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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Réalités devenue REED : obligations de crowdfunding Bird AM, 7 % sur dix ans et 93 % convertis en actions ou abandonnés, que récupérer et comment ? (2026)

Le 18 février 2026, le tribunal de commerce de Nantes a arrêté pour dix ans les plans de redressement de REALITES, promoteur immobilier coté sur Euronext Growth, et de plusieurs de ses holdings, dont BIRD AM et FINANCIERE REALITES, selon les avis publiés au BODACC. Ces deux filiales avaient emprunté auprès du public par l’intermédiaire de plateformes de financement participatif. D’après le projet de plan de BIRD AM mis en ligne par le groupe, 59,5 millions d’euros d’obligations en nominal ont été placés entre 2021 et 2024 via Lookandfin Finance, Vatel, WiSEED, Tudigo, Koregraf, Homunity, Finple, Fundimmo, Keys et Investissement & Promotion Immobilière. FINANCIERE REALITES a émis 12,5 millions d’euros via Homunity, et REALITES elle-même des obligations diffusées par Lita (ex-1001pact) et October. Le 14 septembre 2026, la société a annoncé qu’elle prenait le nom de REED Immobilier et qu’une augmentation de capital par conversion de créances était prévue dans les prochaines semaines.

Aucune décision publiée que nous avons lue n’établit une faute ou une responsabilité du groupe ou des plateformes. Selon la société, le plan a recueilli en janvier 2026 l’approbation de 83,27 % des créanciers votants, les étapes qui ne dépendaient que d’elle ont été mises en œuvre dans les délais et ses comptes 2025 ont été certifiés le 7 août 2026. Les contrats d’émission, les jugements et vos documents de souscription priment sur l’analyse générale qui suit, et seul le juge tranche un litige.

Pour l’obligataire, le plan fixe ce qui lui reste dû et sous quelle forme, y compris à l’égard des garants (I). Encore faut-il réunir les conditions pour recevoir les actions nouvelles et les annuités, et savoir qui peut agir si les engagements ne sont pas tenus (II).

I. Ce que le plan de redressement impose aux obligataires du crowdfunding

A. 7 %, 11 % ou 14 % remboursés sur dix ans, le solde converti en actions ou abandonné : qui est concerné

Depuis le 1er octobre 2021, le plan d’une entreprise importante peut être soumis non plus à une consultation individuelle des créanciers, mais au vote de classes de parties affectées. Sont des parties affectées les créanciers dont les droits sont directement atteints par le projet de plan, selon l’article L. 626-30 du code de commerce, applicable au redressement judiciaire par renvoi de l’article L. 631-19. Pour les porteurs d’obligations, l’article R. 626-61 précise que « les obligataires sont le cas échéant répartis au sein d’une ou de plusieurs classes de parties affectées ». Nous avons détaillé ce mécanisme à propos d’un autre dossier dans notre article sur le vote par classes imposé aux obligataires de HFI.

Dans leurs avis publiés au Bulletin des annonces légales obligatoires les 15 octobre et 19 décembre 2025, les administrateurs judiciaires ont réuni dans la classe n° 2 de BIRD AM, intitulée obligations Bird, l’ensemble des obligations émises par cette société via les plateformes, aux côtés de quelques souscriptions directes et d’un fonds d’épargne salariale, pour 78 127 006,07 euros en principal et intérêts. Les obligations émises par FINANCIERE REALITES via Homunity forment la classe n° 3 de cette société. Les obligations diffusées par Lita et October figurent dans la classe n° 6 de REALITES, celle des autres dettes financières chirographaires. La classe pertinente est donc celle de l’émetteur de vos titres, que votre contrat d’émission désigne.

Tous les investisseurs d’un programme du groupe ne sont pas dans cette situation. Une ordonnance de référé du tribunal judiciaire de Paris du 24 juin 2025 (RG n° 25/52658) concerne des obligations souscrites via Homunity et émises par une société dédiée, Cap Immo 426, « pour le compte de l’opérateur immobilier Bird AM, filiale du groupe Réalités ». Dans ce montage, le créancier direct de BIRD AM ne serait pas l’épargnant mais, le cas échéant, la société émettrice, et les droits de l’épargnant passeraient par la masse des obligataires de cette société. Le juge y a désigné un représentant de la masse au motif que BIRD AM « fait l’objet d’une procédure de redressement judiciaire depuis le 5 février 2025 ».

Chaque classe statue selon l’article L. 626-30-2 : « La décision est prise par chaque classe à la majorité des deux tiers des voix détenues par les membres ayant exprimé un vote. » Selon le communiqué de la société du 20 janvier 2026, la classe des obligations Bird a approuvé le projet à 97,86 % des voix exprimées, avec une participation de 82,34 %. La classe des obligations de FINANCIERE REALITES l’a approuvé à 100 %, et la classe n° 6 de REALITES à 98,21 %. D’après la convocation publiée au Bulletin des annonces légales obligatoires, le vote électronique s’était tenu du 12 au 19 janvier 2026, les montants des créances étant arrêtés au 5 janvier 2026.

Le traitement figure dans les projets de plans soumis au vote, que le communiqué du 19 février 2026 présente comme arrêtés conformément au projet présenté aux créanciers ; la modification intervenue le 1er juillet 2026, étudiée plus loin, a pu en changer certaines modalités.

Émetteur de vos obligations Part remboursée en numéraire sur dix ans Solde, au choix : abandon ou conversion en actions
BIRD AM (classe n° 2) 7 % 93 %
FINANCIERE REALITES (classe n° 3) 11 % 89 %
REALITES (classe n° 6) 14 % 86 %

La part en numéraire est versée en dix annuités progressives, à chaque date anniversaire de l’arrêté des plans, de 2027 à 2036 : 1 %, 1 %, 5 %, 5 %, 5 %, 10 %, 10 %, 20 %, 20 % puis 23 % de cette part. Pour une créance de 10 000 euros sur BIRD AM, la part remboursée représente 700 euros : 7 euros en 2027 et en 2028, 35 euros chacune des trois années suivantes, 70 euros en 2032 et en 2033, 140 euros en 2034 et en 2035, puis 161 euros en 2036. Les 9 300 euros restants sont soit abandonnés, soit convertis en actions nouvelles. Le montant exact de votre créance, intérêts compris, résulte de son admission au passif et des modalités de calcul du plan : l’exemple n’a qu’une valeur d’illustration.

L’option se faisait au moment du vote. Le projet de plan de BIRD AM prévoit que la conversion ne s’opère que sur une base volontaire et individuelle, au profit de ceux qui l’ont expressément choisie, et qu’à défaut de choix la fraction non remboursée est abandonnée. L’article L. 626-30-2 autorise un tel plan à prévoir « des conversions de créances en titres donnant ou pouvant donner accès au capital ».

Une fois arrêté, le plan s’impose à chacun, y compris à l’obligataire qui a voté contre ou qui n’a pas voté. Selon l’article L. 626-31, « Le jugement qui arrête le plan en rend les dispositions opposables à tous. » Lorsqu’une classe a voté contre, le tribunal peut néanmoins arrêter le plan et l’imposer à cette classe aux conditions strictes de l’article L. 626-32, parmi lesquelles celle qu’aucune partie affectée dissidente ne se retrouve dans une situation moins favorable qu’en liquidation judiciaire. Le communiqué du 20 janvier 2026 indique que trois classes sur trente-six ont voté contre, dont celle des garanties financières de BIRD AM. Le jugement du 18 février 2026 n’étant pas publié dans les bases que nous avons consultées, nous ne pouvons préciser comment le tribunal a traité ces classes.

Les voies de contestation étaient brèves. L’article R. 626-64 imposait à la partie affectée ayant voté contre de saisir le tribunal dans les dix jours du vote pour contester le respect du critère du meilleur intérêt des créanciers, et n’ouvre ensuite qu’un recours à former dans les dix jours de la notification du jugement. La Cour de cassation en a déduit, dans un arrêt du 1er octobre 2025 (n° 24-18.021, publié au Bulletin), que « seules les décisions prises par le tribunal sur ces contestations, formées par un créancier affecté qui a voté contre le projet de plan, sont susceptibles d’un appel de la part de ce créancier ». Près de huit mois après l’arrêté du plan, l’enjeu pour l’obligataire n’est donc plus de remettre en cause ses modalités, mais d’en obtenir l’exécution.

B. Garanties de REALITES, des sociétés de programme ou d’un assureur : ce qu’elles valent encore

Presque toutes les obligations placées via les plateformes étaient garanties. D’après la liste figurant dans le projet de plan de BIRD AM, la plupart bénéficiaient d’un cautionnement ou d’une garantie à première demande consentis par REALITES. Trois émissions WiSEED étaient en outre garanties à première demande par la SNC Les Ateliers Quelle, et une quatrième par la SCCV Bohars, qui avait aussi consenti une promesse d’affectation hypothécaire. Deux émissions Koregraf, l’émission Keys et celle d’Investissement & Promotion Immobilière s’appuyaient sur des délégations imparfaites consenties par des sociétés de programme, et l’émission Finple sur le cautionnement d’une compagnie d’assurance. Les obligations de FINANCIERE REALITES étaient garanties par un cautionnement de REALITES.

Le recours contre la société mère en sa qualité de garant n’échappe pas à la restructuration. Son projet de plan range ces engagements dans sa classe n° 8, celle des garanties financières, et prévoit l’abandon de 86 % des sommes dues et le paiement des 14 % restants sur dix ans selon le même échéancier. Il ajoute que les garanties dont l’obligation principale est elle-même affectée par les plans sont réputées mises en jeu à la date de leur arrêté. Selon le communiqué du 20 janvier 2026, cette classe a voté pour le plan à 91,31 % des voix exprimées.

En droit des procédures collectives, un garant personne morale ne profite pas, en principe, du plan de son débiteur. L’article L. 626-11 du code de commerce réserve ce bénéfice à d’autres : « A l’exception des personnes morales, les coobligés et les personnes ayant consenti une sûreté personnelle ou ayant affecté ou cédé un bien en garantie peuvent s’en prévaloir. » L’article 2298 du code civil va dans le même sens, puisque « la caution ne peut se prévaloir des mesures légales ou judiciaires dont bénéficie le débiteur en conséquence de sa défaillance ».

La chambre commerciale en tire, dans un arrêt du 30 janvier 2019 (n° 16-18.468, publié au Bulletin), que la caution personne morale « est tenue de la partie exigible de la dette cautionnée, conformément au terme convenu dans son engagement, jusqu’à extinction de la dette garantie par le cautionnement, sous déduction des sommes payées en exécution du plan ». Appliquée isolément, cette règle permettrait aux obligataires de réclamer à la société mère ce que la filiale ne paie pas. Mais la société mère est elle-même soumise à un plan, opposable à tous ses créanciers, qui réduit ce recours à 14 %. La combinaison des deux créances, notamment pour l’obligataire qui a choisi la conversion, dépend des stipulations des plans et de votre admission : elle doit être vérifiée auprès du commissaire à l’exécution du plan, sans présumer un cumul.

Les garanties consenties par des sociétés de programme ou par un assureur obéissent à leur propre régime. La garantie à première demande est autonome : selon l’article 2321 du code civil, « Le garant ne peut opposer aucune exception tenant à l’obligation garantie. » Encore faut-il qu’il s’agisse vraiment d’une garantie autonome. Dans un arrêt du 13 mars 2024 (n° 22-15.438, publié au Bulletin), la Cour de cassation rappelle que, par cet engagement, « le garant s’oblige à payer la dette d’un tiers de manière autonome au regard du contrat de base », et juge qu’une garantie dont l’étendue dépend du respect par le débiteur de ses engagements n’en est pas une. L’intitulé de l’acte ne suffit donc pas ; sa rédaction, appréciée par le juge, tranche.

La délégation imparfaite fonctionne autrement. L’article 1336 du code civil la définit comme l’opération par laquelle le délégant obtient du délégué qu’il s’oblige envers le délégataire. Lorsque ce dernier n’a pas déchargé son débiteur initial, l’article 1338 précise que « la délégation donne au délégataire un second débiteur » et que « Le paiement fait par l’un des deux débiteurs libère l’autre, à due concurrence. » La masse des obligataires concernée conserverait donc, dans la limite de l’engagement de la société de programme, un débiteur distinct de l’émetteur, sous réserve de la situation de cette société, que le BODACC permet de vérifier.

Pour mettre en jeu ces garanties, l’épargnant n’agit pas seul. L’article L. 228-54 du code de commerce réserve aux représentants de la masse, autorisés par l’assemblée générale, « toutes autres actions en justice ayant pour objet la défense des intérêts communs des obligataires », et prévoit que l’action intentée contrairement à cette règle doit être déclarée d’office irrecevable. Si votre émission n’a pas de représentant en fonction, il peut être désigné en justice, comme l’expose notre article sur le représentant de la masse absent ou en conflit. Sur la portée des cautions et des hypothèques consenties pour des programmes immobiliers, voyez aussi ce que valent les garanties d’un promoteur en difficulté.

II. Comment récupérer concrètement ce qui vous revient

A. Les actions REED : qui y a droit, comment les recevoir et quand

La conversion repose sur un double mécanisme décrit dans les projets de plans. Les deux filiales délèguent à la société mère le paiement de la fraction convertie des créances de ceux qui ont choisi la conversion. Celle-ci s’en acquitte en émettant des actions nouvelles réservées à ces créanciers, dont le prix de souscription se compense avec leur créance. Le droit des sociétés l’admet : selon l’article L. 225-128 du code de commerce, applicable aux sociétés en commandite par actions en vertu de l’article L. 226-1, les titres nouveaux peuvent être libérés « par compensation avec des créances liquides et exigibles sur la société ». Le plan prévoit d’ailleurs que ces créances seront rendues exigibles à la date de réalisation, aux seules fins de l’augmentation de capital.

Pour les créances chirographaires, catégorie qui inclut les obligations placées via les plateformes, le prix d’émission est fixé à 0,07 euro par action, contre 0,05 euro pour les créances privilégiées et 0,35 euro pour les créances subordonnées. Les actions remises sont des actions ordinaires de commanditaires, admises aux négociations sur Euronext Growth. Depuis l’arrêté du plan, la société mère est une société en commandite par actions dont la gérance est confiée à la société NEXUS, selon le communiqué du 14 septembre 2026. Ses commanditaires « ne supportent les pertes qu’à concurrence de leurs apports », selon l’article L. 226-1, la direction de la société appartenant à la gérance. Le plan précise enfin qu’aucun intérêt ne court plus sur la fraction convertie depuis l’arrêté du plan.

Deux conditions cumulatives commandent l’accès à ces actions, selon le communiqué de la société du 16 avril 2026 : avoir régulièrement déclaré sa créance auprès du mandataire judiciaire dans les délais, et avoir choisi la conversion lors du vote de janvier 2026. L’agent coordinateur mandaté par la société, Aether Financial Services, contacte par courriel les créanciers éligibles dont il connaît les coordonnées pour recueillir les informations et documents nécessaires, et la société invite ceux qui n’en disposent pas à ouvrir un compte-titres. Les titulaires de titres cotés identifiés par un code ISIN n’ont rien à faire, Euroclear se chargeant de la livraison, situation rare pour des obligations de financement participatif. Les actions nouvelles seront livrées au porteur uniquement.

Le compte-titres doit être ouvert à votre nom. L’article L. 211-3 du code monétaire et financier impose l’inscription en compte des titres financiers émis en France, et l’article L. 211-4 prévoit que ce compte est ouvert « au nom d’un ou de plusieurs titulaires, propriétaires des titres financiers qui y sont inscrits ». Dans son communiqué du 25 juin 2026, la société invite les créanciers qui n’ont pas finalisé leur profil auprès de l’intermédiaire désigné à le faire pour éviter tout délai dans le traitement de leur dossier. Si vous avez souscrit à plusieurs, en indivision ou par l’intermédiaire d’une société, veillez à ce que les informations transmises correspondent au titulaire de la créance admise.

La première condition renvoie à la déclaration faite en 2025. Pour un emprunt obligataire, c’est le représentant de la masse qui déclare : selon l’article L. 228-84 du code de commerce, « Les représentants de la masse déclarent au passif du redressement ou de la liquidation judiciaires de la société, pour tous les obligataires de cette masse » le montant en principal restant dû. À défaut, l’article L. 228-85 permet de faire désigner en justice un mandataire chargé de déclarer. La Cour de cassation a jugé, dans un arrêt du 2 juin 2004 (n° 01-16.825, publié au Bulletin), que cette règle vaut aussi lorsqu’aucun représentant n’avait été nommé, le texte ne distinguant pas « l’hypothèse de l’inaction du représentant de la masse désigné de celle de l’absence de toute désignation d’un représentant ».

Le jugement ouvrant le redressement de BIRD AM, rendu le 5 février 2025, a été publié au BODACC le 21 février 2025 avec un délai de déclaration de deux mois. Le relevé de forclusion ne pouvait en principe être demandé que dans les six mois de cette publication, selon l’article L. 622-26, qui ajoute que « Les créances et les sûretés non déclarées régulièrement dans ces délais sont inopposables au débiteur pendant l’exécution du plan ». La Cour de cassation en déduit qu’une demande en paiement est alors irrecevable, la créance étant inopposable au débiteur « pendant l’exécution du plan faute d’avoir été déclarée dans les délais » (Cass. com., 6 juin 2018, n° 16-23.996). Demandez donc à votre plateforme ou au représentant de la masse la preuve de la déclaration et le montant admis. Si votre créance a été discutée, notre article sur la contestation par le mandataire et l’état des créances détaille vos droits.

Reste le calendrier, qui a glissé. Le projet de plan visait une réalisation des conversions en avril 2026. Le 16 avril, la société a annoncé un objectif au premier semestre, sous réserve du visa de l’Autorité des marchés financiers ; le 25 juin, elle a reporté ces opérations au second semestre 2026, après le report de ses comptes annuels ; le 14 septembre, elle a indiqué que l’augmentation de capital était prévue dans les prochaines semaines. Le prospectus, soumis à l’approbation de l’Autorité des marchés financiers, décrira les caractéristiques définitives des opérations. Selon l’article L. 412-1 du code monétaire et financier, la responsabilité des informations d’un prospectus établi par l’émetteur incombe à celui-ci. Lisez-le avant de décider de conserver ou de céder vos actions.

Une difficulté s’ajoute lorsque la plateforme par laquelle vous avez souscrit est elle-même en procédure collective. C’est le cas de Tudigo, placée en redressement judiciaire le 5 août 2026 selon le BODACC du 16 août 2026, qui fixe à deux mois à compter de cette publication le délai pour déclarer auprès du mandataire judiciaire, soit jusqu’au 16 octobre 2026. Votre créance d’obligataire est une créance contre l’émetteur, BIRD AM, et non contre la plateforme : elle n’a pas à être déclarée dans la procédure de Tudigo. En revanche, si la plateforme devait détenir ou recevoir pour votre compte des fonds ou des titres, demandez-lui par écrit, avant cette date, où ces avoirs sont logés et à quel titre. Une créance contre la plateforme elle-même se déclare auprès de son mandataire judiciaire, conformément à l’article L. 622-24 du code de commerce. Notre article sur le plan de continuité des obligations Tudigo expose le cadre propre à cette plateforme.

B. Les annuités de 2027 à 2036 : qui paie, qui contrôle et que faire si le plan n’est pas tenu

Les annuités ne passent pas directement de la société à votre compte bancaire. Selon l’article L. 626-21 du code de commerce, « Les dividendes sont payés entre les mains du commissaire à l’exécution du plan, qui procède à leur répartition. » Le même article prévoit que, lorsque le mandataire judiciaire a proposé l’admission d’une créance sans contestation, « les versements y afférents sont effectués à titre provisionnel dès que la décision arrêtant le plan est devenue définitive, à condition que cette décision le prévoie ». D’après l’avis publié au BODACC le 6 mars 2026, le jugement du 18 février 2026 a nommé à cette fonction la SELAS AJ UP, en la personne de Maîtres Christophe Dolley et Cédric Lamaire, et la SELARL Thevenot Partners, en la personne de Maître Bertrand Manière.

Le débiteur de ces annuités a changé de nom. Un avis publié au BODACC le 29 mai 2026 annonce un projet commun de fusion par lequel REALITES absorbe BIRD AM et REALITES MAITRISE D’OUVRAGE, et le communiqué du 14 septembre 2026 fait état d’une fusion-absorption de trois holdings avec effet au 30 juin 2026. Or, selon l’article L. 236-3 du code de commerce, la fusion entraîne « la transmission universelle de leur patrimoine aux sociétés bénéficiaires ». Les dettes de la filiale, y compris celles qui résultent de son plan, devraient ainsi être supportées par la société absorbante, aujourd’hui REED, sans démarche particulière de votre part pour conserver vos droits.

Le plan lui-même a été retouché. Le BODACC du 17 juillet 2026 mentionne un jugement du 1er juillet 2026 modifiant les plans des trois sociétés, sans en préciser l’objet, que nous n’avons pas pu vérifier. La loi encadre ces modifications. Selon l’article L. 626-26, une modification substantielle portant sur les modalités d’apurement du passif suppose la consultation des créanciers intéressés, et « Le défaut de réponse vaut acceptation des modifications proposées, sauf s’il s’agit de remises de dettes ou de conversions en titres donnant ou pouvant donner accès au capital. » L’article R. 626-45 prévoit l’information de ces créanciers par lettre recommandée du greffe : « Ceux-ci disposent d’un délai de vingt et un jours à compter de la réception de cette information pour faire valoir leurs observations ». Si vous avez reçu un tel courrier, conservez-le avec votre réponse.

Si une annuité n’est pas payée, l’obligataire ne poursuit pas seul. Selon l’article L. 626-27, « En cas de défaut de paiement des dividendes par le débiteur, le commissaire à l’exécution du plan procède à leur recouvrement conformément aux dispositions arrêtées. Il y est seul habilité. » L’article L. 626-25 ajoute que « Le commissaire à l’exécution du plan est également habilité à engager des actions dans l’intérêt collectif des créanciers », et qu’il rend compte du défaut d’exécution au président du tribunal et au ministère public. Le premier réflexe consiste donc à lui signaler par écrit l’absence de versement, en joignant la preuve de votre admission. Sur les délais habituels de paiement des créanciers, voyez notre article sur le temps nécessaire pour être payé.

En dernier recours, un créancier peut demander la résolution du plan. Selon le II de l’article L. 626-27, le tribunal est saisi « par un créancier, le commissaire à l’exécution du plan ou le ministère public ». Une fois prononcée, la résolution « fait recouvrer aux créanciers l’intégralité de leurs créances et sûretés, déduction faite des sommes perçues », et, lorsque la cessation des paiements est constatée, elle s’accompagne de l’ouverture d’une nouvelle procédure de redressement ou de liquidation, dont l’issue pour les créanciers chirographaires reste incertaine.

La résolution n’est pas pour autant une sanction de principe. La Cour de cassation juge qu’« un plan de sauvegarde ou de redressement ne peut être résolu qu’en cas de cessation des paiements constatée au cours de l’exécution du plan ou d’inexécution, par le débiteur, de ses engagements dans les délais fixés par le plan » (Cass. com., 2 février 2022, n° 20-20.199, publié au Bulletin). Tant que les annuités sont versées, une demande de résolution n’aurait donc guère de chances d’aboutir.

En pratique, constituez dès maintenant un dossier : bulletin de souscription et contrat d’émission, relevés de la plateforme, preuve de la déclaration et de l’admission, bulletin de vote et option exercée en janvier 2026, échanges avec l’agent coordinateur, puis avis d’opéré lors de la livraison des actions. Ces pièces serviront aussi bien à percevoir les annuités qu’à céder votre créance ou vos actions, possibilité étudiée dans notre article sur la vente d’une créance d’épargnant, et à faire valoir la perte subie, question fiscale traitée dans notre article sur les pertes déductibles.

Pour une vue d’ensemble des effets d’une procédure collective sur les créanciers, voyez notre page consacrée aux procédures collectives et à la déclaration de créance. Les actionnaires historiques de la société, dont la situation est différente, trouveront une analyse dédiée dans notre article sur la conversion de créances et la transformation en commandite par actions.

Conclusion

Pour les épargnants qui ont prêté au groupe par l’intermédiaire de plateformes, le plan arrêté le 18 février 2026 a fixé l’essentiel : 7 %, 11 % ou 14 % de leur créance selon l’émetteur, remboursés en dix annuités progressives jusqu’en 2036, et le solde converti en actions nouvelles à 0,07 euro pour ceux qui l’ont choisi en janvier 2026, abandonné pour les autres. Le recours contre la société mère en qualité de garant a lui aussi été réduit par son propre plan, tandis que les garanties de sociétés de programme ou d’un assureur obéissent à leur régime propre et se mettent en œuvre par le représentant de la masse.

Il reste à l’obligataire des démarches concrètes : vérifier sa déclaration et son admission, compléter son profil auprès de l’agent coordinateur et disposer d’un compte-titres à son nom, lire le prospectus, suivre les annuités auprès du commissaire à l’exécution du plan et, si sa plateforme est elle-même en procédure, s’assurer avant le 16 octobre 2026 qu’elle ne détient rien pour son compte. À la date de rédaction, aucune décision publiée que nous avons lue n’établit de responsabilité du groupe ou des plateformes, la société indique exécuter son plan, les chiffres cités proviennent des avis légaux et de ses propres documents, les contrats signés et les jugements priment sur cette analyse générale, et seul le juge peut trancher un litige.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».