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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

DPE qui change après le compromis : peut-on refuser de signer ou demander une baisse du prix ?

Un acheteur peut découvrir, entre le compromis et l’acte authentique, qu’un nouveau diagnostic de performance énergétique classe le logement plus bas que prévu.

La situation est fréquente lorsque le premier DPE arrive à expiration, lorsqu’une erreur est relevée par le notaire, lorsqu’un diagnostiqueur reprend les données techniques, ou lorsqu’un acquéreur demande un second avis avant de signer.

Le réflexe consiste souvent à vouloir bloquer la vente, demander une baisse du prix, ou refuser la signature chez le notaire.

Ce réflexe peut coûter cher.

Le DPE est un document essentiel de la vente immobilière. Il doit être intégré au dossier de diagnostic technique remis à l’acquéreur. Mais un changement de classe énergétique ne donne pas automatiquement le droit de sortir du compromis.

Tout dépend de quatre points : ce qui a été annexé au compromis, ce que le vendeur savait, ce que l’acheteur a réellement appris après la signature, et ce que le compromis prévoit en cas d’information énergétique inexacte.

Pourquoi le DPE pèse autant dans une vente en 2026

Le DPE n’est plus un simple document administratif.

Il influence le prix, le financement, les travaux à prévoir, la mise en location future du logement et la stratégie patrimoniale de l’acquéreur.

Un appartement annoncé en classe D n’a pas la même valeur pratique qu’un logement finalement classé F ou G. L’acquéreur ne regarde plus seulement la surface, l’adresse et l’état apparent. Il regarde aussi le coût énergétique, les travaux imposés par le marché, la possibilité de louer, et le risque de décote à la revente.

Service-public rappelle que le vendeur doit fournir à l’acquéreur les diagnostics immobiliers obligatoires dans un dossier de diagnostic technique. Le DPE fait partie de ces documents lorsque le bien vendu est concerné : diagnostics immobiliers à fournir en cas de vente d’un logement.

Service-public précise également que le DPE est réalisé à l’initiative du propriétaire vendeur ou bailleur pour informer le futur acquéreur ou locataire sur la performance énergétique du bien : diagnostic de performance énergétique.

Cette information est donc centrale.

Elle ne suffit pas, à elle seule, à effacer le compromis déjà signé.

Le compromis reste obligatoire sauf clause ou vice du consentement

Un compromis de vente engage en principe le vendeur et l’acquéreur.

Si les conditions suspensives sont réalisées, chacun doit signer l’acte authentique. Le refus injustifié d’un acquéreur peut entraîner une demande de clause pénale, une indemnisation, voire une action en vente forcée selon la rédaction du compromis.

La découverte d’un DPE plus mauvais ne permet donc pas de dire simplement : « je ne signe plus ».

Il faut d’abord relire le compromis.

Trois hypothèses doivent être distinguées.

Première hypothèse : le DPE dégradé était déjà annexé au compromis. Dans ce cas, l’acquéreur avait l’information au moment de s’engager. Il sera difficile de soutenir ensuite que cette information justifie un refus de signer, sauf erreur matérielle, incohérence manifeste, ou engagement particulier du vendeur.

Deuxième hypothèse : le compromis mentionnait une classe énergétique plus favorable que celle révélée ensuite par un nouveau DPE. C’est le cas le plus sensible. Il faut vérifier si la classe énergétique figurait seulement dans une annonce, dans le DPE annexé, dans une clause contractuelle, ou dans une déclaration expresse du vendeur.

Troisième hypothèse : aucun DPE valable n’a été remis au moment du compromis, ou le document remis était périmé, incomplet, incohérent ou impossible à rattacher au bien vendu. Dans ce cas, l’acquéreur dispose d’un angle de contestation plus sérieux, surtout si l’information énergétique a déterminé son consentement.

Le point décisif n’est donc pas seulement la nouvelle lettre du DPE.

Le point décisif est la preuve de ce qui a été promis, remis et compris au moment de la signature.

Quand une baisse de prix peut être demandée

La baisse de prix est souvent la solution pratique.

Elle évite une rupture brutale de la vente et permet de tenir compte du coût des travaux, de la décote du bien ou du risque locatif.

Mais elle ne s’impose pas automatiquement au vendeur.

L’acquéreur peut demander une renégociation lorsque le nouveau DPE révèle une différence substantielle avec l’information reçue avant le compromis. Cette différence est d’autant plus sérieuse qu’elle fait basculer le bien dans une classe qui change concrètement le projet.

Exemples fréquents :

un bien présenté comme classe D ressort finalement en F ;

un logement acheté pour être loué se révèle plus exposé aux contraintes des passoires énergétiques ;

un audit énergétique devient nécessaire ou révèle un coût de travaux significatif ;

la banque revoit son analyse du dossier après la découverte d’une performance énergétique beaucoup plus faible ;

le prix convenu reposait sur une information énergétique erronée.

Dans ces situations, l’acquéreur doit éviter les formules générales.

Il faut chiffrer.

Un second DPE, un devis de travaux, un audit énergétique, une estimation de décote, ou un échange bancaire sont plus utiles qu’un simple reproche adressé au vendeur.

La demande doit être écrite, datée et précise. Elle doit indiquer la différence constatée, les documents concernés, la conséquence sur le projet, et la proposition concrète : baisse du prix, prise en charge de certains travaux, prorogation du délai de signature ou clause de garantie complémentaire.

Quand le refus de signer devient défendable

Le refus de signer doit rester une décision de dernier ressort.

Il devient envisageable lorsque l’information énergétique fausse touche au coeur du consentement de l’acquéreur.

Ce sera plus défendable si le compromis ou les échanges précontractuels montrent que la classe énergétique était une condition déterminante de l’achat.

Ce sera aussi plus défendable si le vendeur ou l’intermédiaire a transmis une information inexacte, masqué un ancien diagnostic défavorable, ou laissé croire que le bien avait une performance énergétique qu’il n’avait pas.

En revanche, le dossier sera fragile si l’acquéreur se contente de dire qu’il regrette son achat après avoir découvert que des travaux seront nécessaires.

Il faut une démonstration.

L’acquéreur doit réunir le compromis, l’annonce, le DPE annexé, le nouveau DPE, les échanges avec l’agence, les courriels du notaire, les devis de travaux, et tout élément montrant que la performance énergétique a pesé dans la décision d’achat.

Avant de refuser la signature, il faut aussi vérifier le montant de la clause pénale et les conditions de séquestre.

Un refus mal préparé peut transformer une difficulté réelle en contentieux coûteux.

Le vendeur peut-il imposer la signature malgré le nouveau DPE ?

Le vendeur peut soutenir que le compromis est parfait et que l’acquéreur doit signer.

Son argument est plus fort si le DPE remis au compromis était valable, si aucune garantie particulière n’a été donnée, et si le nouveau diagnostic ne révèle pas une erreur déterminante mais une appréciation différente.

Le vendeur peut alors demander au notaire de constater la carence de l’acquéreur. Il peut ensuite réclamer l’application de la clause pénale ou engager une action pour faire juger la vente parfaite.

L’acquéreur ne doit donc pas traiter le rendez-vous de signature comme une simple formalité qu’il pourrait annuler par courriel.

S’il existe un désaccord sérieux, il faut le formaliser avant l’acte.

La bonne méthode consiste à écrire au notaire et au vendeur, pièces à l’appui, en demandant soit une renégociation, soit une prorogation, soit la consignation du désaccord dans un procès-verbal de difficulté.

Cette étape permet de montrer que l’acquéreur ne se dérobe pas sans motif, mais qu’il demande une clarification sur une information contractuelle déterminante.

Que doit vérifier l’acquéreur avant de négocier

La première vérification porte sur la date et l’identification du DPE.

Le document concerne-t-il bien le lot vendu ? L’adresse, le bâtiment, l’étage, les annexes, la surface et le numéro de lot correspondent-ils au compromis ?

La deuxième vérification porte sur sa validité.

Un diagnostic ancien, incohérent ou remplacé par un nouveau document peut créer une difficulté si le compromis s’appuie sur une information qui n’est plus fiable au moment de signer l’acte.

La troisième vérification porte sur les clauses du compromis.

Certaines promesses renvoient expressément au dossier de diagnostic technique. D’autres contiennent une clause indiquant que l’acquéreur déclare avoir reçu les diagnostics et en faire son affaire personnelle. D’autres encore prévoient une condition liée au financement, aux travaux ou à la destination du bien.

La quatrième vérification porte sur le projet d’achat.

Un DPE plus mauvais n’a pas le même impact pour un acquéreur qui achète sa résidence principale, pour un investisseur locatif, pour un marchand de biens ou pour une SCI familiale.

Un investisseur qui ne peut plus louer dans les conditions envisagées aura un argument plus concret qu’un acquéreur qui découvre seulement un inconfort énergétique.

À Paris et en Île-de-France, le sujet est encore plus sensible

À Paris et en Île-de-France, une mauvaise classe énergétique peut changer l’équilibre financier de l’achat.

Le prix au mètre carré est élevé. La moindre décote se chiffre vite. Les copropriétés anciennes imposent souvent des travaux collectifs longs, coûteux et dépendants des votes d’assemblée générale.

Un acquéreur qui découvre après compromis un DPE nettement plus défavorable doit donc regarder au-delà du seul diagnostic.

Il faut vérifier le règlement de copropriété, les derniers procès-verbaux d’assemblée générale, le plan pluriannuel de travaux lorsqu’il existe, les appels de fonds votés, et les éventuels travaux énergétiques discutés mais non encore adoptés.

Si le bien est destiné à la location, il faut aussi vérifier si le projet reste viable.

Un logement acheté à Paris pour être loué ne se traite pas comme une résidence principale achetée pour être occupée immédiatement. La rentabilité, la capacité de financement et le risque de vacance peuvent être affectés par une classe énergétique plus mauvaise que celle présentée avant le compromis.

Que faire concrètement dans les 48 heures

Il faut d’abord demander au notaire une copie complète du dossier de diagnostic technique annexé au compromis et du dossier destiné à l’acte authentique.

Il faut ensuite comparer ligne par ligne les deux DPE : date, numéro, méthode, surface, système de chauffage, isolation, ventilation, consommations et classe retenue.

Il faut demander au diagnostiqueur, par écrit, les raisons de la différence si les deux diagnostics divergent fortement.

Il faut réunir les éléments qui montrent que la performance énergétique était déterminante : annonce, offre d’achat, échanges avec l’agence, simulations de travaux, dossier bancaire, projet locatif.

Il faut enfin écrire au vendeur avant la signature.

La demande peut être ferme sans être brutale : l’acquéreur constate une divergence énergétique substantielle, sollicite une explication, demande une prorogation du délai de signature et propose une renégociation du prix ou une garantie contractuelle.

Le silence est rarement une bonne stratégie.

Une absence au rendez-vous de signature, sans courrier préalable et sans dossier de preuve, expose l’acquéreur à une position défensive.

Les erreurs à éviter

La première erreur est de refuser de signer par principe, sans avoir relu la clause pénale.

La deuxième erreur est de confondre mauvais DPE et vice caché. Un mauvais classement énergétique peut révéler un défaut, mais il ne constitue pas toujours un vice caché autonome.

La troisième erreur est de s’en prendre uniquement au vendeur alors que le diagnostiqueur, l’agence ou le notaire peuvent avoir joué un rôle différent dans la circulation de l’information.

La quatrième erreur est de demander une baisse de prix sans chiffrage.

La cinquième erreur est d’attendre la veille de l’acte authentique.

Dans un dossier de vente immobilière, le calendrier compte autant que le fond. Plus la contestation arrive tard, plus elle doit être documentée.

Quand consulter rapidement un avocat

L’intervention d’un avocat devient utile lorsque le vendeur refuse toute discussion, lorsque le notaire maintient la signature malgré une difficulté sérieuse, ou lorsque le séquestre risque d’être bloqué.

Elle est aussi utile lorsque l’acquéreur envisage de ne pas signer.

À ce stade, il ne s’agit pas seulement de discuter du DPE. Il s’agit d’évaluer le risque de clause pénale, la possibilité d’une renégociation, les preuves disponibles, les responsabilités éventuelles et la meilleure position à prendre avant que le litige ne soit figé.

Pour un panorama plus large sur les diagnostics immobiliers contestés, vous pouvez également consulter notre article sur le diagnostic immobilier contesté lors d’une vente.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier.

Vous avez signé un compromis et un nouveau DPE remet en cause le prix, le financement ou la signature de l’acte.

Le cabinet peut organiser une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat pour relire le compromis, le DPE, les échanges du notaire et la stratégie à adopter avant la signature.

Appelez le 06 46 60 58 22 ou écrivez via le formulaire de contact du cabinet.

Pour un bien situé à Paris ou en Île-de-France, l’analyse doit intégrer le calendrier notarial, le tribunal compétent, la clause pénale, le séquestre et les pièces à réunir avant toute décision de refus de signer.

Envoyez vos pièces. Recevez une stratégie.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».