Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Garantie financière d’achèvement VEFA : comment sécuriser son achat sur plan et agir contre le promoteur

Le 10 juillet 2025, le tribunal judiciaire de Lisieux a condamné une société de cautionnement à mobiliser sa garantie financière d’achèvement après plus de deux ans d’arrêt de chantier. Le 26 janvier 2026, la cour d’appel de Versailles a confirmé qu’un garant devait financer la reprise de désordres structurels avant même l’achèvement d’un programme immobilier. Ces décisions illustrent une réalité de plus en plus fréquente. L’achat d’un logement neuf sur plan, bien que sécurisé par des dispositifs légaux, expose l’acquéreur à des risques de défaillance du promoteur ou de retard de livraison. La garantie financière d’achèvement constitue le principal bouclier juridique du souscripteur d’un contrat VEFA. Pourtant, son mécanisme reste méconnu. Son déclenchement est souvent incompris. Ses conditions de mobilisation sont fréquemment négligées par les acquéreurs qui découvrent trop tardivement leur situation. Comprendre cette garantie avant la signature est indispensable. Savoir l’activer en cas de trouble l’est tout autant. Mesurer l’étendue des recours en retard de livraison constitue l’enjeu patrimonial majeur de toute acquisition en l’état futur d’achèvement.

Qu’est-ce que la vente en état futur d’achèvement (VEFA) ?

La vente en état futur d’achèvement est le contrat par lequel le vendeur transfère immédiatement à l’acquéreur ses droits sur le sol ainsi que la propriété des constructions existantes. Les ouvrages à venir deviennent la propriété de l’acquéreur au fur et à mesure de leur exécution. L’acquéreur est tenu d’en payer le prix à mesure de l’avancement des travaux. Le vendeur conserve les pouvoirs de maître de l’ouvrage jusqu’à la réception des travaux. Cette définition légale figure à l’article 1601-3 du code civil, reproduit à l’article L. 261-3 du code de la construction et de l’habitation (texte officiel).

Le contrat VEFA s’applique à tout transfert de propriété d’un immeuble à usage d’habitation ou professionnel et d’habitation. Il vise les opérations comportant l’obligation pour l’acheteur d’effectuer des versements avant l’achèvement de la construction. L’article L. 261-10 du code de la construction et de l’habitation précise qu’à peine de nullité, ce contrat doit revêtir la forme prévue aux articles 1601-2 et 1601-3 du code civil (texte officiel).

L’acquéreur d’un bien VEFA devient propriétaire par anticipation. Il supporte les risques de la construction bien qu’il ne contrôle ni le chantier ni la trésorerie du promoteur. Cette dissymétrie explique l’instauration d’une garantie financière obligatoire destinée à protéger son investissement.

La garantie financière d’achèvement : obligation légale et mécanisme de protection

Avant la conclusion d’un contrat VEFA, le vendeur souscrit une garantie financière de l’achèvement de l’immeuble ou une garantie financière du remboursement des versements effectués en cas de résolution du contrat à défaut d’achèvement. L’article L. 261-10-1 du code de la construction et de l’habitation énonce cette obligation impérative :

« Avant la conclusion d’un contrat prévu à l’article L. 261-10, le vendeur souscrit une garantie financière de l’achèvement de l’immeuble ou une garantie financière du remboursement des versements effectués en cas de résolution du contrat à défaut d’achèvement » (texte officiel).

Le contrat doit préciser la justification de cette garantie. L’article L. 261-11 du code de la construction et de l’habitation stipule que l’attestation de garantie est établie par le garant et annexée au contrat (texte officiel). L’absence de cette attestation ou l’inobservation de cette formalité entraînent la nullité du contrat. Seul l’acquéreur peut invoquer cette nullité avant l’achèvement des travaux.

La garantie financière d’achèvement peut être mise en œuvre par l’acquéreur en cas de défaillance financière du vendeur. Cette défaillance se caractérise par une absence de disposition des fonds nécessaires à l’achèvement de l’immeuble. Le garant financier peut faire désigner un administrateur ad hoc par ordonnance sur requête. L’administrateur ad hoc dispose des pouvoirs du maître de l’ouvrage. Sa mission consiste à faire réaliser les travaux nécessaires à l’achèvement de l’immeuble. Sa rémunération est à la charge du garant.

Garantie d’achèvement versus garantie de remboursement : les deux faces de la sécurité

Le promoteur doit choisir entre deux types de garanties. La garantie financière d’achèvement vise à terminer la construction en cas de défaillance du vendeur. La garantie financière de remboursement prévoit le reversement des fonds versés par l’acquéreur si le contrat est résolu pour défaut d’achèvement. Le choix entre ces deux garanties appartient au promoteur. L’acquéreur doit impérativement en prendre connaissance avant la signature.

La garantie d’achèvement présente un avantage majeur pour l’acquéreur : elle préserve son projet d’acquisition. L’administrateur ad hoc désigné reprend la maîtrise d’ouvrage, engage les travaux, et procède à la livraison du logement. L’acquéreur conserve son bien et paie le solde du prix au garant, et non au promoteur défaillant. En revanche, la garantie de remboursement entraîne la résolution du contrat et le remboursement des sommes versées. L’acquéreur perd son logement. Il doit rechercher un autre bien dans un marché souvent tendu.

La cour d’appel de Versailles a précisé, dans un arrêt du 26 janvier 2026, que le périmètre de la garantie d’achèvement est large. Il couvre les travaux nécessaires à la remise en état de la structure avant l’achèvement. La cour a retenu les motifs suivants.

« l’immeuble ne peut être considéré comme achevé, et le garant libéré de son obligation de financement, dès lors qu’il subsiste des malfaçons qui rendent l’ouvrage impropre à son utilisation ».

Elle a formulé l’observation suivante.

« la SOCFIM n’a pas excédé l’objet de son engagement contractuel en finissant des travaux qui ressortaient du périmètre de la garantie financière d’achèvement » (CA Versailles, 26 janvier 2026, n° 22/06319, décision).

Comment mobiliser la garantie financière d’achèvement en cas de défaillance du promoteur

La mobilisation de la garantie financière d’achèvement suppose de démontrer la défaillance financière du vendeur. Cette défaillance se caractérise par une absence de disposition des fonds nécessaires à l’achèvement de l’immeuble. La preuve ne requiert pas obligatoirement l’ouverture d’une procédure collective. L’arrêt prolongé du chantier sans justification technique ou juridique suffit à établir une présomption d’insuffisance financière.

Le tribunal judiciaire de Lisieux l’a affirmé dans une ordonnance du 10 juillet 2025.

« Cela fait donc désormais plus de deux ans que le chantier est à l’arrêt, sans motif technique ou juridique. Cette situation établit une présomption d’insuffisance financière qui n’est pas renversée par la Sarl La Mare aux Guerriers » (TJ Lisieux, 10 juillet 2025, n° 25/00092, décision).

L’acquéreur doit saisir le juge des référés du tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble. Il sollicite l’ordonnance constatant la défaillance et désignant un administrateur ad hoc. Le juge peut accorder une provision au créancier lorsque l’obligation indemnitaire n’est pas sérieusement contestable. Dans l’affaire jugée à Lisieux, le juge a alloué 6 000 euros au titre du préjudice de jouissance subi du fait d’un retard de livraison de plus de trois ans.

Le garant financier est seul fondé à exiger de l’acquéreur le paiement du solde du prix de vente. Cette règle s’applique même si le vendeur fait l’objet d’une procédure collective. L’acquéreur ne doit donc verser aucune somme au promoteur défaillant après la mise en œuvre de la garantie.

Retard de livraison VEFA : quels recours pour l’acquéreur ?

Le retard de livraison constitue le contentieux le plus fréquent en matière de VEFA. Le contrat fixe un délai de livraison. L’article 1611 du code civil dispose ce qui suit.

« dans tous les cas, le vendeur doit être condamné aux dommages et intérêts, s’il résulte un préjudice pour l’acquéreur, du défaut de délivrance au terme convenu » (texte officiel).

Le promoteur peut invoquer une cause légitime de suspension ou un cas de force majeure. Cependant, il lui appartient d’en rapporter la preuve. Le tribunal judiciaire de Béthune a sanctionné un promoteur qui, faute de comparaître, n’a justifié ni la survenance de circonstances exceptionnelles ni l’existence de troubles ayant empêché l’exécution des travaux. Le tribunal a retenu les motifs suivants.

« en l’absence d’événement de force majeure ou de cause légitime de suspension du délai de livraison, l’immeuble aurait dû être livré le 31 décembre 2021 » (TJ Béthune, 16 décembre 2025, n° 25/00489, décision).

L’indemnisation du préjudice subi par l’acquéreur peut prendre plusieurs formes. Le tribunal de Béthune a accordé des dommages et intérêts au titre de la perte de chance de percevoir des loyers. Cette perte de chance a été évaluée à 65 % du montant locatif mensuel sur la période de retard. Le tribunal a également indemnisé la perte de chance de bénéficier du dispositif Pinel. Cette seconde perte de chance a été évaluée à 30 % de la réduction d’impôt initialement prévisible. La condamnation a atteint 11 115 euros pour la perte de loyers et 9 122,40 euros pour la perte de défiscalisation.

Les clauses contractuelles limitant le nombre de causes légitimes de suspension peuvent être frappées d’abusivité. Il en va de même des clauses rendant leur justification potestative. La cour d’appel de Bastia a ainsi infirmé un jugement qui avait retenu une clause de retard abusive. Elle a estimé que cette clause était non limitative, conditionnelle et imprécise. Elle créait un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties au détriment du consommateur. Pour approfondir les recours en matière de vice caché immobilier après une acquisition sur plan, consultez notre analyse détaillée.

Checklist opérationnelle : 8 points à vérifier avant de signer un contrat VEFA

  1. Vérifier l’existence de l’attestation de garantie financière d’achèvement ou de remboursement annexée au contrat et établie par le garant.
  2. Identifier le type de garantie souscrite : achèvement ou remboursement. Privilégier l’achèvement si vous souhaitez conserver le bien.
  3. Contrôler le délai de livraison et les clauses de suspension. Refuser les formulations potestatives ou non exhaustives.
  4. Exiger la mention du prix et des modalités de paiement conformément à l’article L. 261-11 du code de la construction et de l’habitation.
  5. Vérifier que le contrat est établi par acte authentique, nullité étant encourue à défaut.
  6. Conserver tous les courriers du promoteur relatifs aux reports de livraison. Ils constituent des preuves essentielles en cas de contentieux.
  7. Signaler immédiatement les désordres dès la livraison et formuler des réserves motivées dans un délai de trente jours.
  8. Saisir le juge des référés sans délai en cas d’arrêt de chantier prolongé pour obtenir la désignation d’un administrateur ad hoc et la mobilisation de la garantie.

VEFA et garantie d’achèvement à Paris et en Île-de-France

La densité des programmes immobiliers neufs à Paris et en Île-de-France multiplie les opérations VEFA. Elle accroît par voie de conséquence les contentieux. Les tribunaux judiciaires de Paris, Nanterre, Créteil et Versailles connaissent régulièrement de demandes de mobilisation de garanties financières d’achèvement. La compétence territoriale appartient au tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble. Pour un programme situé à Paris, le tribunal judiciaire de Paris est compétent. Pour un bien localisé en Hauts-de-Seine, le tribunal judiciaire de Nanterre sera saisi.

Les délais de justice en référé dans ces juridictions varient généralement entre trois et six semaines. L’ordonnance sur requête peut être obtenue plus rapidement si l’urgence est caractérisée par un arrêt total du chantier depuis plusieurs mois. Le coût de la procédure en référé, hors frais d’avocat, se situe entre 400 et 800 euros de droits de plaidoirie et dépens. L’assistance d’un avocat est obligatoire devant le tribunal judiciaire en matière civile. Le cabinet peut intervenir dès la phase précontentieuse pour constituer le dossier de défaillance et rédiger la requête en référé. Notre équipe d’avocats en droit immobilier à Paris accompagne les acquéreurs dans la sécurisation de leurs contrats VEFA et l’activation des garanties.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre la garantie financière d’achèvement et la garantie décennale ?
La garantie financière d’achèvement couvre l’achèvement du logement en cas de défaillance du promoteur. La garantie décennale couvre les désordres affectant la solidité de l’ouvrage ou le rendant impropre à sa destination pendant dix ans après la réception.

Le promoteur peut-il exiger des versements avant la signature du contrat VEFA ?
Non. L’article L. 261-12 du code de la construction et de l’habitation interdit au vendeur d’exiger ou d’accepter tout versement avant la signature du contrat. Seuls des dépôts de garantie peuvent être prévus dans le cadre d’une vente à terme, sur un compte spécial ouvert au nom de l’acquéreur.

Comment prouver la défaillance financière du promoteur ?
L’arrêt prolongé du chantier sans justification technique constitue une présomption d’insuffisance financière. Le constat d’huissier, les courriers de report de livraison non justifiés, et l’absence de démarches pour reprendre les travaux constituent des indices recevables par le juge des référés.

La garantie d’achèvement couvre-t-elle les désordres structurels ?
Oui, lorsque ces désordres empêchent l’achèvement de l’immeuble. La cour d’appel de Versailles a précisé que le garant doit financer le renforcement structurel nécessaire avant de poursuivre les travaux d’achèvement.

Quel délai pour agir en cas de retard de livraison ?
L’action en indemnisation du retard de livraison se prescrit par cinq ans à compter du jour où le retard a causé un préjudice identifiable. L’action en résolution du contrat pour défaut d’achèvement se prescrit par dix ans. Il est conseillé d’agir sans délai pour préserver les preuves et obtenir une ordonnance de référé.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier

Vous avez signé un contrat VEFA et le chantier est à l’arrêt ? Le promoteur a reporté la livraison sans justification ? Vous souhaitez vérifier la validité de la garantie financière annexée à votre contrat ? Le cabinet vous propose une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du pôle immobilier. Contactez-nous au 06 89 11 34 45 ou via notre formulaire de contact. Notre équipe intervient à Paris et en Île-de-France pour sécuriser votre acquisition et activer vos garanties.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».