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Incendie dans un immeuble : qui reloge le locataire et faut-il encore payer le loyer ?

Incendie dans un immeuble : qui reloge le locataire et faut-il encore payer le loyer ?

L’incendie qui a ravagé un immeuble du centre de Rouen dans la nuit du 14 juillet 2026 rappelle une difficulté immédiate pour chaque occupant évacué : que devient le bail lorsque le logement ne peut plus être habité ? La réponse ne dépend pas seulement de l’origine du feu. Elle suppose d’évaluer l’étendue des dommages, la durée prévisible des travaux, les mesures administratives prises et les garanties d’assurance mobilisables.

Un appartement calciné peut entraîner la disparition immédiate du bail. Un logement seulement touché par les fumées, l’eau ou une interdiction temporaire d’accès peut relever d’un autre régime. Le locataire ne doit donc ni continuer à payer sans réserve un logement inutilisable, ni suspendre seul tout versement sans documenter la situation. Le bailleur, de son côté, ne peut réduire le dossier à un échange entre assureurs : ses obligations contractuelles demeurent tant que le bail se poursuit.

Les premières heures exigent des preuves simples : rapport des pompiers, arrêté municipal, photographies, constat de commissaire de justice, expertise, devis, attestations d’hébergement et factures. Elles permettront de trancher trois questions qui se recoupent sans se confondre : le bail existe-t-il encore, le loyer reste-t-il exigible et qui doit supporter le coût du relogement ?

I. Incendie d’un appartement : le bail et le loyer continuent-ils ?

A. Quand l’incendie résilie-t-il automatiquement le bail ?

Le point de départ se trouve dans l’article 1722 du Code civil. Ce texte dispose : « Si, pendant la durée du bail, la chose louée est détruite en totalité par cas fortuit, le bail est résilié de plein droit ; si elle n’est détruite qu’en partie, le preneur peut, suivant les circonstances, demander ou une diminution du prix, ou la résiliation même du bail. Dans l’un et l’autre cas, il n’y a lieu à aucun dédommagement. »

La destruction totale ne signifie pas nécessairement que les murs ont disparu. Elle peut résulter d’une impossibilité durable d’utiliser le logement conformément à sa destination. Une installation électrique détruite, des structures fragilisées, des fumées toxiques persistantes ou un arrêté interdisant l’occupation peuvent rendre l’habitation juridiquement perdue, même si le bâtiment reste debout.

La Cour de cassation retient depuis longtemps que la fin du bail n’est pas réservée au seul incendie fortuit. Elle a jugé : « LE BAIL PREND FIN DE PLEIN DROIT PAR LA PERTE TOTALE DE LA CHOSE LOUEE SURVENUE PAR CAS FORTUIT OU MEME PAR LA FAUTE DE L’UNE DES PARTIES, SAUF LES DOMMAGES-INTERETS POUVANT ETRE MIS A LA CHARGE DE CELLE DES PARTIES DECLAREE RESPONSABLE DE CETTE PERTE » (Cass. 3e civ., 8 mars 1978, n° 76-14.954). Cette distinction est essentielle : le bail peut disparaître alors que la responsabilité de l’incendie reste discutée. La fin du contrat ne prive pas la victime de son action indemnitaire contre la personne responsable.

Le coût des travaux constitue un second critère. La Cour de cassation a censuré une décision qui n’avait pas recherché « si le coût des travaux de remise en état de l’immeuble loué n’excédait pas sa valeur, emportant ainsi destruction totale de la chose louée » (Cass. 3e civ., 9 décembre 2009, n° 08-17.483). Une expertise chiffrée ne sert donc pas seulement à obtenir une indemnité d’assurance. Elle peut déterminer si le contrat continue.

Cette analyse a été formulée plus nettement en 2018. La Cour de cassation juge : « Que doit être assimilée à la destruction en totalité de la chose louée l’impossibilité absolue et définitive d’en user conformément à sa destination ou la nécessité d’effectuer des travaux dont le coût excède sa valeur » (Cass. 3e civ., 8 mars 2018, n° 17-11.439). Le juge doit donc regarder l’usage réel du bien, la durée de l’impossibilité et l’économie des travaux.

Une décision récente illustre cette méthode dans un bail d’habitation. Après un incendie, la cour d’appel d’Amiens a examiné les photographies, la dangerosité électrique et un devis de 34 242,13 euros. Elle retient : « Il résulte de l’ampleur du sinistre, de la dangerosité des lieux et du coût important des travaux de remise en état que l’incendie du 2 mars 2023 a détruit en totalité le logement donné à bail au sens de l’article précité. » (CA Amiens, 13 janvier 2026, n° 24/03801).

Le fait qu’un locataire revienne dans le logement ne prouve pas que celui-ci reste habitable. Dans l’affaire d’Amiens, l’occupant avait changé les serrures et réintégré les lieux. La cour a toutefois constaté la destruction totale en raison du danger et de l’ampleur des travaux. Une occupation matérielle, parfois dictée par l’absence d’autre solution, ne vaut ni certificat de sécurité ni renonciation aux droits nés du sinistre.

La durée de l’interdiction compte également. À la suite d’un incendie parisien, un arrêté de péril avait interdit l’occupation pendant près de trois ans. La cour d’appel de Paris a précisé : « L’impossibilité de jouir de la chose s’apprécie au moment de la survenance de l’événement en cause, indépendamment du fait que l’appartement loué se trouve, à la date de la décision, en état d’être habité suite à la réalisation d’importants travaux. » (CA Paris, 9 mars 2023, n° 21/00088).

La remise en état ultérieure ne ressuscite donc pas automatiquement l’ancien bail. Le propriétaire et l’ancien locataire peuvent conclure un nouveau contrat après les travaux, mais ils ne doivent pas confondre cette possibilité avec la continuation du contrat antérieur. Le dépôt de garantie, les clés, les meubles demeurés sur place et les créances antérieures doivent alors être liquidés séparément.

Pour qualifier la destruction, les pièces utiles sont le rapport d’intervention des pompiers, l’arrêté d’interdiction d’accès ou d’habiter, le rapport d’expertise, les diagnostics de structure et d’électricité, les devis comparés à la valeur du bien, ainsi que les constats photographiques datés. Un courriel d’assureur qualifiant le sinistre de « partiel » ne lie pas le juge. Le raisonnement juridique repose sur l’usage possible du logement, non sur la seule nomenclature interne d’une compagnie.

B. Le locataire doit-il payer le loyer pendant les travaux ?

Lorsque le logement est totalement détruit au sens de l’article 1722 du Code civil, le bail est résilié de plein droit à la date de la perte. Les loyers postérieurs ne sont alors plus dus. Le bailleur ne fournit plus le logement convenu ; il ne peut demander la contrepartie d’une prestation devenue impossible.

Le tribunal judiciaire de Paris l’a exprimé à propos d’un appartement entièrement brûlé : « Les risques étant à la charge du débiteur empêché, il ne peut davantage réclamer la contrepartie prévue au contrat et en l’occurrence le loyer. » (TJ Paris, 25 novembre 2024, n° 24/09168). Dans cette affaire, le constat décrivait un logement dont les revêtements, les équipements, les objets mobiliers et les fenêtres avaient brûlé.

La date exacte demeure importante. L’incendie peut commencer un soir, tandis que l’interdiction d’occuper intervient le lendemain. Une expertise peut ensuite révéler que la destruction est totale. Le juge recherche la date à laquelle l’impossibilité d’habiter est caractérisée. Les parties ont intérêt à arrêter un compte locatif précis : loyer dû avant le sinistre, provisions sur charges, sommes payées après la perte, dette ancienne et dépôt de garantie.

Une destruction partielle appelle davantage de prudence. L’article 1722 ouvre au preneur le choix entre une diminution du prix et la résiliation, suivant les circonstances. Une cuisine inutilisable, une chambre condamnée ou une pollution par les fumées peut justifier une baisse proportionnée. La durée prévisible, la surface perdue, les risques sanitaires et la possibilité de conserver un usage normal du logement orientent la solution.

Le locataire ne devrait toutefois pas fixer seul le montant de la diminution. Une suspension unilatérale non documentée peut produire une dette locative et déclencher un commandement de payer. La voie la plus sûre consiste à demander par écrit la suspension ou la réduction, joindre les preuves du sinistre, proposer un arrêté de compte et, en cas de refus, saisir rapidement le juge des contentieux de la protection. Une consignation ne s’improvise pas davantage ; elle suppose un cadre juridique adapté.

Le bailleur doit, pour sa part, distinguer le loyer d’une indemnité d’occupation. Dans l’arrêt d’Amiens du 13 janvier 2026, le bail avait pris fin, mais l’ancien locataire avait repris possession des lieux contre l’avis du bailleur. La cour a néanmoins refusé une indemnité d’occupation parce que le logement était inhabitable. La présence de meubles ou la conservation des clés ne suffit donc pas toujours à créer une créance correspondant à la valeur locative d’un bien dangereux.

Les clés ne doivent pas être négligées. Même après la résiliation, elles permettent l’accès aux experts, aux entreprises et aux services de sécurité. Leur restitution doit être formalisée par un reçu, un procès-verbal ou un envoi sécurisé. Les biens mobiliers restés dans l’appartement doivent être inventoriés avant toute évacuation. Les objets ne doivent pas être jetés sans traçabilité, même lorsqu’ils paraissent irrécupérables.

La responsabilité de l’incendie suit une logique distincte. L’article 1733 du Code civil prévoit que le preneur répond de l’incendie, sauf s’il prouve le cas fortuit ou la force majeure, le vice de construction, ou la communication du feu par une maison voisine. Cette présomption peut influer sur les recours entre assureurs et sur les dommages-intérêts. Elle ne transforme pas pour autant un logement détruit en logement louable.

Le locataire doit déclarer le sinistre à son assureur dans le délai contractuel, sans attendre l’expertise du propriétaire ou du syndic. Il doit décrire les circonstances connues sans reconnaître une responsabilité non établie. Le bailleur informe son assurance propriétaire non occupant. Le syndic déclare le sinistre au titre de l’assurance de l’immeuble si des parties communes sont atteintes. Chaque déclaration reçoit son propre numéro de dossier.

Le contrat d’assurance peut prendre en charge l’hébergement d’urgence, les frais de relogement, le mobilier, les pertes d’usage ou certains frais annexes. Ces garanties varient selon les plafonds, les franchises et les durées. Elles ne se déduisent pas du seul certificat d’assurance. Il faut obtenir les conditions particulières, les conditions générales et une position écrite de la compagnie sur chaque poste.

II. Qui doit reloger le locataire après un incendie et quels recours exercer ?

A. Le propriétaire doit-il reloger le locataire sinistré ?

Il n’existe pas une réponse unique pour chaque incendie. Lorsque la chose louée disparaît totalement par un événement non imputable au bailleur, l’article 1722 du Code civil met fin au bail sans lui imposer, par lui-même, de fournir un autre appartement. Le locataire mobilise alors en priorité son assurance habitation, les dispositifs d’hébergement d’urgence et, selon la situation, les services municipaux ou sociaux.

La situation change lorsque le bail se poursuit ou lorsque le sinistre révèle un manquement du bailleur. L’article 1719 du Code civil oblige le propriétaire à délivrer la chose louée, à l’entretenir en état de servir à l’usage convenu et à assurer au preneur une jouissance paisible. Pour une résidence principale, l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 impose en outre un logement décent, sans risque apparent pour la sécurité physique ou la santé.

L’article 1721 du Code civil garantit le locataire contre les vices ou défauts qui empêchent l’usage de la chose, même si le bailleur ne les connaissait pas lors du contrat. S’il en résulte une perte, le propriétaire doit l’indemniser. Cette garantie peut jouer lorsqu’un défaut électrique, un vice de construction ou l’état des parties communes a contribué au sinistre ou à ses conséquences.

La cour d’appel de Lyon rappelle le caractère exigeant de cette obligation : « Dès lors que la garantie due par le bailleur en application de l’article 1721 précité est une responsabilité sans faute, les diligences dont justifie M. [N] ne sont pas de nature à l’exonérer de sa responsabilité à l’égard de M. [Y] à raison de l’impropriété des lieux à leur usage d’habitation. » (CA Lyon, 7 mai 2025, n° 23/00031). L’affaire concernait des dégâts des eaux, mais la règle vaut pour les sinistres rendant le bien impropre à l’habitation.

La compagnie d’assurance n’absorbe pas les obligations du bailleur. Un propriétaire ne peut opposer au locataire que le syndic tarde, que l’assureur du voisin n’a pas répondu ou que la convention entre assureurs attribue la gestion à une autre compagnie. Ces questions organisent les recours entre professionnels. Elles n’effacent pas le contrat de bail ni la garantie légale due au preneur.

Le tribunal judiciaire du Havre a retenu la responsabilité d’un bailleur après des désordres provenant de parties communes : « Ces éléments démontrent le non-respect par le bailleur de son obligation de louer un logement en bon état d’entretien et de réparation ainsi que de décence permettant d’assurer la jouissance paisible du logement voire son habitation. » (TJ Le Havre, 3 mars 2025, n° 23/00130). Le tribunal a notamment indemnisé un double loyer, des frais de déménagement et des biens endommagés.

La prise en charge du relogement peut donc provenir de plusieurs sources. L’assurance du locataire intervient souvent en premier pour l’hébergement temporaire. L’assurance du responsable peut ensuite supporter les frais dans le cadre d’un recours. Le bailleur peut être condamné si son manquement a causé ou prolongé l’impossibilité d’habiter. Une mesure de police administrative peut enfin déclencher des obligations particulières selon son fondement et la personne visée.

Il faut éviter deux raccourcis. Le premier consiste à affirmer que le propriétaire doit toujours reloger. Ce n’est pas la conséquence automatique d’un incendie ayant détruit le logement par cas fortuit. Le second consiste à dire qu’il ne doit jamais rien. Ses obligations de délivrance, d’entretien, de décence et de garantie peuvent justifier une indemnisation, le paiement du relogement ou la réparation d’un double loyer.

Le caractère temporaire ou définitif du relogement doit être fixé rapidement. Si les travaux durent trois semaines et que le bail se poursuit, la solution porte sur l’hébergement provisoire et la réduction du loyer. Si l’expertise établit une perte totale, le locataire doit rechercher un nouveau logement et faire liquider l’ancien contrat. Les promesses imprécises de réintégration compliquent les deux dossiers.

Les frais réclamés doivent être prouvés. Une attestation d’hébergement gratuite établit le déplacement, mais pas une dépense hôtelière. Les factures d’hôtel, de location temporaire, de garde-meubles, de déménagement et de transport doivent être conservées. Si le locataire paie deux logements pendant une période, les quittances et relevés bancaires permettent de chiffrer le préjudice.

À Paris et en Île-de-France, l’urgence pratique peut être accentuée par le coût d’un hébergement de remplacement. Le dossier doit distinguer l’hébergement des premières nuits, la location temporaire pendant l’expertise et le nouveau bail lorsque la perte est totale. Une demande globale sans factures est plus facile à discuter qu’un tableau chronologique associant chaque dépense à sa pièce.

B. Quelles preuves et quelles actions après l’incendie ?

La première action consiste à protéger les personnes et à respecter les consignes des secours. Aucun enjeu locatif ne justifie de rentrer dans un immeuble interdit. La recherche des documents et des biens personnels vient après l’autorisation des pompiers, de la mairie, de l’expert ou du gestionnaire chargé de la sécurité.

Le locataire adresse ensuite une déclaration à son assureur. Il transmet la date, l’adresse, les circonstances connues, les dommages visibles et les coordonnées du bailleur ou du syndic. Il demande une confirmation écrite de l’ouverture du dossier, le nom de l’expert, les mesures de sauvegarde autorisées, le plafond d’hébergement et la durée de prise en charge. Il ne doit pas attendre que l’ensemble des causes soit déterminé.

Le bailleur procède à sa propre déclaration et informe le syndic lorsque l’immeuble est en copropriété. Le syndic saisit l’assureur de l’immeuble si les parties communes, la toiture, les façades, les gaines ou les réseaux collectifs sont atteints. Ces démarches peuvent être conduites parallèlement. Attendre qu’un assureur refuse avant de saisir le suivant fait perdre du temps et fragilise la preuve.

L’inventaire mobilier doit être précis. Chaque objet est identifié, photographié et rapproché, si possible, d’une facture, d’une photographie antérieure, d’un relevé bancaire ou d’une garantie. Il faut séparer les biens détruits, les biens nettoyables et les biens placés en garde-meubles. Une liste reconstituée plusieurs mois plus tard sera plus contestée.

La preuve de l’inhabitabilité ne repose pas uniquement sur des photographies spectaculaires. Le rapport des pompiers, l’arrêté municipal, les analyses de suie, le diagnostic électrique, l’évaluation structurelle, le constat de commissaire de justice et les devis ont une portée différente. Un logement peut paraître peu endommagé tout en restant dangereux en raison des fumées, de l’eau d’extinction ou d’une gaine technique atteinte.

Le courrier adressé au bailleur doit demander une position sur quatre points : l’état du bail, le sort du loyer, l’accès aux lieux et la prise en charge des frais. Le locataire joint les premiers justificatifs et réserve ses droits. Le bailleur répond en indiquant les déclarations effectuées, les expertises programmées, les mesures de sécurité et sa position provisoire sur le compte locatif.

Si les parties s’accordent sur une destruction totale, elles peuvent formaliser un protocole de liquidation du bail : date de fin, arrêt du loyer, restitution du trop-payé, sort du dépôt de garantie, remise des clés, accès aux meubles et réserve sur les responsabilités. Cet accord ne doit pas comporter une renonciation générale aux recours d’assurance ou aux dommages-intérêts sans chiffrage préalable.

En cas de désaccord sur la perte totale, une expertise contradictoire devient déterminante. Elle doit répondre à des questions juridiques concrètes : quelles pièces sont accessibles, quels usages restent possibles, quels travaux sont nécessaires, combien coûtent-ils, quelle est leur durée et quel est le rapport entre ce coût et la valeur du bien ? Une expertise limitée au montant assuré ne suffit pas toujours à trancher le bail.

Le juge des contentieux de la protection peut être saisi pour les litiges relatifs au bail d’habitation. Selon l’urgence et la nature de la contestation, une procédure au fond ou une demande en réfé peut être envisagée. Les demandes doivent être cohérentes : constat de la résiliation, diminution du loyer, remboursement de sommes, restitution du dépôt, indemnisation du trouble de jouissance, des frais de relogement, du déménagement et des biens endommagés.

La responsabilité du bailleur, du locataire, du syndic, d’un voisin ou d’une entreprise ne se déduit pas de la seule localisation du départ de feu. Elle suppose une analyse technique et juridique. Un incendie parti du logement loué peut résulter d’un vice électrique. Un feu venu d’une partie commune peut être lié à un défaut d’entretien. Une intervention récente peut conduire à rechercher la responsabilité d’une entreprise.

Les assureurs organisent souvent une expertise commune. Le locataire et le bailleur doivent y participer ou s’y faire représenter, transmettre leurs pièces et faire inscrire leurs observations. Ils peuvent demander que l’expert précise les causes probables, les zones atteintes, la durée d’inhabitabilité, les mesures conservatoires et les travaux. Une signature sur un procès-verbal d’évaluation doit être relue avant acceptation.

Les délais de prescription varient selon l’action et la personne poursuivie. Il ne faut pas attendre la fin des travaux pour constituer le dossier. La conservation des preuves commence le jour du sinistre. Une mise en demeure peut interrompre certaines discussions, mais elle ne suspend pas automatiquement tous les délais. La date de réception et le contenu précis du courrier doivent être conservés.

Le maillage des actions doit également être anticipé. Le locataire peut agir contre le bailleur sur le contrat, tandis que celui-ci exerce ensuite un recours contre le syndic, un voisin, une entreprise ou un assureur. La cour d’appel de Lyon rappelle que les recours du bailleur contre les responsables du sinistre ne diminuent pas nécessairement la garantie qu’il doit d’abord à son locataire.

Un avocat peut organiser ce dossier autour d’une chronologie, d’un compte locatif et d’un tableau des préjudices. La page consacrée à l’avocat en bail d’habitation à Paris présente les principaux contentieux locatifs. Pour une approche plus large des actions immobilières, des preuves et des procédures, consultez aussi la page avocat en droit immobilier à Paris. Lorsque le logement demeure insalubre après le sinistre, un courrier formalisé peut s’appuyer sur notre guide relatif à la mise en demeure de réaliser des travaux.

Conclusion

Après un incendie, le bail ne continue pas ou ne disparaît pas selon une formule automatique tirée du seul rapport d’assurance. La destruction est totale lorsque le logement ne peut plus être utilisé conformément à sa destination de manière absolue et définitive, ou lorsque les travaux excèdent sa valeur. Le bail prend alors fin à la date de la perte et le loyer postérieur n’est plus exigible. Si les dommages sont partiels, le locataire peut demander une diminution du loyer ou la résiliation, selon l’importance et la durée de la privation.

Le relogement doit être traité séparément. L’assurance habitation finance souvent les premières nuits ou une location temporaire. Le bailleur peut devoir indemniser le locataire lorsqu’un manquement à ses obligations de délivrance, d’entretien, de décence ou de garantie a causé ou prolongé l’inhabitabilité. Les recours contre le syndic, le voisin, l’entreprise ou les assureurs sont ensuite organisés selon les causes techniques.

Le dossier se gagne d’abord par sa preuve : rapport des pompiers, arrêté, constat, expertise, devis, échanges avec les assureurs, factures de relogement et compte locatif. Ces documents permettent de choisir entre un accord de liquidation du bail, une demande de réduction du loyer, une expertise contradictoire ou une saisine du juge.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».