Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Dossier de surendettement : le juge ouvre un rétablissement personnel avec liquidation judiciaire — que va vendre le liquidateur, que pouvez-vous garder et comment contester ?

Vous avez déposé un dossier de surendettement et la commission de la Banque de France vous annonce qu’elle envisage un rétablissement personnel avec liquidation judiciaire. Le mot liquidation fait peur et les questions se bousculent : allez-vous perdre votre logement, votre voiture, vos meubles ? Qui va vendre vos biens, en combien de temps, et que restera-t-il de vos dettes une fois la procédure terminée ? Pouvez-vous refuser cette orientation, et que peut décider le juge si un créancier s’y oppose ? Cet article répond point par point, à partir des textes du code de la consommation et de la jurisprudence récente de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation. L’idée centrale tient en une phrase : la liquidation ne porte que sur les biens saisissables autres que les meubles nécessaires à la vie courante, elle est conduite par un liquidateur sous le contrôle du juge des contentieux de la protection, et la clôture efface le solde de vos dettes. Pour situer cette issue parmi les autres fins possibles du dossier, vous pouvez aussi lire notre page pilier sur le surendettement : dettes éligibles et effacement légal.

I. La commission vous oriente vers un rétablissement personnel avec liquidation judiciaire : que devez-vous accepter et que va vérifier le juge ?

A. Pourquoi la commission saisit le juge au lieu d’effacer directement vos dettes, et quel accord écrit vous devez donner

La commission de surendettement ne prononce jamais elle-même la liquidation de votre patrimoine. Quand l’examen de votre dossier révèle une situation irrémédiablement compromise et que vous possédez des biens autres que les meubles nécessaires à la vie courante, la commission vous convoque et sollicite votre accord avant de saisir le juge. C’est ce qu’exprime l’article L742-1 du code de la consommation sur Légifrance : « la commission, après avoir convoqué le débiteur et obtenu son accord, saisit le juge des contentieux de la protection aux fins d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire ». Trois éléments ressortent de cette phrase. D’abord, la convocation : vous êtes entendu avant toute saisine, et vous pouvez exposer votre situation, vos charges, vos pièces. Ensuite, l’accord : sans votre réponse positive, la saisine n’a pas lieu, car le texte précise que « L’absence de réponse du débiteur aux convocations vaut refus de cette saisine ». Enfin, le destinataire : seul le juge des contentieux de la protection peut ouvrir la procédure, après un débat contradictoire.

Ce mécanisme protège les débiteurs qui ne possèdent rien de réalisable : dans ce cas, la commission peut imposer elle-même un rétablissement personnel sans liquidation, qui efface les dettes sans vendre aucun bien. La liquidation n’entre en scène que lorsque vous détenez un actif d’une valeur significative, typiquement un bien immobilier, un véhicule d’une valeur notable, une épargne disponible ou des parts sociales. La Banque de France résume ainsi la distinction sur sa page officielle : sans liquidation quand vous ne disposez d’aucun bien de valeur significative, avec liquidation si vous possédez des biens de valeur qui peuvent être saisis et vendus pour payer vos créanciers, partiellement ou totalement. Concrètement, si vous êtes propriétaire d’un appartement grevé d’un crédit supérieur à sa valeur, ou si votre seul bien est une voiture ancienne indispensable pour travailler, signalez-le dès la convocation avec des justificatifs : estimation d’agence immobilière, cote du véhicule, relevés de comptes. Ces pièces orientent la commission vers la bonne voie et évitent une saisine inutile du juge.

Si vous refusez la saisine, la commission ne peut pas passer outre : elle reprend l’examen de votre dossier et s’oriente vers d’autres mesures de traitement, comme un plan conventionnel ou des mesures imposées. Ce refus reste un droit, mais il mérite réflexion. Refuser la liquidation quand votre situation est manifestement sans issue ne fait pas disparaître vos dettes : les créanciers retrouvent leurs poursuites et vous perdez le bénéfice de l’effacement final. À l’inverse, accepter la saisine ne signifie pas que la vente de vos biens est acquise : le juge réexamine tout, entend les créanciers et peut constater que la vente ne rapporterait rien, auquel cas il clôt la procédure pour insuffisance d’actif. Votre accord ouvre le débat judiciaire, il ne scelle pas le sort de votre patrimoine. Faites-vous assister dès ce stade : un avocat vérifie que l’état de vos dettes est complet, que vos biens insaisissables sont identifiés et que votre bonne foi est documentée, car ces trois points conditionnent toute la suite.

Le périmètre exact des biens concernés se définit par exclusion. L’article L724-1 du code de la consommation sur Légifrance distingue la situation où « les ressources ou l’actif réalisable du débiteur » permettent des mesures de traitement, de celle où la situation est « irrémédiablement compromise caractérisée par l’impossibilité manifeste de mettre en œuvre » ces mesures. C’est cette impossibilité manifeste, combinée à l’existence de biens autres que les meubles nécessaires, qui déclenche la voie de la liquidation. Les meubles nécessaires à la vie courante restent dans tous les cas hors d’atteinte : lits, tables, machine à laver, vêtements, objets des enfants et souvenirs de famille ne sont ni vendus ni saisis. La liste précise figure dans les textes sur les biens insaisissables, détaillée dans la seconde partie de cet article. Retenez dès maintenant la logique d’ensemble : la liquidation organise la vente de ce qui peut être vendu utilement, protège ce qui est nécessaire à votre vie quotidienne et efface le reste à la clôture.

B. Que vérifie le juge des contentieux de la protection à l’audience : situation irrémédiablement compromise, bonne foi et biens existants

Saisi par la commission, le juge convoque le débiteur et les créanciers connus à l’audience. L’article L742-3 du code de la consommation sur Légifrance décrit cet examen : « Le juge, après avoir entendu le débiteur s’il se présente et apprécié le caractère irrémédiablement compromis de sa situation ainsi que sa bonne foi, rend un jugement prononçant l’ouverture de la procédure. » Présentez-vous à cette audience : le texte prévoit que le juge vous entend si vous vous présentez, et votre présence permet de défendre votre bonne foi, d’expliquer l’origine des dettes et de montrer que la vente d’un bien ne rapporterait rien une fois les frais déduits. Apportez vos trois derniers bulletins de salaire ou justificatifs de revenus, vos avis d’imposition, vos relevés de charges, l’état de vos dettes et les estimations de vos biens. Un dossier chiffré et cohérent pèse davantage que de longues explications.

La bonne foi conditionne l’ouverture. Le juge écarte les débiteurs qui ont organisé leur insolvabilité, dissimulé des revenus ou un patrimoine, aggravé volontairement leur endettement par des crédits souscrits sans intention de rembourser ou détourné des fonds. À l’inverse, la perte d’un emploi, une séparation, une maladie, un accident de la vie ou une accumulation de crédits contractés pour faire face aux charges courantes caractérisent le surendetté de bonne foi. Rassemblez les preuves de cette trajectoire : attestation d’employeur, jugement de divorce, certificats médicaux, historique de vos remboursements avant la chute de vos revenus. Si un créancier soutient votre mauvaise foi, il doit la démontrer : contestez chaque allégation par une pièce, notamment quand une banque reproche des retraits d’espèces ou des découverts qui correspondent en réalité à des dépenses vitales. La jurisprudence des juges du fond refuse régulièrement l’ouverture quand la mauvaise foi est établie, mais elle l’admet largement quand le débiteur justifie d’un accident de parcours documenté.

Le juge peut aussi ouvrir la liquidation à l’occasion d’un recours dont il est déjà saisi, toujours avec votre accord. L’article L742-2 du code de la consommation sur Légifrance prévoit qu’à l’occasion des recours exercés devant lui, « le juge des contentieux de la protection peut, avec l’accord du débiteur, décider l’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire ». Cette passerelle concerne par exemple le débiteur qui conteste des mesures imposées et dont l’examen à l’audience révèle qu’aucune mesure de remboursement n’est envisageable : plutôt que de renvoyer le dossier à la commission, le juge peut basculer directement vers la liquidation, ce qui raccourcit les délais. Donnez ou refusez cet accord en connaissance de cause : demandez au juge une suspension d’audience ou un renvoi pour consulter un avocat si la proposition survient à l’improviste. Un accord donné sans comprendre la portée du dessaisissement qui suivra complique ensuite toute contestation.

Dès la recevabilité de votre demande initiale, vos biens sont protégés contre les poursuites individuelles. L’article L722-2 du code de la consommation sur Légifrance dispose : « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » Concrètement, les saisies-attribution sur vos comptes, les saisies-ventes de meubles et les cessions de salaire portant sur des dettes ordinaires sont suspendues pendant l’examen du dossier, puis pendant la procédure de liquidation jusqu’au jugement de clôture. Si un huissier poursuit malgré la recevabilité, adressez-lui la notification de recevabilité par lettre recommandée et saisissez le juge en cas de persistance. Attention aux limites : les dettes alimentaires, comme une pension alimentaire impayée, ne sont pas suspendues, et les procédures déjà engagées reprennent si votre demande est déclarée irrecevable. Conservez précieusement l’attestation de recevabilité et communiquez-la à chaque créancier qui vous poursuit.

II. Que va vendre le liquidateur, que pouvez-vous garder et comment faire effacer le reste de vos dettes ?

A. Dessaisissement, mission du liquidateur et vente de vos biens en douze mois : logement, voiture et objets du quotidien

Le jugement qui prononce la liquidation vous dessaisit de vos biens. L’article L742-15 du code de la consommation sur Légifrance énonce : « Le jugement qui prononce la liquidation emporte de plein droit dessaisissement du débiteur de la disposition de ses biens. Ses droits et actions sur son patrimoine personnel sont exercés pendant toute la durée de la liquidation par le liquidateur. » Dès ce jugement, vous ne pouvez plus vendre, donner ou hypothéquer vos biens : seul le liquidateur agit, sous le contrôle du juge. Tout acte passé en violation du dessaisissement est inopposable à la procédure. Ne signez donc plus aucun acte de disposition après le jugement d’ouverture, même pour aider un proche : un virement important, une donation ou une vente à prix minoré serait remis en cause et fragiliserait votre bonne foi. En revanche, vous conservez l’administration des actes de la vie courante et la disposition de vos revenus pour vivre, dans la limite du périmètre fixé par le juge.

Avant la vente, un mandataire établit un état des lieux complet de votre situation. L’article L742-12 du code de la consommation sur Légifrance indique : « Le mandataire dresse un bilan de la situation économique et sociale du débiteur, vérifie les créances et évalue les éléments d’actif et de passif. » Cette étape est décisive : c’est sur ce bilan que le juge décidera de vendre ou de clôturer pour insuffisance d’actif. La Cour de cassation veille à la distinction entre ce stade d’inventaire et la liquidation elle-même. Dans un arrêt du 2 juillet 2020, la deuxième chambre civile a rappelé, à propos d’un jugement d’ouverture, que « le juge avait prononcé l’ouverture de la procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire et désigné un mandataire avec mission de recenser les créanciers et recevoir leurs déclarations de créances, dresser un bilan de la situation économique et sociale de la débitrice, vérifier les créances et évaluer les éléments d’actif et de passif » (Cass. 2e civ., 2 juillet 2020, n° 19-15.736 sur le site de la Cour de cassation). Coopérez activement avec le mandataire : transmettez-lui tous vos relevés, titres de propriété, contrats de crédit et justificatifs de valeur. Un bien oublié ou minoré dans le bilan fausse toute la procédure et expose le débiteur à un soupçon de mauvaise foi.

La vente doit intervenir dans un délai d’un an. L’article L742-16 du code de la consommation sur Légifrance dispose : « Le liquidateur dispose d’un délai de douze mois pour vendre les biens du débiteur à l’amiable ou, à défaut, organiser une vente forcée dans les conditions relatives aux procédures civiles d’exécution. » La vente amiable est privilégiée : le liquidateur recherche un acquéreur au prix du marché, ce qui rapporte davantage qu’une adjudication. Pour un logement, fournissez au liquidateur des estimations d’agences locales et signalez les travaux nécessaires, les servitudes ou les occupations qui influencent le prix. Pour un véhicule, remettez le carnet d’entretien et le contrôle technique : un véhicule entretenu se vend mieux à l’amiable. Si aucun acheteur ne se présente au prix fixé, le liquidateur organise la vente forcée selon les règles des saisies, avec publicité et adjudication. Vous pouvez contester devant le juge les conditions de la vente si le prix de mise à prix paraît dérisoire ou si la publicité a été insuffisante.

Certains biens restent en toute hypothèse hors de la vente. Les objets nécessaires à la vie et au travail de votre famille sont insaisissables. L’article R112-2 du code des procédures civiles d’exécution sur Légifrance énumère notamment les vêtements, la literie, le linge de maison, les objets de ménage nécessaires à la conservation et à la préparation des aliments, les appareils de chauffage, la table et les chaises du repas en commun, la machine à laver le linge, les livres et objets nécessaires aux études ou à la formation professionnelle, les objets d’enfants et les souvenirs à caractère personnel ou familial. Concrètement, votre mobilier courant, votre électroménager usuel et les affaires de vos enfants ne sont pas vendus. La question se pose différemment pour la voiture nécessaire au travail : un véhicule d’une valeur modeste, indispensable pour conserver un emploi en zone mal desservie, est généralement préservé quand sa vente ne désintéresserait les créanciers qu’à la marge une fois les frais déduits. En revanche, un véhicule récent de valeur significative ou un second véhicule de loisir entre dans l’actif réalisable. Documentez l’usage professionnel par une attestation d’employeur, vos horaires, l’absence de transport en commun et le kilométrage domicile-travail.

Le logement familial mérite une attention particulière. Si vous êtes locataire, la procédure n’expulse pas : le loyer courant reste dû et les arriérés antérieurs sont intégrés au passif effaçable, avec une protection spécifique de deux ans contre les effets de la clause résolutoire après la clôture. Si vous êtes propriétaire d’une résidence principale grevée d’un emprunt, le liquidateur compare la valeur vénale et le solde du crédit : quand la vente ne dégagerait rien après remboursement du prêteur hypothécaire et paiement des frais, le juge privilégie la clôture pour insuffisance d’actif et vous conservez le logement, en continuant à rembourser l’emprunt. Quand la vente dégage un surplus, elle a lieu et le solde du prêt est apuré par le prix. Anticipez en faisant estimer le bien par deux professionnels et en calculant le capital restant dû : ces chiffres, versés au bilan du mandataire, déterminent souvent à eux seuls l’issue. À Paris et en Île-de-France, où les valeurs immobilières restent élevées même pour des surfaces modestes, la vente dégage plus souvent un reliquat qu’en province : faites chiffrer précisément les frais de vente, les diagnostics et la taxe sur la plus-value éventuelle pour vérifier que l’opération profite réellement aux créanciers.

Le prix de vente est réparti entre les créanciers selon un projet établi par le liquidateur. Les créanciers peuvent contester cette répartition dans les quinze jours de sa notification, par lettre recommandée avec accusé de réception adressée au liquidateur avec les justificatifs. Si le projet n’est pas contesté dans ce délai, le juge l’homologue et le liquidateur procède aux paiements. Vous-même pouvez contester le projet si une créance vous paraît gonflée ou prescrite : vérifiez chaque montant admis au passif, les intérêts réclamés, les frais ajoutés et l’imputation des paiements déjà effectués. Une créance admise à tort réduit la part des autres créanciers et augmente le reliquat qui restera à votre charge s’il n’est pas effacé. Demandez au liquidateur la liste complète des créances admises et faites-la relire par un avocat : quinze jours passent vite et une contestation hors délai est irrecevable.

B. Clôture, effacement des dettes et recours : dettes exclues, contestation de la répartition et appel du jugement

La procédure s’achève par un jugement de clôture qui efface ce qui reste dû. L’article L742-22 du code de la consommation sur Légifrance dispose : « La clôture entraîne l’effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur, arrêtées à la date du jugement d’ouverture, à l’exception de celles dont le montant a été payé en lieu et place du débiteur par la caution ou le coobligé, personnes physiques. » Deux issues se présentent. Quand la vente des biens a permis de tout payer, le juge prononce la clôture pour extinction du passif et vous repartez sans dette. Quand le produit des ventes ne suffit pas, ou quand aucun bien n’était vendable, le juge prononce la clôture pour insuffisance d’actif et le solde impayé est effacé. Dans les deux cas, les créanciers ne peuvent plus vous poursuivre pour les dettes arrêtées à la date du jugement d’ouverture. Si un créancier relance après la clôture, opposez-lui le jugement par lettre recommandée et saisissez le juge en cas d’insistance.

Toutes les dettes ne s’effacent pas. Restent dues les dettes payées à votre place par une caution ou un coobligé qui est une personne physique : cette personne, souvent un parent ou un ami, conserve son recours contre vous. Restent également dues les dettes exclues par la loi : les dettes alimentaires comme les pensions alimentaires impayées, les amendes pénales, les dommages et intérêts alloués à une victime d’infraction, les dettes nées d’un prêt sur gage et les dettes frauduleuses envers un organisme social, par exemple un indu de prestations obtenu par fausse déclaration. Ces exclusions protègent les victimes et les organismes lésés par la fraude. Faites établir avant la clôture la liste exacte de ce qui subsistera : pensions alimentaires, amendes et réparations dues aux victimes continuent à courir et restent recouvrables par tous moyens. Prévoyez leur remboursement dans votre budget post-procédure pour éviter une nouvelle spirale d’impayés dès la sortie du dispositif.

La date à laquelle le passif est arrêté donne lieu à de fréquents litiges, que la Cour de cassation tranche strictement. Dans un arrêt du 23 novembre 2023, la deuxième chambre civile a jugé que « le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire entraîne l’effacement de toutes les dettes non professionnelles du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission » (Cass. 2e civ., 23 novembre 2023, n° 22-11.535 sur le site de la Cour de cassation), et elle a censuré une cour d’appel qui retenait la date du dépôt du dossier au lieu de la date de la décision. Le raisonnement vaut pour la liquidation : les dettes prises en compte sont celles existant à la date du jugement d’ouverture, pas celles nées après. Les loyers, échéances et indemnités nés postérieurement au jugement restent dus et ne sont pas effacés. Payez donc scrupuleusement vos charges courantes pendant toute la procédure : loyer, énergie, assurance, pension alimentaire. Un impayé né en cours de procédure crée une dette nouvelle qui survivra à l’effacement et fournira aux créanciers un motif de relance dès la clôture.

Les décisions rendues pendant la procédure peuvent être contestées. Le jugement d’ouverture, le jugement qui arrête les créances, celui qui prononce la liquidation ou la clôture sont susceptibles d’appel dans les délais de droit commun portés à la connaissance des parties lors de la notification. Vérifiez chaque notification : le délai court à compter de sa réception et un appel tardif est irrecevable. La Cour de cassation protège l’accès au juge dans ces procédures : dans un arrêt du 4 novembre 2021, la deuxième chambre civile a jugé que « le jugement statuant sur le recours en rétractation formé par une partie à l’encontre d’une ordonnance conférant force exécutoire à la recommandation aux fins de rétablissement personnel sans liquidation judiciaire est susceptible d’appel » (Cass. 2e civ., 4 novembre 2021, n° 20-11.683 sur le site de la Cour de cassation). Concrètement, si le juge refuse l’ouverture de la liquidation, si un créancier conteste votre bonne foi ou si la répartition du prix de vente vous paraît inéquitable, formez appel par déclaration au greffe dans le délai indiqué et faites valoir vos pièces nouvelles : estimation actualisée, preuve d’un paiement omis, démonstration d’une créance prescrite.

Après la clôture, deux démarches parachèvent votre rebond. D’abord, vérifiez votre inscription au fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers : la mention liée à la procédure doit être mise à jour puis radiée à l’issue des délais légaux, et toute erreur de la Banque de France ou d’un établissement peut être contestée par réclamation puis devant le juge. Ensuite, reconstruisez un budget sans crédit : la clôture efface le passé, elle n’interdit pas l’avenir, mais un nouveau crédit souscrit sans capacité de remboursement exposerait à un nouveau surendettement sans la protection de la procédure close. Les travailleurs sociaux, les associations de consommateurs et les points conseil budget accompagnent gratuitement cette reconstruction. Si une dette exclue de l’effacement demeure lourde, comme des arriérés alimentaires, négociez un échéancier réaliste avec le créancier ou sollicitez le juge pour des délais : sortir de la liquidation avec un plan tenable vaut mieux qu’une victoire juridique suivie d’une rechute financière.

Conclusion

Le rétablissement personnel avec liquidation judiciaire suit un chemin balisé : accord du débiteur puis saisine du juge, vérification de la situation irrémédiablement compromise et de la bonne foi à l’audience, dessaisissement, bilan du mandataire, vente des biens saisissables en douze mois par le liquidateur, répartition du prix avec contestation possible en quinze jours, puis clôture qui efface le solde des dettes arrêtées au jour du jugement d’ouverture. Vos meubles nécessaires, vos souvenirs, les affaires de vos enfants et, souvent, la voiture indispensable au travail restent hors de la vente, tandis que les dettes alimentaires, les amendes et les réparations dues aux victimes subsistent après la clôture. Chaque étape se conteste : refus de la saisine, débat sur la bonne foi, conditions de la vente, montant des créances admises, répartition du prix et appel des jugements. Préparez chaque audience avec des pièces chiffrées, payez vos charges courantes pendant la procédure et faites vérifier la liste des dettes exclues avant la clôture. La liquidation bien conduite n’est pas une punition : c’est la vente encadrée de ce qui peut l’être, puis l’effacement du reste et un nouveau départ documenté.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier

La commission vous oriente vers une liquidation ou le juge vient d’ouvrir la procédure ? Une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet permet de vérifier vos biens saisissables, de préparer l’audience et de contester les créances gonflées. Appelez le 06 46 60 58 22 ou écrivez via la page contact du cabinet. Intervention à Paris et en Île-de-France comme sur tout le territoire.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».