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Maître Reda KOHEN
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Préemption par la mairie : prix inférieur, DPU renforcé et recours du vendeur à Paris

La préemption immobilière revient dans l’actualité parisienne depuis la communication de la Ville de Paris du 14 avril 2026 sur la lutte contre les logements inoccupés, les résidences secondaires et la spéculation. La Ville y annonce vouloir continuer à intervenir sur le marché par la préemption, l’acquisition publique et les négociations amiables, notamment sur les immeubles vacants ou à fort enjeu de rénovation.

Pour un propriétaire, un vendeur ou un acquéreur évincé, la question n’est pas politique. Elle est immédiate : que faire si la mairie préempte le bien, propose un prix inférieur à la promesse de vente, bloque la signature chez le notaire ou invoque un projet que vous ne comprenez pas ?

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La réponse courte est la suivante : la mairie peut disposer d’un droit de préemption urbain dans certaines zones, mais elle ne peut pas préempter n’importe comment. La décision doit s’inscrire dans un objectif d’intérêt général, respecter les délais, être notifiée correctement et, si le prix proposé est inférieur, ouvrir une séquence précise de réponse du vendeur puis de fixation éventuelle du prix par le juge de l’expropriation.

Pour une stratégie globale en droit immobilier, consultez aussi notre page sur l’avocat en droit immobilier à Paris.

Droit de préemption urbain : de quoi parle-t-on ?

Le droit de préemption permet à une collectivité publique, souvent la commune ou l’établissement public compétent, de se substituer à l’acquéreur initial pour acheter un bien mis en vente. En pratique, le notaire adresse une déclaration d’intention d’aliéner, souvent appelée DIA, lorsque le bien se situe dans une zone de préemption.

L’article L. 211-1 du code de l’urbanisme permet aux communes dotées d’un plan local d’urbanisme d’instituer un droit de préemption urbain sur tout ou partie des zones concernées. L’article L. 210-1 du code de l’urbanisme rappelle que les droits de préemption sont exercés en vue d’actions ou d’opérations répondant à un objectif d’intérêt général.

Autrement dit, la mairie ne devient pas un acheteur ordinaire. Elle utilise une prérogative publique. C’est précisément pour cette raison que la décision peut être contestée si le projet est insuffisant, si la motivation est trop vague, si le périmètre n’est pas applicable, ou si la procédure a été mal conduite.

DPU simple et DPU renforcé : pourquoi le mot « renforcé » compte

Le DPU renforcé intéresse particulièrement Paris et certaines communes d’Île-de-France, car il peut rendre préemptables des biens qui échappent normalement au droit de préemption simple. Dans le langage courant, les vendeurs découvrent souvent le sujet au moment où le notaire leur explique que la vente ne peut pas être signée tout de suite.

La difficulté est pratique. Un appartement en copropriété, un immeuble entier, une cession de droits immobiliers ou certaines opérations patrimoniales ne se traitent pas de la même façon. Il faut donc vérifier trois points avant de conclure que la mairie pouvait agir :

  1. le bien est-il situé dans un périmètre de préemption applicable ?
  2. l’opération projetée entre-t-elle dans le champ du droit de préemption ?
  3. la décision de préemption mentionne-t-elle un objet légalement défendable ?

Ce contrôle est décisif lorsque la vente porte sur un bien parisien à forte valeur, un immeuble ancien, un lot de copropriété ou un actif détenu par une SCI familiale. Le DPU renforcé peut élargir le risque de préemption, mais il ne supprime pas les exigences de motivation et de procédure.

Déclaration d’intention d’aliéner : le délai de deux mois

L’article L. 213-2 du code de l’urbanisme prévoit que l’aliénation d’un bien soumis au droit de préemption est subordonnée à une déclaration préalable faite par le propriétaire à la mairie. La déclaration doit notamment indiquer le prix et les conditions de l’opération projetée.

Le même article prévoit que le silence du titulaire du droit de préemption pendant deux mois à compter de la réception de la déclaration vaut renonciation. Ce délai peut être suspendu dans certains cas, notamment en cas de demande de documents ou de visite du bien, mais il ne faut pas raisonner trop vite : la date de réception, les demandes complémentaires et les notifications doivent être vérifiées sur pièces.

Pour le vendeur, le réflexe utile est simple : demander au notaire la date exacte de dépôt ou de réception de la DIA, la preuve des échanges avec la mairie, les éventuelles demandes de pièces, puis la date de notification de la décision. Sans cette chronologie, il est impossible de dire si la décision est tardive ou régulière.

La mairie peut-elle proposer un prix inférieur ?

Oui, mais ce n’est pas un prix imposé sans recours. Lorsque la vente est envisagée de gré à gré, l’article R. 213-8 du code de l’urbanisme prévoit que le titulaire du droit de préemption peut renoncer, acquérir aux prix et conditions proposés, ou offrir d’acquérir à un prix proposé par lui avec, à défaut d’acceptation, fixation du prix par la juridiction compétente en matière d’expropriation.

Cette nuance change tout. Si la mairie propose un prix inférieur au compromis, le vendeur n’est pas obligé de signer immédiatement. Il doit analyser l’écart, les références de marché, les avis de valeur, les diagnostics, les contraintes du bien et l’intérêt de maintenir son prix.

L’article R. 213-10 du code de l’urbanisme donne au propriétaire deux mois pour répondre à l’offre d’acquérir à un prix inférieur. Il peut accepter, maintenir le prix de la DIA en acceptant la fixation judiciaire, ou renoncer à vendre. Le silence du propriétaire pendant ce délai équivaut à une renonciation à l’aliénation.

Refuser le prix inférieur : attention au calendrier

Si le vendeur maintient son prix et accepte la fixation judiciaire, la mairie doit réagir vite. L’article R. 213-11 du code de l’urbanisme prévoit que le titulaire du droit de préemption peut saisir la juridiction compétente en matière d’expropriation dans un délai de quinze jours à compter de la réception de la réponse du propriétaire. À défaut de saisine dans ce délai, il est réputé avoir renoncé à l’exercice de son droit.

Le juge de l’expropriation intervient alors sur le prix, pas sur la légalité administrative de la décision. L’article L. 213-4 du code de l’urbanisme prévoit qu’à défaut d’accord amiable, le prix d’acquisition est fixé par la juridiction compétente en matière d’expropriation.

Le vendeur doit donc distinguer deux combats :

  1. le recours contre la décision de préemption devant le juge administratif ;
  2. le débat sur le prix devant le juge de l’expropriation.

Les deux peuvent être liés dans la stratégie, mais ils ne se confondent pas. Une erreur fréquente consiste à répondre uniquement sur le prix alors que la motivation de la préemption est contestable, ou à contester uniquement la légalité alors que le calendrier du prix impose une réponse rapide.

Quels recours contre une décision de préemption ?

Le propriétaire ou l’acquéreur évincé peut contester la décision de préemption si elle est illégale. Les moyens classiques portent sur la compétence de l’auteur de la décision, le périmètre du droit de préemption, l’insuffisance de motivation, l’absence de projet réel ou la méconnaissance des règles de notification.

Dans les dossiers urgents, la question du référé peut se poser. Une décision de préemption bloque souvent une vente, un financement, une acquisition de remplacement ou une opération patrimoniale. Il faut donc apprécier rapidement si un recours au fond suffit ou s’il faut tenter une suspension.

Si la décision est annulée après transfert de propriété, l’article L. 213-11-1 du code de l’urbanisme prévoit un mécanisme de proposition prioritaire de rachat aux anciens propriétaires ou à leurs ayants cause, puis, dans certains cas, à l’acquéreur initial mentionné dans la DIA. C’est une règle importante, car elle montre que l’annulation n’est pas seulement symbolique : elle peut ouvrir une suite concrète sur le bien.

Acquéreur évincé : quels réflexes ?

L’acquéreur initial est souvent le grand oublié du dossier. Il a négocié, signé une promesse, obtenu un financement, engagé des frais et parfois vendu son propre bien pour acheter. La préemption peut donc créer un préjudice réel.

Il doit immédiatement demander copie des pièces utiles : promesse, DIA, accusé de réception, décision de préemption, notification, échanges du notaire, éventuelle offre de prix inférieur et conditions suspensives. Il faut aussi vérifier si son nom figure correctement dans la déclaration d’intention d’aliéner, car cela peut compter dans certains mécanismes postérieurs à l’annulation.

L’acquéreur ne doit pas supposer que le vendeur défendra automatiquement ses intérêts. Le vendeur peut préférer accepter le prix public, retirer son bien de la vente, négocier ou attendre. L’acquéreur évincé doit donc évaluer sa propre stratégie : intervention dans le recours, recours autonome, négociation avec le vendeur, ou sécurisation d’un autre achat.

Paris et Île-de-France : pourquoi le risque est plus sensible

À Paris et en Île-de-France, la préemption s’inscrit dans un marché tendu. Les politiques de logement social, la lutte contre les logements vacants, les objectifs de rénovation énergétique, les ventes à la découpe et les mutations d’immeubles entiers créent un terrain propice aux décisions de préemption.

Pour un propriétaire parisien, l’enjeu financier peut être massif. Une différence de 5 % à 15 % sur un appartement ou un immeuble peut représenter plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers d’euros. Pour un acquéreur, la préemption peut faire perdre une opportunité rare dans un quartier où l’offre est faible.

Dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, les Yvelines, l’Essonne, le Val-d’Oise ou la Seine-et-Marne, la logique varie selon les communes : projets de transport, opérations d’aménagement, réserves foncières, zones de renouvellement urbain, ou politiques de logement. La première étape reste toujours la même : récupérer la décision et vérifier son fondement exact.

Les pièces à réunir avant de répondre

Avant de répondre à la mairie ou de saisir un juge, il faut réunir un dossier solide :

  1. la promesse de vente ou le compromis signé ;
  2. la déclaration d’intention d’aliéner et ses annexes ;
  3. l’accusé de réception ou la preuve de dépôt de la DIA ;
  4. la décision de préemption et sa notification ;
  5. l’offre de prix inférieur, si elle existe ;
  6. les avis de valeur d’agences ou de notaires ;
  7. les références de ventes comparables ;
  8. les diagnostics techniques ;
  9. les échanges du notaire, de l’agence et de la mairie ;
  10. les preuves du financement ou du calendrier de l’acquéreur initial.

Ces pièces permettent de répondre sans se limiter à une formule générale. Elles permettent aussi de choisir entre acceptation, maintien du prix, renonciation à vendre, négociation ou contentieux.

Modèle court de réponse en cas de prix inférieur

Un vendeur qui reçoit une offre de prix inférieur peut écrire, après vérification du dossier :

« Je conteste le prix proposé dans votre décision de préemption notifiée le [date]. Je maintiens le prix figurant dans la déclaration d’intention d’aliéner, soit [montant], et je demande que la procédure se poursuive conformément aux règles applicables à la fixation du prix. Je vous prie de me confirmer la suite donnée à cette position dans les délais légaux. »

Ce modèle est volontairement court. Il doit être adapté avant envoi, car une mauvaise réponse peut produire des effets importants : acceptation involontaire, renonciation à vendre, perte d’un délai ou affaiblissement de la contestation.

Quand consulter un avocat ?

Il faut consulter rapidement si la mairie préempte à un prix inférieur, si la motivation paraît vague, si la vente concerne un bien parisien ou francilien à forte valeur, si l’acquéreur menace d’agir contre le vendeur, ou si le notaire signale une difficulté sur la DIA.

L’avocat peut vérifier le champ du DPU, analyser la motivation, préparer la réponse au prix proposé, coordonner le recours administratif et la procédure de fixation du prix, puis sécuriser la stratégie avec le notaire. Dans les dossiers de préemption, le temps perdu au départ coûte souvent plus cher que l’analyse initiale.

L’objectif n’est pas de nier tout pouvoir de préemption à la collectivité. L’objectif est de vérifier que ce pouvoir est exercé légalement, pour un projet défendable, dans les délais, et à un prix qui peut être discuté selon la procédure prévue.

Sources utiles

Les textes principaux sont l’article L. 210-1 du code de l’urbanisme, l’article L. 211-1, l’article L. 213-2, l’article R. 213-8, l’article R. 213-10, l’article R. 213-11, l’article L. 213-4 et l’article L. 213-11-1 du code de l’urbanisme.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».