Servitudes immobilières — fonds dominant et fonds servant

Avocat servitudes immobilières à Paris : passage, vue, canalisation et voisinage.

Le titre, le plan cadastral, l'usage trentenaire et l'expertise du géomètre se combinent pour fonder ou détruire le droit. Le cabinet lit le titre mot pour mot, fait constater les ouvrages et défend fonds dominant comme fonds servant devant le tribunal judiciaire de Paris.

Une vue irrégulière, une aggravation de passage ou une tolérance qui s'éternise se traitent avant que la possession ne se consolide. Envoyez l'acte de propriété et le plan cadastral pour une première lecture.

Maître Reda Kohen, avocat servitudes immobilières à Paris

Maître Reda Kohen

Avocat au Barreau de Paris — droit immobilier et contentieux du voisinage.

Profil officiel sur l'annuaire Avocat.fr

Page mise à jour le 11 juin 2026.

L'enclave ouvre un droit

Le propriétaire d'un fonds enclavé peut réclamer un passage suffisant sur les fonds voisins, contre indemnité proportionnée (article 682 du code civil). Une simple tolérance de passage n'exclut pas l'enclave : elle est révocable à tout moment.

Des distances impératives pour les vues

1,90 mètre pour les vues droites, 0,60 mètre pour les vues obliques (articles 678 et 679). La sanction : obstruction de l'ouverture ou démolition.

Trente ans qui créent le droit

Les servitudes continues et apparentes s'acquièrent par titre ou par possession trentenaire (article 690). Un passage à pied, discontinu, ne se prescrit jamais : il faut un titre.

Réponse rapide

La servitude se prouve d'abord par le titre, lu mot pour mot : assiette, mode d'usage, charges. À défaut, la loi (enclave, distances de vues) ou la possession trentenaire pour les seules servitudes continues et apparentes. Le titulaire ne peut pas aggraver la condition du fonds servant (article 702) : une canalisation non prévue au titre exige un avenant ou un accord. Avant tout contentieux, vérifier le bornage : une servitude revendiquée sur une limite contestée engage le débat sur deux fronts.

Comprendre votre situation

Servitudes : ce qui décide vraiment du dossier

Sept points pour qualifier la servitude, réunir la preuve et choisir entre régularisation amiable et action au fond.

Panneau 1 — Les régimes

Titre, loi ou possession : trois sources, trois régimes

Quatre règles structurent le contentieux des servitudes.

1

L'enclave (article 682) : passage suffisant contre indemnité proportionnée ; la tolérance de passage, révocable à tout moment, n'exclut pas l'enclave (Cass. 3e civ., 15 février 2018, n° 17-11.063).

2

Les vues (articles 678 et 679) : 1,90 mètre pour les vues droites, 0,60 mètre pour les vues obliques ; le bénéficiaire d'une servitude de vue peut obtenir la démolition du mur édifié en deçà de la distance légale (Cass. 3e civ., 3 juillet 1973, n° 72-10.877).

3

La prescription (article 690) : seules les servitudes continues et apparentes s'acquièrent par trente ans ; la servitude de vue existe du fait même de l'ouverture, peu important l'absence d'autorisation d'urbanisme ou de copropriété (Cass. 3e civ., 21 avril 2022, n° 21-12.240).

4

L'aggravation interdite (article 702) : la servitude ne couvre que ce que le titre énonce — une servitude de passage n'autorise des canalisations en sous-sol que si le titre le prévoit (Cass. 3e civ., 14 juin 2018, n° 17-20.280).

Avant toute action, le bornage : l'article 646 permet d'obliger le voisin au bornage des propriétés contiguës, à l'amiable avec géomètre-expert ou judiciairement. Une servitude se construit toujours sur une limite claire ; sans elle, le contentieux se déplace de la servitude vers la propriété elle-même.

Panneau 2 — Vos pièces

Ce qu'il faut transmettre selon votre position

Les titres anciens et les preuves matérielles datées font la décision.

Fonds dominant

  • Acte de propriété mentionnant la servitude, titres anciens
  • Plan cadastral et plan d'arpentage
  • Photographies datées des ouvrages, factures d'aménagement
  • Attestations de voisins connaissant la situation depuis plus de trente ans

Fonds servant

  • Acte initial de la propriété et mentions de servitude
  • Courriers de contestation adressés au fonds dominant
  • Plans de bornage
  • Procès-verbaux d'huissier établissant la rupture de possession

Erreurs fréquentes : ne produire que l'acte récent sans remonter aux titres anciens ; laisser courir trente ans sans contester ni interrompre matériellement la possession.

Le cabinet travaille avec les techniciens de la preuve :

Géomètre-expertCommissaire de justiceNotaire et état hypothécaireExpertise judiciaire article 145

Panneau 3 — La méthode

Comment le cabinet vous accompagne

La phase amiable, bien préparée, résout une part importante des dossiers de servitude.

1

Premier échange et envoi du dossier

Appel ou email, envoi de l'acte de propriété, du plan cadastral et des photos des ouvrages. Première lecture juridique sous 24 à 48 heures.

2

Audit du titre et de la possession

Lecture des actes successifs, plan cadastral historique, conditions de l'article 690 si la prescription est invoquée. Note chiffrée et calendrier prudent.

3

Mise en demeure et tentative amiable

Lettre comminatoire au voisin, expertise amiable de géomètre, négociation de l'assiette et de l'indemnité.

4

Assignation au fond et expertise

Reconnaissance de servitude, cessation d'aggravation ou démolition de vue irrégulière ; expertise judiciaire de géomètre ; plaidoirie et suivi de l'appel.

Le coût total du contentieux est comparé à l'enjeu avant d'assigner : le cabinet refuse un procès dont le coût dépasse l'avantage économique espéré.

Panneau 4 — Le calendrier

La timeline d'un contentieux de servitude

Les étapes types d'une action en reconnaissance ou en cessation.

J 0 à J+15 — Audit documentaire

Actes notariés successifs, plan cadastral, photographies anciennes, constats d'usage. Lecture du titre mot pour mot.

J+15 à J+30 — Constat

Constat de commissaire de justice : ouvrages, métré contradictoire des distances, photographies datées.

J+30 à J+45 — Mise en demeure

Lettre recommandée exposant le fondement, le titre, les pièces et l'évaluation chiffrée. Trente jours pour une réponse amiable.

J+60 à J+150 — Référé expertise

Si nécessaire, désignation d'un géomètre-expert par le juge des référés : bornage et qualification de la servitude.

J+150 à J+360 — Expertise

Réunions sur place, métré contradictoire, dires des parties, rapport définitif.

J+390 — Assignation au fond

Reconnaissance, cessation d'aggravation ou démolition devant le tribunal judiciaire de Paris ; jugement et appel éventuel.

Panneau 5 — Les vérifications

Ce que le cabinet contrôle avant d'agir

Aucune assignation sans avoir validé ces points.

Origine de la servitude : titre conventionnel, servitude légale, prescription trentenaire ou destination du père de famille.

Caractères continu et apparent pour la prescription : ouvrages matériels, visibilité, permanence — une servitude discontinue ne se prescrit pas.

Étendue exacte du droit : assiette, mode d'usage, charges, comparaison avec l'usage actuel, aggravations.

Bornage stable : limite divisoire confirmée avant tout débat sur la servitude.

Preuve matérielle : constats, métrés contradictoires, photographies datées, attestations.

Économie du contentieux : chances au fond, durée prévisible, coût total comparé à l'enjeu.

Transmettez ce que vous avez, même incomplet : le cabinet hiérarchise et complète avec vous en urgence au 06 46 60 58 22.

FAQ

Questions fréquentes

13 réponses détaillées, sourcées sur les textes et la jurisprudence.

Qu'est-ce qu'une servitude immobilière ?

Une servitude est une charge imposée sur un fonds (le fonds servant) au profit d'un autre fonds (le fonds dominant), définie à l'article 637 du code civil. Elle ne grève pas une personne mais un immeuble : elle se transmet avec le bien et oblige les propriétaires successifs sans qu'un nouveau consentement soit nécessaire. Les servitudes les plus courantes sont la servitude de passage en cas d'enclave (article 682), la servitude de vue (articles 678 et 679), la servitude d'écoulement des eaux (article 640), la mitoyenneté (article 653 et suivants), la servitude de canalisation. Les servitudes peuvent dériver de la situation naturelle des lieux, des obligations imposées par la loi ou des conventions entre propriétaires (article 639). Une servitude peut être continue (s'exerçant sans intervention humaine, comme une fenêtre ou un égout) ou discontinue (passage à pied, droit de puisage). Elle peut être apparente (matérialisée par un ouvrage visible) ou non apparente. Cette double qualification commande le mode d'acquisition possible : seules les servitudes continues et apparentes peuvent s'acquérir par prescription trentenaire selon l'article 690 du code civil.

Comment prouver une servitude continue et apparente ?

L'article 690 du code civil ouvre l'acquisition par prescription trentenaire aux seules servitudes continues et apparentes. Les deux conditions sont cumulatives. Le caractère continu suppose que l'usage de la servitude ne nécessite pas l'intervention répétée de l'homme : un écoulement d'eau canalisé, une fenêtre, une vue, un égout sont continus. Le caractère apparent suppose une matérialisation extérieure et visible : ouverture, tuyau, mur, ouvrage de canalisation. La preuve de l'ancienneté trentenaire repose sur des éléments concordants : photographies datées, plans cadastraux successifs, actes notariés mentionnant les ouvrages, attestations de voisins ayant connu la situation antérieure, déclarations fiscales, autorisations d'urbanisme, factures d'entretien. La possession doit être paisible, publique, non équivoque et continue. Une rupture matérielle, comme le rebouchage d'une fenêtre pendant plusieurs années, interrompt la prescription. La 3e chambre civile a précisé que l'irrégularité administrative initiale (absence d'autorisation, défaut de déclaration) ne fait pas obstacle à la prescription (Cass. 3e civ., 21 avril 2022, n° 21-12.240, FS-B publié au Bulletin).

Quelles sont les distances pour les vues sur le fonds voisin ?

L'article 678 du code civil impose une distance de 1,90 mètre entre une vue droite (fenêtre, balcon, saillie) et l'héritage du voisin. L'article 679 du code civil impose une distance de 0,60 mètre pour les vues obliques. Une vue droite s'exerce perpendiculairement à la façade, le voisin étant visible sans tourner la tête. Une vue oblique exige un angle, le voisin n'étant visible qu'en se tournant. La distance se mesure depuis le parement extérieur du mur où se trouve l'ouverture, jusqu'à la limite du fonds voisin. Le non-respect entraîne la sanction : le voisin peut exiger l'obstruction de l'ouverture par châssis fixe en verre dépoli, parfois la démolition. La 3e chambre civile a posé la solidité du droit du fonds dominant en matière de vue oblique (Cass. 3e civ., 3 juillet 1973, n° 72-10.877, publié au Bulletin). L'exception prévue à l'article 678 autorise la vue droite à moins de 1,90 mètre lorsque le fonds voisin est déjà grevé d'une servitude de passage faisant obstacle à toute construction : la vue ne lui cause alors pas de préjudice constructif.

Faut-il un acte notarié pour une servitude ?

L'article 691 du code civil permet de créer une servitude par convention écrite entre propriétaires. La forme notariée n'est pas exigée à peine de nullité, mais elle est très fortement recommandée pour deux raisons. Premièrement, la publication au registre foncier (service de publicité foncière) suppose un acte authentique : sans publication, la servitude n'est pas opposable aux tiers, notamment aux acquéreurs successifs. Deuxièmement, l'acte notarié garantit la sécurité juridique : datation certaine, identification précise des fonds par références cadastrales, description complète de l'assiette et des modalités d'exercice. Une servitude créée par simple convention sous seing privé est valable entre les parties, mais perd souvent sa portée lorsque le bien change de mains. La forme notariée évite cette fragilité. Pour les servitudes acquises par prescription trentenaire, l'absence d'acte initial est compensée par la reconnaissance judiciaire : le tribunal constate l'acquisition par titre prescrit et le jugement, publié au registre foncier, opère effet équivalent à un acte authentique. Le cabinet recommande systématiquement la formalisation notariée pour les servitudes nouvellement consenties.

Que signifie la prescription de 30 ans pour une servitude ?

L'article 690 du code civil permet d'acquérir une servitude continue et apparente par la possession de trente ans. La prescription acquisitive est une institution forte du droit civil : elle consolide une situation de fait prolongée en droit. Pour qu'elle joue, quatre conditions doivent être réunies. La servitude doit être continue (usage sans intervention humaine répétée). Elle doit être apparente (matérialisée par un ouvrage visible). La possession doit s'être exercée pendant trente ans sans interruption matérielle. Elle doit être paisible, publique et non équivoque. Le délai court à compter du premier acte d'usage matériel, en général la mise en place de l'ouvrage. La 3e chambre civile a confirmé que l'irrégularité administrative ne brise pas la prescription : une fenêtre percée sans autorisation peut donner lieu à l'acquisition d'une servitude de vue par prescription trentenaire (Cass. 3e civ., 21 avril 2022, n° 21-12.240). De même pour l'écoulement canalisé d'eaux pluviales (Cass. 3e civ., 12 septembre 2019, n° 18-12.876). Le voisin peut interrompre la prescription par une action en justice ou par un acte matériel rétablissant l'état antérieur.

Qui paie l'indemnité d'une servitude de passage en cas d'enclave ?

L'article 682 du code civil impose au propriétaire du fonds dominant (celui qui réclame le passage) une indemnité au propriétaire du fonds servant (celui qui supporte le passage). L'indemnité est proportionnée au dommage subi par le fonds traversé : perte de jouissance, dépréciation du terrain, sujétions liées à l'exercice de la servitude. L'article 685 précise que l'action en indemnité est prescriptible, et que le passage peut être continué quand bien même l'action en indemnité ne serait plus recevable. Le quantum se calcule par expertise, parfois conjointe entre géomètre-expert et expert immobilier. En pratique, les indemnités s'échelonnent entre 5 000 euros pour un passage piétonnier limité et 30 000 euros pour un passage carrossable de 4 mètres traversant un jardin. Une jurisprudence constante exclut l'indemnité lorsque l'enclave trouve son origine dans la division d'un seul fonds : le propriétaire qui s'enclave volontairement n'est pas fondé à imposer une indemnité au reste de la division initiale. Le cabinet négocie systématiquement le quantum avant tout contentieux : un accord transactionnel à 70 pour cent de l'évaluation initiale ferme rapidement le dossier et évite l'aléa judiciaire.

Peut-on déplacer une servitude de passage existante ?

L'article 701 du code civil interdit au propriétaire du fonds servant de transporter unilatéralement l'exercice de la servitude dans un endroit différent de celui où elle a été primitivement assignée. Le déplacement n'est donc pas un droit du fonds servant : il suppose l'accord du fonds dominant. L'article 701 prévoit cependant une exception : si l'assignation primitive est devenue plus onéreuse pour le fonds servant, ou si elle empêche d'y faire des réparations avantageuses, le propriétaire du fonds servant peut offrir au propriétaire de l'autre fonds un endroit aussi commode pour l'exercice de ses droits, et celui-ci ne peut pas refuser. Cette exception est strictement encadrée : la commodité doit être équivalente, le déplacement ne doit pas dégrader l'exploitation du fonds dominant, les frais de déplacement sont supportés par le fonds servant qui le sollicite. À défaut d'accord amiable, le tribunal arbitre. La preuve de la commodité équivalente repose sur l'expertise géomètre, qui compare l'ancien et le nouveau tracé en termes de longueur, de pente, de praticabilité et de coût d'usage. La règle pratique : le fonds servant qui veut déplacer la servitude doit proposer un nouveau tracé documenté et indemnisé, sinon le déplacement échoue.

Le voisin peut-il aggraver l'usage d'une servitude ?

Non. L'article 702 du code civil interdit au titulaire de la servitude de faire un changement qui aggrave la condition du fonds servant. La règle protège le propriétaire grevé contre une utilisation abusive. L'aggravation peut résulter d'une intensification du passage (par exemple un usage commercial là où le passage était résidentiel), d'un changement de destination du fonds dominant, d'un élargissement de fait de l'assiette ou de l'introduction de canalisations non prévues. La Cour de cassation a posé un principe strict pour les canalisations : une servitude de passage ne confère le droit de faire passer des canalisations dans le sous-sol de l'assiette de la servitude que si le titre instituant cette servitude le prévoit (Cass. 3e civ., 14 juin 2018, n° 17-20.280, FS-P+B+I publié au Bulletin). Toute extension hors titre suppose un avenant ou l'accord du fonds servant. La même décision rappelle que la création, sur le fonds dominant, d'une opération nouvelle (lotissement, ZAC) peut entraîner une aggravation de la servitude conventionnelle, qui doit être recherchée par le juge. L'aggravation se sanctionne par la cessation, parfois sous astreinte, et par l'octroi de dommages-intérêts couvrant la période d'aggravation.

Comment éteindre une servitude devenue inutile ?

L'article 703 du code civil prévoit que les servitudes cessent lorsque les choses se trouvent en tel état qu'on ne peut plus en user. Cette extinction par impossibilité n'est cependant pas définitive : la servitude renaît dès que les choses sont rétablies. L'extinction véritable peut résulter de plusieurs causes. Le non-usage trentenaire (article 706) éteint la servitude qui n'a pas été exercée pendant trente ans. La confusion (réunion sur la même tête du fonds dominant et du fonds servant, article 705) éteint également la servitude. La renonciation expresse du fonds dominant, formalisée par acte authentique, est une autre voie. L'arrivée du terme convenu dans le titre, lorsque la servitude est temporaire. La perte de l'utilité, sur le fondement de l'article 685-1, lorsque la servitude de passage en cas d'enclave a cessé d'être nécessaire (par exemple par création d'une voie publique nouvelle desservant le fonds dominant). En pratique, l'extinction par non-usage se prouve par l'absence de toute trace matérielle d'usage pendant trente ans : photographies, plans, témoignages, état des ouvrages. La constatation se fait par expertise judiciaire et homologation par le tribunal. Le rachat de la servitude (article 706) ouvre une voie négociée : le fonds servant achète la servitude au fonds dominant qui en consent la décharge.

Que faire si le voisin construit un mur trop près d'une fenêtre ancienne ?

Une fenêtre ancienne donnant sur le fonds voisin peut bénéficier d'une servitude de vue acquise par prescription trentenaire (article 690). Si le voisin élève un mur en deçà de la distance légale (1,90 mètre pour une vue droite, 0,60 mètre pour une vue oblique), il porte atteinte à votre droit réel. La 3e chambre civile a posé que le propriétaire d'un fonds dominant, bénéficiaire d'une servitude, est en droit d'obtenir la démolition du mur édifié en deça de la distance légale par rapport aux fenêtres par lesquelles s'exerce la servitude, pour maintenir, en faveur de son héritage, la plénitude du droit réel qui s'y rattache (Cass. 3e civ., 3 juillet 1973, n° 72-10.877, publié au Bulletin). La marche à suivre : faire constater l'état par commissaire de justice avant et après la construction, rassembler les preuves de l'ancienneté de la fenêtre (photos, attestations, actes anciens), engager une mise en demeure puis assigner en démolition. Le tribunal apprécie la matérialité de la servitude de vue prescrite, la portée de l'atteinte et ordonne la démolition partielle ou totale du mur, parfois sous astreinte. Le succès de l'action repose sur la solidité de la preuve de la prescription : la chronologie doit être documentée pas à pas.

La servitude se transmet-elle à l'acquéreur du bien ?

Oui. L'article 696 du code civil prévoit que la servitude est due au fonds, non à la personne. Elle suit le bien immobilier dans toutes ses mutations : vente, donation, succession, partage. L'acquéreur d'un fonds dominant continue à bénéficier de la servitude, l'acquéreur d'un fonds servant reste tenu de la supporter. Cette règle est à la fois protectrice et risquée. Protectrice pour le fonds dominant, qui ne perd pas ses droits par le simple changement de propriétaire du fonds servant. Risquée pour l'acquéreur d'un fonds servant qui ignorerait l'existence de la servitude au moment de l'achat : il restera tenu, sauf à prouver que le vendeur a manqué à son obligation d'information. La règle pratique pour l'acquéreur : exiger l'état hypothécaire complet, lire les actes anciens, faire vérifier les servitudes par le notaire et, en cas de doute, exiger une attestation contractuelle du vendeur. Pour le vendeur, la transparence est obligatoire : taire l'existence d'une servitude est une réticence dolosive ou un vice du consentement, qui peut justifier l'annulation de la vente ou des dommages-intérêts. Si la servitude n'est pas mentionnée dans l'acte de vente mais qu'elle existe par titre antérieur ou par prescription, l'acquéreur reste lié, mais peut se retourner contre le vendeur ou le notaire pour défaut d'information.

Comment chiffrer le préjudice d'une servitude irrégulière ?

Le préjudice subi par le fonds servant en cas de servitude irrégulière (vue indiscrète, passage non autorisé, canalisation hors titre) se chiffre selon plusieurs postes. Le préjudice de jouissance correspond à la perte d'usage normal du bien : impossibilité d'aménager une terrasse à cause d'une vue indiscrète, perte d'intimité, gêne dans l'exploitation. Le préjudice patrimonial correspond à la dépréciation vénale du bien sur le marché : un appartement avec vue voisine indiscrète se vend moins cher, parfois 5 à 15 pour cent en moins. Le préjudice de tranquillité couvre les nuisances spécifiques (bruit, passage répété). Le préjudice moral, plus marginal, couvre les souffrances psychologiques liées au conflit de voisinage. L'évaluation se fait par expertise judiciaire, parfois conjointe (immobilier et géomètre). Le tribunal apprécie souverainement, mais s'aligne sur la fourchette proposée. Pour un appartement parisien à 600 000 euros affecté par une vue irrégulière, la dépréciation peut atteindre 30 000 à 60 000 euros. Le préjudice de jouissance s'ajoute, généralement chiffré entre 100 et 300 euros par mois sur la durée de l'irrégularité. Le cabinet construit une note chiffrée précise avant l'audience pour structurer la demande et anticiper les contestations adverses. La force du chiffre repose sur la documentation : devis de remise en état, comparables marché, expertise immobilière indépendante.

Quel tribunal est compétent à Paris pour un contentieux de servitude ?

Le tribunal judiciaire de Paris est compétent pour les contentieux de servitudes portant sur des immeubles situés à Paris. La compétence d'attribution relève du tribunal judiciaire (sans plafond), conformément aux articles L. 211-3 et suivants du code de l'organisation judiciaire. Le pôle civil traite les dossiers immobiliers, avec une chambre dédiée au contentieux du voisinage. La compétence territoriale résulte de l'article 44 du code de procédure civile : en matière immobilière, le tribunal du lieu de situation de l'immeuble est compétent. Pour un bien parisien, c'est donc le tribunal judiciaire de Paris (Parvis du Tribunal de Paris, 75017). La représentation par avocat est obligatoire pour les actions au fond. L'appel se forme devant la cour d'appel de Paris dans le mois suivant la signification du jugement. Le contentieux des servitudes est exclu de la compétence du juge de proximité (chambre de proximité) : la nature réelle du droit et la complexité technique imposent le tribunal judiciaire. Le cabinet plaide régulièrement devant ces juridictions et connaît les chambres spécialisées, leurs critères d'examen et leurs délais. Cette familiarité permet d'orienter la mise en état et de calibrer le calendrier procédural avec précision.

Références

Textes officiels et pages liées

Les sources de cette page et les expertises voisines du cabinet.

Synthèse

Situation, preuve, délai, action

Les configurations les plus fréquentes au cabinet, pour calibrer rapidement la priorité et l'arme procédurale.

SituationPreuve décisiveDélaiAction utile
Fonds enclavé sans issuePlan cadastral, expertise géomètre, photographies des accèsAction imprescriptible tant que l'enclave existeAssignation au fond pour reconnaissance et fixation de l'assiette + indemnité
Vue irrégulière sur fonds voisinConstat huissier avec métré, photographies, planAction en démolition ou obstructionMise en demeure, à défaut assignation au fond
Servitude possédée depuis 30 ans et plusPhotographies datées, attestations, actes anciens, état hypothécaireAcquisition par prescriptionAction en reconnaissance par titre prescrit, demande d'inscription
Aggravation par changement de destinationConstat huissier de l'usage actuel, comparaison avec le titre, expertiseAction en cessation ouverte tant que l'aggravation persisteAssignation en cessation et dommages-intérêts
Tolérance qui dure depuis longtempsAucun titre, pas d'ouvrage permanent, simple usageAucune prescription possible, révocable à tout momentRégulariser par titre conventionnel ou cesser la tolérance
Bornage incertain ou contestéPlans cadastraux, anciens actes, mesures contradictoiresAction imprescriptibleDemande de bornage amiable ou judiciaire avant toute servitude

Dossiers

Cas pratiques du cabinet

Exemples anonymisés. Les chiffres correspondent à des dossiers réels, arrondis par souci de discrétion.

Les exemples ci-dessous, anonymisés, illustrent la diversité des situations traitées. Les chiffres correspondent à des dossiers réels mais ont été arrondis par souci de discrétion.

Enclave reconnue, servitude de passage 4 mètres et indemnité de 12 800 euros

Acquisition d'un terrain enclavé en proche banlieue parisienne, le débouché historique sur la voie publique ayant été supprimé par le voisin. Expertise judiciaire de géomètre confirmant l'enclave objective. Reconnaissance par le tribunal judiciaire d'une servitude de passage de 4 mètres carrossable, à l'endroit le moins dommageable pour le fonds servant, moyennant indemnité de 12 800 euros.

Action : article 682 du code civil. Résultat : servitude reconnue, accès garanti.

Vue irrégulière fermée, travaux à la charge du voisin

Maître d'ouvrage ayant créé une fenêtre à 0,40 mètre de la limite séparative, en violation flagrante de l'article 679 (vue oblique : 0,60 mètre minimum). Constat de commissaire de justice et expertise géomètre confirmant le métré. Le tribunal a ordonné l'obstruction de l'ouverture par châssis fixe en verre dépoli, à la charge exclusive du voisin contrevenant, plus 3 000 euros de dommages-intérêts.

Action : articles 678 et 679 du code civil. Résultat : obstruction et indemnité.

Prescription trentenaire acquise, servitude irrévocable

Propriétaires d'un fonds bénéficiant depuis quarante ans d'un passage matérialisé par une allée, contesté tardivement par le nouveau voisin acquéreur. Reconstitution de la chronologie par photos anciennes, attestations et titres successifs. Reconnaissance judiciaire de la prescription trentenaire de l'article 690 du code civil. La servitude est désormais opposable, malgré la contestation.

Action : article 690 du code civil. Résultat : servitude prescrite, droit consolidé.

Une servitude à faire valoir ou à contester ? Faites auditer votre titre.

Fonds dominant ou fonds servant, le titre et le plan cadastral décident de la stratégie. Envoyez l'acte de propriété, le plan et les photos : le cabinet répond sous 24 à 48 heures avec une lecture précise.

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