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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Comparution immédiate : comment vérifier la régularité de l’accès au dossier et préparer efficacement sa défense

La comparution immédiate place le prévenu dans une situation de grande vulnérabilité procédurale. Déféré devant le tribunal correctionnel dans les heures qui suivent sa garde à vue, il dispose d’un temps extrêmement limité pour prendre connaissance du dossier et organiser sa défense. Cette contrainte temporelle rend d’autant plus nécessaire la vérification rigoureuse de chaque étape de la procédure par le conseil du prévenu.

La jurisprudence de la Cour de cassation a progressivement construit un ensemble de garanties dont la méconnaissance peut entraîner la nullité de la procédure. Cet article examine les points de contrôle essentiels que tout avocat doit vérifier pour assurer une défense effective en comparution immédiate.

L’accès effectif au dossier numérisé : une exigence renforcée

La dématérialisation des procédures pénales a posé avec acuité la question de l’accès matériel au dossier. La chambre criminelle de la Cour de cassation a tranché cette question dans un arrêt du 9 mars 2022 (n° 21-82.580), en jugeant que la libre consultation d’un dossier numérisé implique nécessairement la mise à disposition du matériel de lecture. L’absence de ce matériel — ordinateur ou tablette — constitue une cause de nullité textuelle, sans qu’il soit nécessaire de démontrer un grief.

En pratique, le conseil du prévenu doit donc vérifier, dès le stade du défèrement, que le dossier lui a été effectivement communiqué dans des conditions permettant une consultation réelle et non simplement formelle. Si le dossier est exclusivement numérique et qu’aucun appareil n’a été mis à disposition, il convient de le consigner immédiatement au procès-verbal et de soulever la nullité devant le tribunal.

Le droit au silence et la portée des déclarations sans avocat

L’un des apports majeurs de la jurisprudence récente concerne la valeur probatoire des déclarations faites par le prévenu en l’absence de son avocat lors du défèrement. La Cour de cassation a jugé, dans deux arrêts successifs des 18 octobre 2022 (n° 22-81.934) et 7 décembre 2022 (n° 22-85.667), que ces déclarations ne peuvent constituer le seul fondement d’une condamnation, même lorsque le prévenu a été informé de son droit de se taire.

Ce principe renforce considérablement la protection du prévenu déféré : si la condamnation repose principalement sur des aveux recueillis hors la présence de l’avocat, elle est susceptible d’être censurée. Le recours à un avocat intervenant dès le défèrement en comparution immédiate est ainsi déterminant pour préserver les droits de la personne poursuivie.

Le respect des délais : un enjeu fondamental

Le non-respect du délai de vingt heures entre la fin de la garde à vue et la présentation devant le tribunal constitue une irrégularité grave. La Cour de cassation l’a rappelé dans un arrêt du 6 décembre 2005 (n° 05-82.450), en annulant le procès-verbal de comparution immédiate et en ordonnant la remise en liberté du prévenu retenu au-delà du délai légal.

De même, le Conseil constitutionnel a censuré l’article 396 du Code de procédure pénale dans sa décision du 4 mars 2021 (n° 2020-886 QPC), faute de prévoir l’information du droit de se taire devant le juge des libertés et de la détention. Cette décision a profondément modifié la pratique du défèrement et du placement en détention dans l’attente du renvoi.

Demander le renvoi : un droit absolu à exercer avec discernement

Le prévenu dispose d’un droit au renvoi qui est de droit lorsqu’il le demande. Ce renvoi permet de bénéficier d’un délai de quatre à dix semaines pour préparer sa défense, consulter le dossier et réunir des éléments en sa faveur. La Cour de cassation a précisé que la mention du jugement constatant le consentement du prévenu à être jugé immédiatement fait foi jusqu’à inscription de faux (Cass. crim., 12 avr. 2016, n° 16-81.015), ce qui rend contestable tout retour ultérieur sur un consentement donné à l’audience.

L’exercice du droit au renvoi doit être apprécié au cas par cas par les avocats pénalistes du cabinet, en fonction de la solidité du dossier, des mesures de sûreté susceptibles d’être ordonnées et de la situation personnelle du prévenu.

Conclusion

La comparution immédiate exige une réactivité et une rigueur procédurale absolues de la part de l’avocat. Chaque irrégularité — défaut d’accès au dossier, absence de notification du droit au silence, non-respect des délais — constitue un levier de défense qu’il convient d’identifier et d’exploiter sans délai. La présence d’un avocat pénaliste dès les premières heures de la procédure est le meilleur rempart contre les atteintes aux droits du prévenu.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».