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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
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Cour d’assises : les vérifications essentielles de l’avocat pour contester la régularité du jury et des débats

La cour d’assises est la seule juridiction pénale française où des citoyens tirés au sort participent directement au jugement des infractions les plus graves. Cette particularité confère au procès d’assises une dimension procédurale spécifique dont la maîtrise est indispensable pour assurer une défense efficace. Quels sont les points de contrôle essentiels que l’avocat doit vérifier pour protéger les droits de l’accusé ?

La composition régulière du jury : un préalable à toute condamnation

Le Code de procédure pénale encadre strictement la formation du jury. L’article 296 impose une composition de six jurés en premier ressort et de neuf en appel, complétés par des jurés supplémentaires. Le non-respect de l’ordre du tirage au sort pour le remplacement d’un juré empêché constitue une irrégularité sanctionnée par la cassation. La chambre criminelle l’a rappelé dans un arrêt du 9 avril 2025 (n° 24-82.820), en censurant une cour d’assises qui n’avait pas suivi l’ordre légal de remplacement.

Le droit de récusation représente un levier stratégique majeur. L’accusé et son avocat récusent en premier, avant le ministère public, avec un nombre de récusations supérieur (quatre contre trois en premier ressort, cinq contre quatre en appel). La Cour de cassation a souligné, le 9 mars 2022 (n° 21-82.136), que la défense doit disposer de la liste complète du jury de session pour exercer ce droit de manière éclairée. Toute restriction à cette information peut fonder une demande d’annulation.

L’oralité des débats : un principe d’ordre public au service de la défense

L’oralité est le socle du procès d’assises. Contrairement à la procédure correctionnelle où le juge se fonde largement sur le dossier écrit, les jurés d’assises doivent forger leur conviction exclusivement sur ce qui est dit et montré à l’audience. La chambre criminelle a consacré ce principe comme étant d’ordre public dans un arrêt du 21 juin 2023 (n° 22-83.967 et 22-83.968), en interdisant la projection de pièces à l’écran sans lecture préalable.

En pratique, l’avocat doit être attentif à tout procédé qui contournerait l’oralité : diaporamas non lus, résumés écrits distribués aux jurés, ou utilisation de notes internes pendant les délibérations. Le recours à un avocat maîtrisant la défense devant la cour d’assises permet de déceler ces irrégularités et de les soulever utilement.

La motivation de l’arrêt : un contrôle renforcé par la jurisprudence

Depuis 2011, la cour d’assises est tenue de motiver ses arrêts de condamnation. L’article 365-1 du Code de procédure pénale exige l’énoncé des principaux éléments à charge pour chacun des faits reprochés. La chambre criminelle exerce un contrôle de plus en plus exigeant sur cette obligation. L’arrêt du 22 novembre 2023 (n° 22-86.078) a ainsi cassé une condamnation pour insuffisance de motivation, confirmant la ligne inaugurée en 2013 (n° 12-86.630).

Pour l’avocat, l’examen minutieux de la feuille de motivation constitue un moyen de cassation particulièrement efficace. Une motivation qui se contente de reprendre les termes de la prévention sans individualiser les éléments de preuve retenus pour chaque fait sera censurée. L’assistance d’un avocat pénaliste expérimenté est déterminante pour identifier ces insuffisances et former un pourvoi en cassation dans les délais.

Les questions subsidiaires et le droit d’être informé

L’article 351 du Code de procédure pénale autorise le président à poser des questions subsidiaires lorsque les débats révèlent une qualification différente. Toutefois, cette possibilité ne peut être exercée sans que la défense en soit préalablement avertie, avant le réquisitoire et les plaidoiries. Ce droit à l’information permet à l’avocat d’adapter sa stratégie de défense à une éventuelle requalification des faits.

L’arrêt du 21 juin 2023 (n° 22-87.423) a par ailleurs rappelé que la conservation de certaines pièces par le président pendant le délibéré doit respecter les droits de la défense et le droit à un procès équitable. Tout manquement à cette exigence constitue un moyen de nullité susceptible d’être soulevé devant la Cour de cassation.

La procédure devant la cour d’assises exige une préparation rigoureuse et une connaissance approfondie des exigences jurisprudentielles. Les irrégularités de composition du jury, les atteintes à l’oralité des débats et les insuffisances de motivation offrent autant de leviers pour contester la régularité d’une condamnation et protéger les droits fondamentaux de l’accusé.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».