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Bail commercial : que faire si le bailleur refuse le paiement mensuel du loyer ?

Depuis le 28 mai 2026, la réforme de simplification de la vie économique change un point très concret pour de nombreux commerçants, artisans et prestataires de services : le locataire peut demander à payer son loyer de bail commercial tous les mois. Le sujet est immédiat, car beaucoup de baux prévoient encore un paiement trimestriel d’avance, parfois avec un dépôt de garantie ou une garantie bancaire calculés sur plusieurs mois.

Le problème pratique apparaît vite : le locataire demande la mensualisation, mais le bailleur répond que le contrat prévoit un trimestre d’avance, que la clause reste applicable, ou qu’il faut signer un avenant. Dans certains dossiers, le refus est plus brutal : relance, commandement, menace de clause résolutoire ou blocage sur le dépôt de garantie.

La réponse ne consiste pas à cesser de payer. Il faut sécuriser la demande, conserver la preuve de sa date, vérifier l’existence d’arriérés non contestés, puis organiser le paiement mensuel sans créer un impayé artificiel. Un refus du bailleur peut être contesté, mais le locataire doit éviter de transformer une règle protectrice en incident de paiement.

Ce que la loi du 26 mai 2026 a changé

La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique a introduit plusieurs mesures relatives aux locaux commerciaux. Le Gouvernement a ensuite présenté, dans une fiche publiée le 2 juin 2026, les effets pratiques de cette réforme pour les entreprises.

Selon cette présentation officielle, depuis le 28 mai 2026, le locataire d’un local commercial, artisanal ou de services peut demander le paiement mensuel du loyer, y compris pour un bail déjà en cours. Le bailleur ne peut pas s’y opposer et une clause contraire ne doit pas faire obstacle à cette demande.

La règle comporte toutefois un point de vigilance majeur : elle est présentée comme exclue lorsque le locataire a des arriérés de paiement non contestés. Autrement dit, un locataire qui doit déjà des loyers dont le montant n’est pas sérieusement discuté ne doit pas traiter la mensualisation comme un effacement du retard. Dans ce cas, il faut d’abord clarifier la dette, négocier un échéancier ou contester précisément ce qui doit l’être.

La même réforme encadre aussi, pour les baux conclus ou renouvelés à partir du 26 mai 2026, le montant cumulé du dépôt de garantie et des garanties exigées lorsque le local bénéficie du droit à mensualisation. Elle prévoit également des délais de restitution des garanties après la remise des clés pour certains baux, avec une entrée en vigueur différée pour ces points.

Le bailleur peut-il opposer la clause de paiement trimestriel ?

En pratique, beaucoup de baux commerciaux prévoient un loyer payable par trimestre et d’avance. Cette clause n’a pas disparu du contrat, mais elle doit être articulée avec la règle nouvelle.

Si le locataire entre dans le champ de la réforme et n’a pas d’arriérés non contestés, le bailleur ne devrait pas pouvoir refuser la mensualisation en invoquant seulement la clause initiale. Il ne devrait pas non plus exiger un avenant comme condition préalable lorsque la demande du locataire est claire et prouvée.

Cela ne signifie pas que le locataire peut modifier tous les autres paramètres du bail. La mensualisation concerne le rythme de paiement du loyer. Elle ne règle pas, à elle seule, les charges, taxes, régularisations, intérêts, indexations, modalités de facturation ou garanties. Ces points doivent être relus séparément.

La difficulté vient souvent du calendrier. La fiche Bercy indique que la mensualisation prend effet à compter de la prochaine échéance de paiement prévue par le bail. Il faut donc identifier précisément la date de l’échéance suivante. Une demande envoyée trop tard, sans preuve de réception, peut créer une discussion inutile sur le premier mois concerné.

Comment faire la demande de mensualisation sans fragiliser son dossier

La demande doit être simple, écrite et datée. Il est préférable de l’envoyer par lettre recommandée avec accusé de réception, ou par un mode contractuellement prévu qui permet de prouver la réception. Un courriel seul peut suffire dans certaines relations établies, mais il laisse davantage de place à la contestation si le bailleur nie l’avoir reçu ou prétend qu’il ne valait pas notification.

Le courrier doit identifier le bail, le local, la clause de loyer concernée, l’échéance à partir de laquelle le locataire demande le paiement mensuel, et la position du locataire sur l’absence d’arriérés non contestés. Il est utile de joindre un relevé interne des paiements déjà effectués, surtout si le bailleur a récemment adressé une relance.

Le locataire doit aussi préparer le paiement. S’il estime que la mensualisation commence à la prochaine échéance, il doit régler le premier mois à cette date et conserver la preuve du virement. Le libellé du virement peut mentionner le mois concerné, le local et le bail, afin d’éviter que le bailleur l’impute à une autre dette.

Il faut éviter trois erreurs fréquentes.

La première consiste à payer seulement un mois sans avoir envoyé de demande formelle. Le bailleur peut alors soutenir qu’il s’agit d’un paiement partiel, non d’une mensualisation demandée régulièrement.

La deuxième consiste à retenir une somme litigieuse sans explication. Si le locataire conteste des charges, une indexation ou une régularisation, il doit l’écrire clairement et distinguer le loyer courant des sommes contestées.

La troisième consiste à annoncer que toutes les garanties doivent être restituées immédiatement. L’encadrement des garanties dépend notamment de la date de conclusion ou de renouvellement du bail et de l’entrée en vigueur de certaines dispositions. La restitution ne se traite pas de la même manière que la mensualisation du loyer.

Que répondre à un refus du bailleur ?

Le refus du bailleur doit d’abord être qualifié. Il peut s’agir d’un simple désaccord, d’une demande d’avenant, d’une relance automatisée, d’une facture trimestrielle maintenue par l’administrateur de biens, ou d’une menace de résiliation.

Si le bailleur affirme que le bail prévoit un paiement trimestriel, il faut répondre que la demande est fondée sur la loi nouvelle et que la clause contractuelle ne peut pas, en elle-même, empêcher l’exercice du droit à mensualisation lorsque ses conditions sont réunies.

Si le bailleur invoque des arriérés, il faut demander le détail exact des sommes prétendument dues : période, échéance, principal, charges, taxe foncière, indexation, frais, intérêts. Le locataire doit ensuite distinguer les sommes reconnues, les sommes contestées et les sommes déjà réglées. Un arriéré non contesté peut bloquer ou fragiliser la demande ; un solde contesté de bonne foi doit être documenté.

Si le bailleur exige un avenant payant ou conditionne la mensualisation à une contrepartie, la réponse doit rester ferme. La demande ne doit pas devenir l’occasion d’imposer une augmentation de garantie, une renonciation à recours ou une modification défavorable du bail.

Si le bailleur adresse un commandement visant la clause résolutoire, il ne faut pas attendre. Le locataire doit réunir le bail, la demande de mensualisation, les preuves de paiement, les factures, les relances et les échanges. Selon l’urgence, il peut être nécessaire de saisir le juge afin de contester le commandement, demander des délais, faire constater la bonne foi du locataire et éviter la résiliation du bail.

Faut-il saisir le juge ou tenter une négociation ?

Dans beaucoup de dossiers, une mise au point écrite suffit. Le bailleur ou son gestionnaire corrige le rythme de facturation après réception d’un courrier précis et documenté. Cette solution est préférable lorsque l’activité commerciale doit continuer et que les relations restent utiles.

La négociation reste également pertinente lorsqu’il existe un passif locatif. Le locataire peut proposer un échéancier sur les arriérés reconnus, tout en demandant que le loyer courant soit désormais mensualisé. Cette distinction est essentielle : elle évite de mélanger la dette ancienne avec le paiement normal du bail.

La voie judiciaire devient plus sérieuse lorsque le bailleur maintient une facturation trimestrielle comme si aucune demande n’avait été faite, impute les paiements mensuels comme des paiements partiels fautifs, menace d’activer la clause résolutoire, refuse de discuter d’un solde contesté, ou exige une contrepartie non prévue par la loi.

Le juge peut être saisi dans un cadre adapté à l’urgence et à la nature du litige. Le choix entre référé, contestation d’un commandement, demande de délais ou action au fond dépend du bail, des sommes en jeu, de la date de la demande et du comportement des parties. Une analyse trop rapide peut coûter cher, car le bail commercial est souvent l’actif principal de l’entreprise.

Les pièces à préparer avant d’écrire au bailleur

Avant toute démarche, le locataire doit réunir une copie complète du bail commercial et de ses avenants, les dernières quittances ou appels de loyers, le décompte des charges, les preuves de virements, les éventuelles relances, la dernière indexation, les courriers du bailleur et le relevé des sommes contestées.

Il faut aussi vérifier la destination du local. La réforme vise les locaux commerciaux, artisanaux ou de services. Certains montages peuvent être plus complexes : bail professionnel, convention précaire, sous-location, bail mixte, local dans un centre commercial, mandat de gestion, franchise avec occupation liée au contrat commercial. Dans ces hypothèses, le champ exact de la règle doit être vérifié avant d’envoyer une lettre trop catégorique.

La date est déterminante. Pour la mensualisation, le point pratique est la prochaine échéance prévue au bail après la demande. Pour le dépôt de garantie, les garanties et leur restitution, la date de conclusion, de renouvellement ou de remise des clés peut changer l’analyse. Il ne faut donc pas appliquer mécaniquement une règle unique à tout le contrat.

Paris et Île-de-France : pourquoi agir vite

À Paris et en Île-de-France, le loyer commercial représente souvent une charge fixe décisive. Un trimestre d’avance peut créer une tension de trésorerie importante, notamment pour les restaurants, boutiques, cabinets, ateliers, agences et prestataires de services soumis à des variations saisonnières.

La mensualisation peut donc être un outil utile pour préserver la trésorerie sans rompre le bail. Mais elle doit être présentée proprement, surtout lorsque le local se situe dans une zone très demandée ou que le bailleur cherche déjà un motif de pression. Un courrier imprécis peut alimenter un contentieux ; un courrier bien construit peut au contraire sécuriser la relation.

Pour les entreprises parisiennes, il est également important de coordonner la demande avec la comptabilité, la banque et les éventuels garants. Lorsque le bail prévoit une caution personnelle du dirigeant, une garantie autonome ou un dépôt de garantie important, la discussion sur le rythme du loyer peut avoir des conséquences directes sur le risque personnel du dirigeant.

Modèle de raisonnement avant d’envoyer la lettre

La bonne méthode tient en cinq questions.

Le bail est-il bien un bail commercial, artisanal ou de services entrant dans le champ de la réforme ? Le locataire a-t-il des arriérés non contestés ? La demande est-elle écrite, datée et prouvable ? La première échéance mensuelle est-elle calculée à partir de la prochaine date de paiement prévue au bail ? Le locataire est-il prêt à payer le mois concerné à l’échéance, avec une preuve claire ?

Si la réponse est positive, le locataire peut demander la mensualisation de façon ferme. Si une réponse est incertaine, il faut corriger le dossier avant d’envoyer le courrier : solder ou contester précisément les arriérés, clarifier les charges, identifier la bonne échéance, vérifier les avenants et documenter les paiements.

Pour aller plus loin sur les litiges de bail commercial, le cabinet présente aussi son intervention en baux commerciaux à Paris et en droit des affaires.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».