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Dossier de surendettement et prêt étudiant : dette, caution des parents et recours après la recevabilité

Un prêt étudiant peut continuer à peser lourdement sur un budget plusieurs années après la fin des études : différé d’amortissement, reprise des échéances au moment d’une première embauche incertaine, intérêts, assurance, découvert utilisé pour vivre et parfois engagement de caution des parents. Lorsque plusieurs dettes se cumulent, le dossier de surendettement permet de présenter la situation dans son ensemble à la commission de surendettement. Le prêt étudiant ne doit donc pas être isolé du reste du passif, ni omis parce qu’il a été souscrit pour financer une formation. La recevabilité ne fait pas disparaître automatiquement le contrat, la caution ou les contestations sur le montant réclamé. Elle ouvre un cadre de traitement, avec des effets précis sur les poursuites et des délais à respecter.

La première question est documentaire : quel capital reste dû, quelles échéances sont échues, quelles sommes correspondent aux intérêts ou à l’assurance, et quelle personne est juridiquement engagée ? La deuxième est procédurale : que faire après la recevabilité, lorsque la banque demande le paiement, appelle une caution ou déclare une créance différente de celle indiquée par l’emprunteur ? Ce dossier examine ces deux moments, en distinguant la situation de l’étudiant, celle des parents cautions et les recours devant le juge des contentieux de la protection.

Cette analyse complète la synthèse du traitement du dossier de surendettement. Elle se concentre sur le cas plus étroit du prêt étudiant et de la garantie familiale, afin d’éviter de confondre les droits de l’emprunteur avec ceux de la caution.

I. Prêt étudiant et dossier de surendettement : quelle dette déclarer et comment faire admettre le dossier ?

A. Déclarer le prêt étudiant, le différé et la caution des parents sans masquer la dette

Le prêt étudiant est en principe une dette bancaire personnelle. Son objet — financer des frais d’inscription, un logement, du matériel ou une période sans revenus — ne suffit pas à l’exclure du dossier. La commission doit connaître le contrat de prêt, le montant initial, le capital déjà remboursé, le capital restant dû, la date de reprise des échéances et les éventuels incidents de paiement. Une présentation globale permet de mettre en relation la mensualité future avec les ressources et les charges réelles du foyer.

Le texte central est l’article L. 711-1 du code de la consommation. Il indique que « Le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi ». Il définit aussi la situation de surendettement par « l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes, professionnelles et non professionnelles, exigibles et à échoir ». Cette dernière formule est importante pour un prêt étudiant : les échéances déjà impayées ne sont pas les seules à déclarer. Les échéances à venir, dont le paiement est objectivement incompatible avec le budget, doivent apparaître dans le tableau du passif.

La déclaration doit reprendre la dette telle qu’elle existe juridiquement, sans la gonfler et sans la réduire. Il faut distinguer le capital, les intérêts contractuels, les intérêts de retard, les frais réclamés, l’assurance emprunteur et les sommes éventuellement couvertes par une garantie. Une banque peut produire un décompte différent de celui conservé par l’emprunteur. Cette différence n’est pas secondaire : elle peut modifier la capacité de remboursement, le montant d’un plan et la décision sur un rétablissement personnel. Un relevé bancaire montrant un prélèvement, une lettre de mise en demeure ou un échéancier ne remplace pas nécessairement le contrat complet, mais chacun de ces éléments aide à reconstituer l’historique.

Le différé d’amortissement mérite une explication séparée. Pendant une période, l’étudiant peut ne payer que l’assurance, les intérêts ou aucune échéance selon le contrat. La fin du différé peut provoquer une hausse soudaine du prélèvement au moment où les revenus restent faibles, où un contrat de travail est interrompu ou où un loyer élevé s’ajoute aux dépenses. Le dossier doit mentionner la date exacte de cette bascule et joindre le tableau d’amortissement applicable. Une difficulté née après la reprise des paiements ne prouve pas, à elle seule, une mauvaise gestion antérieure. La commission examine la situation complète et la bonne foi au moment où elle statue.

Le prêt peut être garanti par les parents. Il faut alors séparer deux obligations. L’étudiant est le débiteur principal ; le parent caution est une personne engagée par un contrat distinct, dans la limite et selon les modalités de son cautionnement. Le dossier de l’étudiant ne transforme pas automatiquement le parent en débiteur protégé par la même procédure. Inversement, le fait que la banque adresse une relance à la caution ne permet pas de supprimer cette personne de l’analyse. Le contrat de caution, ses mentions, son montant maximal, sa durée et les courriers reçus doivent être conservés.

Cette distinction devient concrète lorsque le créancier appelle la caution après un incident. Il faut vérifier la date de l’impayé, la dénonciation éventuelle du différé, la mise en demeure, le montant demandé à l’emprunteur et celui demandé au parent. Une même dette peut apparaître dans le dossier principal et donner lieu à une réclamation séparée contre la caution. La commission et, si nécessaire, le juge doivent pouvoir comprendre ce qui a déjà été payé et ce qui reste dû. Une confusion entre le capital de l’étudiant, les intérêts et la somme réclamée à la caution peut conduire à une double comptabilisation.

La deuxième chambre civile a rappelé, dans son arrêt du 2 juillet 2026, pourvoi n° 23-21.550, que le texte ne distingue pas selon le poids relatif des dettes : « Aucune distinction n’est posée par ce texte selon la part respective de ces dettes ». La décision de la Cour de cassation, deuxième chambre civile, du 2 juillet 2026, n° 23-21.550, publiée au Bulletin, concerne l’articulation des dettes professionnelles et non professionnelles. Elle rappelle utilement qu’un dossier ne doit pas être construit autour d’une seule dette spectaculaire. Le prêt étudiant doit être présenté avec les autres dettes, les charges courantes et les ressources réelles.

Un prêt étudiant garanti par l’État ne change pas cette méthode de déclaration. La garantie facilite l’accès au crédit au moment des études ; elle ne signifie pas que l’emprunteur est libéré de ses échéances, ni que le parent éventuellement engagé n’a aucun risque. Il faut identifier le prêteur, le mécanisme de garantie mentionné au contrat et la personne qui réclame le paiement. Si une société de recouvrement intervient, elle doit préciser pour quel créancier elle agit et sur quel titre ou contrat elle fonde sa demande. Le dossier doit conserver les courriels, les lettres et les relevés d’appels utiles, sans répondre de façon improvisée par une reconnaissance de montant non vérifié.

La frontière avec le droit des entreprises doit aussi rester nette. Un étudiant qui exerce une activité indépendante peut avoir une dette personnelle et une dette liée à son activité. Les dettes professionnelles répondent à des règles particulières et peuvent modifier l’orientation du dossier. Le fait d’avoir créé une micro-entreprise ou d’avoir facturé quelques prestations ne transforme pas toutes les dépenses de formation en dettes professionnelles. Il faut qualifier chaque créance avec les pièces du contrat et l’usage réel des fonds. Cette séparation évite de présenter au mauvais dispositif une difficulté qui relève d’une procédure collective d’entreprise.

B. Recevabilité, bonne foi et pièces : prévenir le refus d’un prêt étudiant mal documenté

La commission ne demande pas une histoire parfaite. Elle demande une situation exacte, vérifiable et actuelle. L’information officielle sur le dépôt d’un dossier de surendettement rappelle que le demandeur doit indiquer son identité, ses ressources, ses charges, ses dettes et son patrimoine. Pour un prêt étudiant, le formulaire ne suffit pas : il faut joindre les documents qui permettent de comprendre la période de différé et la reprise des remboursements.

Le premier ensemble de pièces concerne le crédit : offre ou contrat signé, tableau d’amortissement, conditions du différé, historique des prélèvements, relevé du capital restant dû, courriers de relance, mise en demeure et, lorsque c’est le cas, contrat d’assurance. Le second concerne la caution : acte de cautionnement, montant garanti, durée, lettres reçues par le parent, preuve d’un paiement effectué à la banque et éventuelle demande de remboursement. Le troisième concerne la situation du débiteur : bulletins de salaire ou justificatifs d’allocations, avis d’imposition, relevés de compte, bail, factures, dépenses de transport, frais de santé et justificatifs de recherche d’emploi.

Il faut également expliquer les événements qui ont rendu la mensualité impossible. Une fin de contrat, une période d’essai interrompue, une baisse de revenus, une séparation, une maladie, une naissance ou une charge familiale peuvent transformer une échéance supportable en dette nouvelle. L’explication doit rester chronologique : date de fin du différé, date de la première échéance non payée, date des relances, date des changements de ressources et date du dépôt. Une lettre claire aide à relier les chiffres, mais elle ne doit pas remplacer les justificatifs.

La bonne foi ne se résume pas à l’intention déclarée. Elle est appréciée à partir du comportement et de l’exactitude des informations. Omettre le prêt étudiant parce que la banque n’a pas encore envoyé son décompte, ne pas déclarer la caution donnée à un autre membre de la famille ou laisser apparaître un compte bancaire non mentionné fragilise le dossier. Une erreur matérielle peut être corrigée si elle est signalée rapidement et expliquée. La dissimulation d’une dette ou d’un actif peut, elle, être utilisée pour contester la recevabilité.

La fiche officielle sur les effets de la recevabilité rappelle que la commission vérifie la situation d’endettement, la nature des dettes et la bonne foi. Elle décrit également les obligations du débiteur pendant la procédure. Le demandeur doit continuer à payer les dépenses courantes : loyer, énergie, assurance, téléphone, impôts courants et charges nécessaires. Il ne doit pas souscrire un nouveau crédit pour payer l’ancien, sauf situation très particulière à examiner avec prudence. Une utilisation répétée d’un découvert ou d’une nouvelle carte pour maintenir artificiellement les paiements peut dégrader la lecture du budget.

Le dossier doit présenter les ressources futures avec réalisme. Un étudiant diplômé qui attend un premier emploi peut indiquer une indemnisation, une rémunération déjà promise, une alternance, une activité occasionnelle ou une absence de revenu. Il ne faut pas retenir un salaire hypothétique comme s’il était acquis. À l’inverse, une perspective d’embauche documentée peut être signalée sans être transformée en engagement. La commission doit pouvoir calculer une capacité de remboursement à partir d’éléments suffisamment concrets. Le budget doit aussi intégrer les dépenses qui ne peuvent pas être suspendues, même si elles n’ont pas la qualification de dette ancienne.

La recevabilité est une décision de la commission, mais les créanciers peuvent la contester. Lorsque la banque ou la caution estime qu’une condition manque, elle doit agir dans le délai qui lui est indiqué par la notification. Le débiteur doit conserver l’enveloppe, le courriel ou la preuve de mise à disposition de la décision. Ces dates servent ensuite à calculer les délais de recours et à répondre à une contestation. Une contestation de la recevabilité ne doit pas être confondue avec une contestation du montant du prêt : ce sont deux questions distinctes, qui peuvent néanmoins se croiser.

Si la recevabilité est acquise, le débiteur doit encore contrôler l’état du passif. La commission peut solliciter les créanciers, et ceux-ci peuvent déclarer une somme supérieure à celle connue. Il faut demander le détail de la créance, comparer le capital et les intérêts au contrat, repérer les frais non justifiés et signaler les paiements déjà réalisés. Un courrier daté, accompagné de pièces numérotées, est plus utile qu’une protestation générale. L’objectif est de laisser une trace de la contestation avant que la commission ne fixe les mesures de traitement.

Une liste simple peut servir de contrôle avant l’envoi ou la mise à jour du dossier :

  • le contrat du prêt étudiant et ses conditions de différé ;
  • le tableau d’amortissement correspondant à la date de la demande ;
  • le montant du capital restant dû et le détail des sommes accessoires ;
  • les courriers de la banque, du garant ou du recouvreur ;
  • le contrat de caution et l’identité exacte de chaque signataire ;
  • les paiements déjà réalisés par l’étudiant ou par un parent ;
  • les ressources présentes et prévisibles, séparées des simples hypothèses ;
  • les charges courantes et les dettes nées avant le dépôt, sans les mélanger.

Un document manque ? Il vaut mieux le signaler dans la lettre et demander sa production à la banque que laisser croire que la dette n’existe pas. Cette transparence protège la cohérence du dossier. Elle permet aussi de discuter une créance lorsque le prêteur réclame des intérêts calculés sur une mauvaise période ou ne tient pas compte d’un paiement effectué avant le dépôt.

II. Après la recevabilité : que deviennent les échéances, la caution et le recours ?

A. Suspension, plan et déclaration du créancier : que faire immédiatement après la recevabilité ?

La décision de recevabilité produit des effets sur les poursuites, mais elle n’efface pas le prêt étudiant. Le créancier doit être informé et le débiteur doit agir à partir de la date exacte de la décision. Les relances ne doivent pas être ignorées, surtout lorsqu’elles contiennent un décompte, une menace de déchéance du terme ou une demande adressée à la caution. Chaque courrier doit être conservé et transmis à la commission s’il modifie le montant ou la nature de la dette.

Les règles figurent aux articles L. 722-2 à L. 722-5 du code de la consommation. L’article L. 722-2 attache à la recevabilité une « suspension et interdiction des procédures d’exécution » pour les dettes concernées. L’article L. 722-3 encadre la durée de cet effet, jusqu’à l’adoption d’un plan, de mesures imposées ou d’une décision de rétablissement personnel, dans la limite légale. L’étudiant qui reçoit un acte de saisie, une relance d’huissier ou une demande de paiement accéléré doit donc vérifier si la dette est antérieure, si elle est incluse et si l’acte respecte la décision. La suspension ne dispense pas de réagir.

La recevabilité ne couvre pas toutes les dépenses indistinctement. Les dettes alimentaires, certaines amendes et d’autres catégories prévues par le code suivent un régime particulier. Un prêt étudiant bancaire ordinaire n’est pas exclu du seul fait de son objet, mais son traitement dépend de la déclaration, du contrat et de la décision finale. Les échéances nées après la recevabilité ne doivent pas être confondues avec les échéances antérieures. Une nouvelle dette de loyer, d’énergie ou de téléphone peut compromettre l’équilibre du dossier si elle n’est pas payée. La commission doit être informée rapidement d’un changement important.

L’article L. 722-5 encadre aussi le comportement du débiteur. Le texte interdit notamment de « désintéresser les cautions » pour les dettes concernées et de prendre de nouvelles garanties ou sûretés sans le cadre prévu. Cette règle répond à une difficulté fréquente : un parent, inquiet d’une relance, paie la banque pour éviter une action contre lui, puis demande immédiatement le remboursement à l’étudiant. Le paiement peut modifier les droits de chacun et ne doit pas être décidé sans vérifier les effets de la recevabilité. Le parent doit conserver la preuve de ce qui a été payé et interroger la commission sur la déclaration à retenir.

La Cour de cassation a précisé l’interdiction des nouvelles garanties dans un arrêt de la deuxième chambre civile du 28 mars 2024, pourvoi n° 22-12.797. La décision du 28 mars 2024, n° 22-12.797, rappelle qu’après la recevabilité « il est interdit au créancier de prendre toute garantie, sûreté ou mesure conservatoire ». La portée pratique est immédiate : une banque ne peut pas profiter de la procédure pour imposer une sûreté nouvelle afin de sécuriser la dette ancienne. Si elle demande une hypothèque, une reconnaissance ou un engagement supplémentaire, le document doit être examiné avant toute signature.

La saisie n’est pas le seul risque à contrôler. Une expulsion peut nécessiter une demande particulière au juge, notamment lorsque la dette de logement est incluse dans le dossier. Les règles sur cette suspension figurent aux articles L. 722-6 à L. 722-9 du code de la consommation. Un prêt étudiant ne crée pas, par lui-même, un droit au maintien dans le logement. En revanche, si les difficultés de remboursement ont conduit à un impayé de loyer, les deux sujets doivent être rapprochés dans l’analyse budgétaire. Le dossier doit montrer la part consacrée à la dette bancaire et la part nécessaire au maintien des dépenses courantes.

Après la recevabilité, la commission recueille les observations et les déclarations des créanciers. Le prêteur peut produire son propre calcul. L’étudiant doit comparer :

  • la date de déchéance du terme avec les clauses du contrat ;
  • le capital restant dû avant et après chaque paiement ;
  • les intérêts prévus pendant le différé et après la reprise des échéances ;
  • les cotisations d’assurance et les indemnités réclamées ;
  • les paiements de la caution et leur éventuelle imputation ;
  • les frais de recouvrement et les sommes déjà comprises dans un autre compte.

Le créancier n’est pas toujours en mesure de recouvrer immédiatement sa créance, mais cela ne signifie pas qu’il perd toute possibilité de la déclarer. La prescription doit être analysée avec les actes accomplis, les titres détenus et les effets de la procédure. Dans son arrêt du 8 février 2024, pourvoi n° 22-14.528, la deuxième chambre civile a examiné la relation entre la recevabilité et la prescription d’une créance constatée par un titre notarié. La décision du 8 février 2024, n° 22-14.528 montre qu’une procédure de surendettement ne permet pas de répondre mécaniquement à toutes les questions de prescription. Il faut identifier l’acte, sa date et son effet juridique, plutôt que conclure que la dette est prescrite ou définitivement sécurisée.

Si les dettes restent remboursables, la commission peut proposer ou imposer un rééchelonnement. L’article L. 733-1 du code de la consommation permet notamment de répartir le paiement dans le temps, de réduire le taux d’intérêt ou de suspendre certaines dettes dans le cadre légal. La durée, la mensualité et l’ordre de priorité doivent être lus à partir du budget réel. Une mensualité qui paraît modérée sur le papier peut rester impossible si le différé du prêt étudiant a simplement déplacé le problème. Le débiteur doit signaler une charge oubliée avant que la mesure ne devienne définitive.

La banque peut aussi être invitée à tenir compte de sa connaissance de la situation au moment de la souscription. L’article L. 733-5, intégré dans le régime des mesures imposées, demande de considérer notamment « la connaissance que pouvait avoir chacun des créanciers de la situation d’endettement du débiteur ». Cette mention ne transforme pas chaque prêt en faute du prêteur et ne garantit pas une réduction de dette. Elle donne un axe de vérification : revenus déclarés, nombre de crédits déjà souscrits, montant cumulé des échéances, présence d’une caution et circonstances du différé. Ces éléments peuvent être utiles pour contester un calcul ou expliquer pourquoi une mensualité doit être réduite.

Le créancier peut-il obtenir un effacement partiel immédiat ? Non, la banque n’est pas tenue d’accepter une remise simplement parce que le débiteur a déposé un dossier. Une réduction ou un effacement dépend du dispositif retenu, des conditions légales et, parfois, de l’accord du créancier. Le texte sur les mesures imposées prévoit des limites particulières pour les créances payées par une caution ou un coobligé personne physique. Il faut donc éviter de promettre au parent qu’un rétablissement personnel de l’étudiant supprimera automatiquement la somme qu’il a réglée.

B. Contestation, rétablissement personnel et caution des parents : quels recours devant le juge ?

La contestation des mesures imposées obéit à un délai court. La fiche officielle sur les mesures imposées par la commission indique que le débiteur peut contester dans les trente jours suivant la notification, par une déclaration écrite et signée adressée à la commission. La notification doit être conservée pour calculer le point de départ. Un échange téléphonique avec la banque ou un courriel non signé ne remplace pas nécessairement cette contestation. Le courrier doit identifier la décision, la dette visée, les raisons de la contestation et les pièces jointes.

Le recours n’a pas besoin de raconter toute la vie financière du débiteur. Il doit cibler les erreurs qui influencent la mesure. Dans un prêt étudiant, les demandes fréquentes sont la rectification du capital restant dû, la déduction d’un paiement, la vérification des intérêts du différé, la suppression de frais non justifiés, la prise en compte d’une assurance, la révision du taux ou le calcul d’une capacité de remboursement trop élevée. Il faut aussi préciser si le parent est caution, co-emprunteur ou simple payeur occasionnel. Ces qualités ne produisent pas les mêmes effets.

Le juge des contentieux de la protection peut vérifier les créances, les titres et la situation du foyer. Les articles L. 733-10 à L. 733-14 du code de la consommation organisent cette contestation. L’article L. 733-13 permet au juge de vérifier la « validité des créances et des titres qui les constatent » ainsi que le montant réclamé. Le débat n’est donc pas limité à la question de savoir si une mensualité paraît trop haute. Il peut porter sur l’existence du contrat, la qualité du créancier, le solde exact, la date des paiements et les conditions de l’engagement.

La deuxième chambre civile l’a rappelé dans un arrêt du 17 octobre 2013, pourvoi n° 12-23.360. La décision du 17 octobre 2013, n° 12-23.360, admet que le juge saisi de la contestation des mesures vérifie la situation du débiteur et les conditions nécessaires au traitement. Cette vérification rend utile un dossier d’audience ordonné : décision contestée, preuve de notification, contrat, décompte, relevés, budget, justificatifs de ressources et tableau de calcul. Une pièce déposée sans explication peut être mal comprise ; chaque document doit être relié à une demande précise.

Lorsque le prêt étudiant a été souscrit avec une caution parentale, le parent doit lire la décision avec attention. La protection accordée à l’étudiant ne se transpose pas automatiquement à la caution. Le parent peut être appelé à payer dans la limite de son engagement, sous réserve des règles propres au cautionnement et des contestations possibles sur la dette. Si le parent a déjà payé, la créance de remboursement contre l’étudiant doit être déclarée et son traitement dépend du dispositif. Si le parent est lui-même dans l’impossibilité de payer l’ensemble de ses dettes, sa situation personnelle peut justifier une démarche distincte. Deux personnes ne peuvent pas être réunies artificiellement dans un seul budget lorsque leurs revenus, charges et engagements diffèrent.

La Cour de cassation a encore insisté sur cette individualisation dans les décisions récentes de la deuxième chambre civile consacrées au surendettement. Son arrêt du 21 mai 2026, pourvoi n° 23-20.970, publié dans la lettre de la deuxième chambre civile, rappelle que la bonne foi et la situation doivent être appréciées au regard des éléments propres à chaque personne. Cela concerne directement un étudiant et ses parents : le revenu du parent caution ne devient pas le revenu disponible de l’étudiant, et la dette de l’un ne doit pas être confondue avec celle de l’autre.

Le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire est un autre cadre. Il est envisagé lorsque la situation est irrémédiablement compromise et que le patrimoine ne justifie pas une liquidation. La section L. 741-4 à L. 741-6 du code de la consommation prévoit la contestation de la décision devant le juge, la vérification de la validité et du montant des créances ainsi que la fixation des dettes à la date du jugement. La décision n’efface pas les dettes alimentaires, les amendes et les autres créances exclues par la loi. Un prêt étudiant bancaire ordinaire n’est pas exclu par sa seule appellation ; il doit être déclaré et traité selon les règles applicables au dossier.

La notification d’un rétablissement personnel sans liquidation peut être contestée dans les trente jours. Le recours doit expliquer pourquoi la décision est contestée : dette mal calculée, actif oublié, capacité de remboursement mal évaluée, erreur sur le patrimoine ou désaccord sur la situation irrémédiablement compromise. Le juge peut vérifier les titres et les montants, prononcer lui-même le rétablissement dans les conditions légales, ouvrir une liquidation avec l’accord nécessaire ou renvoyer le dossier à la commission. La contestation n’est pas une demande automatique d’effacement intégral ; elle doit proposer une solution juridiquement cohérente.

Le prêt étudiant peut aussi poser un problème de date. Une échéance future prévue au contrat n’est pas forcément une dette exigible le jour du dépôt, mais elle peut être une dette à échoir entrant dans l’analyse globale de l’impossibilité de payer. Une déchéance du terme peut modifier le montant exigible. Le prêteur doit préciser l’événement qui rend la totalité du capital immédiatement réclamable. Si le décompte inclut toutes les échéances futures sans tenir compte de la clause applicable, cette méthode peut être discutée. L’emprunteur doit éviter de reconnaître par écrit un montant qu’il n’a pas vérifié.

Les arguments relatifs à l’assurance doivent être distingués de la procédure de surendettement. Une incapacité temporaire, une invalidité ou une perte d’emploi peuvent déclencher une garantie prévue au contrat d’assurance emprunteur. Le débiteur doit déclarer le sinistre dans les formes et délais du contrat, sans attendre que la commission tranche le dossier. Une prise en charge d’échéances peut modifier le passif et la capacité de remboursement. Les pièces médicales sensibles doivent être adressées au bon interlocuteur, avec une copie de la demande et de la date d’envoi.

Le créancier qui conteste une mesure peut également discuter la prescription ou la régularité de la procédure. La jurisprudence de la deuxième chambre civile montre que l’effet d’une contestation sur la prescription dépend de l’acte et de la procédure engagée. Dans son arrêt du 23 mars 2023, pourvoi n° 20-18.306, la Cour a examiné l’effet interruptif attaché à la contestation des mesures. La publication officielle de la Cour de cassation sur cette décision doit être lue avec le texte de l’arrêt et les dates du dossier. Une discussion sur la prescription ne permet pas de suspendre seul un délai de trente jours pour contester une mesure.

Pour préparer une audience, le dossier peut être organisé en six parties :

  1. la décision de recevabilité ou de mesures imposées, avec la preuve de sa notification ;
  2. le contrat du prêt étudiant, le différé et le tableau d’amortissement ;
  3. un tableau contradictoire comparant la somme de la banque et celle réellement calculée ;
  4. le contrat de caution, les paiements du parent et les relances reçues ;
  5. un budget actuel, daté, avec les ressources certaines et les charges justifiées ;
  6. une demande finale courte : correction du montant, nouvelle mensualité, orientation ou rétablissement selon la situation.

Ce classement permet au juge de distinguer trois questions qui sont souvent mélangées : l’existence de la dette, le montant de la dette et la capacité à la payer. Une contestation peut réussir sur l’un de ces points sans entraîner l’effacement de toute la dette. À l’inverse, une dette exacte peut être incluse dans un plan ou dans un rétablissement si les conditions de la procédure sont remplies. Le résultat dépend des pièces, des délais et de la situation à la date où le juge statue.

Le parent caution doit enfin surveiller les actes reçus en son nom. Une mise en demeure, une assignation ou une saisie ne doit pas être traitée comme une simple relance de l’étudiant. Il faut vérifier le titre invoqué, la somme, la date du cautionnement et la qualité de la personne poursuivie. Si le parent reçoit une demande de paiement après la recevabilité de l’étudiant, il doit transmettre l’acte à la commission et demander que la situation soit clarifiée. La procédure de l’étudiant ne remplace pas l’examen des droits propres de la caution.

Conclusion

Un prêt étudiant peut être intégré à un dossier de surendettement lorsque l’emprunteur ne peut plus faire face à l’ensemble de ses dettes exigibles et à échoir. La démarche repose sur une déclaration complète : contrat, différé, capital, intérêts, assurance, incidents et caution doivent apparaître avec leurs justificatifs. Après la recevabilité, les poursuites concernant les dettes visées sont encadrées, mais les dépenses courantes doivent continuer à être payées et aucune nouvelle dette ne doit être créée pour masquer la difficulté. Les parents cautions ne bénéficient pas automatiquement de la protection accordée à l’étudiant ; leur engagement et leur situation doivent être examinés séparément.

Si une mesure imposée ou un rétablissement personnel est contesté, le délai de trente jours impose une réaction écrite, signée et documentée. Le recours doit porter sur des points vérifiables : montant du prêt, paiements, intérêts du différé, qualité de la caution, ressources et charges. La preuve de la notification, le contrat et le budget sont aussi importants que l’argument juridique.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».