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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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ZFE maintenues : que risque une entreprise avec un utilitaire Crit’Air interdit ?

Le 21 mai 2026, le Conseil constitutionnel a censuré la suppression des zones à faibles émissions qui avait été introduite dans la loi de simplification de la vie économique. La censure ne porte pas sur l’intérêt des ZFE. Elle tient à la procédure législative : la suppression a été considérée comme trop éloignée de l’objet initial du texte.

Pour une entreprise, la conséquence pratique est immédiate : les ZFE ne disparaissent pas. Les règles locales continuent de s’appliquer. Les véhicules professionnels doivent rester vérifiés, classés, équipés de leur vignette Crit’Air et, lorsque c’est nécessaire, couverts par une dérogation.

Le sujet concerne directement les artisans, commerçants, livreurs, sociétés de maintenance, entreprises du BTP, taxis, VTC, transporteurs légers, prestataires événementiels et dirigeants qui utilisent un véhicule de société pour entrer dans Paris, Lyon, Grenoble, Strasbourg, Rouen, Montpellier, Toulouse ou d’autres métropoles concernées.

La question n’est donc plus de savoir si les ZFE vont disparaître à court terme. La bonne question est plus concrète : votre entreprise peut-elle encore faire circuler ses véhicules sans amende, sans immobilisation et sans interruption d’activité ?

Ce que change la décision du 21 mai 2026

La décision du 21 mai 2026 remet fin à une période d’incertitude. Des entreprises avaient pu comprendre que la suppression des ZFE était acquise ou imminente. Ce n’est pas le cas.

Les règles existantes restent applicables tant qu’un nouveau texte n’est pas adopté et publié. Les arrêtés locaux, les restrictions Crit’Air, les horaires d’interdiction et les dispositifs de dérogation demeurent donc les références à vérifier.

Il faut toutefois éviter une erreur d’analyse. Le Conseil constitutionnel n’a pas dit que toutes les ZFE étaient intouchables. Il a censuré la disposition qui les supprimait dans ce texte précis. Le Parlement pourra toujours reprendre le sujet dans un véhicule législatif adapté. Mais, pour une flotte professionnelle, une hypothèse politique ne suffit pas à neutraliser une obligation en vigueur.

Une entreprise qui attendrait une future réforme sans contrôler ses véhicules prend un risque opérationnel. Une tournée peut être bloquée. Un salarié peut recevoir une contravention avec un véhicule de société. Un utilitaire peut être immobilisé. Un client peut ne pas être livré dans les délais. Le sujet est juridique, mais il est aussi logistique.

Quels véhicules professionnels sont concernés ?

Tous les véhicules d’entreprise doivent être regardés. Les véhicules légers, les utilitaires de moins de 3,5 tonnes, les poids lourds, les deux-roues, les véhicules de livraison et les véhicules affectés aux dirigeants peuvent être concernés.

La vignette Crit’Air classe le véhicule selon son niveau d’émissions. Plus le numéro est élevé, plus le véhicule est considéré comme polluant. Un véhicule non classé ou classé Crit’Air 5, 4 ou 3 peut être interdit dans certaines ZFE selon la ville, le type de véhicule, la date, le jour et l’horaire.

La règle n’est pas uniforme dans toute la France. Une entreprise peut être en règle dans une ville et en infraction dans une autre. Il faut donc vérifier trois éléments :

  • la catégorie Crit’Air de chaque véhicule ;
  • le périmètre exact de la ZFE traversée ;
  • les jours, horaires et dérogations applicables dans cette zone.

Pour les entreprises implantées à Paris ou en Île-de-France, la vigilance est renforcée. Dans la ZFE de la Métropole du Grand Paris, les restrictions peuvent concerner les véhicules légers et les utilitaires selon leur vignette Crit’Air, avec des règles spécifiques pour les poids lourds. Les entreprises doivent vérifier les conditions locales avant d’organiser leurs tournées.

Quelle amende en cas de circulation interdite dans une ZFE ?

Selon Entreprendre Service Public, circuler dans une ZFE avec un véhicule léger non autorisé ou sans vignette Crit’Air peut entraîner une amende pouvant aller jusqu’à 450 euros. En pratique, l’amende forfaitaire est généralement de 68 euros pour un véhicule léger.

Pour un poids lourd non autorisé ou sans vignette Crit’Air, l’amende peut aller jusqu’à 3 750 euros. L’amende forfaitaire est généralement de 135 euros.

Le risque ne se limite pas au montant de la contravention. Le véhicule peut aussi être immobilisé ou mis en fourrière. Pour une entreprise, c’est souvent le vrai coût : retard de chantier, tournée annulée, marchandise non livrée, salarié indisponible, client mécontent, frais de récupération du véhicule.

Lorsque l’infraction est répétée, l’entreprise doit aussi anticiper le risque de désorganisation interne. Si plusieurs véhicules d’une même flotte ne sont pas conformes, le problème n’est plus isolé. Il devient un défaut de gestion de flotte.

Que faire si votre utilitaire est Crit’Air 3, 4, 5 ou non classé ?

La première étape consiste à ne pas raisonner uniquement par vignette. Il faut partir de vos trajets réels. Un utilitaire Crit’Air 3 peut être inutilement remplacé s’il ne circule jamais dans une zone interdite aux horaires concernés. À l’inverse, un véhicule utilisé seulement quelques heures par semaine peut bloquer une activité stratégique s’il sert à livrer Paris ou une métropole restrictive.

Il faut dresser une carte simple :

  • véhicule par véhicule ;
  • plaque d’immatriculation ;
  • conducteur habituel ;
  • usage : livraison, chantier, dépannage, transport client, véhicule de direction ;
  • villes traversées ;
  • fréquence d’entrée en ZFE ;
  • Crit’Air ;
  • dérogation possible ou non.

Cette cartographie permet de décider. Certains véhicules peuvent rester affectés à des trajets hors ZFE. D’autres doivent être remplacés, loués ponctuellement, mutualisés ou couverts par une dérogation. Le bon arbitrage dépend du coût du remplacement, du chiffre d’affaires attaché aux trajets concernés et de la possibilité de modifier les tournées.

Dérogations : le point à vérifier avant de payer ou remplacer

Avant de vendre un véhicule ou de refuser une mission, il faut vérifier les dérogations locales. Certaines métropoles prévoient des dérogations pour des véhicules spécifiques, des usages professionnels particuliers, des interventions urgentes, des véhicules de collection ou des situations transitoires.

La Métropole du Grand Paris prévoit notamment des dispositifs de pass et de dérogations. La page officielle de Paris sur la ZFE métropolitaine doit être consultée pour vérifier les restrictions et les démarches applicables.

La difficulté tient au fait que les dérogations ne sont pas toujours automatiques. Une entreprise doit souvent déposer une demande, fournir des justificatifs et attendre une validation. Un simple courriel interne indiquant qu’une demande sera faite ne suffit pas à sécuriser la circulation du véhicule.

Il faut conserver les preuves :

  • accusé de dépôt de la demande ;
  • décision d’acceptation ;
  • durée de validité ;
  • véhicule concerné ;
  • périmètre couvert ;
  • conditions d’utilisation ;
  • copie dans le véhicule ou accès rapide depuis le téléphone du conducteur.

En cas de contrôle, la preuve disponible immédiatement évite de transformer un problème administratif en immobilisation opérationnelle.

Qui paie l’amende : l’entreprise ou le salarié ?

Lorsque l’infraction est commise avec un véhicule de société, la réponse dépend de la situation. Si le salarié utilise le véhicule dans le cadre de son travail, l’entreprise ne peut pas traiter automatiquement l’amende comme une faute personnelle.

Il faut distinguer trois hypothèses.

Si le véhicule n’était pas conforme parce que l’entreprise n’avait pas organisé la gestion Crit’Air, le problème relève d’abord de l’employeur. Le salarié n’a pas à supporter le coût d’une carence d’organisation.

Si le salarié a volontairement emprunté un itinéraire interdit alors qu’un itinéraire conforme avait été fixé et que les règles étaient connues, l’entreprise peut envisager une réponse disciplinaire proportionnée. Il faut alors prouver l’information donnée, l’ordre de mission et la possibilité réelle d’utiliser un autre trajet.

Si le véhicule est utilisé à titre personnel en dehors du travail, le règlement intérieur, la charte véhicule et les conditions de mise à disposition doivent être relus. Une règle vague expose l’entreprise à un litige.

Le réflexe utile consiste donc à mettre à jour la charte d’utilisation des véhicules. Elle doit préciser les obligations Crit’Air, les zones interdites, la procédure de vérification avant déplacement, la conservation des justificatifs et la remontée immédiate des contraventions.

Comment contester une amende ZFE ?

Une amende ZFE peut être contestée lorsque les faits ne correspondent pas à la réalité ou lorsque l’entreprise dispose d’un élément juridique sérieux.

Les cas les plus fréquents sont les suivants :

  • véhicule autorisé dans la zone à la date et à l’heure du contrôle ;
  • vignette Crit’Air commandée ou détenue mais mal prise en compte ;
  • erreur sur la plaque ou sur la catégorie du véhicule ;
  • dérogation valide non intégrée dans le traitement automatisé ;
  • véhicule cédé ou loué à un tiers au moment des faits ;
  • impossibilité de circulation alternative liée à une intervention urgente, si une dérogation locale le prévoit.

La contestation doit être préparée avec des pièces. Il ne suffit pas d’écrire que l’entreprise ignorait la règle ou qu’elle attendait la suppression des ZFE. Depuis la décision du 21 mai 2026, cet argument est encore plus fragile : les restrictions n’ont pas été supprimées.

Les pièces utiles sont notamment la carte grise, le certificat Crit’Air, le contrat de location ou de cession du véhicule, la preuve de commande de la vignette, la dérogation locale, l’ordre de mission, la feuille de tournée, le bon d’intervention et les échanges avec la collectivité.

Checklist immédiate pour les entreprises

Une entreprise qui utilise des véhicules professionnels en ville devrait agir dans cet ordre.

  1. Extraire la liste complète des véhicules : voitures de société, utilitaires, poids lourds, deux-roues et véhicules loués de manière récurrente.

  2. Vérifier la vignette Crit’Air de chaque véhicule, avec une copie du justificatif conservée dans un dossier central.

  3. Identifier les trajets qui entrent dans une ZFE, surtout Paris et Île-de-France si l’entreprise intervient dans le ressort.

  4. Vérifier les restrictions locales, les horaires et les jours d’application.

  5. Déposer les demandes de pass ou de dérogation lorsque l’activité le permet.

  6. Mettre à jour les ordres de mission et la charte véhicule.

  7. Prévoir un véhicule conforme pour les missions sensibles : livraison prioritaire, chantier à pénalité, intervention client, audience ou rendez-vous contractuel.

  8. Organiser une procédure de contestation rapide si une amende arrive.

Cette méthode évite les deux mauvaises réponses : remplacer toute une flotte trop vite, ou ne rien faire en attendant une nouvelle réforme.

Paris et Île-de-France : pourquoi le sujet est sensible

À Paris et en Île-de-France, la ZFE n’est pas un sujet théorique. Beaucoup d’entreprises ont des clients dans Paris, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis ou le Val-de-Marne. Un véhicule non conforme peut suffire à désorganiser une prestation.

Les entreprises franciliennes doivent aussi tenir compte de leurs sous-traitants. Si un sous-traitant livre, installe ou intervient avec un véhicule interdit, le retard peut remonter jusqu’au donneur d’ordre. Les contrats de prestation doivent donc prévoir une obligation de conformité aux règles de circulation, avec une preuve sur demande.

Pour les marchés sensibles, il est prudent d’ajouter une clause simple : le prestataire garantit que les véhicules utilisés pour exécuter la mission peuvent circuler légalement dans les zones nécessaires à l’exécution du contrat. Cette clause n’évite pas tous les litiges, mais elle clarifie les responsabilités.

Ce qu’il faut retenir

La suppression des ZFE n’est pas entrée en vigueur. La décision du 21 mai 2026 maintient, en pratique, l’obligation de vérifier les règles locales.

Une entreprise doit donc raisonner véhicule par véhicule et mission par mission. L’enjeu n’est pas seulement l’amende. L’enjeu est la continuité de l’activité.

Le bon réflexe consiste à cartographier la flotte, vérifier les restrictions, sécuriser les dérogations, informer les conducteurs et préparer les pièces de contestation. Une entreprise qui agit maintenant réduit le risque de contravention, d’immobilisation et de conflit interne sur la prise en charge des amendes.

Pour une analyse plus large de vos obligations contractuelles et opérationnelles, le cabinet peut intervenir en droit des affaires à Paris, notamment lorsque la circulation des véhicules conditionne la livraison, l’exécution d’un contrat ou la responsabilité d’un dirigeant.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».