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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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AFFAIRE BIONDI c. ITALIE

La Cour européenne des droits de l’homme a rendu, le 8 janvier 2026, une décision relative à l’inexécution prolongée de jugements internes définitifs. Cette affaire concerne des créanciers n’ayant pu obtenir le paiement d’honoraires d’avocat malgré plusieurs titres exécutoires obtenus entre 2018 et 2020. Les requérants ont saisi la juridiction de Strasbourg en invoquant une atteinte à leur droit d’accès à un tribunal et au respect de leurs biens. Le litige porte sur l’impossibilité d’engager des procédures d’exécution forcée contre une collectivité publique déclarée en état de cessation de paiements. La Cour devait déterminer si des obstacles législatifs nationaux peuvent légitimement justifier un retard d’exécution de plusieurs années sans méconnaître les garanties conventionnelles. Les juges ont conclu à la violation de l’article 6 en soulignant l’insuffisance des efforts déployés par les autorités pour assurer l’effectivité des décisions.

I. La consécration de l’exécution comme composante essentielle du procès équitable

A. L’assimilation fonctionnelle de l’exécution au droit d’accès au juge

La Cour rappelle avec fermeté que le droit à un tribunal serait illusoire si l’ordre juridique interne permettait qu’une décision judiciaire demeure inopérante. Elle affirme que « l’exécution d’un jugement ou arrêt de quelque juridiction que ce soit doit être considérée comme faisant partie intégrante » du droit protégé. Cette position classique s’inscrit dans une volonté de garantir une protection concrète et non théorique des droits reconnus par la Convention européenne. L’acte de juger ne trouve sa finalité que dans la réalisation effective du droit reconnu au profit de la partie ayant obtenu gain de cause. Un retard excessif vide la substance du recours initial et porte atteinte à la sécurité juridique attendue par tout justiciable.

B. L’obligation de diligence active incombant aux autorités étatiques

Le juge européen estime qu’en l’espèce « les autorités n’ont pas déployé tous les efforts nécessaires pour faire exécuter pleinement et en temps voulu » les titres. Cette exigence de diligence impose à l’État de mettre en œuvre les moyens matériels et juridiques appropriés pour satisfaire les créances constatées. La passivité administrative ou judiciaire face à une collectivité débitrice constitue un manquement direct aux obligations positives découlant du texte conventionnel. Le caractère définitif d’un jugement oblige les institutions publiques à agir avec une célérité particulière pour préserver la confiance des citoyens. Cette protection du résultat judiciaire impose logiquement une action positive de la part des structures administratives chargées de l’application des décisions.

II. La condamnation des entraves législatives à l’effectivité du crédit judiciaire

A. L’inopposabilité des difficultés financières des entités publiques

Le droit interne invoqué empêchait les créanciers d’une collectivité en difficulté d’entamer une procédure d’exécution pour obtenir le recouvrement de leurs sommes dues. La Cour rejette implicitement la justification fondée sur le régime de cessation de paiements pour valider un retard dépassant six années. Elle se réfère à sa jurisprudence constante pour souligner que le manque de ressources budgétaires ne saurait autoriser l’État à ne pas honorer ses dettes. Le cadre législatif national ne doit pas créer une immunité de fait au bénéfice des organismes publics au détriment des droits individuels. Une telle situation rompt l’équilibre nécessaire entre l’intérêt général et la protection des intérêts privés légitimement reconnus par le juge.

B. La portée réparatrice et l’injonction d’exécution forcée

La décision finale énonce que « l’État défendeur demeure tenu d’exécuter les décisions de justice qui restent exécutoires » dans un délai de trois mois. Cette injonction marque la volonté du juge européen de mettre fin à une situation de blocage institutionnel persistant depuis trop longtemps. L’allocation d’une satisfaction équitable compense le dommage moral et matériel subi par les requérants durant cette période d’incertitude juridique. Ce constat de violation réitère la nécessité pour les États membres d’adapter leur législation interne aux exigences impératives de l’État de droit. L’efficacité du système conventionnel repose sur la capacité des autorités à transformer les condamnations pécuniaires en paiements effectifs et rapides.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».