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Maître Reda KOHEN
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Assurance loyer impayé et garant : peut-on demander les deux au locataire ?

Les impayés de loyer sont revenus au centre du débat en 2026. Les règles de traitement des dettes locatives évoluent pour les aides au logement, les propriétaires cherchent à mieux sécuriser leurs revenus, et les locataires voient de plus en plus souvent leur dossier bloqué faute de garant ou d’assurance loyers impayés.

Dans cette tension, une erreur revient souvent : demander au locataire une assurance loyers impayés, ou l’imposer via l’agence, tout en exigeant en plus une caution solidaire. Pour un bail d’habitation soumis à la loi du 6 juillet 1989, cette double garantie est en principe interdite. Le bailleur doit choisir, sauf exceptions précises.

La règle est simple à énoncer, mais elle produit des conséquences pratiques importantes. Un propriétaire peut perdre la caution s’il a déjà souscrit une garantie loyers impayés. Un locataire peut contester une exigence abusive. Une agence peut exposer son mandant à un acte inutile, voire à un conflit dès la signature du bail.

La règle : assurance loyers impayés ou caution, mais pas les deux

L’article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit qu’un bailleur qui a souscrit une assurance, ou toute autre forme de garantie couvrant les obligations locatives du locataire, ne peut pas demander un cautionnement. La sanction est forte : le cautionnement demandé en violation de cette règle encourt la nullité.

En pratique, cela vise la situation classique suivante :

  • le bailleur souscrit une garantie loyers impayés, souvent appelée GLI ;
  • le dossier du locataire ne rassure pas totalement l’agence ou le propriétaire ;
  • le bailleur demande malgré tout à un parent, un proche ou un tiers de signer un acte de caution solidaire.

Ce cumul est interdit pour les baux d’habitation classiques. La logique est de ne pas multiplier les sûretés contre le locataire lorsque le bailleur a déjà transféré le risque à un assureur ou à un dispositif de garantie.

La règle ne concerne pas le dépôt de garantie. Le dépôt de garantie, souvent appelé à tort « caution », est une somme versée au début du bail pour couvrir certaines dettes ou dégradations à la sortie. Il peut coexister avec une assurance loyers impayés, dans les limites légales applicables au montant du dépôt.

Les exceptions : étudiant ou apprenti

La loi prévoit une exception importante : le cumul reste possible lorsque le logement est loué à un étudiant ou à un apprenti.

Dans ce cas, le bailleur peut souscrire une assurance loyers impayés et demander en plus une caution. Il faut toutefois vérifier les conditions du contrat d’assurance, car certains assureurs encadrent strictement la solvabilité, la qualité de la caution, la rédaction du bail, le niveau de loyer ou le type de justificatifs acceptés.

L’exception ne doit pas être étendue au-delà de son champ. Un jeune salarié, un stagiaire, un alternant qui n’a pas le statut d’apprenti, ou un locataire en mobilité professionnelle ne rentrent pas automatiquement dans cette exception. Il faut regarder la situation juridique au jour de la signature du bail et les pièces produites.

Garant, caution, dépôt de garantie : ne pas confondre

Le mot « caution » crée beaucoup d’erreurs.

La caution, au sens juridique, est la personne qui s’engage à payer à la place du locataire si celui-ci ne paie pas. L’acte peut être simple ou solidaire. En pratique, les bailleurs demandent presque toujours une caution solidaire, car elle permet de se tourner plus directement contre le garant.

Le dépôt de garantie est une somme d’argent versée par le locataire. Pour une location vide, il est en principe limité à un mois de loyer hors charges. Pour une location meublée, il peut atteindre deux mois de loyer hors charges. Il sert notamment à couvrir certaines sommes restant dues en fin de bail ou des dégradations justifiées.

La garantie loyers impayés est un contrat souscrit par le bailleur, souvent via une agence ou un assureur. Elle peut couvrir les loyers impayés, certaines dégradations, les frais de procédure ou la protection juridique, selon le contrat.

La règle de non-cumul vise la caution personne physique ou morale demandée au locataire, pas le dépôt de garantie.

Que risque le bailleur qui exige les deux ?

Le risque principal est la nullité du cautionnement. Autrement dit, lorsque le locataire ne paie plus et que le bailleur veut poursuivre le garant, celui-ci peut opposer l’article 22-1 de la loi de 1989 si une assurance ou une autre garantie existait déjà.

Le bailleur se retrouve alors avec une garantie qu’il croyait utile mais qui peut tomber au moment où il en a besoin.

Le risque est aussi probatoire. En cas de contentieux, il faut pouvoir établir :

  • la date de souscription de l’assurance loyers impayés ;
  • la date de signature du bail ;
  • la date et le contenu de l’acte de cautionnement ;
  • la qualité du locataire, notamment étudiant ou apprenti ;
  • les garanties réellement demandées dans le dossier de location ;
  • les échanges avec l’agence ou le gestionnaire.

Si le bailleur a utilisé un modèle d’acte de caution sans vérifier la compatibilité avec la GLI, le litige portera souvent sur la validité même de l’engagement du garant.

Que peut faire un locataire à qui l’on demande les deux ?

Le locataire doit d’abord distinguer ce qui lui est demandé.

Si le bailleur demande un dépôt de garantie et indique qu’il a aussi une assurance loyers impayés, ce n’est pas nécessairement irrégulier. Si le bailleur demande un garant personne physique en plus d’une assurance loyers impayés, la situation devient contestable, sauf étudiant ou apprenti.

Avant de refuser brutalement le logement, il peut être utile de demander une clarification écrite :

  • la garantie demandée est-elle un dépôt de garantie ou une caution solidaire ?
  • le bailleur a-t-il déjà souscrit une assurance loyers impayés ?
  • l’assurance est-elle une condition imposée par l’agence ?
  • le locataire est-il visé par l’exception étudiant ou apprenti ?

Si le bail est déjà signé, le locataire ou le garant peut conserver les pièces. La contestation devient surtout utile si le bailleur tente ensuite d’actionner la caution malgré l’existence d’une assurance ou d’une autre garantie interdite en cumul.

Que peut faire un garant poursuivi après un impayé ?

Le garant ne doit pas payer sans vérifier l’acte.

Il faut relire le bail, l’acte de cautionnement et les échanges de signature. Il faut aussi demander si une garantie loyers impayés existait à la date du bail. La question est décisive : si le bailleur avait souscrit une assurance couvrant les obligations locatives du locataire et que le locataire n’était ni étudiant ni apprenti, la nullité du cautionnement peut être soulevée.

Il faut aussi vérifier les autres causes de nullité de l’acte. L’article 22-1 impose notamment la remise d’un exemplaire du contrat de location à la caution. L’article 2297 du Code civil impose une mention par laquelle la caution personne physique reconnaît son engagement, dans la limite d’un montant exprimé en toutes lettres et en chiffres.

Une défense solide ne se limite donc pas à dire « il y avait une assurance ». Elle reconstitue toute la chronologie :

  • annonce et dossier de location ;
  • pièces demandées au locataire ;
  • souscription ou existence de la GLI ;
  • signature du bail ;
  • signature de l’acte de caution ;
  • qualité du locataire ;
  • premier impayé ;
  • déclaration éventuelle à l’assureur ;
  • mise en demeure adressée au garant.

Assurance loyers impayés, Visale, garant : quelle stratégie pour le propriétaire ?

Pour un propriétaire, la bonne question n’est pas seulement « quelle garantie est la plus forte ? ». La vraie question est : quelle garantie sera valable et mobilisable le jour du litige ?

Une garantie loyers impayés peut être efficace, mais elle impose de respecter les conditions du contrat. Les assureurs contrôlent souvent le taux d’effort, la stabilité des revenus, le type de contrat de travail, les pièces justificatives et les délais de déclaration de sinistre. Un dossier mal constitué peut conduire à un refus d’indemnisation.

Une caution solidaire peut être utile lorsque le locataire ne remplit pas les critères d’une GLI, ou lorsque la relation locative ne justifie pas une assurance. Encore faut-il que l’acte soit régulier, signé correctement et proportionné au bail.

Visale obéit à ses propres règles. Elle peut sécuriser certains profils, notamment jeunes actifs ou salariés éligibles, mais elle ne doit pas être traitée comme une simple caution privée. Il faut vérifier les conditions du dispositif et éviter les cumuls interdits ou incohérents.

Le propriétaire doit donc choisir son architecture de garantie avant de signer le bail. Il ne doit pas empiler des documents pour se rassurer. Un empilement irrégulier crée parfois moins de sécurité qu’un seul mécanisme bien préparé.

Les points à vérifier avant de signer le bail

Avant la signature, le bailleur doit contrôler cinq points.

D’abord, le type de bail. La règle de l’article 22-1 vise les locations soumises à la loi du 6 juillet 1989. Une résidence principale vide ou meublée n’appelle pas la même analyse qu’un bail commercial, un bail professionnel ou une location saisonnière.

Ensuite, le statut du locataire. L’exception étudiant ou apprenti doit être vérifiée par des pièces. Il ne suffit pas que le locataire soit jeune ou en formation.

Troisièmement, l’existence d’une assurance ou d’une autre garantie. Si une GLI est souscrite, il faut regarder si le contrat permet certains montages particuliers, mais la loi prime sur les pratiques commerciales.

Quatrièmement, le contenu de l’acte de caution. La durée, le montant garanti, les mentions obligatoires, la remise du bail et la signature doivent être contrôlés.

Enfin, le calendrier. Une caution signée avant ou après la souscription d’une assurance peut poser des questions différentes. Le dossier doit être daté et conservé.

Paris et Île-de-France : pourquoi le sujet revient souvent

À Paris et en Île-de-France, les loyers élevés renforcent la tentation de multiplier les garanties. Les bailleurs veulent éviter plusieurs mois d’impayés. Les agences veulent présenter un dossier rassurant. Les locataires, eux, se heurtent à des critères de solvabilité stricts.

Cette pression ne supprime pas la règle. Un bailleur parisien ne peut pas contourner l’interdiction de cumul au motif que le loyer est élevé ou que le marché est tendu. Il peut choisir une GLI, un garant lorsque la loi le permet, Visale si les conditions sont remplies, ou un dépôt de garantie dans les limites légales. Il ne peut pas transformer le dossier de location en accumulation de sûretés incompatibles.

En cas d’impayé, le tribunal compétent sera le juge des contentieux de la protection du lieu de situation de l’immeuble pour les litiges locatifs d’habitation. Pour un bien situé à Paris ou dans les départements d’Île-de-France, il faut donc préparer le dossier avec les pièces locales du bail, les mises en demeure, les échanges d’agence et les justificatifs de garantie.

Les pièces à réunir avant de consulter

Pour un bailleur, préparez :

  • le bail signé ;
  • le dossier de candidature du locataire ;
  • le contrat ou l’attestation de garantie loyers impayés ;
  • l’acte de caution, s’il existe ;
  • les justificatifs étudiant ou apprenti, s’ils sont invoqués ;
  • les quittances, relances et mises en demeure ;
  • les déclarations faites à l’assureur ou à Visale.

Pour un locataire ou un garant, préparez :

  • l’annonce et les échanges avec l’agence ;
  • la liste des pièces exigées ;
  • le bail ;
  • l’acte de cautionnement ;
  • tout document mentionnant une assurance loyers impayés ;
  • les courriers de relance ou de mise en demeure ;
  • les preuves de paiement déjà effectuées.

Ces pièces permettent de répondre rapidement aux questions décisives : la double garantie était-elle interdite ? La caution est-elle nulle ? L’assureur peut-il refuser d’indemniser ? Le garant peut-il être poursuivi ?

Sources utiles

  • Article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989 sur Légifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000044073458
  • Article 2297 du Code civil sur Légifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000044071230
  • Service-Public, loyers impayés et aides au logement, mise à jour du 6 mars 2026 : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18832
  • Pour aller plus loin : que faire si l’assureur refuse d’indemniser le bailleur et poursuivre le garant après loyers impayés.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».