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Maître Reda KOHEN
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Mandat ad hoc et conciliation : comment éviter le redressement judiciaire de son entreprise en 2026

En 2026, la France enregistre un nombre record de défaillances d’entreprises. Les secteurs du commerce, de la construction et de l’industrie subissent une vague de cessation des paiements que le redressement judiciaire peine à endiguer. Face à cette crise, de nombreux dirigeants ignorent qu’une procédure secrète et rapide existe pour sauver leur société avant qu’elle ne bascule dans l’irrémédiable. Le mandat ad hoc et la conciliation permettent de renégocier les dettes avec les créanciers en dehors de toute publicité. Ces outils préservent la réputation de l’entreprise et évitent la saisine du tribunal de commerce pour redressement judiciaire. Le présent guide expose les conditions, le déroulement et les pièges de ces procédures préventives.

Qu’est-ce que le mandat ad hoc ?

Le mandat ad hoc constitue la mesure de prévention la plus discrète du droit des entreprises en difficulté. Il s’agit d’une mission confiée par le président du tribunal à un professionnel expérimenté, généralement un mandataire judiciaire ou un avocat, chargé d’assister le dirigeant dans ses négociations avec les créanciers.

Aux termes de l’article L. 611-3 du Code de commerce (texte officiel) :

« Le président du tribunal peut, à la demande d’un débiteur, désigner un mandataire ad hoc dont il détermine la mission. Le débiteur peut proposer le nom d’un mandataire ad hoc. »

Cette procédure présente trois caractéristiques essentielles. Elle est volontaire : seul le dirigeant peut la solliciter. Elle est confidentielle : aucune publicité n’est faite auprès des tiers. Elle est souple : le mandataire agit sous le contrôle du président du tribunal sans aucune immixtion dans la gestion courante.

Le tribunal compétent est le tribunal de commerce pour les activités commerciales ou artisanales, et le tribunal judiciaire dans les autres cas. Le dirigeant n’est pas tenu d’informer le comité social et économique de cette désignation. Le délai de mission est généralement de quelques mois, renouvelable une fois.

La conciliation devant le tribunal de commerce

La conciliation constitue une procédure plus formalisée que le mandat ad hoc, bien qu’elle demeure entièrement confidentielle. Cette procédure s’adresse aux débiteurs qui éprouvent une difficulté juridique, économique ou financière avérée ou prévisible, sans être en cessation des paiements depuis plus de quarante-cinq jours.

Selon l’article L. 611-4 du Code de commerce (texte officiel) :

« Il est institué, devant le tribunal de commerce, une procédure de conciliation dont peuvent bénéficier les débiteurs exerçant une activité commerciale ou artisanale qui éprouvent une difficulté juridique, économique ou financière, avérée ou prévisible, et ne se trouvent pas en cessation des paiements depuis plus de quarante-cinq jours. »

Le conciliateur, désigné par le président du tribunal, reçoit une mission précise. Il doit favoriser l’aboutissement d’un accord entre le débiteur et ses principaux créanciers. Cet accord, une fois conclu, peut être homologué par le tribunal. L’homologation confère à l’accord une force exécutoire équivalente à celle d’un jugement.

La durée de la mission de conciliation ne peut excéder quatre mois. Ce délai est prolongeable une fois pour une durée maximale de quatre mois supplémentaires. Le coût de la procédure est supporté par le débiteur, sous réserve d’une éventuelle prise en charge par l’État pour les très petites entreprises.

Mandat ad hoc, conciliation ou sauvegarde : quel dispositif choisir ?

Le dirigeant en difficulté dispose de trois outils préventifs distincts. Le choix dépend de la gravité de la crise, du nombre de créanciers concernés et de l’urgence de la situation.

Critère Mandat ad hoc Conciliation Sauvegarde judiciaire
Publicité Aucune Aucune Mention au BODACC
Ouverture Président du tribunal Président du tribunal Tribunal (jugement)
Délai Quelques mois 4 mois, renouvelable une fois 6 à 18 mois
Créanciers visés Créanciers choisis par le dirigeant Créanciers essentiels Tous les créanciers
Force exécutoire Aucune (accord privé) Oui, après homologation Oui, plan arrêté par jugement
Coût Modéré (honoraires du mandataire) Modéré (honoraires du conciliateur) Élevé (administrateur judiciaire)
Seuil de difficulté Difficulté prévisible Difficulté avérée ou prévisible Difficultés non surmontables sans protection
Cessation des paiements Interdite Interdite depuis plus de 45 jours Non requise, mais tolérée si < 45 jours

Le mandat ad hoc convient aux situations où le dirigeant anticipe une difficulté et souhaite négocier avec un ou deux créanciers stratégiques en toute discrétion. La conciliation s’impose lorsque plusieurs créanciers doivent être associés à une restructuration et que l’accord nécessite une force exécutoire. La sauvegarde judiciaire, prévue par l’article L. 620-1 du Code de commerce (texte officiel), constitue le dernier rempart avant le redressement judiciaire.

Les étapes pour activer une procédure préventive

Le dirigeant qui souhaite éviter le redressement judiciaire doit suivre une démarche rigoureuse. Chaque étape conditionne la réussite de la négociation avec les créanciers.

  1. Constituer un dossier financier complet. Il comprend les états financiers des trois derniers exercices, le budget prévisionnel, l’état détaillé des créances et un exposé des difficultés rencontrées.

  2. Identifier le tribunal compétent. Le tribunal de commerce connaît des activités commerciales et artisanales. Le tribunal judiciaire est compétent pour les autres formes d’activité.

  3. Rédiger une requête motivée. Cette requête expose la situation économique et financière de l’entreprise. Elle précise l’objet de la mission demandée et, le cas échéant, le nom du mandataire ou du conciliateur proposé.

  4. Déposer la requête au greffe du tribunal. Le dépôt se fait en personne ou par l’intermédiaire d’un avocat. Aucune audience n’est requise pour la désignation d’un mandataire ad hoc.

  5. Attendre l’ordonnance de désignation. Le président du tribunal statue par ordonnance dans un délai de quelques jours à quelques semaines. L’ordonnance détermine la mission et la rémunération du mandataire.

  6. Négocier avec les créanciers. Le mandataire ad hoc ou le conciliateur organise les discussions. Il recherche un accord amiable répondant aux intérêts de toutes les parties.

  7. Homologuer l’accord en cas de conciliation. L’accord de conciliation, une fois conclu, peut être soumis au tribunal pour homologation. Cette formalité confère à l’accord la force exécutoire d’une décision de justice.

  8. Exécuter l’accord. Le dirigeant respecte scrupuleusement les engagements pris. Tout défaut d’exécution expose l’entreprise à une nouvelle procédure collective, souvent plus lourde.

Le secret absolu de ces procédures

La confidentialité constitue le pilier des procédures préventives. Sans ce secret, les créanciers hésiteraient à négocier et les partenaires commerciaux fuiraient l’entreprise en difficulté.

L’article L. 611-15 du Code de commerce (texte officiel) énonce une obligation générale :

« Toute personne qui est appelée à la procédure de conciliation ou à un mandat ad hoc ou qui, par ses fonctions, en a connaissance est tenue à la confidentialité. »

La Cour de cassation a précisé l’étendue de cette obligation dans un arrêt du 5 octobre 2022 :

« Il résulte de l’article L. 611-15 du code de commerce que toute personne qui est appelée à la procédure de conciliation ou à un mandat ad hoc ou qui, par ses fonctions, en a connaissance est tenue à la confidentialité. » (Cass. com., 5 oct. 2022, n° 21-13.108, décision)

Cette confidentialité s’impose à tous les participants : le dirigeant, le mandataire, les créanciers, les commissaires aux comptes et les éventuels conseils. La Cour de cassation l’a rappelé dans un arrêt du 13 juin 2019 relatif à la divulgation par un organe de presse :

« En imposant un devoir de confidentialité à toutes les personnes appelées à une procédure de conciliation ou de mandat ad hoc ou qui, par leurs fonctions, en ont connaissance, l’article L. 611-15 du code de commerce a posé le principe de la confidentialité des informations relatives à ces procédures, qui se justifie par la nécessité de protéger, notamment, les droits et libertés des entreprises qui y recourent. » (Cass. com., 13 juin 2019, n° 18-10.688, décision)

En conséquence, la divulgation d’informations relatives à un mandat ad hoc ou à une conciliation engage la responsabilité civile de son auteur. La réparation est appréciée au regard du préjudice subi par l’entreprise.

Quand la conciliation échoue : vers le redressement judiciaire

Le mandat ad hoc et la conciliation ne garantissent pas le salut de l’entreprise. Lorsque les négociations échouent ou que la situation financière se dégrade trop rapidement, le tribunal de commerce peut être saisi d’une demande d’ouverture de redressement judiciaire.

Le tribunal de commerce de Clermont-Ferrand a illustré cette transition dans un jugement du 2 avril 2026. Dans cette affaire, une procédure de conciliation avait été ouverte à l’égard d’une société industrielle. Le conciliateur avait reçu une offre de reprise insuffisante sur le plan financier. Il a sollicité l’ouverture d’un redressement judiciaire pour permettre l’émergence d’offres de reprise plus favorables :

« Attendu que le conciliateur indique, après avoir procédé aux publicités nécessaires, avoir reçu dans ce cadre une offre de reprise intéressante au plan social et au plan du maintien de l’activité, mais insuffisante au plan financier. » (TCE Clermont-Ferrand, 2 avr. 2026, n° 2026005309, décision)

Ce jugement montre que la conciliation peut constituer une étape intermédiaire utile. Elle permet de tester la viabilité d’une reprise avant d’engager une procédure collective plus contraignante. Le dirigeant qui anticipe cette éventualité préserve ainsi les chances de survie de son entreprise.

Il importe de noter que l’échec d’un mandat ad hoc ou d’une conciliation n’interdit pas l’ouverture ultérieure d’une procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire. Le tribunal apprécie souverainement la situation au jour de la demande.

Mandat ad hoc et conciliation à Paris et en Île-de-France

La pratique des procédures préventives à Paris présente des spécificités liées à la densité économique de la région. Les tribunaux de commerce de Paris, de Versailles et de Bobigny traitent un volume important de dossiers de mandats ad hoc et de conciliations.

Le tribunal de commerce de Paris dispose d’une expertise reconnue en matière de restructuration d’entreprises. Les juges consulaires y sont familiarisés avec les dossiers complexes impliquant des groupes internationaux ou des start-ups en croissance. Les délais d’obtention d’une ordonnance de désignation sont généralement courts, de l’ordre de quelques jours à deux semaines.

En Île-de-France, le coût des mandataires ad hoc et des conciliateurs tend à être plus élevé qu’en province. Les honoraires sont librement fixés par le président du tribunal, dans la limite d’un plafond réglementaire. La Cour de cassation a précisé que le montant maximal de la rémunération doit figurer dans l’ordonnance de désignation :

« Il résulte de la combinaison des articles L. 611-14 et R. 611-47 à R. 611-49 du code de commerce que le montant maximal de la rémunération du mandataire ad hoc ou du conciliateur est compris dans les conditions de celle-ci et doit donc figurer dans les propositions que ces derniers sont tenus d’adresser au débiteur sur leur rémunération ainsi que dans l’ordonnance du président les désignant. » (Cass. com., 3 oct. 2018, n° 17-14.522, décision)

Le dirigeant d’une entreprise francilienne doit préparer un dossier particulièrement rigoureux. Notre cabinet intervient régulièrement en droit des affaires et procédures collectives à Paris. Les créanciers bancaires et les fonds d’investissement présents dans la région exigent des garanties solides avant d’accepter toute restructuration de dette.

Questions fréquentes

Le mandat ad hoc est-il obligatoire avant une conciliation ?

Non. Ces deux procédures sont indépendantes. Le dirigeant peut solliciter directement une conciliation sans avoir préalablement désigné un mandataire ad hoc. Le choix dépend de la complexité du dossier et du nombre de créanciers concernés.

Les salariés sont-ils informés de la procédure ?

Le dirigeant n’est pas tenu d’informer le comité social et économique de la désignation d’un mandataire ad hoc. Pour la conciliation, l’information du CSE n’est pas obligatoire non plus, sauf si l’accord envisagé a des incidences directes sur l’emploi.

Une entreprise en cessation des paiements peut-elle bénéficier d’une conciliation ?

Non, si la cessation des paiements dure depuis plus de quarante-cinq jours. Au-delà de ce délai, seules les procédures de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de liquidation sont ouvertes. Le décompte des quarante-cinq jours court à partir du jour où l’entreprise a cessé de payer ses dettes exigibles.

L’accord de conciliation homologué peut-il être remis en cause ?

L’accord homologué par le tribunal fait l’objet d’une force exécutoire. Il ne peut être modifié que par un nouvel accord entre les parties, homologué à son tour. En cas de défaut d’exécution, les créanciers peuvent saisir le juge de l’exécution pour faire appliquer les engagements pris.

Quel est le coût d’un mandat ad hoc ?

La rémunération du mandataire ad hoc est fixée par le président du tribunal, après proposition du candidat et accord du débiteur. Elle tient compte de la complexité du dossier, du temps passé et des diligences accomplies. Le débiteur supporte l’intégralité de cette rémunération, sauf aide publique pour les très petites entreprises.

Le mandataire ad hoc peut-il gérer l’entreprise à la place du dirigeant ?

Non. Le mandataire ad hoc n’a aucun pouvoir de gestion. Il assiste et conseille le dirigeant dans ses négociations. Le dirigeant conserve l’intégralité de ses prérogatives et de ses responsabilités. Cette différence fondamentale distingue le mandat ad hoc de la procédure de redressement judiciaire avec administrateur judiciaire.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier ?

Le mandat ad hoc et la conciliation exigent une préparation rigoureuse et un timing précis. Une erreur dans le dépôt de la requête ou une négociation mal menée peut condamner l’entreprise à un redressement judiciaire. Le cabinet Kohen Avocats accompagne les dirigeants à chaque étape de ces procédures préventives.

Consultation sous 48 heures. Appel au 06 46 60 58 22 ou via notre formulaire de contact. Interventions à Paris et en Île-de-France.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».