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Dossier de surendettement et trop-perçu France Travail : contestation, effacement et recours

Recevoir une demande de remboursement de France Travail alors que les allocations constituent déjà l’essentiel des ressources du foyer crée une urgence concrète : faut-il contester le trop-perçu, demander un effacement, déposer un dossier de surendettement ou faire les trois démarches en parallèle ? La réponse dépend du contenu exact de la notification, de la période concernée, de l’origine de l’indu et de l’état de la procédure de recouvrement. Un dossier de surendettement Banque de France n’annule pas par lui-même une dette France Travail, pas plus qu’une contestation de l’indu ne suspend automatiquement toutes les autres dettes du foyer. En revanche, les deux procédures peuvent s’articuler si le débiteur conserve les courriers, déclare la créance sans la dissimuler et respecte les délais propres à chaque voie.

Le point de départ consiste à distinguer trois questions : la dette existe-t-elle et est-elle correctement calculée, peut-elle être recouvrée par retenue ou contrainte, et quel traitement peut-elle recevoir dans le surendettement ? Cette méthode est particulièrement importante lorsque la demande concerne une ancienne allocation chômage, une reprise d’activité, une pension de retraite ou un changement de situation déclaré. Les règles applicables protègent le droit de contester, mais elles imposent aussi une réaction documentée et rapide.

I. Dossier de surendettement et trop-perçu France Travail : la dette est-elle recevable et comment la contester ?

A. France Travail réclame un trop-perçu : notification, prescription et pièces à vérifier

Un trop-perçu France Travail ne doit pas être accepté ou reconnu uniquement parce qu’un montant figure dans un courrier. La première vérification porte sur la période de versement et sur le motif de la révision : cumul entre salaire et allocation d’aide au retour à l’emploi, activité indépendante, maladie, retraite, reprise d’emploi, erreur de déclaration ou modification rétroactive d’un droit. Il faut demander ou réunir le détail mois par mois, les déclarations d’actualisation, les bulletins de salaire, les attestations d’employeur, les justificatifs de chiffre d’affaires, les décisions de retraite ou de caisse sociale et les échanges déjà adressés à France Travail.

Le régime de retenue sur les allocations suppose que le débiteur ne conteste pas le caractère indu. L’article L. 5426-8-1 du code du travail prévoit que « Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par l’opérateur France Travail, pour son propre compte, pour le compte de l’Etat ou des employeurs mentionnés à l’article L. 5424-1 , l’opérateur France Travail peut, si le débiteur n’en conteste pas le caractère indu, procéder par retenues sur les échéances à venir ». Cette condition mérite d’être signalée clairement dans une contestation écrite : une lettre qui discute le montant, la période, le motif ou la prescription ne se confond pas avec une demande d’échelonnement.

Le plafond réglementaire doit également être contrôlé. L’article R. 5426-18 du code du travail indique que « L’opérateur France Travail peut, si le débiteur n’en conteste pas le caractère indu, procéder au recouvrement par retenue des paiements indus mentionnés à l’article L. 5426-8-1 sur les prestations à venir, dans la limite de 20 % de leur montant pour celles prévues à l’article L. 5423-1 ». Une retenue supérieure, une retenue opérée alors que l’indu est formellement contesté ou une retenue qui prive le foyer de ses ressources essentielles doit être documentée et contestée sans attendre. Il faut conserver le relevé de paiement montrant la somme avant et après retenue.

La prescription est une autre ligne de défense, mais elle ne se déduit pas seulement de la date du courrier. L’article L. 5422-5 du code du travail dispose : « L’action en remboursement de l’allocation d’assurance indûment versée se prescrit par trois ans. En cas de fraude ou de fausse déclaration, elle se prescrit par dix ans. Ces délais courent à compter du jour de versement de ces sommes. » Il faut donc comparer chaque versement avec la date de la mise en demeure, rechercher les actes interruptifs et vérifier si France Travail explique précisément pourquoi il invoque une fraude ou une fausse déclaration. Une simple qualification de fraude dans un courrier ne dispense pas l’organisme d’établir les faits qui la justifieraient.

Dans son arrêt du 25 juin 2026, pourvoi n° 23-21.920, la deuxième chambre civile a rappelé que « Selon l’article L. 5422-5 du code du travail, l’action en remboursement de l’allocation d’assurance indûment versée se prescrit par trois ans. Ce délai court à compter du versement de ces sommes. » La même décision montre que la discussion peut porter sur le point de départ lorsqu’un événement juridique a empêché France Travail de recalculer les droits plus tôt. Cette nuance ne doit pas conduire le débiteur à renoncer à invoquer la prescription : la période, les versements et les raisons avancées doivent être examinés séparément.

La notification et la mise en demeure doivent ensuite être comparées. Dans son arrêt du 19 mars 2026, pourvoi n° 23-23.583, la deuxième chambre civile a énoncé, à propos de la mise en demeure préalable à une contrainte, que « La mise en demeure adressée au débiteur, par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ainsi que, le cas échéant, le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur. » La Cour a cassé la décision qui avait admis une indication trop vague fondée sur de nouveaux justificatifs.

Cette jurisprudence donne une grille pratique. Un courrier indiquant seulement une « révision des droits », sans période, sans mode de calcul et sans explication intelligible, ne permet pas de contrôler utilement la dette. Il faut demander le dossier complet et exposer précisément ce qui manque. La demande peut porter sur les données prises en compte, les déclarations d’activité, le salaire retenu, le nombre de jours indemnisés, le taux journalier, les décisions ayant modifié le droit et la méthode de calcul du montant total.

Si France Travail transforme ensuite la créance en contrainte, le risque change de niveau. L’article L. 5426-8-2 du code du travail prévoit qu’après mise en demeure, une contrainte peut être délivrée et qu’elle produit, à défaut d’opposition devant la juridiction compétente, les effets d’un jugement. L’article R. 5426-20 ajoute que la mise en demeure doit précéder la contrainte et qu’un délai d’un mois doit rester sans effet avant sa délivrance. Il faut alors vérifier la date de notification, le montant, la nature de l’allocation, la période et le tribunal indiqué.

L’opposition à la contrainte obéit à un délai court. L’article R. 5426-22 du code du travail dispose : « Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification. » Le même texte précise que l’opposition doit être motivée, accompagnée d’une copie de la contrainte et qu’elle suspend sa mise en œuvre. Une demande de surendettement ne remplace donc pas cette opposition lorsqu’une contrainte a été reçue.

Le dossier de contestation doit rester distinct du dossier Banque de France, même si les deux sont envoyés pendant la même période. Dans la réclamation France Travail, l’objectif est de faire annuler, réduire ou rectifier l’indu, ou d’obtenir une remise administrative. Dans le dossier de surendettement, l’objectif est de faire apparaître l’ensemble des dettes et les ressources réelles du foyer. Une contestation en cours doit être signalée avec la somme réclamée, la somme reconnue éventuellement et la mention « créance contestée » accompagnée des pièces.

B. Le trop-perçu d’allocation chômage empêche-t-il la recevabilité du dossier de surendettement ?

La présence d’une dette France Travail ne rend pas automatiquement un dossier de surendettement irrecevable. Le texte central est l’article L. 711-1 du code de la consommation, qui prévoit : « Le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi. La situation de surendettement est caractérisée par l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes, professionnelles et non professionnelles, exigibles et à échoir. » La commission puis, en cas de recours, le juge examinent donc la bonne foi, l’impossibilité de payer et la composition du passif.

Un indu d’allocation chômage est, en principe, une dette née d’un versement social ou d’assurance chômage, et non un crédit souscrit pour financer une activité. Son existence doit toutefois être appréciée avec son origine concrète. Une dette France Travail liée à une actualisation mal renseignée, à un décalage de salaire ou à une erreur de calcul ne se traite pas de la même manière qu’une dette alléguée comme résultant de manœuvres frauduleuses. Le débiteur doit déclarer la créance dans les deux cas ; il ne doit pas la supprimer de la liste au motif qu’il la conteste.

La deuxième chambre civile a déjà rencontré un dossier où la commission avait relevé un indu Pôle emploi et des dettes CAF. Dans l’arrêt du 17 février 2011, pourvoi n° 10-13.895, la Cour a relevé que « le juge de l’exécution en a souverainement déduit que Mme X… n’était pas de bonne foi et par ce seul motif, a légalement justifié sa décision ». Le dossier comportait aussi trente-sept chèques sans provision et un endettement actif. Cette décision ne signifie pas que tout trop-perçu suffit à exclure un débiteur : elle rappelle que le juge peut apprécier l’ensemble du comportement et des éléments produits au jour où il statue.

La bonne foi suppose une déclaration complète, la conservation des courriers, l’absence de dissimulation de revenus ou d’actifs et une réaction cohérente aux demandes de la commission. L’arrêt du 11 mai 2017, pourvoi n° 16-15.481, indique que le juge peut apprécier la bonne foi « au vu de l’ensemble des éléments qui lui étaient soumis au jour où il statuait ». Une personne qui conteste le montant, produit ses justificatifs, mentionne la dette dans son dossier et explique les erreurs de France Travail ne se trouve pas dans la même situation que celle qui cache l’indu ou organise sciemment l’aggravation de son passif.

La nature professionnelle d’une dette doit également être distinguée. Dans l’arrêt du 2 juillet 2020, pourvoi n° 19-15.959, relatif à une dette envers le régime social des indépendants, la deuxième chambre civile a retenu que « les dettes professionnelles s’entendent de celles nées pour les besoins ou au titre d’une activité professionnelle ». Ce raisonnement concerne une créance de cotisations professionnelles, pas le seul fait que le bénéficiaire aurait travaillé pendant une période d’indemnisation. Pour France Travail, il faut donc analyser la créance réclamée : le créancier, le fondement du versement et la nature de l’indu, sans déduire automatiquement qu’une activité indépendante transforme la dette en dette professionnelle.

La demande de surendettement est adressée à la commission compétente. L’article L. 712-2 du code de la consommation prévoit que « La demande de traitement de la situation de surendettement est portée devant la commission compétente qui peut, soit proposer ou imposer des mesures de traitement dans les conditions prévues au titre III, soit imposer un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire ou saisir, avec l’accord du débiteur, le juge des contentieux de la protection aux fins d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire dans les conditions prévues au titre IV. » La commission ne tranche pas à la place de France Travail le bien-fondé technique de chaque ligne de calcul ; elle doit connaître la créance et les contestations en cours.

Pour replacer cette démarche dans la procédure générale, consultez aussi notre page consacrée au dossier de surendettement : comment contester la recevabilité et saisir le juge. Ce lien présente les étapes communes du dépôt, de la recevabilité et du recours ; le présent article se concentre sur l’articulation particulière avec un trop-perçu France Travail.

Une décision d’irrecevabilité ne doit pas être laissée sans réaction. L’article R. 722-1 du code de la consommation prévoit que la notification indique un recours dans un délai de quinze jours à compter de la notification, par déclaration remise ou adressée au secrétariat de la commission. La lettre reçue doit être relue pour vérifier la date de départ, la forme demandée et l’adresse de dépôt. Le recours doit expliquer les ressources, les charges, le montant réel du passif, la dette France Travail, les démarches déjà effectuées et les pièces qui démontrent la bonne foi.

Le dossier à transmettre doit notamment comporter la notification du trop-perçu, la mise en demeure, les réponses de France Travail, les relevés de paiements, les justificatifs de revenus actuels, les charges de logement et de vie courante, les dettes fiscales ou sociales, les décisions judiciaires, les contrats et les preuves de toute saisie ou retenue. Si une somme est contestée, le dossier doit présenter deux montants : le montant réclamé par France Travail et le montant reconnu, s’il existe. Cette présentation évite une omission tout en permettant à la commission de comprendre le litige.

La démarche est encore plus importante lorsque le trop-perçu est la conséquence d’une baisse récente de revenus. La recevabilité s’apprécie à partir de la situation globale, pas seulement de la capacité de rembourser France Travail isolément. Une personne qui a perdu son emploi, dont l’allocation est retenue et qui ne peut plus payer son loyer, son énergie ou ses charges courantes doit décrire cette chaîne de conséquences avec des relevés et des dates. Une explication sobre et chiffrée aide davantage qu’une simple affirmation d’injustice.

II. Après la recevabilité, le trop-perçu France Travail peut-il être suspendu ou effacé ?

A. Retenue, contrainte, opposition et articulation avec la Banque de France

La recevabilité ne produit pas le même effet qu’un effacement. Elle ouvre la phase de traitement et déclenche des protections sur certaines procédures d’exécution, mais elle ne fait pas disparaître la créance France Travail. Le débiteur doit continuer à répondre aux courriers, à transmettre les décisions de la commission à l’organisme concerné et à vérifier les retenues opérées sur les allocations. Une absence de paiement ou de réponse peut aussi compliquer la preuve de la bonne foi, surtout si le débiteur ne signale pas les changements de ressources.

L’article L. 722-2 du code de la consommation énonce : « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » L’article L. 722-3 précise que les procédures et cessions de rémunération sont suspendues ou interdites jusqu’à l’approbation du plan, la décision imposant les mesures ou le jugement de rétablissement personnel, dans la limite de deux ans.

Cette protection ne permet pas de conclure que toute retenue France Travail cesse mécaniquement le jour de la recevabilité. La retenue d’un indu obéit à son régime propre et l’article L. 5426-8-1 la conditionne à l’absence de contestation. Lorsqu’une retenue continue malgré une contestation ou malgré la recevabilité, il faut adresser à France Travail la décision de recevabilité, la contestation de l’indu et un relevé récent, puis demander une réponse écrite sur le fondement de la retenue. La commission peut être informée de la difficulté ; le juge des contentieux de la protection peut être saisi si une mesure doit être ordonnée ou si une contestation de la procédure d’exécution est nécessaire.

Le débiteur ne doit pas confondre une saisie, une retenue contractuelle et une contrainte. La contrainte est un titre de recouvrement spécifique. L’article R. 5426-21 du code du travail exige notamment que l’acte mentionne la référence, le montant, la nature des allocations, le délai d’opposition et l’adresse du tribunal compétent. Lorsque l’acte ne permet pas d’identifier la dette ou les voies de recours, cette anomalie doit être soulevée dans l’opposition, avec une copie lisible de l’enveloppe et de l’acte.

L’opposition de quinze jours prévue par l’article R. 5426-22 est autonome par rapport au dossier Banque de France. Elle doit exposer les raisons : dette prescrite, erreur de période, absence ou insuffisance de mise en demeure, montant incorrect, défaut de notification, contestation d’une fraude, paiements déjà effectués ou demande de recalcul. Une opposition vide ou tardive expose le débiteur à une exécution plus difficile à arrêter. Le dépôt doit être prouvé par accusé de réception, récépissé ou justificatif du greffe.

La dette doit en parallèle être inscrite dans l’état du passif transmis à la commission. Si France Travail est mentionné comme créancier, ajoutez le numéro de créance, le montant du courrier, la date de la dernière demande, la retenue éventuelle et la contestation engagée. Si la commission retient un montant différent, cette différence doit être signalée immédiatement. Une créance qui apparaît après le dépôt doit aussi être portée à la connaissance de la commission, avec son origine et sa date.

Lorsque la situation permet un remboursement organisé, les mesures imposées peuvent aménager la dette au même titre que les autres dettes admissibles. L’article L. 733-1 du code de la consommation permet notamment de « Rééchelonner le paiement des dettes de toute nature » et prévoit que le délai de report ou de rééchelonnement ne peut excéder sept ans, sous les réserves du texte. Il permet aussi d’imputer les paiements d’abord sur le capital et de réduire le taux dans les conditions légales. L’effort mensuel doit rester compatible avec les dépenses nécessaires du foyer.

Les mesures imposées ne deviennent pas incontestables immédiatement. L’article R. 733-6 du code de la consommation prévoit que la notification indique que la contestation est formée dans un délai de trente jours à compter de la notification. Le débiteur ou un créancier peut alors discuter le montant retenu, le taux, la durée, la capacité de paiement ou l’exclusion d’une dette. Le courrier de la commission doit être conservé avec sa date de réception et la preuve de toute contestation.

Le trop-perçu doit être intégré dans un tableau simple pour suivre l’articulation des démarches :

  • montant et période réclamés par France Travail ;
  • montant contesté et motif de la contestation ;
  • retenues déjà effectuées et ressources restantes ;
  • date de la mise en demeure et, le cas échéant, de la contrainte ;
  • date de l’opposition à la contrainte ;
  • date de dépôt et date de recevabilité du dossier de surendettement ;
  • montant finalement inscrit par la commission et traitement proposé.

Ce tableau permet de repérer les contradictions : France Travail peut réclamer une somme déjà retenue, le dossier Banque de France peut reprendre un ancien montant, ou la notification peut viser une période différente de celle de la contrainte. Une demande de rectification écrite est préférable à des appels téléphoniques sans trace. Les échanges téléphoniques peuvent être résumés ensuite par courriel ou lettre en rappelant la date, l’interlocuteur et la réponse donnée.

B. Effacement, rétablissement personnel et recours devant le juge

La question de l’effacement se pose seulement après l’examen de la recevabilité et de l’orientation du dossier. L’article L. 741-1 du code de la consommation prévoit que, lorsque le débiteur est dans une situation irrémédiablement compromise et ne possède que certains biens, « la commission impose un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire ». La procédure n’est donc pas une remise automatique sollicitée auprès de France Travail : elle répond à l’état global du foyer et aux conditions légales du rétablissement personnel.

Lorsque le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire est imposé et qu’il n’est pas contesté, l’article L. 741-2 du code de la consommation dispose qu’il « entraîne l’effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission, à l’exception des dettes mentionnées aux articles L. 711-4 et L. 711-5 et des dettes dont le montant a été payé au lieu et place du débiteur par la caution ou le coobligé, personnes physiques ». La date d’arrêt des dettes est donc essentielle : un nouvel indu ou une nouvelle dette postérieure peut ne pas être traité de la même manière.

La règle doit être rapprochée de l’article L. 711-4 du code de la consommation. Le texte indique : « Sauf accord du créancier, sont exclues de toute remise, de tout rééchelonnement ou effacement : 1° Les dettes alimentaires ; 2° Les réparations pécuniaires allouées aux victimes dans le cadre d’une condamnation pénale ». Il vise aussi certaines dettes issues de manœuvres frauduleuses au préjudice d’organismes de protection sociale et certaines dettes fiscales sanctionnées. Un trop-perçu France Travail n’est donc pas exclu de tout traitement uniquement parce que France Travail est un organisme public, mais une fraude établie peut modifier le traitement possible.

La différence entre erreur, négligence et fraude doit être conservée dans la rédaction du dossier. Si le débiteur a déclaré une reprise d’activité et que le calcul n’a pas été actualisé, les pièces peuvent soutenir une contestation du montant ou une demande de remise. Si France Travail reproche une omission volontaire, il faut répondre sur les déclarations effectivement faites, les consignes reçues et les documents transmis. Une dette qui relève de l’exclusion de l’article L. 711-4 peut rester mentionnée dans le passif, mais l’effacement ou le rééchelonnement prévu par la procédure peut être refusé pour cette dette précise.

La contestation du rétablissement personnel est encadrée. L’article L. 741-4 du code de la consommation prévoit qu’une partie peut contester devant le juge des contentieux de la protection le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire imposé par la commission. L’article R. 741-1 précise que la notification indique un délai de trente jours à compter de sa notification. Une contestation de France Travail sur le montant ou sur l’origine frauduleuse de la dette doit être produite dans ce cadre si elle concerne l’effacement décidé par la commission.

Si le débiteur reçoit une contrainte pendant l’examen du dossier, il ne doit pas attendre la décision finale de la commission pour agir. Si le rétablissement personnel est déjà prononcé, il faut comparer la date de la décision, la date de la créance et la date de la notification de France Travail. Une dette arrêtée avant la décision peut relever de l’effacement sous réserve des exclusions ; une créance née ensuite obéit à une autre analyse. Le calendrier est aussi déterminant pour les saisies et les retenues déjà opérées.

Le juge des contentieux de la protection peut être saisi lorsque la recevabilité, les mesures imposées, le rétablissement personnel ou une contestation liée au traitement de la dette est en cause. Le tribunal compétent pour l’opposition à une contrainte France Travail suit les règles propres à cette contrainte. Les deux contentieux peuvent donc avoir des objets différents : l’un porte sur la créance et son recouvrement, l’autre sur le traitement global du passif. Les actes doivent identifier clairement la décision attaquée pour éviter qu’un recours soit compris comme une simple demande de délai.

La Cour de cassation rappelle aussi que la bonne foi se mesure à la conduite complète du débiteur. Dans l’arrêt n° 19-20.454 du 10 décembre 2020, la deuxième chambre civile a retenu que le juge avait pu apprécier la situation en relevant que « seule la mise en vente de l’appartement sis […] était justifiée, le débiteur ne précisant pas davantage la date à laquelle il avait cherché à vendre lesdits biens ». Cette décision, qui portait sur un patrimoine immobilier et non sur France Travail, montre la portée des justificatifs : une affirmation non datée ou non documentée peut peser sur la bonne foi, la capacité de remboursement et l’orientation du dossier.

Après un effacement, la situation bancaire n’est pas nécessairement identique dès le lendemain. L’article L. 743-1 du code de la consommation prévoit que « Les dettes effacées en application des dispositions des articles L. 741-2 , L. 741-6 , L. 741-7 et L. 742-21 valent régularisation des incidents au sens de l’article L. 131-73 du code monétaire et financier ». Le FICP, les relations avec les banques et la reprise d’une activité doivent néanmoins être suivis avec les documents de la commission et les attestations de régularisation. L’effacement ne justifie pas de cacher une nouvelle dette ni de reprendre un engagement impossible à tenir.

Pour agir efficacement, le débiteur peut classer son dossier en quatre chemises : « dette et calcul », « recouvrement et contrainte », « Banque de France », « ressources et charges ». La première contient les paiements, déclarations et notifications ; la deuxième les mises en demeure, retenues, contraintes et oppositions ; la troisième le formulaire, la décision de recevabilité et les courriers de la commission ; la quatrième les justificatifs de logement, alimentation, énergie, transport, santé, personnes à charge et revenus actuels. Ce classement permet de répondre à une demande du juge ou de France Travail sans perdre le fil des dates.

Il faut enfin formuler les demandes avec précision. À France Travail, on peut demander le détail du calcul, la rectification du montant, la prise en compte d’un paiement, la suspension d’une retenue contestée, une remise ou un échéancier, selon la situation. À la commission, on doit demander la prise en compte de la créance dans son montant réel, signaler la contestation et expliquer l’impact de la retenue sur le budget. Au juge, il faut viser la décision contestée et demander une mesure déterminée : annulation de la contrainte, constat de prescription, recalcul de l’indu, contestation de la recevabilité ou contestation du traitement de la dette.

Conclusion

Un trop-perçu France Travail peut entrer dans la stratégie de surendettement, mais il exige deux démarches coordonnées. La première consiste à contrôler et contester la créance : période, calcul, prescription, mise en demeure, retenue et contrainte. La seconde consiste à déclarer la dette à la Banque de France, même lorsqu’elle est discutée, en distinguant le montant réclamé du montant reconnu et en joignant les preuves de la contestation.

La recevabilité n’efface pas la dette, mais elle peut suspendre certaines procédures d’exécution et ouvrir la voie à un plan, à des mesures imposées ou à un rétablissement personnel. L’effacement dépend ensuite de la décision et des exclusions légales, notamment lorsqu’une fraude est établie. Les délais de quinze jours pour certains recours, de trente jours pour les mesures ou le rétablissement personnel et d’opposition à une contrainte ne doivent pas être confondus. Chaque courrier doit être daté, conservé et traité par une réponse écrite qui identifie la procédure concernée.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».