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Augmentation de loyer après travaux en zone tendue au 1er août 2026 : calcul, preuves et recours

À compter du 1er août 2026, le plafonnement de l’évolution de certains loyers en zone tendue est reconduit jusqu’au 31 juillet 2027. Cette actualité concerne directement le propriétaire qui vient de rénover un logement avant de le relouer, mais aussi le locataire auquel une hausse est présentée comme la simple conséquence des travaux. Une rénovation ne rend pas automatiquement le loyer libre. Il faut identifier la règle applicable, qualifier les travaux, atteindre un seuil financier, calculer la hausse autorisée et conserver des justificatifs assez précis pour résister à une contestation.

Le risque est particulièrement élevé à Paris et dans les communes d’Île-de-France soumises à plusieurs mécanismes d’encadrement. Le bailleur peut devoir respecter à la fois le loyer du précédent locataire, la limite propre aux travaux, le loyer de référence majoré et le gel attaché aux logements classés F ou G. Le locataire, de son côté, ne doit ni cesser seul de payer ni attendre que les pièces disparaissent. Il doit recalculer le loyer, demander les factures, saisir la commission compétente et réclamer le trop-perçu dans le bon délai. Voici la méthode juridique et pratique pour sécuriser une augmentation de loyer après travaux en 2026.

I. Augmentation de loyer après travaux en zone tendue : quel calcul appliquer au 1er août 2026 ?

A. Quels travaux autorisent réellement une hausse du loyer en 2026 ?

Le décret n° 2026-644 du 20 juillet 2026 entre en vigueur le 1er août 2026. Son objet est précis : il prolonge le dispositif annuel qui limite l’évolution des loyers lors d’une nouvelle location ou d’un renouvellement de bail dans les zones tendues. Il ne crée pas une liberté générale d’augmenter le loyer après rénovation. Le socle légal reste l’article 18 de la loi du 6 juillet 1989, selon lequel le décret annuel « fixe annuellement le montant maximum d’évolution des loyers des logements vacants et des contrats renouvelés ». Le même article ajoute que le décret peut prévoir « des adaptations particulières, notamment en cas de travaux réalisés par les bailleurs ».

Il faut donc commencer par vérifier si le logement relève du dispositif. Les communes concernées appartiennent aux zones d’urbanisation continue de plus de 50 000 habitants où existe un déséquilibre marqué entre l’offre et la demande de logements. Paris, la petite couronne et de nombreuses communes franciliennes sont concernées. Le statut de zone tendue ne doit pas être confondu avec l’encadrement local par loyers de référence : le premier limite l’évolution par rapport à l’ancien loyer, tandis que le second plafonne le loyer de base par mètre carré. Les deux peuvent se cumuler.

Pour une relocation, le principe figure à l’article 3 du décret n° 2017-1198 du 27 juillet 2017 : « Lorsqu’un logement vacant fait l’objet d’une nouvelle location, le loyer du nouveau contrat de location ne peut excéder le dernier loyer appliqué au précédent locataire. » Si aucune révision n’est intervenue pendant les douze mois précédents, l’ancien loyer peut seulement être révisé selon la variation de l’indice de référence des loyers, avec l’indice publié à la date de signature du nouveau bail. Les travaux constituent une dérogation à ce principe, pas un nouveau point de départ détaché de l’ancien loyer.

La première difficulté consiste à distinguer les travaux d’amélioration des travaux d’entretien ou de réparation. Les travaux d’amélioration apportent un équipement, un service ou une qualité d’usage nouvelle : rénovation complète de l’installation électrique, création d’une salle d’eau plus fonctionnelle, installation d’équipements de cuisine qui n’existaient pas, amélioration substantielle de l’isolation ou du chauffage, transformation réelle de la distribution, équipement de sécurité supplémentaire. La qualification dépend toutefois du logement avant et après l’intervention. Remplacer un équipement hors d’usage par son équivalent, refaire une peinture dégradée, changer un joint, réparer une fuite ou remettre en état après l’ancien locataire relève normalement de l’entretien ou de la réparation.

Le vocabulaire de la facture ne suffit pas. Écrire « rénovation », « embellissement » ou « amélioration » sur un devis ne transforme pas juridiquement des travaux d’entretien. Le dossier doit montrer l’état initial, la nature exacte de chaque intervention et l’amélioration obtenue. Les photos avant et après, l’état des lieux de sortie, les diagnostics, les plans, les devis détaillés, les factures acquittées et les attestations de l’entreprise doivent se répondre. Une facture globale mentionnant seulement « remise en état appartement » expose le bailleur à un refus de la dérogation.

Le jugement du tribunal judiciaire de Paris du 9 juillet 2024, n° 23/07529, fournit un avertissement concret. Le tribunal relève que « la facture du 17/11/2021 ne permet pas d’établir qu’il y a eu une possibilité de dérogation au principe fixé par l’article 3 du décret du 27/07/2017 » et que « la simple mention au bail de la remise en état effectuée ne saurait compenser l’insuffisance de la facture susvisée puisque l’article 4 du décret du 27/07/2017 se réfère au coût “réel” des travaux » (TJ Paris, 9 juillet 2024, n° 23/07529). Le devis principal, auquel renvoyait la facture, n’avait pas été produit ; l’adresse et la teneur des travaux restaient insuffisamment identifiables.

La deuxième difficulté tient au seuil. Dans le cas le plus fréquent, le bailleur doit avoir réalisé des travaux d’amélioration ou de mise en conformité avec les caractéristiques de décence pour un montant au moins égal à la moitié de la dernière année de loyer. Le calcul se fait en montant réel toutes taxes comprises. Prenons un ancien loyer mensuel hors charges de 1 000 euros : la dernière année de loyer représente 12 000 euros et le seuil de travaux est de 6 000 euros. Des travaux qualifiants facturés 5 900 euros ne franchissent pas le seuil, même si le propriétaire a aussi engagé des dépenses d’entretien.

Lorsque le seuil de la moitié d’une année de loyer est atteint, la hausse annuelle ne peut pas dépasser 15 % du coût réel des travaux TTC. Avec 10 000 euros de travaux qualifiants, la hausse maximale est donc de 1 500 euros par an, soit 125 euros par mois. Ce plafond propre aux travaux n’efface pas les autres plafonds. Si le loyer de référence majoré autorise seulement 70 euros de hausse, le bailleur ne peut pas retenir 125 euros. Si le logement est classé F ou G, le gel énergétique peut interdire la hausse malgré le montant des travaux, tant qu’un diagnostic valable ne constate pas la sortie de ces classes.

Une autre dérogation vise le logement ayant fait l’objet, depuis moins de six mois, de travaux d’amélioration d’un montant au moins égal à la dernière année de loyer. Le seuil est ici beaucoup plus élevé. Dans notre exemple à 1 000 euros par mois, les travaux doivent atteindre au moins 12 000 euros et avoir été réalisés dans les six mois précédant la nouvelle location. Même lorsque cette condition ouvre une réévaluation plus large, le bailleur parisien doit encore vérifier le loyer de référence majoré et les règles énergétiques. La formule « loyer libre après travaux » est donc trompeuse lorsqu’elle est isolée du reste du droit applicable.

Le coût des parties communes peut être pris en compte, mais seulement pour la quote-part imputable au logement. L’article 7 du décret du 27 juillet 2017 précise que « le coût des travaux d’amélioration ou de mise en conformité portant sur les parties communes est déterminé en fonction des millièmes correspondant au logement ». Un propriétaire ne peut donc pas intégrer la facture entière de réfection de la toiture ou de rénovation énergétique de l’immeuble. Il doit produire l’appel de fonds, le procès-verbal d’assemblée générale, la facture du syndicat et la clé de répartition correspondant à son lot.

Le même article exclut les coûts déjà utilisés pour une contribution au partage des économies de charges ou pour une majoration convenue en cours de bail. Ce verrou évite de valoriser deux fois la même dépense. Le bailleur doit séparer les travaux invoqués pour la relocation, ceux déjà répercutés au précédent locataire et ceux financés par des aides ou mécanismes particuliers. Le coût réel n’est pas une estimation commerciale : c’est le coût effectivement supporté et démontré.

Enfin, une hausse pendant le bail obéit à une logique différente. L’article 17-1 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit que, lorsque les parties conviennent « par une clause expresse » de travaux d’amélioration que le bailleur fera exécuter, le contrat ou un avenant peut fixer la majoration consécutive. L’accord écrit doit précéder ou organiser les travaux, leur nature, leur coût, leur calendrier et la majoration. Le bailleur ne peut pas réaliser unilatéralement des travaux, puis annoncer après coup une hausse mensuelle au locataire déjà en place.

B. Comment cumuler plafond travaux, DPE et encadrement des loyers à Paris ?

À Paris et dans les territoires franciliens soumis à l’encadrement local, le calcul doit être effectué en plusieurs étages. Il ne faut jamais additionner mécaniquement l’IRL, 15 % du coût des travaux et un complément de loyer. Chaque mécanisme a son objet et certains plafonds se neutralisent. La méthode la plus sûre consiste à calculer séparément chaque maximum, puis à retenir la limite la plus basse applicable au loyer de base.

Premier étage : retrouver le dernier loyer hors charges réellement appliqué au précédent locataire. Le nouveau bail doit mentionner ce montant lorsque la loi l’exige. Il faut vérifier les quittances, la dernière révision et la date de celle-ci. Si aucune révision n’est intervenue dans les douze mois précédant le nouveau bail, le propriétaire peut actualiser l’ancien loyer selon l’IRL dans les limites du décret. Une hausse ancienne non réclamée ne se reconstitue pas rétroactivement.

Deuxième étage : isoler les travaux qualifiants et vérifier le seuil. Le bailleur établit un tableau facture par facture : entreprise, date, adresse, lot, nature de l’intervention, montant TTC, part d’entretien, part d’amélioration, aides reçues et preuve du paiement. Les travaux communs sont ramenés aux millièmes du lot. Les simples réparations sont écartées. Le total restant est comparé à la moitié de la dernière année de loyer ou, pour l’hypothèse renforcée, à une année entière de loyer.

Troisième étage : appliquer le plafond de 15 % du coût réel lorsque ce régime est utilisé. Si l’ancien loyer est de 1 200 euros et que les travaux qualifiants atteignent 12 000 euros, le seuil de 7 200 euros est franchi. Quinze pour cent de 12 000 euros donnent une hausse annuelle maximale de 1 800 euros, soit 150 euros par mois. Le loyer issu de ce seul calcul serait de 1 350 euros. Ce montant n’est pas encore le loyer final.

Quatrième étage : contrôler le DPE. L’article 17 de la loi du 6 juillet 1989 dispose que, lorsqu’un logement classé F ou G fait l’objet d’une nouvelle location, « le loyer du nouveau contrat de location ne peut excéder le dernier loyer appliqué au précédent locataire ». L’article 17-1 ajoute que la révision et la majoration prévues par ce texte ne peuvent pas être appliquées aux logements F ou G. Une rénovation énergétique peut faire sortir le logement de ces classes, mais il faut un DPE valable correspondant à l’état du logement après travaux. Des factures d’isolation ou de chaudière ne remplacent pas le diagnostic.

Cinquième étage : contrôler le loyer de référence majoré quand il s’applique. À Paris, le loyer de base du nouveau bail ne doit pas dépasser le plafond correspondant à l’adresse, au nombre de pièces, à l’époque de construction et au caractère vide ou meublé du logement. Si notre calcul après travaux aboutit à 1 350 euros mais que le loyer de référence majoré autorise 1 290 euros, le loyer de base reste plafonné à 1 290 euros. La dérogation liée aux travaux n’autorise pas à franchir le plafond parisien.

Le tribunal judiciaire de Paris l’a illustré dans un jugement du 19 novembre 2024, n° 24/05125. Le bailleur justifiait 26 084 euros de travaux comprenant notamment électricité, serrure de sécurité, salle de bains, parquet et cuisine. Le tribunal retient : « Ces travaux excèdent notablement la moitié du loyer annuel acquitté par le précédent locataire et constituent pour partie des améliorations. La société Homya était donc fondée à pratiquer une augmentation d’un montant mensuel de 64 euros » (TJ Paris, 19 novembre 2024, n° 24/05125). Il vérifie ensuite que le loyer principal reste sous le plafond local.

Cette décision montre aussi que travaux et complément de loyer ne se confondent pas. Dans la même affaire, le bailleur invoquait une cuisine neuve et un balcon pour justifier un complément de 40 euros. Le tribunal juge que ces éléments ne dépassaient pas largement les caractéristiques de logements comparables et ordonne la restitution du complément. Une dépense peut donc contribuer à une hausse réglementée du loyer principal sans justifier un complément de loyer distinct. Le propriétaire doit éviter de présenter deux fois la même qualité.

Un autre jugement du tribunal judiciaire de Paris du 20 mai 2025, n° 25/00830, distingue sévèrement amélioration et entretien. À propos d’une cabine de douche, de portes coulissantes, d’un réfrigérateur et de peintures, le tribunal retient : « Il ne s’agissait ainsi pas de travaux ayant amélioré le logement mais de travaux d’entretien et de réparations auxquels le bailleur est tenu. Ils ne permettaient ainsi pas au bailleur de déroger aux règles d’encadrement des loyers » (TJ Paris, 20 mai 2025, n° 25/00830). Le bailleur a été condamné à restituer 4 606,04 euros de trop-perçu.

Le calcul final doit figurer dans le dossier de location, même si toutes ses étapes ne sont pas reproduites dans le bail. Pour un propriétaire, une fiche de calcul signée par le gestionnaire, accompagnée des factures et du DPE, réduit le risque de litige. Pour un locataire, le premier contrôle consiste à demander l’ancien loyer, la date de sa dernière révision, la liste des travaux, leur coût réel, le DPE postérieur aux travaux et le loyer de référence majoré. Une réponse vague du type « appartement entièrement rénové » ne démontre ni le seuil ni le plafond.

À Paris, il est utile de garder une capture datée du loyer de référence applicable au jour de la signature, l’arrêté préfectoral concerné et les caractéristiques déclarées du logement. Une erreur sur la période de construction, le nombre de pièces ou le caractère meublé peut modifier le plafond. En Seine-Saint-Denis, dans les secteurs d’Est Ensemble ou de Plaine Commune soumis à l’encadrement local, la même vigilance s’impose avec le barème territorial applicable. Ailleurs en Île-de-France, le mécanisme de zone tendue peut s’appliquer même sans loyer de référence local.

II. Contester une augmentation de loyer après travaux : quelles preuves, quels délais et quels recours ?

A. Quelles factures et quelles pièces le bailleur doit-il pouvoir produire ?

La contestation se gagne rarement sur une affirmation générale. Elle se construit à partir d’un tableau comparatif : ancien loyer, loyer annoncé, date du nouveau bail, date des travaux, montant TTC, nature de chaque poste, plafond de 15 %, DPE et plafond local. Le locataire doit demander ces éléments par écrit, de préférence par lettre recommandée ou courrier électronique conservé. Le bailleur doit répondre avec des pièces identifiables, pas seulement avec une attestation de l’agence.

La charge de la preuve suit l’article 1353 du code civil : « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation. » Le propriétaire qui invoque une dérogation au maintien de l’ancien loyer doit donc établir les faits qui l’autorisent : travaux qualifiants, coût réel, date, adresse, seuil et calcul. Le locataire qui réclame un remboursement doit établir les sommes payées et la différence avec le loyer légalement exigible.

Le dossier du bailleur devrait comprendre l’ancien bail, les dernières quittances du précédent locataire, son état des lieux de sortie, les devis acceptés, les factures détaillées, les preuves de paiement, les photographies avant et après, les documents de copropriété pour les parties communes, le calcul des millièmes, les aides et subventions, le DPE réalisé après travaux, le calcul de l’IRL, le barème local du loyer de référence et le nouveau bail. Chaque facture doit désigner le logement ou permettre de le rattacher sans ambiguïté au lot concerné.

Les factures doivent aussi permettre de séparer les postes. Une facture unique de 20 000 euros couvrant peinture, réparations, remplacement d’équipements usés et véritable amélioration ne signifie pas que 20 000 euros entrent dans le seuil. Le juge peut retrancher les dépenses d’entretien. Une ventilation réalisée après le litige est moins convaincante qu’un devis initial détaillé. Le propriétaire a donc intérêt à demander aux entreprises, avant les travaux, des postes distincts et des descriptions techniques précises.

Le jugement parisien du 9 juillet 2024 montre la conséquence d’une preuve incomplète. Après avoir écarté la facture insuffisante, le tribunal retient un trop-perçu de 2 040 euros et condamne finalement le bailleur et la caution à payer 914,63 euros après compensation. Il écarte aussi la demande d’expulsion fondée sur le commandement de payer : le loyer irrégulier avait augmenté le montant exigible de presque 15 %. Une hausse mal justifiée peut ainsi fragiliser non seulement le calcul du loyer, mais aussi une procédure ultérieure pour impayés.

Le locataire doit cependant éviter de retenir lui-même une partie du loyer sans décision ou accord. Même si la hausse paraît irrégulière, il est plus sûr de payer sous réserve, d’écrire qu’il conteste le montant, puis d’engager la procédure de conciliation et de remboursement. Une retenue unilatérale peut alimenter un commandement de payer et déplacer le litige vers la résiliation du bail. La stratégie doit préserver la preuve de bonne foi : paiements réguliers, calcul précis, demande de pièces et proposition de régularisation.

La mise en demeure doit être factuelle. Elle rappelle la date du bail, l’ancien loyer mentionné, le nouveau loyer, les travaux allégués, les pièces manquantes et le calcul proposé. Elle demande, sous un délai raisonnable, la communication des factures, du devis, du DPE et du calcul du plafond. Si le trop-perçu est déjà chiffrable, elle réclame sa restitution avec un tableau mensuel. Elle propose enfin la saisine de la commission départementale de conciliation si le désaccord persiste.

Pour un logement à Paris, la mise en demeure doit distinguer trois contestations possibles : dépassement de l’ancien loyer selon le décret de zone tendue, dépassement du loyer de référence majoré et complément de loyer injustifié. Les délais et formalités ne sont pas exactement les mêmes. Mélanger les fondements dans une demande imprécise peut faire perdre du temps. Le courrier doit donc annoncer chaque calcul séparément et joindre le bail complet.

Le bailleur qui reçoit cette contestation doit reprendre le calcul depuis le début. S’il découvre une erreur, une régularisation rapide est souvent préférable à une procédure : nouveau montant pour l’avenir, remboursement documenté, quittances rectifiées et, si nécessaire, avenant. Il ne doit pas fabriquer après coup un devis absent ni modifier la ventilation d’une facture sans l’entreprise. Une incohérence documentaire peut devenir plus dommageable que l’erreur initiale.

La preuve numérique doit être conservée dans son format d’origine. Les annonces de location, messages de l’agence, simulations, DPE téléchargé, courriels et captures du barème parisien doivent porter une date. Si l’annonce promettait une « rénovation totale » mais que l’état des lieux mentionne des équipements anciens, cette contradiction peut justifier une demande d’explication. Un constat de commissaire de justice peut être utile lorsque l’état du logement ou l’absence des améliorations annoncées risque d’évoluer.

B. Dans quel délai saisir la commission ou le juge et obtenir le remboursement ?

Le litige né de l’application du décret annuel ne se porte pas directement devant le juge. L’article 18 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit que la commission départementale de conciliation est compétente et que « sa saisine constitue un préalable obligatoire à la saisine du juge par l’une ou l’autre des parties ». La commission est gratuite. Elle examine le bail, l’ancien loyer, les travaux, les factures, le DPE et les calculs. Son avis ne remplace pas un jugement, mais il peut permettre un accord ou clarifier le dossier avant l’assignation.

Pour Paris, la commission compétente est celle du département où se situe le logement. Pour un appartement dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis ou le Val-de-Marne, il faut saisir la commission du département correspondant, même si le bailleur ou l’agence est domicilié à Paris. Le dossier doit contenir une chronologie courte, les demandes chiffrées et des pièces numérotées. Envoyer plusieurs centaines de pages sans bordereau ralentit l’examen.

Le délai général de prescription résulte de l’article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989 : « Toutes actions dérivant d’un contrat de bail sont prescrites par trois ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’exercer ce droit. » Une demande de restitution de trop-perçu doit donc être engagée sans attendre. Le point de départ exact peut être discuté selon la date à laquelle le locataire a pu connaître l’irrégularité ; la prudence commande de calculer sur trois ans et d’agir dès la découverte.

Le délai de trois ans ne doit pas être confondu avec les délais spéciaux de contestation du complément de loyer ou de certaines procédures de fixation au renouvellement. Si le bail parisien contient un complément de loyer, le locataire doit vérifier immédiatement le délai de saisine de la commission, qui court à compter de la signature du bail. Une contestation de la hausse fondée sur les travaux et une contestation du complément peuvent coexister, mais chacune doit respecter son régime.

Après l’échec de la conciliation obligatoire, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire du lieu de l’immeuble peut être saisi. Les demandes peuvent porter sur la fixation du loyer légal, la restitution des sommes trop perçues, les intérêts, la remise de quittances rectifiées et les frais de procédure. Le locataire doit produire un décompte mois par mois. Le bailleur doit produire le dossier complet des travaux et son propre calcul.

Un exemple simple aide à chiffrer. L’ancien loyer était de 1 000 euros. Le bailleur réclame 1 180 euros après travaux, soit 180 euros de hausse mensuelle. Les factures qualifiantes atteignent 8 000 euros : le seuil de 6 000 euros est franchi, mais 15 % du coût représente 1 200 euros par an, soit 100 euros par mois. En l’absence d’un plafond local plus bas et si le DPE le permet, le loyer maximal issu des travaux serait 1 100 euros. Le trop-perçu est de 80 euros par mois. Sur dix-huit mois, la demande atteint 1 440 euros, à ajuster selon l’IRL, les dates exactes et les autres plafonds.

Dans un dossier parisien, le calcul peut être encore plus favorable au locataire. Si le loyer de référence majoré fixe le maximum à 1 070 euros, le trop-perçu n’est plus de 80 mais de 110 euros par mois, sous réserve des caractéristiques exactes du bail. À l’inverse, si les travaux qualifiants atteignent une année de loyer et ont moins de six mois, le plafond lié aux travaux peut être différent, mais le plafond parisien et le DPE restent à contrôler.

La décision du 20 mai 2025 précitée montre qu’une restitution significative peut résulter d’une mauvaise qualification des travaux. Le tribunal a condamné les bailleurs à payer 4 606,04 euros au titre du trop-perçu après avoir classé les interventions comme entretien et réparations. Le jugement du 19 novembre 2024 montre l’autre issue : une hausse de 64 euros a été admise parce que les travaux étaient détaillés, importants et pour partie amélioratifs, tandis que le complément de loyer a été restitué. Le contentieux n’oppose donc pas automatiquement propriétaires et locataires ; il vérifie chaque poste et chaque plafond.

Avant l’audience, les parties doivent établir une chronologie commune autant que possible : départ de l’ancien locataire, état des lieux, devis, travaux, factures, DPE, annonce, signature du nouveau bail, premiers paiements, demande de pièces, saisine de la commission et mise en demeure. Une erreur de date peut faire basculer l’application du délai de six mois ou la version du barème local. La date de facture ne prouve pas toujours la date d’achèvement ; un procès-verbal de réception ou une attestation de fin de chantier peut être nécessaire.

Le propriétaire doit également anticiper la revente du bien. Un litige sur le loyer peut intéresser l’acquéreur, car le bail se poursuit et le montant légal du loyer influence la valeur locative. Les réclamations du locataire, les avis de la commission et les procédures en cours doivent être transmis au notaire. Le locataire doit, lui, continuer à conserver les quittances après la vente : son action peut concerner les périodes et bailleurs successifs selon les faits.

À Paris et en Île-de-France, les pièces pratiques à préparer sont les suivantes : bail actuel et précédent loyer mentionné, quittances, état des lieux d’entrée, DPE annexé, photographie des équipements, annonce de location, courriels de l’agence, demande de factures, réponse du bailleur, tableau du loyer de référence, calcul de l’IRL, décompte du trop-perçu et preuve de la saisine de la commission. Le bailleur ajoutera les devis, factures acquittées, plans, photos avant/après, documents de copropriété et calcul des millièmes.

Une négociation utile doit aboutir à un document écrit. L’accord précise le loyer corrigé, sa date d’effet, le montant remboursé, le calendrier de paiement, le sort des quittances et l’abandon éventuel des autres demandes. Une simple baisse informelle sur l’appel de loyer ne règle pas la période passée. De même, un remboursement sans explication ne sécurise pas le montant futur. L’avenant doit rester cohérent avec les règles d’ordre public.

Conclusion

Le décret du 20 juillet 2026 reconduit, à partir du 1er août 2026, l’encadrement de l’évolution des loyers en zone tendue. Il ne donne pas au bailleur un droit automatique à augmenter le loyer après une rénovation. La hausse dépend de travaux juridiquement qualifiants, d’un seuil calculé sur la dernière année de loyer, d’un coût réel démontré, d’un plafond pouvant être limité à 15 % des travaux, du DPE et, à Paris ou dans les territoires concernés, du loyer de référence majoré.

Le propriétaire doit préparer son dossier avant la mise en location : factures ventilées, preuve du paiement, état avant/après, DPE postérieur aux travaux et calcul de tous les plafonds. Le locataire doit agir méthodiquement : demander les pièces, payer sous réserve plutôt que pratiquer une retenue risquée, saisir la commission départementale de conciliation, puis réclamer le trop-perçu devant le juge si aucun accord n’est trouvé. Une facture vague peut faire perdre toute la dérogation ; un dossier précis peut au contraire justifier la hausse autorisée.

Pour approfondir le régime général de la relocation, consultez aussi notre article sur l’augmentation du loyer entre deux locataires en zone tendue ainsi que la page droit immobilier du cabinet.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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