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Passeport de prévention 2026 : que doit déclarer l’employeur et dans quel délai ?

Depuis l’ouverture de l’espace employeur du Passeport de prévention le 16 mars 2026, les entreprises doivent regarder ce sujet comme un dossier de preuve, pas comme une simple formalité informatique. La mise à jour officielle du 23 juin 2026 confirme en plus un point important : la période transitoire de déclaration est prolongée jusqu’au 31 décembre 2026.

Concrètement, l’employeur doit organiser la traçabilité des formations en santé et sécurité au travail, vérifier ce qui a déjà été déclaré par les organismes de formation, identifier les formations qu’il doit déclarer lui-même et respecter les délais applicables. En cas d’accident du travail, de contrôle, de litige avec un salarié ou de débat sur la prévention des risques, ce passeport peut devenir une pièce centrale du dossier.

Pour une entreprise, la vraie question n’est donc pas seulement : « où cliquer ? ». Elle est plutôt : quelles formations déclarer, qui s’en charge, dans quel délai, avec quelles pièces, et comment éviter qu’un défaut de traçabilité ne fragilise la défense de l’entreprise ?

Le Passeport de prévention, à quoi sert-il ?

Le Passeport de prévention est un service numérique destiné à centraliser les formations, certifications, attestations et habilitations en matière de santé et sécurité au travail. Il concerne les travailleurs, les employeurs et les organismes de formation.

Son objectif est de rendre plus lisible le parcours de formation prévention d’un salarié : formations obligatoires, habilitations, autorisations liées à certains postes, certifications utiles à la sécurité. Le dispositif a été créé par la loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail, puis déployé progressivement.

Le site officiel du Passeport de prévention précise que l’espace employeur est ouvert depuis le 16 mars 2026. Les organismes de formation peuvent déjà déclarer certaines formations depuis 2025, et les travailleurs doivent accéder à leur espace personnel à partir du 16 novembre 2026.

Pour l’employeur, l’intérêt pratique est double. D’abord, il peut vérifier les formations déjà déclarées par les organismes. Ensuite, il doit compléter les déclarations qui relèvent de sa responsabilité, notamment lorsqu’une formation ou une habilitation est attachée à un poste de travail à risque.

Quelles formations l’employeur doit-il déclarer ?

Pendant la période transitoire, l’employeur doit se concentrer sur les formations qui relèvent de ses obligations en santé et sécurité. Les informations officielles visent notamment les formations obligatoires prévues par la réglementation et les formations liées à des postes nécessitant une autorisation ou une habilitation délivrée par l’employeur.

Il faut donc commencer par cartographier les postes exposés : conduite d’engins, travaux en hauteur, risques électriques, interventions sur machines, manutention, exposition à des substances dangereuses, sécurité incendie, accueil de nouveaux salariés sur un poste à risque, travail isolé, coactivité sur chantier ou intervention chez un client.

La déclaration ne doit pas être traitée comme un inventaire vague de toutes les sensibilisations internes. L’entreprise doit distinguer :

  1. les formations réglementaires obligatoires ;
  2. les habilitations ou autorisations nécessaires pour occuper certains postes ;
  3. les attestations remises par les organismes de formation ;
  4. les formations internes réellement structurées, datées et documentées ;
  5. les simples rappels ou réunions qui ne suffisent pas à constituer une formation déclarable.

Cette distinction est importante. Une déclaration approximative peut créer un faux sentiment de sécurité. À l’inverse, une absence de déclaration sur une formation réellement obligatoire peut devenir difficile à expliquer si un accident survient ou si l’inspection du travail demande les preuves disponibles.

Quels délais respecter en 2026 et 2027 ?

La mise à jour officielle publiée le 23 juin 2026 indique que le régime transitoire est prolongé jusqu’au 31 décembre 2026.

Pendant cette période, l’employeur dispose d’un délai de 9 mois à compter de la fin du trimestre au cours duquel la formation a été dispensée pour effectuer la déclaration. À compter du 1er janvier 2027, le délai de droit commun doit être ramené à 6 mois.

Ce calendrier impose une organisation simple mais stricte. Il ne faut pas attendre la fin de l’année pour reconstituer les formations suivies. Le bon réflexe consiste à piloter le Passeport de prévention par trimestre :

  1. lister les salariés formés pendant le trimestre ;
  2. récupérer les attestations et certificats ;
  3. vérifier si l’organisme de formation a déjà déclaré l’information ;
  4. identifier les formations qui doivent être déclarées par l’employeur ;
  5. conserver un dossier interne de preuve, même après la déclaration numérique.

Le point clé est la preuve. L’entreprise doit pouvoir expliquer quand la formation a eu lieu, par qui elle a été délivrée, quel salarié était concerné, quel poste justifiait cette formation et quelle pièce le démontre.

Qui doit piloter le sujet dans l’entreprise ?

Le Passeport de prévention se situe au croisement de plusieurs services : ressources humaines, direction juridique, responsable HSE, direction opérationnelle, manager de site, service formation, parfois cabinet comptable ou prestataire social.

Dans une petite entreprise, le dirigeant ou le responsable administratif peut piloter le dispositif, mais il doit obtenir les informations auprès des managers. Dans une PME multi-sites, il faut éviter que chaque établissement décide seul de ce qu’il déclare. Une doctrine interne commune est préférable : même nomenclature de formations, mêmes pièces attendues, même méthode de contrôle.

Une entreprise peut désigner un référent chargé de trois tâches :

  1. tenir la liste des formations santé-sécurité à suivre ;
  2. vérifier les déclarations déjà effectuées par les organismes de formation ;
  3. déclencher les déclarations employeur avant l’expiration du délai.

Ce référent doit travailler avec les personnes qui connaissent le terrain. Le risque principal est de produire une base administrative propre mais déconnectée des postes réellement exposés. Or, en santé et sécurité, ce sont les conditions réelles de travail qui comptent.

Pourquoi le Passeport de prévention peut devenir une preuve sensible ?

Le Passeport de prévention n’efface pas les obligations classiques de l’employeur. L’entreprise reste tenue d’assurer la sécurité et de protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Elle doit évaluer les risques, adapter les mesures de prévention, informer et former les salariés concernés.

Le Passeport ajoute une couche de traçabilité. Si un salarié conteste avoir été formé, si un accident du travail survient, si une entreprise cliente demande les habilitations des intervenants, ou si l’inspection du travail contrôle un poste sensible, l’entreprise devra produire des éléments cohérents.

Un dossier solide comprend généralement :

  1. la fiche de poste ou le descriptif de mission ;
  2. l’évaluation des risques concernés ;
  3. l’attestation de formation ;
  4. l’habilitation ou l’autorisation interne, lorsqu’elle existe ;
  5. la date de renouvellement prévue ;
  6. la preuve que le salarié était bien affecté au poste couvert ;
  7. les mises à jour après changement de poste, nouvel équipement ou modification du risque.

Le Passeport de prévention ne remplace donc pas le dossier interne de l’employeur. Il le complète. Une entreprise qui déclare une formation mais ne conserve pas les pièces utiles peut rester en difficulté. À l’inverse, une entreprise qui conserve les pièces mais ne renseigne pas le Passeport s’expose à une incohérence de traçabilité.

Sous-traitants, intérimaires et prestataires : le point à ne pas négliger

Dans les dossiers de sécurité, les difficultés viennent souvent de la coactivité : chantier, intervention chez un client, sous-traitance, intérim, maintenance, livraison, installation technique, nettoyage industriel, événementiel ou restauration.

L’entreprise doit éviter une confusion fréquente : le Passeport de prévention ne dispense pas de vérifier concrètement si la personne qui intervient dispose des formations adaptées au poste et au risque. Lorsque plusieurs entreprises interviennent sur un même site, chacun doit connaître son rôle : entreprise utilisatrice, employeur du salarié, organisme de formation, donneur d’ordre, sous-traitant.

Avant une intervention sensible, il est prudent de demander les justificatifs utiles, d’identifier les habilitations nécessaires, de vérifier les dates de validité et de conserver une trace des contrôles. Cette logique est particulièrement importante pour les entreprises qui envoient régulièrement des équipes chez des clients ou qui accueillent des prestataires sur leurs propres locaux.

Le Passeport de prévention peut faciliter ces vérifications, mais il ne doit pas devenir un prétexte à automatiser sans contrôle. Une attestation mal rattachée, une habilitation expirée ou une formation inadaptée au poste réel peuvent laisser subsister un risque juridique sérieux.

Entreprises à Paris et en Île-de-France : une organisation multi-sites est souvent nécessaire

À Paris et en Île-de-France, de nombreuses entreprises travaillent avec des équipes mobiles, des prestataires, des sous-traitants et plusieurs lieux d’intervention. Le sujet concerne notamment les commerces, restaurants, sociétés de services, entreprises du bâtiment, agences événementielles, start-up industrielles, sociétés de maintenance et structures qui font intervenir des salariés chez des clients.

Dans ce contexte, il faut éviter une gestion seulement centralisée depuis le siège. Le siège peut piloter la méthode, mais les sites et responsables opérationnels doivent remonter les bonnes informations : postes exposés, nouvelles embauches, changement de matériel, salariés affectés ponctuellement à une tâche à risque, interventions en horaires décalés, recours à l’intérim.

Un audit simple peut être mené en trois étapes :

  1. recenser les postes et missions nécessitant une formation santé-sécurité ;
  2. comparer cette liste avec les attestations réellement disponibles ;
  3. vérifier ce qui est déjà déclaré ou doit l’être dans le Passeport de prévention.

Cette méthode permet de traiter le Passeport comme un outil de conformité utile, et non comme une formalité subie au dernier moment.

Que faire tout de suite ?

Une entreprise peut agir sans attendre la prochaine échéance.

La première action consiste à récupérer la liste des formations santé-sécurité suivies depuis le début de l’année 2026 et à classer les pièces par salarié, poste, date et organisme.

La deuxième consiste à vérifier l’accès employeur au service, notamment via les canaux officiels indiqués par le portail Passeport de prévention et Net-entreprises.

La troisième consiste à établir une matrice interne : formation concernée, salarié concerné, obligation réglementaire ou poste exposé, pièce disponible, organisme déclarant, déclaration à faire par l’employeur, date limite.

La quatrième consiste à traiter les cas douteux. Si une formation est ancienne, si l’attestation manque, si le salarié a changé de poste, si une habilitation est expirée ou si le contenu de formation ne correspond pas au risque réel, il vaut mieux régulariser le dossier que déclarer mécaniquement une information fragile.

Enfin, l’entreprise doit documenter sa décision. En cas de contrôle ou de litige, un tableau de suivi daté, des attestations classées et des règles internes claires seront plus utiles qu’une réponse improvisée.

Sources officielles utiles

Les entreprises peuvent consulter la page officielle Entreprendre Service Public consacrée au déploiement du Passeport de prévention, le portail officiel du Passeport de prévention et le décret n° 2026-496 du 12 juin 2026.

Pour les questions plus larges de conformité, de contrats et de responsabilité de l’entreprise, vous pouvez également consulter notre page dédiée aux avocats en droit des affaires à Paris.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».