Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Transformer une SARL en SAS : procédure, formalités et pièges à éviter en 2026

En 2026, la recherche « transformation SARL en SAS » cumule plus de sept cent vingt requêtes mensuelles en France. Ce volume traduit une tendance durable. De nombreux dirigeants souhaitent quitter la société à responsabilité limitée pour gagner en flexibilité statutaire, faciliter la cession de titres ou adapter la gouvernance à l’entrée de nouveaux associés. Pourtant, la procédure de transformation demeure l’une des modifications statutaires les plus techniques du droit des sociétés. Une erreur sur le quorum de l’assemblée, sur l’approbation du rapport du commissaire ou sur la publicité au greffe peut entraîner la nullité de l’opération. La réforme des nullités sociétaires entrée en vigueur le 1er octobre 2025 a par ailleurs durci les sanctions attachées aux irrégularités de forme. Le risque n’est pas théorique. En juin 2024, la chambre commerciale de la Cour de cassation a cassé un arrêt d’appel pour avoir sous-estimé l’exigence d’approbation expresse des associés. Ce guide expose les conditions, la chronologie des étapes et les erreurs à éviter pour sécuriser la transformation.

Pourquoi transformer une SARL en SAS

La société par actions simplifiée offre une liberté statutaire bien plus grande que la SARL. Les statuts peuvent prévoir des clauses d’agrément personnalisées, des droits de vote différenciés ou des mécanismes de sortie adaptés aux stratégies des associés. La cession d’actions est en principe libre, sauf clause contraire, ce qui facilite l’entrée au capital de collaborateurs ou d’investisseurs. Le dirigeant de SAS bénéficie en outre du régime social des salariés. Sa couverture chômage et retraite est généralement plus protectrice que celle du gérant de SARL affilié au régime des travailleurs non salariés. Le passage en SAS peut aussi correspondre à une phase de croissance. Le capital est divisé en actions, les titres sont plus liquides et la gouvernance se rapproche des standards attendus par les fonds d’investissement. Ces avantages expliquent que la transformation ne se limite pas aux grandes structures. Elle concerne également les SARL à deux ou trois associés qui anticipent une évolution patrimoniale ou une reprise par des tiers.

Les conditions préalables à la transformation

L’unanimité des associés

L’article L. 227-3 du Code de commerce pose une règle impérative.

Article L. 227-3 du Code de commerce (texte officiel) : « La décision de transformation en société par actions simplifiée est prise à l’unanimité des associés. »

Cette exigence dépasse la majorité des trois quarts habituellement requise pour les modifications statutaires en SARL. Un seul associé opposé bloque l’opération. Ce principe a été confirmé par la Cour de cassation dans son arrêt du 15 novembre 2024. La chambre commerciale a rappelé que les attributions dévolues à l’assemblée générale extraordinaire des sociétés anonymes s’appliquent à la SAS. Ces attributions concernent notamment la transformation. Elles s’exercent dans les conditions prévues par les statuts, sans pouvoir toutefois déroger aux dispositions impératives.

Cass. com., 15 novembre 2024, n° 23-16.670 (décision), motifs : « Selon le dernier, les statuts de la société par actions simplifiée déterminent les décisions qui doivent être prises collectivement par les associés dans les formes et conditions qu’ils prévoient. Toutefois, les attributions dévolues aux assemblées générales extraordinaires et ordinaires des sociétés anonymes, en matière de transformation en une société d’une autre forme, sont, dans les conditions prévues par les statuts, exercées collectivement par les associés. »

En pratique, le refus répété d’un associé minoritaire peut verrouiller la société pendant des années. Le tribunal de commerce de Rennes a été saisi en juillet 2025 d’une demande de nomination d’un mandataire ad hoc dans ce contexte précis. L’associé majoritaire estimait que le refus systématique de son cofondateur de voter la transformation SARL en SAS constituait un abus de minorité.

TC Rennes, 30 juillet 2025, n° RG 2025R00065 (décision), motifs : « La société JL INVEST soutient que les positions prises par Monsieur [L] [X], refusant à plusieurs reprises lors des assemblées générales extraordinaires de voter la transformation de la société JL FINANCES de la forme de SARL en SAS, sont constitutives d’un abus de minorité car elles contreviennent à l’intérêt social, elles empêchent le développement de la société et l’ouverture du capital à d’autres associés. »

Le juge des référés a rejeté la demande en l’état, mais la décision illustre les tensions que peut générer le seuil de l’unanimité. La seule issue en cas de blocage durable reste la négociation d’un rachat de parts ou, à défaut, la dissolution suivie d’une création ex nihilo de SAS.

Le rapport du commissaire à la transformation

L’article L. 224-3 du Code de commerce encadre strictement l’intervention du commissaire.

Article L. 224-3 du Code de commerce (texte officiel) : « Lorsqu’une société de quelque forme que ce soit qui n’a pas de commissaire aux comptes se transforme en société par actions, un ou plusieurs commissaires à la transformation […] sont désignés […] par décision de justice à la demande des dirigeants sociaux ou de l’un d’eux. […] A défaut d’approbation expresse des associés, mentionnée au procès-verbal, la transformation effectuée en violation du présent article peut être annulée. »

Le commissaire apprécie la valeur des biens composant l’actif social et atteste que les capitaux propres sont au moins égaux au capital social. Son rapport est tenu à la disposition des associés. L’alinéa final du même article sanctionne toute défaillance.

Cette exigence d’approbation expresse a fait l’objet d’un revirement jurisprudentiel majeur. Par un arrêt du 19 juin 2024, la chambre commerciale a cassé un arrêt qui avait retenu que la seule lecture du rapport en assemblée suffisait. La Cour a précisé que l’approbation devait être expressément mentionnée au procès-verbal, faute de quoi la transformation est nulle.

Cass. com., 19 juin 2024, n° 22-19.624 (décision), motifs : « Il résulte de la combinaison de ces textes que si les associés d’une société à responsabilité limitée peuvent, par une résolution unique, décider la transformation de cette société en société anonyme et approuver le rapport sur la valeur des biens composant l’actif social et sur les avantages particuliers, cette approbation doit être expresse, à peine de nullité de la transformation. »

Les capitaux propres et la continuité de la personne morale

La transformation ne crée pas une personne morale nouvelle. Les contrats en cours, les autorisations administratives et les droits de propriété intellectuelle se poursuivent de plein droit. Cette continuité suppose néanmoins que la société ne soit pas en situation d’insolvabilité. Si les capitaux propres sont inférieurs au capital social, le commissaire à la transformation doit le signaler. L’assemblée peut alors décider une augmentation de capital préalable, une incorporation de réserves ou un abandon de compte courant d’associé. Ces opérations doivent elles-mêmes respecter les règles de majorité propres à la SARL. L’article L. 227-1 du Code de commerce complète ce cadre en renvoyant aux règles des sociétés anonymes pour tout ce qui concerne la SAS.

Article L. 227-1 du Code de commerce (texte officiel) : « Dans la mesure où elles sont compatibles avec les dispositions particulières prévues par le présent chapitre, les règles concernant les sociétés anonymes sont applicables à la société par actions simplifiée. »

La procédure de transformation étape par étape

La transformation obéit à une chronologie stricte. Le tableau ci-dessous récapitule les délais et les acteurs concernés à chaque phase.

Étape Action Délai indicatif Acteur responsable
1 Vérification des capitaux propres et préparation des comptes 2 à 4 semaines Gérant / expert-comptable
2 Requête en désignation du commissaire à la transformation 2 à 4 semaines Président du tribunal de commerce
3 Réception du rapport du commissaire 2 à 6 semaines Commissaire à la transformation
4 Convoquation de l’assemblée générale extraordinaire 15 jours minimum avant la date Gérant
5 Vote à l’unanimité et rédaction du PV d’AGE Jour J Associés réunis
6 Rédaction des nouveaux statuts de SAS Dans les jours suivant l’AGE Avocat / notaire
7 Publication de l’avis de modification dans un JAL Dans le mois suivant l’AGE Greffe / INPI
8 Dépôt du dossier au Guichet Unique de l’INPI Dans le mois suivant l’AGE Gérant / mandataire
9 Immatriculation modificative et réception du Kbis 1 à 3 semaines Greffe du tribunal de commerce

Cette checklist couvre les étapes indispensables. Néanmoins, chaque société présente des spécificités : clauses statutaires particulières, convention réglementée entre un gérant et la société, ou promesses de cession antérieures. Il est prudent de faire auditer les statuts avant de lancer la procédure. Pour approfondir le rôle et les honoraires du commissaire, vous pouvez consulter notre analyse sur le commissaire à la transformation SARL en SAS.

Les conséquences juridiques et fiscales de la transformation

La transformation SARL en SAS est fiscalement neutre si elle n’est pas assortie d’un changement d’objet social ou d’une réévaluation des apports. La société conserve son numéro SIREN, son identité fiscale et son affiliation aux organismes sociaux. Le principal changement concerne le régime social du dirigeant. Le gérant de SARL, affilié au régime des travailleurs non salariés, devient président de SAS assimilé salarié. Il cotise désormais au régime général de sécurité sociale et acquiert des droits au chômage. Cette bascule peut toutefois entraîner une hausse des charges sociales, notamment si la rémunération brute est élevée. La société doit également adapter sa comptabilité. Les comptes annuels de la SAS suivent le plan comptable général des sociétés commerciales, avec des obligations de présentation proches de celles de la SA. Enfin, les parts sociales sont converties en actions. Ce changement de nature juridique des titres implique de mettre à jour le registre des mouvements de titres. Il faut également notifier la transformation à la banque, aux fournisseurs et aux cocontractants. Certains contrats prévoient en effet une stipulation relative à la forme sociale.

Les pièges et erreurs fréquentes à éviter

Attention : La nullité de la transformation est encourue dès qu’une formalité substantielle est omise. La jurisprudence de la chambre commerciale du 19 juin 2024 a confirmé ce principe. L’absence d’approbation expresse du rapport du commissaire, mentionnée au procès-verbal, entraîne la nullité de plein droit. Il ne s’agit pas d’une simple irrégularité régularisable.

Plusieurs erreurs reviennent régulièrement dans la pratique. La première consiste à confondre la lecture du rapport du commissaire avec son approbation expresse. Le procès-verbal doit mentionner explicitement que les associés ont approuvé le rapport et l’évaluation des biens. La deuxième erreur porte sur la convocation de l’assemblée. En l’absence de clause statutaire spécifique, le délai de quinze jours entre la convocation et la tenue de l’assemblée générale extraordinaire est impératif. Une convocation trop brève expose la décision à une action en nullité. La troisième erreur concerne les formalités de publicité. L’avis de modification doit être publié dans un journal d’annonces légales du département du siège social dans le mois suivant l’assemblée. Le dépôt au greffe du tribunal de commerce est désormais effectué via le Guichet Unique de l’INPI. Il doit être accompagné du PV d’AGE, des nouveaux statuts, du rapport du commissaire et de l’attestation de parution. Un dossier incomplet retarde l’immatriculation modificative et la délivrance du nouveau Kbis.

Transformer une SARL en SAS à Paris et en Île-de-France

Le siège social de la société détermine le tribunal de commerce compétent pour la désignation du commissaire à la transformation. À Paris, la requête est déposée au greffe du tribunal de commerce de Paris. Le délai d’obtention de l’ordonnance de désignation varie de deux à quatre semaines selon la charge du greffe. Les coûts de la procédure comprennent les émoluments du commissaire, les frais de publication dans un journal d’annonces légales, et les frais de greffe liés au dépôt du dossier de modification. En Île-de-France, les greffes des tribunaux de commerce de Nanterre, Bobigny, Versailles ou Créteil suivent des procédures identiques, avec des délais légèrement plus courts en dehors de Paris intra-muros. Il est recommandé de constituer le dossier de transformation en amont de la clôture de l’exercice comptable, afin que le commissaire puisse s’appuyer sur des comptes certifiés et récents. Un avocat en droit des sociétés peut accompagner le dirigeant dans la préparation de l’assemblée, la rédaction des statuts de SAS et le suivi des formalités greffières. Le cabinet intervient régulièrement devant les juridictions parisiennes pour sécuriser ces opérations. Pour en savoir plus sur notre accompagnement en droit des sociétés, consultez notre page dédiée à l’avocat droit des sociétés à Paris.

Questions fréquentes

Un associé peut-il refuser la transformation SARL en SAS ?

Oui. L’article L. 227-3 du Code de commerce impose l’unanimité des associés. Un refus, même minoritaire, bloque la procédure. La seule issue est alors de négocier le rachat des parts du dissentient ou de dissoudre la SARL pour créer une nouvelle SAS.

Le commissaire à la transformation est-il toujours obligatoire ?

Oui, sauf si la SARL dispose déjà d’un commissaire aux comptes. L’article L. 224-3 du Code de commerce impose la désignation d’un commissaire à la transformation lorsqu’une société sans commissaire aux comptes se transforme en société par actions. Le commissaire est désigné par le président du tribunal de commerce sur requête.

Quel est le coût global d’une transformation SARL en SAS ?

Le coût comprend les honoraires du commissaire à la transformation, la publication de l’avis légal, les frais de greffe et, le cas échéant, les honoraires de l’avocat ou du notaire. En 2026, le budget total oscille généralement entre trois mille et huit mille euros hors taxe selon la complexité du dossier.

La transformation modifie-t-elle les contrats en cours ?

Non. La personne morale reste la même. Les contrats, les créances et les dettes se poursuivent de plein droit. Toutefois, il est prudent de notifier le changement de forme sociale aux partenaires commerciaux, à la banque et à l’administration fiscale.

Le dirigeant perd-il son statut de TNS en passant en SAS ?

Oui. Le président de SAS est assimilé salarié du régime général de sécurité sociale. Il acquiert des droits au chômage et à la retraite du régime général, mais ses charges sociales peuvent augmenter selon le niveau de sa rémunération.

La transformation peut-elle être annulée après immatriculation ?

La nullité peut être demandée tant que l’irrégularité substantielle n’a pas été couverte par la prescription. L’absence d’approbation expresse du rapport du commissaire ou le défaut d’unanimité constituent des vices de fond susceptibles d’entraîner l’annulation de la transformation, même plusieurs années après le dépôt au greffe.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier

La transformation d’une SARL en SAS engage la responsabilité du dirigeant et l’avenir de la société. Une erreur sur le quorum, le rapport du commissaire ou les formalités de publicité peut invalider l’opération et générer des contentieux entre associés.

Le cabinet Kohen Avocats accompagne les dirigeants à Paris et en Île-de-France dans la préparation, la rédaction et le suivi de la transformation de leurs sociétés. Nous auditons les statuts, préparons l’assemblée générale extraordinaire et sécurisons les démarches greffières.

Consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet.

📞 06 46 60 58 22

🌐 Prendre rendez-vous en ligne

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».