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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
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Accusé d’agression sexuelle : comment se déroule la procédure pénale et quels sont vos droits

Être accusé d’agression sexuelle est une épreuve qui bouleverse la vie de la personne mise en cause et de son entourage. Dès la phase d’enquête, les actes de procédure s’enchaînent rapidement : audition libre ou garde à vue, confrontation avec la partie plaignante, éventuelles expertises médico-légales et psychologiques. Comprendre le déroulement de la procédure pénale et connaître ses droits constitue un préalable indispensable pour organiser sa défense de manière efficace.

Le déclenchement de la procédure : plainte et enquête préliminaire

La procédure débute le plus souvent par le dépôt d’une plainte auprès des services de police ou de gendarmerie, ou directement auprès du procureur de la République. À ce stade, une enquête préliminaire est ouverte, au cours de laquelle les enquêteurs procèdent aux auditions de la partie plaignante, des témoins éventuels et de la personne mise en cause. L’article 222-22 du Code pénal définit l’agression sexuelle comme « tout acte sexuel non consenti commis sur la personne d’autrui », la question du consentement étant désormais au cœur de la qualification pénale depuis la réforme du 21 avril 2021.

La personne suspectée peut être entendue en audition libre ou placée en garde à vue. Dans cette dernière hypothèse, elle bénéficie du droit à l’assistance immédiate d’un avocat, du droit au silence et du droit de faire prévenir un proche. L’intervention précoce d’un avocat spécialisé dans la défense des personnes accusées d’agression sexuelle est déterminante pour préserver les droits de la personne gardée à vue et orienter la suite de la procédure.

L’instruction judiciaire et les expertises

Lorsque les faits sont d’une certaine gravité ou que les circonstances le justifient, le procureur de la République peut requérir l’ouverture d’une information judiciaire. Un juge d’instruction est alors désigné, qui dispose de pouvoirs d’investigation étendus : perquisitions, écoutes téléphoniques, commissions rogatoires, et surtout la possibilité d’ordonner des expertises médicales et psychologiques.

L’expertise médico-légale, portant sur les constatations physiques, et l’expertise psychologique, évaluant la crédibilité des déclarations, jouent un rôle central dans ces dossiers. La défense a le droit de solliciter une contre-expertise ou de demander l’audition de témoins supplémentaires. La chambre criminelle de la Cour de cassation a rappelé à plusieurs reprises que le juge d’instruction doit instruire à charge et à décharge (Cass. crim., 7 décembre 2005, n° 05-81.316), ce qui impose de rechercher également les éléments favorables à la personne mise en examen.

Le jugement devant le tribunal correctionnel

L’agression sexuelle sans pénétration constitue un délit jugé par le tribunal correctionnel. Les peines encourues vont de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende pour l’agression sexuelle simple (article 222-27 du Code pénal) à dix ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende lorsque la victime est un mineur de quinze ans (article 222-30).

À l’audience, la défense peut contester la qualification pénale retenue, remettre en cause les éléments de preuve, soulever des nullités de procédure ou plaider l’absence de caractérisation des éléments constitutifs de l’infraction. Le principe de la présomption d’innocence impose au ministère public de démontrer, au-delà de tout doute raisonnable, l’existence de l’ensemble des éléments constitutifs de l’agression sexuelle.

Les enjeux pour la personne accusée

Au-delà de la peine d’emprisonnement, une condamnation pour agression sexuelle emporte des conséquences considérables : inscription au casier judiciaire, inscription au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles (FIJAIS), obligation de suivi socio-judiciaire, et répercussions professionnelles et personnelles durables. C’est pourquoi l’assistance d’un avocat pénaliste expérimenté est essentielle à chaque étape de la procédure.

La stratégie de défense doit être construite dès les premiers instants de la procédure. Le choix entre la contestation des faits, la discussion de la qualification juridique ou la recherche de circonstances atténuantes dépend des éléments du dossier et de l’analyse approfondie des pièces de la procédure.

Conclusion

Face à une accusation d’agression sexuelle, la réactivité et la technicité de la défense sont déterminantes. La complexité de la procédure pénale en matière d’infractions sexuelles, renforcée par les réformes récentes, exige une maîtrise approfondie du droit pénal et de la procédure. Se faire accompagner par un avocat dès la garde à vue permet de garantir le respect de ses droits et de préparer une défense solide devant le tribunal correctionnel.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».