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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Assignation URSSAF en liquidation judiciaire : comment contester la cessation des paiements ?

Une assignation URSSAF en liquidation judiciaire ne signifie pas que l’entreprise est déjà condamnée. Elle signifie que l’URSSAF demande au tribunal d’ouvrir une procédure collective parce qu’elle estime que la dette sociale révèle une cessation des paiements et que le redressement serait impossible.

L’actualité judiciaire récente le rappelle. Dans un arrêt du 5 mai 2026, la cour d’appel de Versailles a infirmé un jugement qui avait ouvert une procédure collective à la demande de l’URSSAF. La société avait contesté une partie de la créance et justifiait d’une somme séquestrée sur le compte CARPA de son avocat. La cour a retenu que le passif exigible n’était pas supérieur à l’actif disponible et a dit n’y avoir lieu à procédure collective. La décision est consultable sur le site officiel de la Cour de cassation : CA Versailles, 5 mai 2026, n° 25/05608.

Le sujet est concret pour les dirigeants de TPE, PME, restaurants, commerces, sociétés de services et travailleurs indépendants. Une dette URSSAF peut être sérieuse. Elle peut justifier une réaction rapide. Mais elle ne suffit pas toujours à établir une liquidation judiciaire immédiate. Le tribunal doit vérifier les conditions légales.

Liquidation judiciaire : la dette URSSAF ne suffit pas toujours

La liquidation judiciaire suppose deux éléments. L’entreprise doit être en cessation des paiements. Son redressement doit aussi être manifestement impossible.

L’article L. 631-1 du Code de commerce définit la cessation des paiements par l’impossibilité de faire face au passif exigible avec l’actif disponible. L’article L. 640-1 du Code de commerce vise ensuite la liquidation judiciaire lorsque le redressement est manifestement impossible.

Ces deux conditions doivent être distinguées.

Une entreprise peut avoir une dette URSSAF et ne pas être en cessation des paiements si elle dispose d’une trésorerie disponible, d’un moratoire, d’une réserve de crédit utilisable, d’un accord de paiement ou d’un séquestre suffisant pour couvrir le passif immédiatement exigible. À l’inverse, une dette contestée, ancienne ou partiellement réglée ne se traite pas comme une dette certaine, liquide et immédiatement exigible.

La question posée au tribunal n’est donc pas seulement : « existe-t-il une dette URSSAF ? » La vraie question est : « au jour où le tribunal statue, l’entreprise peut-elle faire face à son passif exigible avec son actif disponible ? »

Qui peut demander l’ouverture de la liquidation judiciaire ?

L’entreprise peut déclarer elle-même sa cessation des paiements. Mais elle n’est pas la seule à pouvoir saisir le tribunal.

L’article L. 640-5 du Code de commerce permet l’ouverture de la liquidation judiciaire sur assignation d’un créancier, quelle que soit la nature de sa créance, sauf procédure de conciliation en cours. L’URSSAF peut donc agir comme créancier social.

En pratique, l’assignation vise souvent une dette de cotisations, majorations et pénalités. Elle peut demander la liquidation judiciaire à titre principal, et parfois le redressement judiciaire à titre subsidiaire. Le dirigeant doit alors éviter deux erreurs.

La première erreur consiste à ignorer l’assignation parce qu’un échéancier a été demandé ou parce que la dette est discutée avec l’URSSAF. Le tribunal suit sa propre procédure. Si l’entreprise ne comparaît pas et ne produit aucune pièce, elle laisse le créancier occuper tout le terrain.

La seconde erreur consiste à répondre uniquement sur le montant de la dette. Contester le montant peut être utile, mais ce n’est pas suffisant. Il faut traiter la cessation des paiements, l’actif disponible, le passif exigible et les perspectives de redressement.

Que vérifier dès la réception de l’assignation URSSAF ?

Le premier réflexe est de relever la date d’audience. Le délai peut être court. Il faut ensuite récupérer l’assignation complète, les pièces communiquées, le décompte URSSAF, les contraintes éventuelles, les mises en demeure, les échanges d’échéancier et les paiements déjà effectués.

Le deuxième réflexe est de reconstruire le passif exigible. Il ne faut pas mélanger toutes les dettes de l’entreprise. Le tribunal cherche à savoir ce qui est exigible immédiatement. Une dette contestée, une dette faisant l’objet d’un moratoire, une dette non échue ou une dette dont le montant est incertain peut appeler une discussion spécifique.

Le troisième réflexe est de documenter l’actif disponible. Comptes bancaires, caisse, créances clients encaissables à très court terme, facilité de caisse utilisable, financement déjà accordé, somme séquestrée, apport en compte courant immédiatement mobilisable : chaque élément doit être prouvé par une pièce datée.

Le quatrième réflexe est de montrer la capacité de redressement. Chiffre d’affaires récent, commandes signées, reprise d’activité, baisse des charges, accord avec un bailleur, plan d’apurement, nouveau financement, abandon ou étalement de dette : le tribunal ne se satisfait pas d’une promesse vague. Il faut des preuves.

Comment contester la cessation des paiements ?

La contestation doit être simple et chiffrée.

Il faut d’abord présenter un tableau en deux colonnes : passif exigible d’un côté, actif disponible de l’autre. Le juge doit comprendre immédiatement si la dette URSSAF absorbe toute la trésorerie ou si l’entreprise peut y faire face.

Il faut ensuite isoler les montants discutés. Si l’URSSAF réclame 60 000 euros mais que 25 000 euros correspondent à des majorations contestées, à une période déjà régularisée ou à une créance non définitivement établie, cela doit apparaître clairement. Les justificatifs doivent être annexés.

Il faut aussi traiter les paiements récents. Un virement effectué la veille de l’audience, une somme séquestrée ou un échéancier accepté ne produira son effet que si le juge en a la preuve. Une capture d’écran bancaire ne suffit pas toujours. Il faut, lorsque c’est possible, produire un relevé, un reçu, une attestation CARPA ou un accord écrit.

Enfin, il faut rappeler que l’état de cessation des paiements s’apprécie au jour où le tribunal statue. Une difficulté ancienne ne suffit pas si la situation a été régularisée avant l’audience. C’est l’un des enseignements pratiques des décisions récentes : le juge regarde la situation actuelle, pas seulement la photographie initiale du créancier.

Redressement plutôt que liquidation : quand l’entreprise peut encore être sauvée

Même si l’entreprise est en cessation des paiements, la liquidation judiciaire n’est pas automatique. Il faut encore que le redressement soit manifestement impossible.

Cette distinction est décisive. Une société qui a une dette URSSAF, mais qui conserve une activité, une clientèle, des commandes, des salariés, un bail exploitable et une trésorerie prévisionnelle cohérente peut demander l’ouverture d’un redressement judiciaire plutôt qu’une liquidation.

Le redressement judiciaire permet une période d’observation. Il peut offrir un temps pour vérifier l’activité, négocier le passif, organiser un plan et éviter l’arrêt immédiat. La liquidation met fin à l’activité ou organise sa réalisation. Ce n’est pas le même niveau de rupture pour le dirigeant, les salariés, les fournisseurs et les clients.

Le dossier doit donc contenir un prévisionnel sobre, les relevés bancaires, les factures clients, le carnet de commandes, les charges fixes, les contrats essentiels, les dettes sociales et fiscales, les dettes fournisseurs et les solutions déjà engagées. Le juge doit voir que l’entreprise n’est pas seulement en difficulté, mais qu’elle a encore une trajectoire possible.

Les pièces à préparer avant l’audience

Le dirigeant doit réunir un dossier court, lisible et daté. Les pièces utiles sont généralement les suivantes :

  • assignation URSSAF et bordereau de pièces ;
  • décompte URSSAF détaillé par période ;
  • mises en demeure, contraintes, recours ou contestations en cours ;
  • échanges relatifs à un échéancier ;
  • preuves de paiement déjà effectués ;
  • relevés bancaires récents ;
  • situation de trésorerie au jour de l’audience ;
  • liste des dettes exigibles et non exigibles ;
  • factures clients à encaisser rapidement ;
  • contrats, commandes ou devis acceptés ;
  • attestation de l’expert-comptable si elle est précise ;
  • justificatif d’un séquestre, d’un apport ou d’un financement ;
  • bail commercial et situation des loyers ;
  • derniers comptes annuels ou situation intermédiaire.

Un simple discours sur la volonté de continuer ne suffit pas. Le tribunal attend une démonstration comptable et juridique. Les pièces doivent répondre à une question : l’entreprise peut-elle payer ce qui est exigible maintenant, ou peut-elle au moins être redressée ?

Paris et Ile-de-France : attention au tribunal et à la preuve de trésorerie

À Paris et en Ile-de-France, les dossiers URSSAF et procédures collectives peuvent être traités devant le tribunal des activités économiques ou le tribunal de commerce compétent selon la situation de l’entreprise. La localisation du siège, la forme sociale, l’activité et les mentions au registre national des entreprises doivent être vérifiées.

Pour une société francilienne, l’urgence pratique est souvent bancaire. Il faut obtenir les relevés à jour, justifier les encaissements en attente, documenter les paiements clients et conserver les échanges avec l’URSSAF. Si une somme est séquestrée sur un compte CARPA ou si un apport est prévu, la preuve doit être prête avant l’audience.

Le cabinet intervient en droit des affaires pour analyser l’assignation, préparer les pièces, construire l’argumentaire sur la cessation des paiements et demander, lorsque les conditions sont réunies, le rejet de la demande de liquidation ou l’ouverture d’une procédure moins brutale.

Ce qu’il faut éviter avant l’audience

Il faut éviter de payer un créancier au hasard sans stratégie. Un paiement isolé peut améliorer la situation, mais il peut aussi désorganiser la trésorerie ou laisser intact le problème principal.

Il faut éviter de produire un tableau optimiste non justifié. Le juge ne retient pas un prévisionnel parce qu’il est favorable. Il le retient s’il est appuyé par des commandes, des encaissements attendus, des économies réalisées et des documents comptables cohérents.

Il faut éviter de contester l’URSSAF sans pièces. Dire que le montant est faux ne suffit pas. Il faut montrer quelle période est contestée, quel paiement manque au décompte, quelle majoration est discutée, quelle déclaration a été corrigée, ou quel recours est en cours.

Il faut enfin éviter d’attendre l’audience pour chercher un avocat, un expert-comptable ou les relevés bancaires. Une assignation en liquidation judiciaire est un contentieux de très court terme. La défense se construit dès la réception de l’acte.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».