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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Créer une SAS : pièges juridiques, statuts et responsabilité du dirigeant en 2026

La société par actions simplifiée (SAS) est devenue en vingt ans la forme sociale la plus choisie par les entrepreneurs français. Sa souplesse statutaire attire : pas de capital minimum, liberté dans la répartition des pouvoirs, possibilité de créer des catégories d’actions. Pourtant, cette apparente simplicité dissimule des risques juridiques. De nombreux dirigeants les découvrent trop tard, lorsqu’une difficulté économique ou un conflit entre associés met à l’épreuve des statuts rédigés à la hâte. Le tribunal des activités économiques de Nanterre a ainsi condamné en mars 2025 le président d’une SAS. Il a été jugé redevable de 400 000 euros au liquidateur judiciaire, assorti d’une faillite personnelle de dix ans. La création d’une SAS mérite donc une attention rigoureuse dès la rédaction des statuts.

La constitution de la SAS : liberté contractuelle et limites légales

L’article L. 227-1 du code de commerce prévoit qu’« une société par actions simplifiée peut être instituée par une ou plusieurs personnes qui ne supportent les pertes qu’à concurrence de leur apport » (texte officiel). Cette définition pose le principe de la responsabilité limitée des associés, qui constitue l’attrait principal de la forme.

Toutefois, cette liberté n’est pas absolue. La rédaction des statuts conditionne la sécurité juridique de l’entreprise et de ses associés, comme le détaille notre analyse du droit des sociétés et de la gouvernance corporate à Paris. L’article L. 210-2 du même code impose que les statuts contiennent des mentions obligatoires. Il s’agit de la dénomination sociale, de l’objet, du siège, du capital social, de la durée, des modalités de fonctionnement et des conditions de cession des actions (texte officiel). L’omission de l’une de ces mentions expose la société à une nullité pour cause d’illégalité de l’objet ou d’indétermination du capital.

La Cour d’appel de Paris a rappelé dans un arrêt du 5 décembre 2024 que le président de SAS détient des pouvoirs étendus (CA Paris, 5 décembre 2024, n° 21/05851, décision), motifs : « L’article L. 227-6 du code de commerce dispose que la SAS ‘est représentée à l’égard des tiers par un président désigné dans les conditions prévues par les statuts. Le président est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société dans la limite de l’objet social’ ».

Le capital social et la libération des apports : un premier piège

Contrairement à la SARL, la SAS n’impose aucun capital minimum. Cette absence de seuil incite parfois les fondateurs à constituer une société avec un capital symbolique de quelques centaines d’euros. Ce choix est juridiquement possible mais financièrement imprudent.

L’article L. 225-2 du code de commerce dispose que « les actions de numéraire doivent être libérées, lors de la souscription, d’un quart au moins de leur valeur nominale » (texte officiel). Le reliquat doit être libéré dans un délai de cinq ans à compter de l’immatriculation de la société au registre du commerce et des sociétés. Un défaut de libération expose l’actionnaire à des poursuites pour exigibilité anticipée de la totalité de ses actions et à des intérêts de retard.

Plus fondamentalement, un capital insuffisant constitue un facteur d’insuffisance d’actif en cas de liquidation judiciaire. Le dirigeant qui a maintenu l’activité avec un capital dérisoire alors que les besoins de financement étaient connus encourt une responsabilité personnelle pour faute de gestion.

Les conventions entre la SAS et son dirigeant : le risque d’inopposabilité

La SAS offre une grande liberté dans la rémunération et les relations contractuelles avec ses dirigeants. Cette souplesse génère pourtant un risque majeur : l’inopposabilité des conventions non réglementées.

L’article L. 227-7 du code de commerce dispose que « lorsqu’une personne morale est nommée président ou dirigeant d’une société par actions simplifiée, les dirigeants de ladite personne morale sont soumis aux mêmes conditions et obligations et encourent les mêmes responsabilités civiles et pénales que s’ils étaient dirigeants de la société par actions simplifiée en leur propre nom » (texte officiel). L’article L. 227-8 ajoute que les conventions entre la SAS et son président, ou les entreprises qu’il contrôle, doivent être soumises à l’autorisation préalable de l’assemblée générale.

La Cour d’appel de Paris a confirmé dans un arrêt du 28 mai 2025 que les conventions non approuvées produisent leurs effets (CA Paris, 28 mai 2025, n° 23/04325, décision), motifs : « les conventions non approuvées produisent néanmoins leurs effets, à charge pour la personne intéressée et éventuellement pour le président et les autres dirigeants d’en supporter les conséquences dommageables pour la société ». Dans cette affaire, une société qui présidait une SAS s’était facturé des prestations sans convention approuvée. La cour a condamné solidairement le dirigeant de cette personne morale à verser 213 599,10 euros à titre de dommages-intérêts pour facturation abusive, en application de l’article L. 227-7 du code de commerce.

Mise en garde : toute convention entre une SAS et son président — contrat de prestation, prêt, location — doit être préalablement autorisée par l’assemblée générale des associés. À défaut, le dirigeant supporte personnellement les conséquences dommageables.

La responsabilité personnelle du dirigeant : le risque d’insuffisance d’actif

Le dirigeant d’une SAS bénéficie de la responsabilité limitée de la personne morale. Cette protection cesse lorsque la liquidation judiciaire révèle une insuffisance d’actif imputable à une faute de gestion.

L’article L. 651-2 du code de commerce dispose que « lorsque la liquidation judiciaire d’une personne morale fait apparaître une insuffisance d’actif, le tribunal peut, en cas de faute de gestion ayant contribué à cette insuffisance d’actif, décider que le montant de cette insuffisance d’actif sera supporté, en tout ou en partie, par les dirigeants de droit ou de fait… Toutefois, en cas de simple négligence du dirigeant de droit ou de fait dans la gestion de la société, sa responsabilité au titre de l’insuffisance d’actif ne peut être engagée » (texte officiel).

Le tribunal des activités économiques de Nanterre a illustré cette sanction dans un jugement du 28 mars 2025. La SAS SEA PEARL, constituée en 2017 avec un capital de 445 000 euros, avait été placée en liquidation judiciaire. Le liquidateur a engagé une action en responsabilité pour insuffisance d’actif contre le président de la société holding actionnaire. Le tribunal a retenu à l’encontre du dirigeant (TAE Nanterre, 28 mars 2025, n° 2024L02571, décision), motifs : « a poursuivi l’activité alors que la société ne payait plus la TVA depuis 2017 pour un montant de 129 524 euros ni l’impôt sur les sociétés ». Il l’a condamné à payer 400 000 euros au liquidateur, assorti d’une faillite personnelle de dix ans.

Checklist : sept pièges à éviter lors de la création d’une SAS

N° Risque Solution pratique
1 Capital symbolique Affecter un capital proportionné aux besoins de trésorerie prévisionnels
2 Apports non libérés Vérifier la libération du quart minimum à la constitution et programmer l’appel du solde
3 Absence de pacte d’actionnaires Rédiger un pacte distinct des statuts pour les relations entre associés
4 Président omnipotent Prévoir dans les statuts des clauses de limitation de pouvoir et de révocation
5 Conventions orales Soumettre par écrit toute convention avec le président à l’assemblée générale
6 Assemblée générale irrégulière Respecter les délais de convocation et les quorum prévus par les statuts
7 Absence de suivi comptable Tenir une comptabilité régulière dès le premier exercice pour justifier de la solvabilité

Créer une SAS à Paris et en Île-de-France : spécificités locales

Le tribunal de commerce de Paris et le tribunal des activités économiques de Paris siègent au 1 rue de la Perle dans le 3e arrondissement. Le tribunal des activités économiques de Nanterre concentre une partie significative des contentieux sociétaires de la région Île-de-France. Il est compétent pour les affaires de plus de 5 millions d’euros et les procédures collectives complexes. Les créateurs parisiens peuvent consulter notre équipe d’avocats en droit des sociétés à Paris pour sécuriser leur projet dès la phase de constitution.

Les créateurs parisiens doivent prêter une attention particulière au choix du siège social. L’adresse détermine la compétence du tribunal de commerce en cas de litige social ou commercial. Le dépôt des statuts s’effectue auprès du greffe du tribunal de commerce compétent ou en ligne via le guichet électronique des formalités d’entreprise. Le délai moyen d’immatriculation au registre du commerce et des sociétés est actuellement de cinq à dix jours ouvrés pour les dossiers complets déposés par voie électronique.

Questions fréquentes

Faut-il un capital minimum pour créer une SAS ? Non. La loi n’impose aucun seuil. Un capital de 1 euro est juridiquement valable. Il est toutefois conseillé de constituer un capital reflétant les besoins prévisionnels de l’activité pour éviter le risque d’insuffisance d’actif.

Le président d’une SAS peut-il être une personne morale ? Oui. L’article L. 227-7 du code de commerce l’autorise expressément. Dans ce cas, les dirigeants de la personne morale présidente encourent les mêmes responsabilités civiles et pénales que s’ils étaient dirigeants en leur propre nom.

Qu’est-ce qu’une convention réglementée dans une SAS ? C’est toute convention entre la SAS et son président, ses dirigeants ou les entreprises qu’ils contrôlent. Elle doit être préalablement autorisée par l’assemblée générale des associés. À défaut, elle produit ses effets mais le dirigeant en supporte les conséquences dommageables.

La responsabilité du dirigeant d’une SAS est-elle limitée ? Oui, à concurrence de ses apports s’il est actionnaire. Toutefois, en cas de liquidation judiciaire, le dirigeant peut être condamné à supporter l’insuffisance d’actif s’il a commis une faute de gestion dépassant la simple négligence.

Peut-on rédiger seul les statuts d’une SAS ? Juridiquement oui. Pratiquement, la complexité des clauses relatives aux droits des associés, à la transmission des actions et aux conventions réglementées justifie le recours à un conseil juridique. Une erreur dans la rédaction des statuts peut entraîner des litiges coûteux entre associés ou avec les créanciers.

Quel délai pour libérer le capital d’une SAS ? Le quart minimum doit être libéré à la constitution. Le solde doit être libéré dans les cinq ans suivant l’immatriculation. Les statuts peuvent prévoir des modalités d’appel des fonds plus rapides.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».