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Maître Reda KOHEN
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Logement trop chaud pendant la canicule : quels recours contre le bailleur ?

La canicule transforme certains logements en pièces inhabitables.

Le locataire dort mal, ne peut plus télétravailler, garde les volets fermés toute la journée, multiplie les ventilateurs et se demande s’il peut exiger une climatisation, des travaux ou une baisse de loyer.

Le bailleur, lui, reçoit parfois une demande brutale : installer un équipement, autoriser des travaux, réduire le loyer ou prendre en charge une partie des frais.

La réponse juridique est plus nuancée.

En l’état du droit, il n’existe pas de température maximale générale au-delà de laquelle un logement deviendrait automatiquement illégal. Un appartement à 30 degrés n’est donc pas, par ce seul chiffre, un logement indécent.

Mais cela ne signifie pas que le bailleur ne doit rien faire. Si la chaleur révèle un défaut du logement, un défaut d’aération, une mauvaise ventilation, des équipements défectueux, une absence de protection prévue au bail ou une performance énergétique incompatible avec les seuils légaux, le locataire peut agir.

La question n’est pas seulement : « fait-il trop chaud ? »

La vraie question est : « qu’est-ce qui, dans le logement, rend cette chaleur anormale, durable et juridiquement imputable au bailleur ? »

Le bailleur doit délivrer un logement décent et utilisable

L’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 impose au bailleur de remettre au locataire un logement décent, sans risque manifeste pour la sécurité physique ou la santé, doté des éléments le rendant conforme à l’usage d’habitation.

Le même texte oblige aussi le bailleur à assurer au locataire la jouissance paisible du logement, à entretenir les locaux et à faire les réparations nécessaires, autres que locatives.

Source officielle : article 6 de la loi du 6 juillet 1989 sur Légifrance.

Le décret du 30 janvier 2002 sur le logement décent reste également central. Il impose notamment que le logement protège contre les infiltrations d’air parasites, permette une aération suffisante et comporte des dispositifs d’ouverture et de ventilation adaptés à un usage normal d’habitation.

Source officielle : décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 sur Légifrance.

En pratique, la chaleur seule ne suffit donc pas toujours.

En revanche, un logement sous combles sans isolation minimale, avec fenêtres impossibles à ouvrir, volets bloqués, ventilation hors service, VMC inexistante alors qu’elle est prévue, infiltrations d’air, humidité ou impossibilité d’aérer peut poser un vrai problème de décence ou de jouissance paisible.

La Cour de cassation a rappelé le 4 juin 2026 que l’obligation de délivrer un logement décent est une obligation continue pendant toute la durée du bail.

Elle juge précisément que :

« L’obligation de délivrance d’un logement décent, continue, est exigible pendant toute la durée du bail. »

Et elle ajoute que le locataire peut poursuivre l’exécution forcée en nature de cette obligation tant que le manquement perdure, ainsi que demander réparation des conséquences dommageables sur les trois années précédant sa demande en justice.

Source : Cass. 3e civ., 4 juin 2026, n° 24-11.437, publié au Bulletin.

Cette décision est importante pour les logements devenus difficilement vivables en été. Elle ne crée pas un seuil de chaleur automatique. Elle confirme en revanche que le locataire n’est pas enfermé dans une simple réclamation amiable si le manquement du bailleur dure.

Peut-on imposer une climatisation au propriétaire ?

En principe, non.

Le bailleur n’est pas automatiquement tenu d’installer une climatisation parce que le logement devient chaud pendant un épisode de canicule.

Une climatisation modifie souvent le logement ou la façade. En copropriété, elle peut nécessiter une autorisation du bailleur et parfois de l’assemblée générale, surtout si le groupe extérieur modifie l’aspect de l’immeuble ou crée une nuisance sonore.

Sur ce point, l’autorisation d’installer une climatisation en location suit une logique distincte : elle dépend du bail, de la nature des travaux, du règlement de copropriété et de l’impact sur les parties communes. Nous avons traité ce point séparément dans cet article : installer une climatisation en location pendant la canicule.

Mais le bailleur ne peut pas se réfugier derrière cette règle pour ignorer tout problème.

Si la chaleur est aggravée par un défaut objectif du logement, le locataire peut demander autre chose qu’une climatisation : réparation des volets, remise en état de la ventilation, correction d’une VMC défectueuse, intervention sur des fenêtres bloquées, traitement d’un défaut d’isolation lorsque le logement ne respecte plus les seuils légaux, ou réalisation de travaux permettant un usage normal du bien.

La demande doit donc être formulée avec précision.

Lorsque la chaleur s’ajoute à d’autres désordres locatifs, la stratégie doit être replacée dans le cadre plus large des troubles de jouissance locative à Paris et en Île-de-France.

Il ne faut pas seulement écrire : « il fait trop chaud ».

Il faut écrire : « la fenêtre de la chambre ne s’ouvre plus », « les volets ne ferment pas », « la VMC ne fonctionne pas », « le logement est classé G », « la température intérieure reste supérieure à 31 degrés la nuit malgré une aération normale », « le bail mentionne un équipement qui ne fonctionne pas ».

Peut-on arrêter de payer le loyer ?

Le locataire ne doit pas décider seul d’arrêter de payer.

C’est l’erreur la plus risquée.

Même lorsque le logement est dégradé, le loyer reste dû tant qu’aucune décision de justice n’autorise une consignation, une suspension ou une réduction.

Un arrêt unilatéral du paiement expose le locataire à un commandement de payer, puis à une procédure de résiliation du bail et d’expulsion.

La bonne méthode consiste à mettre le bailleur en demeure, à conserver les preuves, puis à saisir le juge si le bailleur ne réagit pas.

Le juge peut ordonner des travaux. Il peut aussi indemniser un trouble de jouissance. Dans certains cas, il peut tenir compte de l’état du logement pour limiter ou compenser les sommes dues, mais cette appréciation ne doit pas être improvisée par le locataire.

La Cour de cassation a rappelé le 13 juin 2024 que :

« Le juge, qui constate l’existence de troubles de jouissance subis par un locataire, apprécie souverainement les mesures propres à les faire cesser en faisant injonction à leur auteur de procéder à des travaux. »

Source : Cass. 3e civ., 13 juin 2024, n° 22-21.250, publié au Bulletin.

L’intérêt de cette décision est pratique. Le juge ne se limite pas à constater le trouble. Il peut imposer une mesure utile pour le faire cesser.

Quelles preuves réunir quand le logement devient invivable ?

Le dossier doit montrer un problème durable, objectivable et rattaché au logement.

Le locataire doit d’abord relever les températures à heures fixes, idéalement matin, après-midi et nuit, pendant plusieurs jours. Les relevés doivent être datés, photographiés et conservés.

Il faut ensuite documenter l’état du logement : fenêtres bloquées, volets absents ou cassés, ventilation défaillante, VMC en panne, absence d’aération, combles non isolés, équipement prévu au bail qui ne fonctionne plus, traces d’humidité ou défaut d’étanchéité.

Les échanges avec le bailleur sont aussi essentiels. Un message oral ne suffit pas. Il faut écrire, décrire le problème, demander une intervention et fixer un délai raisonnable.

Lorsque l’état de santé est en cause, un certificat médical peut avoir un poids réel, à condition de rester factuel. Il ne doit pas seulement évoquer une gêne. Il doit, si possible, relier les symptômes ou les risques à l’exposition répétée à une chaleur excessive dans le logement.

Enfin, un constat de commissaire de justice ou un rapport technique peut devenir utile si le bailleur conteste tout. Ce coût doit être apprécié au regard de l’enjeu : travaux nécessaires, demande indemnitaire, congé, impayé, procédure d’expulsion ou litige déjà ouvert.

Que demander au bailleur ?

La demande doit viser une action concrète.

Le locataire peut demander la réparation d’un équipement existant, par exemple des volets ou une VMC.

Il peut demander l’autorisation d’un aménagement réversible, comme un film solaire non destructif ou un équipement mobile, si le bail ou la copropriété ne l’interdit pas.

Il peut demander des travaux lorsque le logement ne respecte pas les critères de décence ou lorsque le bailleur manque à son obligation d’entretien.

Il peut demander une indemnisation si la jouissance du logement a été diminuée pendant une période identifiable.

Il peut aussi demander au juge d’ordonner les travaux sous astreinte lorsque le bailleur reste inactif.

En revanche, il faut éviter les demandes vagues : « faites quelque chose », « installez une climatisation », « baissez le loyer ».

Une mise en demeure utile ressemble plutôt à ceci : le locataire décrit les faits, liste les équipements défectueux, rappelle les textes applicables, demande une intervention précise et annonce qu’à défaut il saisira le juge pour obtenir les travaux et l’indemnisation du trouble de jouissance.

Paris et Île-de-France : pourquoi le sujet est plus sensible

À Paris et en petite couronne, beaucoup de logements sont situés sous les toits, dans des immeubles anciens, avec des contraintes de copropriété fortes.

La chaleur peut y devenir difficile à supporter, mais les solutions techniques sont rarement simples. Installer un groupe extérieur de climatisation peut être interdit ou soumis à autorisation. Modifier des fenêtres ou des volets peut toucher à l’aspect de l’immeuble. Intervenir sur une ventilation collective peut relever du bailleur, du syndic ou de la copropriété.

Il faut donc identifier le bon responsable avant d’agir.

Si l’équipement défaillant est privatif et relève du bailleur, la demande doit être adressée au bailleur ou à son mandataire.

Si le problème vient d’une partie commune, d’une ventilation collective ou d’une décision d’immeuble, il faut articuler la demande avec le syndic, sans perdre de vue que le bailleur reste l’interlocuteur contractuel du locataire.

Si le logement est classé F ou G, il faut aussi vérifier les règles applicables au DPE, au gel du loyer et aux échéances de décence énergétique. Le sujet est distinct de la canicule, mais il peut renforcer le dossier lorsque le logement est à la fois froid l’hiver et invivable l’été. Sur ce point, voir notre analyse sur les recours lorsque le bailleur promet des travaux DPE sans les réaliser.

La marche à suivre en pratique

Le premier réflexe consiste à documenter le problème avant d’écrire.

Prenez des relevés de température. Photographiez les équipements défectueux. Gardez les échanges. Vérifiez le bail, l’état des lieux, le DPE et les diagnostics remis à l’entrée dans les lieux.

Le deuxième réflexe consiste à écrire au bailleur ou à l’agence.

Le courrier doit rester sobre. Il faut expliquer le problème, demander les réparations ou travaux nécessaires et fixer un délai. Il faut éviter les menaces excessives et les demandes juridiquement fragiles.

Le troisième réflexe consiste à ne pas arrêter seul le paiement du loyer.

Si le bailleur ne répond pas, il faut envisager une mise en demeure formelle, une tentative de résolution amiable, puis une saisine du juge des contentieux de la protection selon l’urgence et les preuves disponibles.

Le quatrième réflexe consiste à calibrer la demande.

Un simple inconfort ponctuel ne justifie pas la même action qu’un logement sous les toits, sans ventilation fonctionnelle, avec volets cassés, températures nocturnes anormales et bailleur resté silencieux malgré plusieurs relances.

Ce qu’il faut retenir

Un logement trop chaud pendant la canicule ne donne pas automatiquement droit à une climatisation ou à une baisse de loyer.

En revanche, si la chaleur révèle un défaut de décence, un défaut d’entretien, une ventilation défaillante, un équipement non réparé ou une atteinte durable à la jouissance paisible, le locataire peut demander des travaux et une indemnisation.

La décision de la Cour de cassation du 4 juin 2026 renforce l’intérêt d’agir lorsque le manquement dure : l’obligation de délivrance d’un logement décent reste exigible pendant toute la durée du bail.

Le dossier se gagne rarement sur une phrase. Il se construit avec des preuves.

Températures. Photos. Bail. DPE. Diagnostics. Courriers. Relances. Constat si nécessaire.

C’est cette méthode qui permet de transformer une sensation de logement invivable en demande juridiquement exploitable.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».