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220 000 € d’amende pour une conciergerie Airbnb : comment la sanction se calcule-t-elle par personne et par local ?

Le 15 juillet 2026, la presse a révélé quatre décisions rendues à Paris contre une propriétaire et la société chargée de sa conciergerie. Les condamnations annoncées atteignent 220 000 euros pour chacune, soit 440 000 euros au total, à propos de plusieurs logements proposés en location touristique sans autorisation de changement d’usage. L’affaire dépasse le seul risque supporté par le propriétaire : elle rappelle qu’un professionnel qui publie les annonces, organise les séjours et exploite les biens peut répondre personnellement de ses propres manquements.

La question pratique est donc double. Le propriétaire ne peut pas considérer que le mandat confié à une conciergerie transfère toute responsabilité. La conciergerie ne peut pas davantage se contenter d’un numéro d’enregistrement ou d’une déclaration de son client lorsque les documents disponibles révèlent un doute sur l’usage du local. À Paris, le changement d’usage, l’enregistrement du meublé, la limite applicable à la résidence principale et le règlement de copropriété correspondent à des contrôles différents.

Avant de publier une annonce ou de répondre à une demande de la Ville, chaque intervenant doit reconstituer le statut du logement, conserver les preuves de ses vérifications et déterminer la période juridique applicable. Depuis la loi du 19 novembre 2024, certaines amendes ont augmenté et les obligations d’enregistrement ont encore évolué au 20 mai 2026. Une réponse utile commence donc par les pièces, les dates et le rôle exact de chacun.

Le guide publié le 4 juin 2026 explique déjà la répartition contractuelle des tâches entre le propriétaire et son mandataire lors d’un contrôle municipal. Le présent décryptage répond à la question nouvelle posée par les condamnations de juillet : comment plusieurs amendes personnelles peuvent-elles se cumuler pour plusieurs locaux, et quels éléments permettent au juge d’en fixer le montant pour la conciergerie comme pour le propriétaire ?

I. Conciergerie Airbnb condamnée : qui risque une amende pour une location touristique illégale ?

A. Le propriétaire et la conciergerie peuvent-ils être condamnés séparément ?

La location touristique d’un logement ne repose pas sur une formalité unique. Le propriétaire doit vérifier que le local peut être offert comme meublé de tourisme. La conciergerie doit contrôler les obligations attachées à son activité d’entremise. La plateforme applique encore d’autres obligations de publication, de transmission et de retrait. Un numéro d’enregistrement ne remplace pas une autorisation de changement d’usage, et une autorisation administrative ne purge pas une interdiction inscrite dans le règlement de copropriété.

L’article L. 631-7 du code de la construction et de l’habitation, dans sa version en vigueur depuis le 21 février 2026, pose le principe. Il prévoit notamment : « Le fait de louer un local meublé à usage d’habitation en tant que meublé de tourisme, au sens du I de l’article L. 324-1-1 du code du tourisme, constitue un changement d’usage au sens du présent article. » Dans les communes ayant instauré cette police, dont Paris, la location touristique d’un local à usage d’habitation exige donc l’autorisation applicable, sauf régime dérogatoire.

La définition du meublé de tourisme figure à l’article L. 324-1-1 du code du tourisme. Le texte vise les villas, appartements ou studios meublés « à l’usage exclusif du locataire, offerts à la location à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile et qui y effectue un séjour caractérisé par une location à la journée, à la semaine ou au mois ». Cette qualification dépend de l’usage offert au voyageur, non du nom commercial choisi par le loueur.

Le propriétaire reste exposé lorsqu’il organise, autorise ou connaît cette exploitation. Dans un arrêt du 13 mars 2025, pourvoi n° 24-11.508, la Cour de cassation a validé la condamnation d’un propriétaire qui avait donné son bien à une société autorisée à le sous-louer. Elle relève exactement : « Ayant ainsi fait ressortir que M. [I] avait donné en connaissance de cause son bien en location à une société qui le sous-louait pour des locations de courte durée à une clientèle de passage, la cour d’appel a pu le condamner au paiement d’une amende civile dont elle a souverainement apprécié le montant. »

Le mandat de gestion ne constitue donc pas un écran. Le propriétaire doit pouvoir produire le contrat, les instructions données, les déclarations administratives, les autorisations et les relevés d’activité. L’absence de mandat écrit, une clause autorisant la sous-location touristique ou le maintien de l’annonce après une mise en demeure peuvent établir sa connaissance. La fausse déclaration d’une résidence principale aggrave encore le dossier, car elle montre que la qualification réelle du logement était connue.

La conciergerie peut, de son côté, encourir une sanction personnelle. L’article L. 324-2-1 du code du tourisme vise toute personne qui « se livre ou prête son concours contre rémunération ou à titre gratuit, par une activité d’entremise ou de négociation ou par la mise à disposition d’une plateforme numérique » à la location d’un meublé. Elle doit informer le loueur des obligations de déclaration ou d’autorisation, obtenir une déclaration sur l’honneur avant la publication, recueillir le numéro de déclaration et faire apparaître ce numéro dans l’annonce.

Ces diligences ne se résument pas à une case cochée. Par son arrêt du 11 juillet 2024, pourvoi n° 22-24.020, publié au Bulletin, la Cour de cassation a approuvé l’analyse suivante : « 10. La cour d’appel a, d’abord, constaté que M. [Z] était un professionnel de l’immobilier, gérant d’une société de réservation et de conciergerie dont l’activité est la location saisonnière. 11. Elle a, ensuite, retenu, par motifs propres et adoptés, qu’il ne pouvait ignorer la réglementation applicable, et qu’il aurait aisément pu obtenir des propriétaires l’information relative à l’usage du bien avant de procéder aux locations de tourisme. »

Cette décision répond directement à l’objection fréquente du professionnel qui dit avoir cru son client. Une conciergerie spécialisée connaît le risque lié au changement d’usage. Elle doit demander les documents permettant de qualifier le local, comparer leur contenu avec le projet de location et suspendre la commercialisation si les réponses restent contradictoires. Une déclaration générale du propriétaire ne neutralise pas des éléments objectifs montrant que le logement n’est pas une résidence principale ou qu’aucune autorisation n’a été délivrée.

L’arrêt du 11 juillet 2024 précise également que le plafond légal s’apprécie par personne poursuivie et par local. La Cour énonce : « Le montant de l’amende ainsi encourue est défini par personne poursuivie et par local irrégulièrement transformé. » Un même logement peut ainsi conduire à plusieurs amendes distinctes lorsque plusieurs personnes ont personnellement participé au changement d’usage illicite. Le plafond n’est pas une enveloppe globale à partager entre le propriétaire, le locataire et le gestionnaire.

La sanction doit toutefois rester individualisée. Dans l’arrêt du 13 mars 2025 précité, la Cour de cassation a vérifié mot pour mot le principe suivant : « 9. Il est jugé qu’il résulte de ces textes que le prononcé de l’amende civile encourue en cas de changement d’usage sans autorisation préalable de locaux destinés à l’habitation est soumis aux principes de personnalité et d’individualisation de la peine, qui font obstacle, en la matière, à toute condamnation in solidum (3e Civ., 11 juillet 2024, pourvoi n° 23-10.467, publié). »

Le juge doit donc caractériser le comportement propre de chaque défendeur et fixer son amende. Une propriétaire et sa conciergerie peuvent toutes deux être condamnées, mais chacune au titre de sa participation et de sa connaissance. Cette distinction commande la défense : les contrats, les courriels, les accès aux annonces, les encaissements et les alertes reçues servent à attribuer les actes. Une réponse collective et indifférenciée risque de laisser le juge reconstituer seul le rôle de chacun à partir des constats de la commune.

Le montant dépend notamment de la durée, du nombre de nuitées, des recettes, du nombre de locaux, de la poursuite après avertissement et du comportement de la personne poursuivie. L’article L. 651-2 du code de la construction et de l’habitation permet désormais une amende pouvant atteindre 100 000 euros par local irrégulièrement transformé. Le texte autorise aussi le juge à ordonner le retour à l’habitation, sous une astreinte maximale de 1 000 euros par jour et par mètre carré utile.

À ces sanctions s’ajoutent celles du code du tourisme. L’article L. 324-2-1 prévoit une amende pouvant atteindre 12 500 euros par meublé lorsque l’intermédiaire manque à ses obligations d’information, de déclaration sur l’honneur ou d’affichage du numéro. D’autres plafonds atteignent 50 000 euros selon le manquement aux obligations de transmission ou de retrait. Le propriétaire peut également être sanctionné pour une fausse déclaration, l’absence d’enregistrement ou le dépassement de la durée autorisée pour sa résidence principale.

Il faut enfin distinguer responsabilité administrative ou civile et responsabilité contractuelle. Le propriétaire condamné peut rechercher la responsabilité de la conciergerie si celle-ci avait promis de vérifier la conformité, mais le recours dépend du contrat et des fautes prouvées. Une clause de garantie ne lie pas la Ville ni le juge chargé de l’amende. Elle organise seulement les rapports financiers internes, sous réserve de sa validité et de l’impossibilité de transférer une sanction strictement personnelle sans examen.

B. Quel changement d’usage faut-il vérifier avant de publier l’annonce Airbnb ?

Le premier contrôle porte sur l’usage juridique du local. Il ne faut pas confondre l’usage, la destination d’urbanisme, l’affectation fiscale et la désignation figurant dans le règlement de copropriété. Un logement peut être décrit comme commercial dans un ancien document fiscal sans avoir perdu son usage d’habitation. À l’inverse, une autorisation d’urbanisme ne constitue pas toujours une autorisation de changement d’usage. Chaque pièce répond à une question différente.

La loi du 19 novembre 2024 a modifié la preuve de l’usage d’habitation. Depuis le 21 février 2026, l’article L. 631-7 retient notamment une affectation à l’habitation à une date comprise entre le 1er janvier 1970 et le 31 décembre 1976, ou à n’importe quel moment pendant les trente années précédant la demande d’autorisation ou la contestation. La preuve peut être rapportée par tout moyen et sa charge incombe à celui qui soutient l’usage illicite.

Pour les faits antérieurs, la loi nouvelle ne s’applique pas automatiquement. Dans son avis du 10 avril 2025, n° 25-70.002, publié au Bulletin, la Cour de cassation a constaté que la réforme élargissait les périodes permettant d’établir l’habitation. Elle en déduit exactement : « En conséquence, cette loi doit être regardée comme plus sévère et ne peut faire l’objet d’une application rétroactive. »

La date des locations est donc déterminante. Pour une exploitation commencée avant le 21 novembre 2024 puis poursuivie après cette date, le dossier peut comporter deux périodes et deux plafonds. Le tribunal judiciaire de Paris, dans un jugement du 15 avril 2026, RG n° 26/50905, a formulé cette articulation ainsi : « En revanche, l’amende de 100.000 euros prévue par les nouvelles dispositions n’est encourue que pour la période postérieure à l’entrée en vigueur de la loi, seule l’amende de 50.000 euros étant encourue pour la période antérieure. »

Une conciergerie doit par conséquent demander plus qu’une capture d’écran du numéro municipal. Les pièces utiles comprennent le titre de propriété, le permis de construire et ses plans lorsque l’immeuble est récent, les autorisations de changement d’usage, les documents établissant la résidence principale, le règlement de copropriété, la déclaration du meublé et les échanges avec la mairie. Dans les immeubles anciens, les fiches foncières et archives peuvent compléter cette analyse, sans qu’un document isolé suffise toujours.

La réunion de plusieurs lots ne fait pas disparaître l’usage d’habitation de celui qui le possédait. Dans un arrêt du 13 juin 2024, pourvoi n° 23-11.053, publié au Bulletin, la Cour de cassation juge mot pour mot : « Un local affecté à un usage d’habitation au 1er janvier 1970 ne perd pas cet usage lorsqu’il est ultérieurement réuni avec un autre local, quel que soit l’usage de ce dernier. » Une conciergerie ne doit donc pas déduire l’usage commercial de tout l’appartement de la seule origine commerciale d’une partie des lots.

Le rythme des locations mérite aussi d’être vérifié. Sous le droit antérieur, la Cour de cassation a précisé dans son arrêt du 18 février 2021, pourvoi n° 17-26.156, publié au Bulletin et au Rapport : « Il en résulte qu’hormis les cas d’une location consentie à un étudiant pour une durée d’au moins neuf mois, de la conclusion, depuis l’entrée en vigueur de la loi du 23 novembre 2018, d’un bail mobilité d’une durée de un à dix mois et de la location, pour une durée maximale de quatre mois, du local à usage d’habitation constituant la résidence principale du loueur, le fait de louer, à plus d’une reprise au cours d’une même année, un local meublé pour une durée inférieure à un an, telle qu’une location à la nuitée, à la semaine ou au mois, à une clientèle de passage qui n’y fixe pas sa résidence principale au sens de l’article 2 de la loi du 6 juillet 1989 constitue un changement d’usage d’un local destiné à l’habitation et, par conséquent, est soumis à autorisation préalable. »

La version actuelle de l’article L. 631-7 s’appuie directement sur la définition du meublé de tourisme. La qualification ne se limite donc plus à compter des locations répétées selon l’ancienne formulation. Pour un audit réalisé en 2026, il faut identifier la date de chaque séjour, la nature du local, le statut du voyageur et la version des textes applicable. Un tableau chronologique évite d’appliquer indistinctement le plafond actuel à toute l’exploitation passée.

La résidence principale bénéficie d’un régime propre. L’article L. 631-7-1 A du code de la construction et de l’habitation indique que l’autorisation de changement d’usage n’est pas nécessaire lorsque le local constitue la résidence principale du loueur. Cette exception ne dispense ni de l’enregistrement, ni du contrôle de la durée de location, ni du respect de la copropriété.

L’article L. 324-1-1 du code du tourisme fixe par défaut un maximum de cent vingt jours au cours d’une année civile pour la résidence principale, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou force majeure. La commune peut abaisser ce plafond à quatre-vingt-dix jours par délibération motivée. Le professionnel doit conserver la preuve de la qualification annoncée par son client et suivre le nombre de nuitées. Une adresse fiscale différente, un bail donné à un tiers ou une occupation personnelle inexistante doit conduire à suspendre l’annonce.

Le règlement de copropriété forme un autre filtre. Depuis la réforme de 2024, l’article L. 631-7-1 A prévoit que l’autorisation temporaire ne peut être demandée que si le changement d’usage respecte les stipulations contractuelles du règlement. L’interdiction peut résulter d’une clause d’habitation bourgeoise exclusive ou d’une incompatibilité démontrée avec la destination de l’immeuble. La conciergerie doit demander le règlement et ses modificatifs, sans présumer qu’une autorisation municipale permet toute exploitation dans l’immeuble.

La déclaration sur l’honneur recueillie par l’intermédiaire demeure une pièce utile, mais elle ne clôt pas l’audit. Elle doit désigner exactement le bien, préciser s’il constitue la résidence principale, mentionner le numéro d’enregistrement et attester le respect des autorisations. Le contrat doit imposer au propriétaire de signaler tout changement et autoriser la suspension immédiate de l’annonce si une pièce expire, si la mairie conteste le statut ou si le nombre de jours approche du plafond.

À Paris, le risque se mesure local par local. Une même personne qui exploite quatre appartements peut faire l’objet de quatre analyses d’usage, quatre demandes de retour à l’habitation et plusieurs sanctions personnelles. Le gestionnaire doit donc ouvrir un dossier de conformité distinct pour chaque adresse. Un classeur unique au nom du propriétaire ne permet pas de suivre les autorisations, les numéros et les nuitées propres à chaque lot.

II. Amende Airbnb à Paris : quelles preuves conserver et comment répondre à la Ville ?

A. Quelles vérifications la conciergerie et le propriétaire doivent-ils documenter ?

La prévention commence avant la signature du mandat. La conciergerie identifie le propriétaire, vérifie son titre et demande si un locataire, une société ou une indivision intervient. Elle décrit ensuite le service envisagé : simple remise de clés, création de l’annonce, fixation du prix, encaissement, communication avec les voyageurs, ménage ou gestion complète. Plus son pouvoir est large, plus les documents montreront sa participation directe à la mise en location.

Le dossier doit contenir le titre de propriété, l’adresse complète, les références cadastrales et le numéro du lot. Le professionnel demande ensuite le règlement de copropriété et ses modificatifs, l’autorisation de changement d’usage lorsqu’elle est requise, la déclaration d’enregistrement, la preuve de la résidence principale si cette exception est invoquée et l’autorisation du bailleur en cas de sous-location. Une attestation non accompagnée des pièces annoncées doit rester provisoire.

La concordance des documents est essentielle. Le nom du déclarant, l’adresse, l’étage, le lot, la superficie et le statut de résidence principale doivent correspondre. Un numéro valide attaché à un autre appartement ne protège personne. L’article L. 324-1-1 prévoit d’ailleurs une amende administrative pouvant atteindre 20 000 euros en cas de fausse déclaration ou d’utilisation d’un faux numéro. L’annonce ne doit être publiée qu’après résolution des écarts.

Le contrat de conciergerie répartit les tâches sans supprimer les obligations légales. Il indique qui obtient les autorisations, qui transmet les données, qui surveille les nuitées et qui répond aux demandes municipales. Il prévoit l’accès réciproque aux relevés de réservation et aux échanges avec les plateformes. Une clause impose la suspension de la commercialisation en cas de mise en demeure, de retrait du numéro ou de dépassement prévisible du plafond.

Le professionnel conserve la version des pièces contrôlées et la date de son examen. Il peut établir une fiche signée mentionnant l’usage du local, le fondement de l’autorisation, le statut de résidence principale, le plafond annuel, le règlement de copropriété et les réserves. Cette trace doit rester factuelle. Une mention générale telle que « dossier conforme » ne montre ni les documents consultés ni la question juridique tranchée.

Les réservations nécessitent un suivi continu. Un tableau rapproche les dates, les plateformes, les revenus, les annulations et les personnes ayant séjourné. Les relevés bruts doivent être exportés régulièrement, car une annonce supprimée ne fait pas disparaître les commentaires, les virements ou les données transmises à la commune. Le propriétaire et la conciergerie doivent pouvoir expliquer le nombre exact de nuitées pour chaque année.

Lorsque le logement est présenté comme résidence principale, les justificatifs doivent être actualisés. Le téléservice national prévu par l’article L. 324-1-1 exige une preuve dans la déclaration. Un avis d’imposition, des factures et une occupation réelle peuvent être rapprochés, mais la situation doit rester cohérente avec les autres contrats. Un propriétaire installé durablement ailleurs ne doit pas utiliser l’adresse du meublé uniquement pour bénéficier de l’exception.

La conciergerie contrôle aussi les pouvoirs de son interlocuteur. Dans une indivision, un seul indivisaire ne peut pas toujours engager les autres pour une exploitation commerciale. Une société doit agir par son représentant habilité. Un locataire doit produire l’autorisation écrite de sous-louer et respecter les limites du bail. L’accord privé ne remplace jamais l’autorisation de changement d’usage, mais son absence crée un risque contractuel supplémentaire.

La tarification et les flux financiers constituent des preuves importantes. Le juge peut examiner les recettes procurées par l’activité et la durée de l’exploitation pour individualiser l’amende. Le professionnel conserve les factures, commissions, mandats d’encaissement et reversements. Une comptabilité parcellaire ou des paiements sur un compte personnel compliquent la défense et peuvent donner une image inexacte du gain tiré des locations.

Les messages reçus de la mairie, de la copropriété ou des voisins doivent être centralisés. La poursuite des locations après une alerte est un facteur défavorable, comme le montre l’arrêt du 11 juillet 2024. Dès réception d’une demande sérieuse, l’annonce est suspendue pendant l’analyse. Le professionnel répond avec les documents vérifiés, sans compléter après coup une déclaration dont il sait qu’elle était inexacte.

La conformité doit être revue au moins à chaque changement de loi, de propriétaire, d’occupant, de plateforme ou de règlement de copropriété. La réforme entrée en vigueur le 20 mai 2026 renforce l’enregistrement national et le partage de données. Un dossier accepté en 2024 n’est pas présumé conforme en 2026. La revue doit identifier les formalités nouvelles et leur date d’entrée en vigueur.

Pour le propriétaire déjà assisté par une conciergerie, l’audit porte sur les pouvoirs réellement exercés. Il demande l’export des annonces, calendriers, réservations, commentaires, numéros utilisés et communications avec les voyageurs. Il vérifie les sous-traitants et les comptes de versement. Si la conciergerie refuse de remettre ces éléments, une mise en demeure écrite permet de préserver la preuve et d’envisager la suspension du mandat.

Le propriétaire doit parallèlement vérifier ses propres déclarations. La délégation de l’annonce ne corrige pas une fausse résidence principale, une absence d’autorisation ou un règlement de copropriété incompatible. S’il découvre un manquement, il retire l’offre, informe le professionnel, rassemble les pièces et demande une analyse de la période concernée. Une régularisation administrative éventuelle ne doit pas être présentée comme effaçant automatiquement les locations passées.

Le corpus du site contient déjà un guide consacré au numéro d’enregistrement Airbnb invalide et au blocage de l’annonce. Le présent risque est distinct : même un numéro techniquement reconnu ne suffit pas si le changement d’usage n’a pas été autorisé ou si la conciergerie ne remplit pas ses obligations propres.

À Paris et en Île-de-France, la première vérification consiste à identifier l’autorité compétente et la délibération locale. Les règles peuvent différer d’une commune à l’autre. Une conciergerie qui travaille dans plusieurs villes doit donc éviter un formulaire unique présenté comme universel. Le dossier doit intégrer les conditions locales, la date de la délibération et, lorsque la compensation est requise, l’autorisation précisément attachée au local.

B. Comment contester une amende ou réduire le risque après une mise en demeure ?

La première étape consiste à arrêter l’aggravation du dossier. Le propriétaire et la conciergerie suspendent les annonces concernées, empêchent de nouvelles réservations et conservent les données existantes. Ils n’effacent ni messages, ni calendriers, ni factures. La suppression précipitée des traces empêche de reconstituer les périodes et ne prive pas la commune des relevés déjà obtenus auprès des plateformes.

Chaque personne répond séparément sur son rôle. Le propriétaire expose son titre, ses contrats, sa connaissance réelle et les instructions données. La conciergerie décrit les vérifications effectuées, les pièces reçues, les réservations gérées et la date à laquelle elle a suspendu l’activité. Lorsque leurs intérêts divergent, une défense commune peut devenir inadaptée. Le contrat doit alors être analysé sans confondre la contestation de l’amende et l’éventuel recours en garantie.

La chronologie juridique doit isoler trois dates : le début des locations, le 21 novembre 2024 et l’entrée en vigueur des nouvelles règles d’enregistrement le 20 mai 2026. Cette ligne du temps permet de déterminer la définition applicable, le régime de preuve et le plafond encouru. L’avis du 10 avril 2025 interdit d’appliquer rétroactivement la règle de fond plus sévère aux seuls faits antérieurs.

Il faut ensuite contester, s’il y a lieu, l’usage d’habitation du local. La commune supporte la charge de cette preuve. Le défendeur rassemble les permis de construire, autorisations de travaux, actes de vente et décisions de changement d’usage. Une simple destination commerciale dans un bail, une taxe professionnelle ou une ancienne activité ne suffit pas nécessairement. À l’inverse, une autorisation d’urbanisme modifiant la destination ne vaut pas automatiquement autorisation de changement d’usage.

La réalité des locations doit aussi être examinée. Les constats peuvent reposer sur l’annonce, les commentaires, les réservations, les relevés transmis par la plateforme et une visite de l’agent assermenté. Le défendeur vérifie l’adresse, le lot, les dates et l’identité de l’hôte. Il distingue une annonce restée visible sans réservation des nuitées effectivement réalisées. Cette distinction peut influencer la qualification de la période et le montant, sans garantir l’absence de manquement.

La connaissance personnelle est centrale pour individualiser la sanction. L’arrêt du 13 mars 2025 montre qu’un bail autorisant la sous-location, l’absence du mandat annoncé, une mise en demeure ignorée et une fausse déclaration peuvent établir la connaissance du propriétaire. La conciergerie doit, quant à elle, expliquer les contrôles qu’un professionnel normalement informé pouvait réaliser. L’affirmation abstraite de bonne foi ne remplace pas les pièces datées.

Le quantum peut être discuté à partir des revenus, de la durée, de la cessation spontanée, de la coopération et de la situation de chaque personne. Le plafond n’est pas une peine automatique. Une comptabilité complète permet de corriger une estimation fondée sur le tarif maximal affiché et toutes les dates ouvertes. Le défendeur peut établir les annulations, périodes d’occupation personnelle, remboursements et commissions réellement perçues.

L’individualisation interdit la condamnation in solidum pour une amende unique, mais n’empêche pas plusieurs amendes. La défense doit demander au juge de préciser les faits imputés à chacun et la période retenue. Si le propriétaire et la conciergerie ont participé à des étapes différentes, cette séparation peut modifier le montant de chaque sanction. Elle n’autorise pas l’un à nier les actes qu’il a matériellement accomplis.

Le retour à l’habitation et l’astreinte exigent une réponse opérationnelle. Retirer l’annonce ne suffit pas toujours. Le propriétaire doit démontrer la cessation de l’usage touristique et la possibilité d’une occupation conforme. Il conserve la preuve de la désactivation, résilie les contrats incompatibles et décrit l’affectation future. Si le juge fixe un délai, chaque mesure est exécutée et documentée avant son expiration.

Une demande de régularisation peut être étudiée, mais elle dépend des règles locales et ne produit pas nécessairement d’effet sur le passé. À Paris, la compensation peut rendre une autorisation permanente complexe et coûteuse. Le demandeur doit comparer la valeur économique du projet, le risque contentieux et l’alternative d’une location d’habitation. Continuer à louer pendant l’instruction augmente le risque si aucune autorisation temporaire ou permanente ne couvre l’activité.

La copropriété doit être traitée en parallèle. Une cessation imposée par la mairie ne met pas fin à une action du syndicat ou d’un copropriétaire pour violation du règlement et troubles. Réciproquement, l’absence de contestation du syndicat ne régularise pas le changement d’usage. Les réponses doivent rester cohérentes : il serait dangereux de soutenir devant la mairie l’absence d’activité tout en réclamant devant la copropriété le droit de la poursuivre.

La négociation entre propriétaire et conciergerie porte sur les honoraires, pertes de réservation et frais de défense. Elle ne doit pas retarder la réponse à la commune. Un protocole peut répartir les conséquences contractuelles après établissement des faits, mais il ne peut pas imposer à l’autorité publique une lecture différente des responsabilités. Toute reconnaissance doit être rédigée avec précision pour ne pas dépasser l’objet du litige interne.

Lorsqu’une procédure est engagée devant le président du tribunal judiciaire, le dossier doit répondre à chaque local et chaque personne. Il réunit un tableau des périodes, les preuves d’usage, les autorisations, les contrats, les données de réservation et le calcul des recettes. Les citations juridiques sont reliées aux faits. Une défense uniquement fondée sur la complexité des règles échoue souvent face à un professionnel dont l’activité consiste précisément à organiser des locations saisonnières.

Le cabinet peut intervenir avant l’assignation pour auditer le portefeuille, préparer la réponse à la Ville et organiser la suspension des annonces. Après l’assignation, il faut contrôler la compétence, la période, la preuve de l’usage, le rôle de chaque défendeur, le quantum et les mesures de retour à l’habitation. Notre page consacrée au droit immobilier à Paris présente ce cadre d’intervention.

Conclusion

La condamnation annoncée le 15 juillet 2026 rappelle qu’une conciergerie Airbnb n’est pas un simple exécutant invisible. Lorsqu’elle organise la location saisonnière, publie les annonces et dispose des moyens de vérifier l’usage du local, elle peut supporter une amende personnelle. Le propriétaire demeure parallèlement responsable de ses propres choix, de ses déclarations et de l’autorisation donnée au gestionnaire.

La priorité consiste à vérifier séparément l’usage d’habitation, l’autorisation de changement d’usage, l’enregistrement, le statut de résidence principale, le plafond annuel et le règlement de copropriété. Ces contrôles doivent être documentés pour chaque logement. Le mandat et la déclaration sur l’honneur sont nécessaires, mais ils ne remplacent pas l’examen des pièces lorsqu’une incohérence apparaît.

Après une mise en demeure, les annonces doivent être suspendues, les données conservées et la chronologie reconstruite. La période antérieure au 21 novembre 2024 ne relève pas automatiquement de la règle plus sévère. Le juge doit individualiser les amendes, préciser le rôle de chacun et tenir compte des faits établis. Une réponse rapide permet de limiter les nuitées supplémentaires, de préparer le retour à l’habitation et de préserver les recours contractuels entre le propriétaire et la conciergerie.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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