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Maître Reda KOHEN
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Logiciel de caisse non conforme : que faire si l’editeur ne fournit pas l’attestation ?

Depuis la loi de finances pour 2026, les commercants, restaurateurs, artisans, salons, instituts et plus largement les entreprises qui encaissent des clients particuliers doivent verifier un point tres concret : leur logiciel ou systeme de caisse doit permettre de justifier sa conformite en cas de controle.

Le sujet est revenu dans l’actualite parce que la suppression annoncee de l’attestation individuelle de l’editeur a finalement ete abandonnee. En pratique, une entreprise peut toujours justifier la conformite de son logiciel par un certificat delivre par un organisme accredite ou par une attestation individuelle de l’editeur. Mais cela ne regle pas tous les problemes.

Le vrai risque apparait lorsque le controle fiscal arrive, que l’attestation est absente, incomplete, perimee, refusee par l’editeur, ou que le logiciel a ete modifie apres une mise a jour. Dans ce cas, l’entreprise utilisatrice reste en premiere ligne face a l’administration, meme si le probleme vient du prestataire informatique.

Voici les reflexes utiles pour limiter l’amende, proteger votre comptabilite et preparer un recours contre l’editeur si sa defaillance vous expose.

Qui est concerne par l’obligation de logiciel de caisse conforme ?

L’obligation vise les assujettis a la TVA qui enregistrent des livraisons de biens ou des prestations de services ne donnant pas lieu a facturation au moyen d’un logiciel ou d’un systeme de caisse. C’est typiquement le cas lorsqu’une entreprise encaisse des particuliers : boutique, restaurant, boulangerie, salon de coiffure, institut de beaute, commerce de detail, point de vente mobile, franchise, stand ou activite avec caisse tactile.

Le texte de reference est l’article 286, I, 3 bis du Code general des impots. Il impose un systeme satisfaisant aux conditions d’inalterabilite, de securisation, de conservation et d’archivage des donnees, en vue du controle de l’administration fiscale.

Le point essentiel est simple : il ne suffit pas d’utiliser une caisse moderne. Il faut pouvoir prouver que le logiciel respecte ces conditions. Cette preuve peut passer par un certificat ou par une attestation individuelle de l’editeur.

Pour un dirigeant, la question n’est donc pas seulement « mon logiciel fonctionne-t-il ? », mais « puis-je produire immediatement le bon justificatif si un agent le demande ? ».

Pourquoi l’attestation editeur redevient un sujet urgent en 2026

La loi de finances pour 2026 a retabli la possibilite d’obtenir une attestation individuelle de l’editeur. C’est une clarification importante, car beaucoup d’entreprises pensaient devoir remplacer leur solution par un logiciel certifie NF525 ou LNE.

Mais cette souplesse de preuve ne doit pas etre confondue avec une dispense de conformite. L’editeur peut attester, mais l’attestation doit etre serieuse, identifiable et rattachee au logiciel utilise. Une attestation generique, une page commerciale, une capture d’ecran ou une simple mention dans les conditions generales ne suffit pas toujours a securiser l’entreprise.

Il faut verifier au minimum :

  • le nom exact de l’editeur ;
  • le nom et la version du logiciel ;
  • l’identification de l’entreprise utilisatrice lorsque l’attestation est individuelle ;
  • la reference aux exigences d’inalterabilite, securisation, conservation et archivage ;
  • la date de l’attestation ;
  • le perimetre couvert, notamment si l’entreprise utilise plusieurs modules, tablettes, terminaux ou caisses secondaires ;
  • la preuve que la version installee correspond a la version atteste.

Une difficulte frequente tient aux mises a jour. Un commerce peut avoir telecharge une nouvelle version, active un module de paiement, ajoute une extension de fidelite ou raccorde un outil de vente en ligne. Si cette evolution change le perimetre de la caisse, il faut demander une attestation a jour.

Controle fiscal : que risque l’entreprise sans certificat ni attestation ?

L’article 1770 duodecies du Code general des impots prevoit une amende de 7 500 euros par logiciel ou systeme de caisse concerne lorsque l’assujetti ne peut pas justifier la conformite par l’attestation ou le certificat requis.

Le texte prevoit aussi un delai de soixante jours pour se mettre en conformite apres application de l’amende. A defaut, une nouvelle amende peut etre appliquee.

Le Livre des procedures fiscales prevoit, a l’article L. 80 O, un controle specifique permettant aux agents de verifier la detention de l’attestation ou du certificat. Lorsque le manquement est constate, le proces-verbal doit notamment informer l’entreprise de son delai pour formuler des observations et fournir, le cas echeant, le document manquant.

La reponse ne doit donc pas etre improvisee. Il faut traiter le controle comme un dossier de preuve :

  • identifier exactement le logiciel vise par le proces-verbal ;
  • verifier la version installee le jour du controle ;
  • demander immediatement a l’editeur l’attestation correspondant a cette version ;
  • conserver les tickets, contrats, factures, captures d’ecran de version, historiques de mise a jour et echanges avec le support ;
  • repondre dans les delais, avec une argumentation claire et des pieces numerotees.

Si l’editeur tarde ou refuse de repondre, il faut lui adresser une mise en demeure ecrite. Cette mise en demeure doit rappeler l’obligation contractuelle attendue, le risque d’amende, le delai de reponse impose par le controle et la demande de remise immediate d’une attestation exploitable.

Que faire si l’editeur ne fournit pas l’attestation ?

Le premier reflexe est de ne pas se contenter d’un appel au support. Il faut obtenir une trace ecrite. Un simple ticket informatique ferme sans reponse utile ne protege pas l’entreprise.

La mise en demeure doit demander trois choses :

  • la confirmation du statut de conformite du logiciel ;
  • l’attestation individuelle ou le certificat disponible ;
  • l’identification de la version couverte et des modules inclus.

Si l’editeur repond que l’attestation n’existe pas, que la version n’est pas couverte, ou que le logiciel doit etre remplace, l’entreprise doit agir sur deux plans en meme temps.

D’abord, elle doit limiter le risque fiscal : changer de solution si necessaire, obtenir une attestation valable, documenter la migration, isoler les donnees anciennes et conserver les archives. Ensuite, elle doit evaluer un recours contre l’editeur ou l’integrateur si le contrat, la publicite commerciale ou les echanges precontractuels promettaient une solution conforme.

Les fondements possibles dependent du dossier : inexécution contractuelle, manquement a l’obligation d’information, garantie commerciale trompeuse, responsabilite du prestataire informatique, voire pratique commerciale trompeuse si la solution etait vendue comme conforme sans preuve serieuse.

L’objectif n’est pas seulement de recuperer le prix du logiciel. Le prejudice peut comprendre l’amende, les frais de migration, l’interruption d’exploitation, les honoraires d’assistance au controle et, dans certains cas, le trouble commercial cause par une mise en conformite en urgence.

Les preuves a conserver avant tout litige

Un dossier solide contre l’editeur se construit avant la procedure. Il faut reunir les elements qui montrent ce qui avait ete promis, ce qui a ete livre et ce qui a manque au moment du controle.

Les pieces utiles sont notamment :

  • le devis initial ;
  • le contrat d’abonnement ou de licence ;
  • les conditions generales ;
  • les pages commerciales mentionnant la conformite ;
  • les factures du logiciel ;
  • les courriels avec le commercial ou l’integrateur ;
  • les historiques de tickets support ;
  • les captures de l’espace client ;
  • la version du logiciel au jour du controle ;
  • le proces-verbal ou la demande de l’administration ;
  • la mise en demeure envoyee a l’editeur ;
  • la reponse de l’editeur, ou son absence de reponse ;
  • le cout du remplacement ou de la migration.

Il faut aussi eviter une erreur : modifier le logiciel, supprimer les anciennes donnees ou changer de caisse sans conserver les justificatifs. En cas de litige, l’editeur contestera souvent le lien entre sa prestation et le dommage. Plus la chronologie est precise, plus le recours est credible.

Peut-on contester l’amende ?

Oui, mais la contestation depend des pieces disponibles.

Si l’entreprise possede bien une attestation ou un certificat valable, mais ne l’a pas produit le jour du controle, la priorite est de le communiquer rapidement, avec une explication claire. Il faut montrer que la conformite existait deja et que le document manquait seulement dans le dossier de caisse.

Si le document est incomplet, il faut demander une version corrigee a l’editeur et expliquer a l’administration les demarches effectuees. La bonne foi ne suffit pas toujours, mais elle peut peser dans la discussion lorsque l’entreprise reagit vite, produit des preuves et corrige le probleme.

Si le logiciel n’etait pas conforme, la strategie change. Il faut documenter la mise en conformite dans les soixante jours, discuter l’etendue de l’amende si plusieurs terminaux sont concernes, et preparer le recours contre le prestataire qui a cause ou aggrave le risque.

Dans tous les cas, la reponse doit etre personnalisee. Une lettre type envoyee sans pieces ne suffit pas.

Paris et Ile-de-France : pourquoi reagir vite en cas de controle

A Paris et en Ile-de-France, beaucoup d’entreprises utilisent des systemes multi-sites : plusieurs caisses, bornes, tablettes, ventes en boutique et commandes en ligne. Cette organisation augmente le risque de confusion entre le logiciel principal, les modules de paiement, le back-office, la solution de fidelite et les outils de facturation.

En cas de controle, il faut identifier et documenter chaque point d’encaissement. Une chaine de restaurants, un salon avec plusieurs etablissements ou une boutique avec vente en ligne ne doit pas produire une attestation qui ne couvre qu’une partie du dispositif.

Le cabinet peut intervenir pour auditer le dossier contractuel, cadrer la reponse a l’administration, mettre en demeure l’editeur et, si necessaire, engager une action pour obtenir indemnisation.

Les erreurs a eviter

La premiere erreur consiste a attendre le controle pour demander l’attestation. La deuxieme est de croire qu’une mention « logiciel conforme » sur un site internet suffit. La troisieme est de ne pas verifier les versions apres une mise a jour.

Il faut egalement eviter de confondre certification technique et responsabilite juridique. Un editeur peut avoir une certification pour une version donnee, mais l’entreprise doit pouvoir montrer que la version qu’elle utilise correspond bien a celle couverte.

Enfin, il ne faut pas laisser le prestataire controler seul le recit du litige. Si l’editeur promet de « regler le probleme », demandez une date, un document et une confirmation ecrite. Sans cela, vous risquez de perdre le delai utile pour repondre a l’administration.

Sources officielles utiles

  • Article 286 du Code general des impots : obligation d’utiliser un logiciel ou systeme de caisse satisfaisant aux conditions legales d’inalterabilite, de securisation, de conservation et d’archivage.
  • Article 1770 duodecies du Code general des impots : amende de 7 500 euros par logiciel ou systeme de caisse concerne et delai de mise en conformite.
  • Article L. 80 O du Livre des procedures fiscales : controle de la detention de l’attestation ou du certificat.
  • BOFiP : commentaires administratifs sur l’obligation d’utilisation de logiciels ou systemes de caisse certifies.
  • Entreprendre Service Public : retablissement de l’utilisation des logiciels de caisse auto-certifies en 2026.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».