témoins présents. Conservez aussi la facture d’achat, l’emballage, la notice et toute mention de la marque et du modèle : la facture du 26 juillet 2023 a permis, dans l’affaire parisienne, d’identifier exactement les accumulateurs achetés et le professionnel qui les avait commercialisés. Sans facture, photographiez le ticket de caisse, retrouvez le relevé bancaire et demandez au magasin un duplicata de facture.

Le troisième réflexe est déclaratif. Si l’explosion survient pendant le travail ou sur le trajet, déclarez l’accident à l’employeur dans les vingt-quatre heures et consultez un médecin pour le certificat initial : la caisse statue au vu de ces pièces, et l’employeur qui conteste devra démontrer une cause totalement étrangère au travail, ce que ni l’employeur de la plateforme de Carquefou ni celui du salarié en télétravail de Clermont-Ferrand ne sont parvenus à faire. Hors contexte professionnel, déclarez le sinistre à votre assurance habitation et, si vous en détenez une, à votre protection juridique : dans le dossier parisien, c’est par l’intermédiaire de son assureur de protection juridique que la victime avait chiffré ses préjudices matériels avant d’assigner. Vérifiez également la garantie accidents de la vie si vous en avez souscrit une : elle peut verser une indemnité en complément des recours contre le vendeur, sans attendre l’issue du litige.

B. Explosion de cigarette électronique en France : qui prévenir et comment signaler

Une fois les soins reçus et les preuves mises à l’abri, écrivez au vendeur. Une lettre recommandée avec accusé de réception expose les faits, joint la facture et le certificat médical, et demande l’indemnisation des préjudices en réservant leur chiffrage définitif. Cette mise en demeure n’est pas une simple formalité : elle date la connaissance du dommage et de l’identité du vendeur, point de départ du délai de prescription de trois ans de l’action en responsabilité des produits défectueux, et elle fait courir le délai de trois mois dont dispose le vendeur, quand le producteur ne peut pas être identifié, pour désigner son propre fournisseur ou le producteur sous peine de répondre lui-même du défaut. Adressez un courrier distinct au fabricant ou à l’importateur dont le nom figure sur l’emballage ou la notice, s’il est identifiable : la responsabilité des produits défectueux pèse d’abord sur lui, et l’alerter tôt ouvre la voie à une transaction sans procès. Dans l’affaire parisienne, l’acheteur avait écrit au vendeur dès le 12 juillet 2024, soit quelques semaines après l’incident, avant de faire chiffrer ses préjudices matériels par son assureur puis d’assigner en décembre 2024 : cette chronologie resserrée a préservé tous ses droits.

Signalez ensuite le produit dangereux aux autorités. Tout produit mis sur le marché français doit répondre aux prescriptions relatives à la sécurité et à la santé des personnes : c’est l’exigence de l’article L. 411-1 du code de la consommation, qui dispose que « Dès la première mise sur le marché, les produits et les services doivent répondre aux prescriptions en vigueur relatives à la sécurité et à la santé des personnes, à la loyauté des transactions commerciales et à la protection des consommateurs ». Le portail public RappelConso recense les retraits et rappels ; lorsqu’un opérateur met en œuvre de telles mesures, l’article L. 423-3 du code de la consommation l’oblige à établir et tenir à jour un état chiffré des produits retirés ou rappelés et à déclarer le rappel de façon dématérialisée sur le site mis à disposition du public par l’administration. Vérifiez si le modèle de votre appareil ou de votre batterie y figure déjà : un rappel en cours établit que le danger est connu du professionnel et renforce votre dossier. À défaut, déposez un signalement sur la plateforme SignalConso de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, en joignant photos, facture et certificat : les enquêteurs peuvent contrôler le magasin, faire analyser le produit et, si le danger est avéré, ordonner le retrait. Ce signalement ne remplace pas l’action en justice, mais il crée une trace administrative datée et peut révéler d’autres victimes du même lot.

Pensez enfin aux recours parallèles qui ne dépendent pas de l’issue du procès contre le vendeur. Si vous étiez au travail, la reconnaissance en accident du travail ouvre droit à la prise en charge des soins et aux indemnités journalières sans attendre la démonstration d’un défaut du produit : les deux dossiers de 2026 montrent que la caisse et le juge appliquent la présomption d’imputabilité dès lors que la lésion survient au temps et au lieu du travail, même avec un objet personnel. Si un tiers a été blessé par votre appareil — un collègue, un passager — prévenez votre assureur de responsabilité civile, car la victime pourra se retourner contre vous en tant que gardien de la chose, quitte à ce que vous appeliez ensuite le vendeur en garantie. Et si l’explosion a provoqué un incendie de logement ou de véhicule, déclarez immédiatement le sinistre à l’assurance multirisque habitation ou automobile : l’assureur indemnisera puis exercera lui-même le recours contre le professionnel, comme l’a fait l’assureur dans le dossier de l’incendie de véhicule jugé par la Cour de cassation en septembre 2026. Chaque déclaration doit rester strictement factuelle : décrivez ce qui s’est produit, sans qualifier le produit ni imputer la faute, car ces écrits seront versés au dossier.

II. Batterie de cigarette électronique : qui est responsable et comment obtenir réparation

A. L’explosion suffit-elle à prouver le défaut ? La responsabilité du vendeur et du producteur

Non : l’explosion ne suffit pas, à elle seule, à engager la responsabilité du professionnel. Le régime applicable est celui des produits défectueux, codifié aux articles 1245 et suivants du code civil. Son principe tient en une phrase de l’article 1245 du code civil : « Le producteur est responsable du dommage causé par un défaut de son produit, qu’il soit ou non lié par un contrat avec la victime. » La victime n’a donc pas besoin d’avoir acheté directement au fabricant : même l’acheteur d’un magasin, le passant blessé par l’explosion ou le collègue brûlé peuvent agir contre le producteur. Mais encore faut-il établir le défaut. L’article 1245-3 du code civil le définit ainsi : « Un produit est défectueux au sens du présent chapitre lorsqu’il n’offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre. Dans l’appréciation de la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre, il doit être tenu compte de toutes les circonstances et notamment de la présentation du produit, de l’usage qui peut en être raisonnablement attendu et du moment de sa mise en circulation. » Une batterie qui explose dans une poche ou dans un sac, dans des conditions normales de transport, n’offre manifestement pas la sécurité attendue ; encore faut-il le démontrer pièce par pièce, car le juge n’admet ni l’automatisme ni l’approximation.

La charge de la preuve repose entièrement sur la victime, et c’est là que beaucoup de dossiers se perdent. L’article 1245-8 du code civil est limpide : « Le demandeur doit prouver le dommage, le défaut et le lien de causalité entre le défaut et le dommage. » Trois preuves cumulatives, donc : le dommage (certificat médical, photographies, factures de soins), le défaut (ce qui, dans la conception ou la fabrication de la batterie, la rendait dangereuse) et le lien entre les deux (c’est bien ce défaut, et non une mauvaise utilisation, qui a causé l’explosion). La Cour de cassation sanctionne les raccourcis : dans un arrêt du 27 juin 2018 rendu à propos d’un coffret électrique à l’origine d’un incendie, elle a cassé la décision qui déclarait le producteur responsable au seul motif que l’appareil se trouvait au point de départ du feu, jugeant que « la simple imputabilité du dommage au produit incriminé ne suffit pas à établir son défaut ni le lien de causalité entre ce défaut et le dommage » : Cass. 1re civ., 27 juin 2018, n° 17-17.469. Transposée à la cigarette électronique, la leçon est directe : montrer une batterie calcinée et une brûlure ne suffit pas ; il faut établir, par expertise, en quoi la batterie était défectueuse et comment ce défaut a provoqué l’explosion.

Heureusement, la preuve peut se faire par tous moyens, et le faisceau d’indices y a toute sa place. Le tribunal judiciaire de Paris l’a rappelé le 19 mars 2026 dans l’affaire de l’accumulateur explosé : « La preuve peut se faire par tous moyens et notamment par présomptions ou indices précis, graves et concordants. La simple implication d’un produit dans la réalisation d’un dommage ne suffit pas à établir son défaut. » : TJ Paris, pôle civil de proximité, 19 mars 2026, RG n° 25/00360. Concrètement, le dossier solide combine la facture d’achat, le certificat médical du lendemain, les photographies des lésions et de l’appareil conservé, l’absence d’anomalie d’utilisation (appareil transporté éteint, batterie adaptée au modèle, chargeur d’origine) et, surtout, une expertise technique. Le juge parisien a ordonné l’expertise de l’accumulateur et de la cigarette électronique pour déterminer les circonstances et les causes de l’explosion, tout en sursoyant à statuer sur le surplus des demandes dans l’attente du rapport : sans cette mesure, impossible de trancher la causalité que le vendeur contestait, en soutenant que le dommage aurait pu venir de la cigarette elle-même plutôt que de l’accumulateur. Retenez la méthode : demandez l’expertise dès l’assignation, à titre principal ou subsidiaire, et proposez de mettre l’appareil conservé à disposition de l’expert. Le coût de l’expertise est avancé par le demandeur sauf aide juridictionnelle, mais il entre dans les dépens mis à la charge de la partie perdante.

Reste à savoir contre qui diriger l’action. Le premier visé est le producteur : fabricant du produit fini, producteur de la matière première, fabricant d’une partie composante. L’article 1245-5 du code civil assimile au producteur « toute personne agissant à titre professionnel : 1° Qui se présente comme producteur en apposant sur le produit son nom, sa marque ou un autre signe distinctif ; 2° Qui importe un produit dans la Communauté européenne en vue d’une vente, d’une location, avec ou sans promesse de vente, ou de toute autre forme de distribution ». La marque apposée sur la batterie et l’importateur européen mentionné sur la notice sont donc des défendeurs naturels. Quand le fabricant, souvent établi hors d’Europe, ne peut pas être identifié ou assigné utilement, le vendeur prend le relais : l’article 1245-6 du code civil prévoit que « Si le producteur ne peut être identifié, le vendeur, le loueur, à l’exception du crédit-bailleur ou du loueur assimilable au crédit-bailleur, ou tout autre fournisseur professionnel, est responsable du défaut de sécurité du produit, dans les mêmes conditions que le producteur, à moins qu’il ne désigne son propre fournisseur ou le producteur, dans un délai de trois mois à compter de la date à laquelle la demande de la victime lui a été notifiée ». D’où l’importance de la mise en demeure recommandée : elle fait courir ce délai de trois mois et place le vendeur face à ses responsabilités. Ajoutez que la responsabilité du producteur est une responsabilité de plein droit : l’article 1245-10 du code civil dispose que « Le producteur est responsable de plein droit à moins qu’il ne prouve », suivi de cinq causes d’exonération limitatives, dont l’absence de mise en circulation, le défaut né postérieurement ou l’état des connaissances scientifiques au moment de la mise en circulation. C’est au professionnel de prouver son exonération, pas à la victime de prouver sa faute.

Deux délais encadrent l’action, et les confondre fait perdre des procès. D’abord la prescription : l’article 1245-16 du code civil prévoit que « L’action en réparation fondée sur les dispositions du présent chapitre se prescrit dans un délai de trois ans à compter de la date à laquelle le demandeur a eu ou aurait dû avoir connaissance du dommage, du défaut et de l’identité du producteur ». Trois ans à partir du jour où vous savez que vous êtes blessé, que le produit est défectueux et qui l’a fabriqué ou vendu : en pratique, le point de départ se situe souvent au jour de l’expertise qui révèle le défaut, mais ne spéculez pas sur ce report et agissez tôt. Ensuite la forclusion : l’article 1245-15 du code civil éteint la responsabilité « dix ans après la mise en circulation du produit même qui a causé le dommage à moins que, durant cette période, la victime n’ait engagé une action en justice ». Passé dix ans après la mise en circulation de votre batterie, même une action introduite dans le délai de trois ans sera irrecevable si aucune procédure n’a été engagée avant l’expiration des dix ans. Assigner dans les mois qui suivent l’explosion met à l’abri des deux délais à la fois.

B. Cigarette électronique défectueuse : garantie, vices cachés et réparation

Parallèlement à l’action contre le producteur, l’acheteur dispose de deux actions contre son vendeur, souvent plus simples à mettre en œuvre parce qu’elles reposent sur le contrat de vente. La première est la garantie légale de conformité. L’article L. 217-3 du code de la consommation dispose que « Le vendeur délivre un bien conforme au contrat ainsi qu’aux critères énoncés à l’article L. 217-5 . Il répond des défauts de conformité existant au moment de la délivrance du bien au sens de l’article L. 216-1 , qui apparaissent dans un délai de deux ans à compter de celle-ci. » Une cigarette électronique dont la batterie explose dans des conditions normales d’utilisation n’est pas conforme à ce que l’acheteur peut attendre d’un tel appareil : sécurité, aptitude à l’usage, correspondance à la description. L’acheteur peut alors exiger la mise en conformité : l’article L. 217-9 du code de la consommation prévoit que « Le consommateur est en droit d’exiger la mise en conformité du bien aux critères énoncés dans la sous-section 1 de la présente section. Le consommateur sollicite auprès du vendeur la mise en conformité du bien, en choisissant entre la réparation et le remplacement. » Et si la réparation ou le remplacement sont impossibles — ce qui est le cas d’un appareil détruit par sa propre explosion — le vendeur doit rembourser le prix. L’atout majeur de cette voie est la présomption d’antériorité : le défaut apparu dans les deux ans est présumé exister au jour de la délivrance, sauf preuve contraire du vendeur. Pour un appareil acheté quelques mois avant l’explosion, la démonstration est donc allégée. En revanche, la garantie de conformité couvre le bien lui-même, pas les dommages corporels : la brûlure, les soins, le préjudice esthétique et les souffrances relèvent des autres fondements.

La seconde action contractuelle est la garantie des vices cachés, et c’est elle qui permet d’aller le plus loin quand le produit a péri. L’article 1641 du code civil dispose que « Le vendeur est tenu de la garantie à raison des défauts cachés de la chose vendue qui la rendent impropre à l’usage auquel on la destine, ou qui diminuent tellement cet usage que l’acheteur ne l’aurait pas acquise, ou n’en aurait donné qu’un moindre prix, s’il les avait connus. » Un défaut de batterie invisible à l’achat, qui rend l’appareil dangereux et propre à exploser, entre dans cette définition : l’acheteur n’aurait évidemment pas acquis l’appareil à ce prix s’il avait connu le risque. L’acheteur choisit alors entre rendre la chose contre restitution du prix ou la garder contre réduction du prix, selon l’article 1644 du code civil : « Dans le cas des articles 1641 et 1643 , l’acheteur a le choix de rendre la chose et de se faire restituer le prix, ou de garder la chose et de se faire rendre une partie du prix. » L’action doit être intentée « dans un délai de deux ans à compter de la découverte du vice » d’après l’article 1648 du code civil : le point de départ n’est pas l’achat mais la découverte, souvent le jour de l’explosion ou le jour du rapport d’expertise. Sur les délais exacts de cette garantie, notre analyse dédiée aux délais de prescription et de forclusion de l’action en garantie des vices cachés détaille les points de départ et les pièges de procédure.

Deux apports très récents de la Cour de cassation renforcent la position de l’acheteur quand le produit a été détruit. D’abord, la destruction du produit par son propre vice ne fait pas obstacle à la résolution de la vente : le 23 septembre 2026, saisie du cas d’un produit neuf détruit par un incendie parti de sa batterie quelques jours après l’achat, la Cour a rappelé que « si la chose qui avait des vices a péri par suite de sa mauvaise qualité, la perte est pour le vendeur, qui sera tenu envers l’acheteur à la restitution du prix et aux autres dédommagements prévus par la loi », et cassé l’arrêt qui refusait la résolution au motif que le produit détruit ne pouvait pas être restitué : Cass. 1re civ., 23 septembre 2026, n° 25-16.591. Le texte appliqué est l’article 1647 du code civil : « Si la chose qui avait des vices a péri par suite de sa mauvaise qualité, la perte est pour le vendeur, qui sera tenu envers l’acheteur à la restitution du prix et aux autres dédommagements expliqués dans les deux articles précédents. Mais la perte arrivée par cas fortuit sera pour le compte de l’acheteur. » Une batterie qui explose par l’effet de son propre défaut entre dans le premier cas, pas dans le cas fortuit : le vendeur restitue le prix même si l’appareil a disparu dans l’incendie. Ensuite, le vendeur professionnel ne peut pas prétendre qu’il ignorait le vice : le même arrêt rappelle qu’« Il résulte de ce texte une présomption irréfragable de connaissance par le vendeur professionnel du vice de la chose vendue, qui l’oblige à réparer l’intégralité de tous les dommages qui en sont la conséquence », sur le fondement de l’article 1645 du code civil selon lequel « Si le vendeur connaissait les vices de la chose, il est tenu, outre la restitution du prix qu’il en a reçu, de tous les dommages et intérêts envers l’acheteur ». Le magasin qui a vendu la cigarette électronique est présumé connaître le défaut de la batterie : outre le remboursement, il doit les dommages-intérêts couvrant l’ensemble des préjudices, y compris corporels. C’est l’articulation gagnante du dossier d’explosion : la garantie des vices cachés contre le vendeur pour le prix et les dommages-intérêts, cumulée si nécessaire avec la responsabilité des produits défectueux contre le producteur, l’article 1245-16 du code civil et les autres textes du chapitre produits défectueux préservant les autres voies de recours.

Que réclamer, concrètement, et devant quel juge ? Les postes de préjudice suivent la nomenclature habituelle du dommage corporel : frais de soins restés à charge, pertes de gains professionnels pendant l’arrêt, souffrances endurées, préjudice esthétique temporaire puis permanent si des cicatrices subsistent, préjudice d’agrément si une activité est compromise. Dans l’affaire parisienne, la victime réclamait 3 000 euros de préjudice esthétique, 2 500 euros de souffrances endurées et près de 500 euros de préjudices matériels, outre l’article 700 : ces montants, modestes, correspondent à une assignation devant le pôle civil de proximité, compétent pour les petits litiges. Mais attention à la complexité propre au dommage corporel : le juge parisien a relevé qu’une fois la responsabilité établie, la liquidation des préjudices corporels relève de la compétence exclusive du tribunal judiciaire statuant selon la procédure écrite, et invité à saisir cette juridiction pour l’ensemble des demandes. En pratique, faites chiffrer vos préjudices par un médecin de recours ou une association de victimes avant d’assigner, et choisissez la juridiction en fonction du montant total : proximité pour un litige purement matériel de faible montant, tribunal judiciaire pour tout dossier comportant un préjudice corporel significatif. Quelle que soit la voie, la combinaison facture, certificat médical, appareil conservé et expertise technique reste le socle invariable du succès.

Conclusion

L’explosion d’une cigarette électronique n’est ni un simple accident domestique ni une fatalité technique : c’est un fait juridique qui ouvre des droits précis, à condition d’agir vite et dans l’ordre. Faire constater les brûlures par un certificat médical immédiat, conserver l’appareil en l’état avec sa facture et son emballage, écrire au vendeur en recommandé, signaler le produit dangereux et déclarer le sinistre à ses assurances : ces cinq gestes des premières heures conditionnent tout le reste. Sur le fond, trois voies se combinent sans s’exclure : la responsabilité des produits défectueux contre le producteur ou, à défaut d’identification, contre le vendeur, au prix de la preuve du défaut et du lien causal par expertise ; la garantie légale de conformité pour obtenir le remplacement ou le remboursement dans les deux ans ; la garantie des vices cachés, renforcée par la jurisprudence du 23 septembre 2026, qui fait peser la perte sur le vendeur quand le produit a péri par son propre vice et présume le professionnel informé du défaut. Trois délais ne pardonnent pas : trois ans pour l’action en produits défectueux à compter de la connaissance du dommage, du défaut et du responsable, dix ans de forclusion à compter de la mise en circulation, deux ans à compter de la découverte du vice pour les vices cachés. L’actualité de l’automne 2026 — la salariée de Carquefou, le télétravailleur en visioconférence, l’accumulateur expertisé à Paris — montre que les juges appliquent ces règles sans détour dès lors que le dossier est documenté. Face à une batterie qui explose, la victime la mieux indemnisée n’est pas celle qui a subi le plus, mais celle qui a prouvé le mieux.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».