Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Bail à ferme et bail rural : congé, renouvellement et droit du preneur

Depuis le printemps 2024, la France a connu une vague de mobilisations agricoles sans précédent. Plusieurs milliers d’exploitants ont bloqué les routes pour dénoncer la pression sur leurs revenus et l’insécurité de leurs installations. Dans ce contexte de crise, le statut du fermier ou du métayer revêt une importance stratégique. Le bail rural constitue le fondement juridique de l’activité agricole. Il détermine qui exploite la terre, pendant combien de temps et dans quelles conditions le propriétaire peut reprendre son bien. La moindre erreur dans la rédaction du congé ou le calcul du délai peut entraîner l’annulation d’une procédure de reprise et condamner le bailleur à des indemnités importantes. Les tribunaux paritaires des baux ruraux et les cours administratives d’appel ont d’ailleurs récemment rappelé la rigueur des formalités. Le preneur bénéficie d’un droit au renouvellement que seuls quelques motifs graves et légitimes peuvent écarter. Le bailleur dispose quant à lui d’un droit de reprise, mais celui-ci est encadré par des conditions d’exploitation strictes. Les règles essentielles du bail à ferme, les délais de congé, le contentieux du renouvellement et les indemnités dues au preneur méritent un examen approfondi.

Qu’est-ce qu’un bail à ferme et quelle est sa durée ?

L’article L. 411-1 du code rural et de la pêche maritime (texte officiel) pose le principe d’ordre public suivant. Ce texte dispose : « Toute mise à disposition à titre onéreux d’un immeuble à usage agricole en vue de l’exploiter pour y exercer une activité agricole définie à l’article L. 311-1 est régie par les dispositions du présent titre ». Cette disposition vise principalement le bail à ferme, qui permet au propriétaire de mettre à disposition ses terres moyennant le versement d’un fermage. Le preneur dispose alors du fonds pour y exercer son activité agricole.

Le bail à ferme se distingue du bail commercial et du bail d’habitation. Il relève d’un régime juridique spécifique, principalement régi par les articles L. 411-1 et suivants du code rural. Sa durée est normalement fixée à neuf ans, conformément à l’usage et aux pratiques contractuelles. Cette durée peut toutefois varier selon les types de baux ruraux. Le bail à long terme peut atteindre dix-huit ans, voire vingt-cinq ans dans certaines hypothèses. Le métayage fonctionne sur des bases différentes puisque le bailleur participe aux fruits de l’exploitation.

Le contrat peut être conclu sous seing privé ou par acte notarié. La preuve du bail rural peut être apportée par tous moyens. L’article L. 411-1 le précise expressément : « La preuve de l’existence des contrats visés dans le présent article peut être apportée par tous moyens ». Un bail verbal est donc recevable, même s’il comporte des risques probatoires en cas de contentieux.

Le droit au renouvellement du bail rural

Le preneur d’un bail rural bénéficie d’un droit au renouvellement de plein droit. L’article L. 411-46 du code rural (texte officiel) dispose que le preneur a droit au renouvellement du bail. Le texte précise : « nonobstant toutes clauses, stipulations ou arrangements contraires, à moins que le bailleur ne justifie de l’un des motifs graves et légitimes mentionnés à l’article L. 411-31 ou n’invoque le droit de reprise dans les conditions prévues aux articles L. 411-57 à L. 411-63 ». Ce droit constitue une protection essentielle de l’exploitant agricole. Il garantit la pérennité de l’installation et permet d’amortir les investissements réalisés sur le fonds.

Le renouvellement s’effectue normalement par tacite reconduction. À l’expiration du bail, si aucune des parties n’a donné congé dans les délais et formes requis, le contrat se poursuit pour une nouvelle période de neuf ans. La Cour administrative d’appel de Nantes a récemment eu à se prononcer sur une situation de ce type. Dans un arrêt du 24 mai 2019, la cour a retenu qu’un bail rural consenti le 30 mai 1986 avait été renouvelé à plusieurs reprises. CAA Nantes, 3ème chambre, 24 mai 2019, n° 17NT02252 (décision), motifs : « Ce bail a été renouvelé à plusieurs reprises, en dernier lieu par tacite reconduction le 1er novembre 2012 jusqu’à l’échéance du 31 octobre 2021 ».

Le renouvellement par tacite reconduction produit des effets rétroactifs. Lorsqu’un congé est ultérieurement annulé par le juge, le bail est réputé n’avoir jamais pris fin. La Cour administrative d’appel de Marseille a récemment confirmé ce principe dans un arrêt du 4 avril 2025.

CAA Marseille, 2ème chambre, 4 avril 2025, n° 23MA02048 (décision), motifs : « Eu égard à l’effet rétroactif attaché à ces décisions du juge judiciaire, M. D… doit être regardé comme n’ayant nullement perdu la qualité de preneur en place d’un bail rural sur les parcelles en cause à la date à laquelle sont intervenus les arrêtés du 19 octobre 2020 en litige ».

Le congé du bailleur et le droit de reprise

Le bailleur ne peut refuser le renouvellement du bail que dans deux hypothèses. Il doit soit justifier d’un motif grave et légitime de résiliation, soit invoquer son droit de reprise personnelle.

Les motifs de résiliation sont énumérés à l’article L. 411-31 du code rural (texte officiel). Le texte prévoit notamment ce motif.

« Deux défauts de paiement de fermage ou de la part de produits revenant au bailleur ayant persisté à l’expiration d’un délai de trois mois après mise en demeure postérieure à l’échéance ». Le bailleur peut également invoquer « Des agissements du preneur de nature à compromettre la bonne exploitation du fonds ». Ces motifs doivent être sérieusement établis et ne peuvent être invoqués en cas de force majeure ou de raisons sérieuses et légitimes du preneur.

Le droit de reprise permet au bailleur de reprendre le bien loué pour lui-même ou au profit d’un proche. L’article L. 411-58 du code rural (texte officiel) dispose que le bailleur a le droit de refuser le renouvellement du bail. Il peut le faire dans les cas suivants.

« s’il veut reprendre le bien loué pour lui-même ou au profit de son conjoint, du partenaire auquel il est lié par un pacte civil de solidarité, ou d’un descendant majeur ou mineur émancipé ». Le preneur peut toutefois s’opposer à cette reprise lorsqu’il se trouve à moins de cinq ans de l’âge de la retraite. Le bail est alors prorogé de plein droit.

Le bénéficiaire de la reprise doit satisfaire à des conditions strictes d’exploitation. L’article L. 411-59 du code rural (texte officiel) précise que « Le bénéficiaire de la reprise doit, à partir de celle-ci, se consacrer à l’exploitation du bien repris pendant au moins neuf ans ». Il doit « participer sur les lieux aux travaux de façon effective et permanente ». Il doit également « posséder le cheptel et le matériel nécessaires ou, à défaut, les moyens de les acquérir ». Le bénéficiaire doit également justifier qu’il répond aux conditions de capacité ou d’expérience professionnelle mentionnées aux articles L. 331-2 à L. 331-5 du code rural.

La Cour administrative d’appel de Douai a récemment rappelé que la reprise est soumise à autorisation administrative lorsqu’elle relève du contrôle des structures agricoles. Dans un arrêt du 25 septembre 2024, elle a retenu que « Aux terme des articles L. 411-58 et L. 411-59 du même code, un bailleur a le droit de refuser le renouvellement du bail rural qu’il a consenti à un preneur s’il veut reprendre le bien loué pour lui-même ou au profit de son conjoint, du partenaire auquel il est lié par un pacte civil de solidarité ou d’un descendant majeur ou mineur émancipé. Dans ce cas, le bénéficiaire de la reprise doit justifier par tous moyens, entre autres, qu’il bénéficie d’une autorisation d’exploiter » (CAA Douai, 2ème chambre, 25 septembre 2024, n° 23DA01392, décision).

Comment contester un congé devant le tribunal paritaire des baux ruraux

Le congé doit respecter des conditions strictes de forme et de délai. Il doit être notifié par écrit et par voie d’huissier. Le preneur dispose alors d’un délai de quatre mois pour contester la validité du congé devant le tribunal paritaire des baux ruraux. Ce délai est impératif. Passé ce terme, le congé devient définitif et le preneur perd son droit au renouvellement.

Le tribunal paritaire des baux ruraux est une juridiction spécialisée. Il est composé à parité de propriétaires fonciers et d’exploitants agricoles. Il statue sur la validité du congé, l’indemnité du preneur et les conditions du renouvellement. Le juge peut annuler le congé s’il constate une irrégularité de forme ou si le bailleur ne justifie pas d’un motif légal de reprise.

Lorsque la reprise est subordonnée à une autorisation d’exploiter, le tribunal paritaire peut surseoir à statuer. L’article L. 411-58 du code rural prévoit une règle de procédure.

« Si la reprise est subordonnée à une autorisation en application des dispositions du titre III du livre III relatives au contrôle des structures des exploitations agricoles, le tribunal paritaire peut, à la demande d’une des parties ou d’office, surseoir à statuer dans l’attente de l’obtention d’une autorisation définitive ». Pendant le sursis à statuer, le bail en cours est prorogé de plein droit jusqu’à la fin de l’année culturale pendant laquelle l’autorisation devient définitive.

La procédure devant le tribunal paritaire des baux ruraux peut être longue. Elle ne doit pas être confondue avec la procédure administrative d’autorisation d’exploiter. Ces deux procédures sont indépendantes. La CAA de Nantes l’a rappelé dans son arrêt du 24 mai 2019.

CAA Nantes, 3ème chambre, 24 mai 2019, n° 17NT02252 (décision), motifs : « la législation relative aux baux ruraux et celle qui concerne le contrôle des structures agricoles sont indépendantes, le préfet du Loiret n’avait pas légalement à prendre en compte, pour statuer sur la demande d’autorisation d’exploiter présentée par le pétitionnaire, la circonstance que celui-ci était ou non assuré d’obtenir un bail de la part du ou des propriétaires des terres concernées ».

Délais, indemnités et conséquences financières

Le contentieux du bail rural génère des enjeux financiers importants pour les deux parties. Le preneur évincé sans motif légal a droit à une indemnité d’éviction. Cette indemnité vise à compenser le préjudice subi par la perte de l’exploitation et de la clientèle. Son montant est fixé par le tribunal paritaire en fonction des circonstances.

Le preneur peut également prétendre au remboursement des améliorations apportées au fonds. Les travaux d’amélioration foncière réalisés avec l’accord du bailleur ou en vertu d’une obligation légale donnent lieu à indemnisation. Le preneur doit établir la nature des travaux, leur date et leur coût.

Le tableau ci-dessous récapitule les délais et indemnités principaux en cas de congé ou de litige :

Situation Délai applicable Indemnité ou conséquence
Congé notifié par le bailleur 6 mois au moins avant l’échéance du bail Prorogation du bail si congé annulé
Contestation du congé par le preneur 4 mois à compter de la notification Suspension du congé, maintien du bail
Prorogation pour retraite du preneur Jusqu’à l’âge de la retraite agricole Maintien du bail, aucune cession possible
Surseoir à statuer (autorisation d’exploiter) Jusqu’à la fin de l’année culturale Prorogation de plein droit
Indemnité d’éviction du preneur Fixée par le tribunal paritaire Compensation du préjudice d’exploitation
Améliorations foncières À la sortie du bail Remboursement sur justification

Le bailleur qui a exercé son droit de reprise doit respecter une période d’exploitation minimale de neuf ans. L’article L. 411-63 du code rural (texte officiel) précise que « Le bailleur ou le bénéficiaire du droit de reprise mentionné au premier alinéa de l’article L. 411-58 qui a fait usage de ce droit peut, avant l’expiration du délai de neuf ans, prévu au premier alinéa de l’article L. 411-59, faire apport du bien repris à un groupement foncier agricole ». Cette possibilité est toutefois subordonnée à la condition que le bénéficiaire se consacre personnellement à l’exploitation des biens du groupement.

Questions fréquentes sur le bail rural et le fermage

Un bail verbal agricole est-il valable ?

Oui. L’article L. 411-1 du code rural autorise la preuve du bail rural par tous moyens. Un contrat verbal est donc valable. Il comporte toutefois des risques en cas de contentieux sur la durée, le loyer ou les obligations respectives. La rédaction d’un écrit est vivement recommandée.

Le propriétaire peut-il augmenter le fermage à chaque renouvellement ?

Le prix du bail rural est fixé en tenant compte de la qualité des sols, de la structure parcellaire et des obligations environnementales. Le loyer des terres nues et des bâtiments d’exploitation est distinct du loyer de l’habitation. Toute révision doit être justifiée et conforme aux usages de la région.

Que se passe-t-il si le preneur ne paie pas le fermage ?

Le bailleur peut demander la résiliation du bail en cas de deux défauts de paiement persistants après mise en demeure. L’article L. 411-31 du code rural impose toutefois un délai de trois mois après une mise en demeure postérieure à l’échéance. Cette mise en demeure doit rappeler les termes de la disposition, à peine de nullité.

Le preneur peut-il céder son bail à un tiers ?

La cession du bail rural est soumise à l’accord du bailleur. Pendant la période de prorogation pour retraite, aucune cession du bail n’est possible. Le preneur doit informer le propriétaire de son projet et obtenir son agrément.

La reprise par le propriétaire doit-elle être autorisée administrativement ?

Dans certains cas, la reprise d’une exploitation agricole dépasse le seuil fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles. Elle est alors soumise à autorisation préfectorale. L’absence d’autorisation peut entraîner la nullité du congé et le maintien du preneur dans ses droits.

Le preneur évincé a-t-il droit à un délai pour quitter les lieux ?

Le preneur dispose normalement d’un délai pour libérer le fonds et récupérer son cheptel et son matériel. Ce délai est fixé par le tribunal paritaire en fonction des usages et des contraintes agricoles. Le preneur peut également demander le remboursement des améliorations qu’il a apportées au bien.

Pour aller plus loin

Le bail rural s’inscrit dans un écosystème juridique complexe où le droit des baux, la copropriété et les contentieux fonciers se croisent. Les propriétaires et exploitants confrontés à un litige agricole peuvent consulter notre analyse détaillée sur le bail commercial à Paris ainsi que notre guide sur l’expertise en droit immobilier à Paris.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier

Le contentieux du bail rural mobilise des règles techniques et des délais impératifs. Une erreur dans la notification du congé, un retard dans la saisine du tribunal paritaire ou une mauvaise évaluation de l’indemnité peut compromettre votre position. Notre cabinet examine les baux ruraux, les congés et les procédures de renouvellement à Paris et en Île-de-France.

Consultation sous 48 heures. Appelez le 06 46 60 58 22 ou contactez-nous par formulaire. Nous assurons la défense des propriétaires fonciers et des exploitants agricoles en Ile-de-France et dans toute la France.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».