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Signal Logement : que faire après un signalement de logement indigne ?

Depuis la mise a jour publiee le 2 juin 2026 par Signal Logement sur les procedures de lutte contre le mal logement, beaucoup de locataires et de proprietaires se retrouvent face a la meme question pratique : le logement est-il seulement non decent, vraiment insalubre, dangereux, ou soumis a une procedure de mise en securite ?

La reponse change tout. Elle determine l’autorite a saisir, les preuves a reunir, les delais de travaux, les effets sur le loyer, les aides au logement, le relogement et, parfois, la strategie judiciaire. Un signalement en ligne peut aider a orienter le dossier, mais il ne remplace pas une mise en demeure bien faite, un dossier de preuves solide ni, lorsque le bailleur ne reagit pas, une action devant le juge.

Cet article s’adresse aux locataires qui vivent dans un logement degrade, aux proprietaires mis en cause apres un signalement, aux syndics confrontes a un immeuble dangereux et aux bailleurs qui veulent traiter le probleme sans aggraver leur responsabilite.

Logement indigne, insalubre ou non decent : ne pas confondre les procedures

Un logement en mauvais etat ne releve pas toujours de la meme procedure. C’est souvent la premiere erreur du dossier.

La non-decence concerne le rapport entre le bailleur et le locataire. Elle vise le logement qui ne respecte pas les criteres minimaux d’habitation : surface, securite, chauffage, eau, ventilation, absence de risques manifestes pour la sante, performance energetique minimale, absence d’infestation de nuisibles ou de parasites. Le texte central est l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989, qui impose au bailleur de remettre et maintenir un logement decent.

L’insalubrite vise une situation plus grave : le logement ou l’immeuble presente un danger pour la sante ou la securite physique. Dans ce cas, la procedure peut aboutir a un arrete de traitement de l’insalubrite pris par le prefet, apres rapport de l’ARS ou du service communal d’hygiene et de sante.

La mise en securite, anciennement appelee peril dans beaucoup de dossiers, concerne les risques tenant a la solidite du batiment, aux equipements communs dangereux, a certains risques incendie ou a des elements qui menacent les occupants ou les tiers. L’autorite competente est en principe le maire ou l’EPCI, avec des particularites a Paris.

Le signalement doit donc decrire les faits, pas seulement employer un mot. « Logement insalubre » est une qualification juridique. Les preuves doivent montrer ce qui se passe reellement : infiltrations, moisissures, electricite dangereuse, absence de chauffage, plafond qui menace, nuisibles, fenetres impossibles a fermer, ventilation inexistante, locaux impropres a l’habitation, parties communes dangereuses.

Que se passe-t-il apres un signalement sur Signal Logement ?

Signal Logement permet de faire remonter une situation de mal logement et d’orienter le dossier vers les bons interlocuteurs. La plateforme ne transforme pas automatiquement le signalement en condamnation du bailleur ni en suspension du loyer. Elle sert d’abord a qualifier la situation et a declencher, selon les cas, un traitement par les services competents.

En pratique, trois suites sont possibles.

Premiere possibilite : le dossier releve surtout de la non-decence. Le locataire doit alors mettre le bailleur en demeure de faire les travaux, conserver la preuve de l’envoi et, si rien ne bouge, envisager la conciliation, la saisine de la CAF ou de la MSA si des aides au logement sont versees, puis une action judiciaire.

Deuxieme possibilite : les faits revelent un risque sanitaire ou de securite. Les services peuvent organiser une visite, etablir un rapport, puis orienter vers une procedure d’insalubrite, de manquement aux regles d’hygiene ou de mise en securite.

Troisieme possibilite : le dossier comporte une urgence. Si un plafond menace de tomber, si l’installation electrique cree un danger immediat, si l’immeuble risque l’effondrement ou si l’occupation du logement devient dangereuse, il ne faut pas attendre seulement le traitement administratif du signalement. Il faut alerter la mairie, les services d’urgence si necessaire, l’assurance, le syndic s’il y a une copropriete, et conserver toutes les traces.

Le bon reflexe consiste a doubler le signalement d’un courrier clair au bailleur ou au syndic. Ce courrier doit lister les desordres, demander une intervention dans un delai precis, proposer des dates de visite, joindre des photographies et rappeler que les loyers continueront a etre payes tant qu’aucune decision ne permet leur consignation ou suspension.

Les preuves a reunir avant de demander des travaux ou une indemnisation

Un dossier de logement indigne se gagne rarement avec de simples affirmations. Il faut organiser les preuves des le depart.

Le locataire doit conserver le bail, l’etat des lieux d’entree, les diagnostics annexes, les echanges avec le bailleur, les quittances, les courriers recommandes, les messages de l’agence, les photographies datees, les videos courtes, les constats de fuite, les factures de chauffage d’appoint, les certificats medicaux si l’etat du logement affecte la sante, et les attestations de voisins lorsque les parties communes sont concernees.

Lorsque les desordres sont techniques, un constat de commissaire de justice ou une expertise amiable peut devenir utile. Il faut notamment documenter les points suivants :

  • humidite, moisissures, infiltrations, odeurs persistantes ;
  • installation electrique dangereuse ou non protegee ;
  • absence de chauffage effectif ou eau chaude defaillante ;
  • fenetres, portes ou garde-corps dangereux ;
  • nuisibles ou parasites, avec preuve des demandes de traitement ;
  • plafond, mur, balcon, escalier ou partie commune dangereux ;
  • intervention du syndic, de l’agence ou du proprietaire, ou absence de reponse.

Le bailleur, de son cote, doit aussi constituer un dossier. Il doit prouver qu’il a repondu aux demandes, missionne les entreprises, propose des dates d’intervention, traite ce qui depend de lui et, si le desordre vient d’un mauvais usage du logement ou des parties communes, conserver les elements objectifs permettant de le demontrer. Un proprietaire qui ignore un signalement prend un risque contentieux. Un proprietaire qui intervient vite, ecrit clairement et garde les justificatifs limite ce risque.

Peut-on arreter de payer le loyer ?

En principe, non. C’est l’une des erreurs les plus dangereuses pour le locataire.

Un logement degrade ne permet pas automatiquement d’arreter de payer le loyer. Le risque est de transformer un dossier de travaux ou d’indemnisation en procedure d’impayes, avec commandement de payer, clause resolutoire et demande d’expulsion. Meme lorsque le logement est tres degrade, il faut eviter l’auto-consignation sauvage.

Plusieurs leviers existent, mais ils doivent etre utilises correctement :

  • demander au juge une reduction de loyer ou des dommages-interets ;
  • demander l’execution de travaux sous astreinte ;
  • solliciter, selon le dossier, une consignation encadree ;
  • mobiliser la CAF ou la MSA lorsque le logement non decent affecte les aides au logement ;
  • faire constater les manquements par l’autorite competente ;
  • en cas d’arrete d’insalubrite ou de mise en securite, verifier les effets specifiques sur le paiement du loyer et l’hebergement ou le relogement.

Le point essentiel est le suivant : tant qu’aucune decision ou aucun texte applicable au cas precis ne permet de suspendre ou reduire le paiement, le locataire doit rester prudent. Le bon dossier est celui qui met la pression sur le bailleur sans offrir un argument d’impaye facile.

Quels recours si le proprietaire ne fait pas les travaux ?

Si le bailleur ne repond pas, la strategie depend du niveau de gravite.

Pour un logement non decent, le locataire peut envoyer une mise en demeure, saisir le conciliateur de justice, alerter la CAF ou la MSA, puis saisir le juge des contentieux de la protection. Les demandes peuvent porter sur la realisation des travaux, une reduction de loyer, des dommages-interets, le remboursement de certains frais ou la resiliation du bail aux torts du bailleur lorsque la situation le justifie.

Pour un logement insalubre ou dangereux, la voie administrative devient centrale. Le dossier peut conduire a une visite, a un rapport, puis a un arrete prescrivant des mesures. Le code de la construction et de l’habitation prevoit notamment que toute personne ayant connaissance de faits revelant une situation de securite ou de salubrite doit les signaler a l’autorite competente. Il prevoit aussi des visites, une procedure contradictoire, des prescriptions de travaux, des astreintes et, dans certains cas, l’execution d’office.

Pour un immeuble en copropriete, il faut distinguer ce qui depend du bailleur, du syndicat des coproprietaires, du syndic, d’un voisin ou d’une entreprise. Une infiltration venant des parties communes ne se traite pas comme une chaudiere individuelle defectueuse. Le locataire agit contre son bailleur, mais le bailleur devra parfois appeler le syndicat des coproprietaires ou son assureur.

Le dossier doit donc etre structure autour de trois questions simples :

  1. Qui doit agir techniquement ?
  2. Qui doit payer ?
  3. Quelle autorite ou quel juge peut contraindre cette personne a agir vite ?

Proprietaire signale : comment reagir sans aggraver le dossier ?

Un proprietaire qui recoit un signalement ne doit pas le traiter comme une accusation vague. Il doit repondre vite, par ecrit, et organiser une visite contradictoire.

La premiere reponse doit reconnaitre la reception du signalement, proposer des dates d’acces, demander les photographies ou les constats disponibles et indiquer les premieres mesures envisagees. Il faut eviter les reponses agressives, les menaces de conge ou les pressions sur le locataire. Elles seront souvent produites devant le juge.

Si les travaux relevent bien du bailleur, il faut mandater rapidement une entreprise et garder les devis, ordres de service, factures, rapports d’intervention et messages de relance. Si le locataire refuse l’acces au logement, il faut le documenter avec precision, sans inventer un refus general a partir d’une seule indisponibilite.

Si le probleme vient d’une copropriete, le bailleur doit saisir le syndic, relancer par ecrit, declarer le sinistre a l’assurance si necessaire et informer le locataire des demarches effectuees. Le fait que le probleme vienne des parties communes n’autorise pas le bailleur a rester silencieux.

Enfin, si un arrete administratif est pris, il faut lire exactement ce qu’il impose : travaux, delai, interdiction d’habiter, information des occupants, hebergement, relogement, astreinte, publication. Un arrete mal execute peut creer un risque financier beaucoup plus lourd que les travaux initiaux.

Paris et Ile-de-France : a qui signaler et quel tribunal saisir ?

A Paris, les situations de logement indigne peuvent mobiliser plusieurs acteurs : la Ville de Paris, les services d’hygiene, la prefecture selon la nature du risque, le syndic lorsque l’immeuble est en copropriete, la CAF, et le tribunal judiciaire de Paris pour les litiges locatifs relevant du juge des contentieux de la protection.

En Ile-de-France, les interlocuteurs varient selon la commune, l’intercommunalite, l’existence d’un service communal d’hygiene et de sante et les dispositifs locaux de lutte contre l’habitat indigne. Certaines communes ont aussi mis en place un permis de louer ou une autorisation prealable de mise en location dans certains secteurs. Cette information peut etre importante pour verifier si le bail etait regulierement conclu.

Dans un dossier francilien, il faut donc identifier :

  • l’adresse exacte du logement ;
  • la commune et l’eventuel service d’hygiene competent ;
  • le bailleur, l’agence et le syndic ;
  • la nature privative ou commune des desordres ;
  • l’existence d’aides au logement ;
  • l’urgence eventuelle ;
  • le tribunal competent en cas de contentieux.

Cette cartographie evite de perdre plusieurs semaines a saisir le mauvais interlocuteur.

Les erreurs frequentes apres un signalement

La premiere erreur est de confondre signalement et action judiciaire. Le signalement peut declencher une intervention administrative, mais il ne chiffre pas automatiquement l’indemnisation du locataire.

La deuxieme erreur est d’arreter de payer le loyer sans cadre juridique. Cela peut fragiliser un tres bon dossier.

La troisieme erreur est de ne pas documenter l’evolution des desordres. Une photo isolee ne suffit pas toujours. Il faut montrer la duree, les relances et l’absence de correction.

La quatrieme erreur est de melanger toutes les demandes dans un seul courrier confus. Il faut distinguer les travaux urgents, les travaux de remise en decence, l’indemnisation, le relogement et les frais.

La cinquieme erreur est de ne pas anticiper la defense adverse. Le bailleur peut soutenir que le locataire refuse l’acces, que le probleme vient d’un defaut d’aeration, que les parties communes sont en cause, que le syndic tarde, ou que les travaux ont ete proposes. Il faut donc preparer les preuves qui repondent a ces arguments.

Sources utiles

Pour comprendre les procedures administratives, vous pouvez consulter la fiche publiee par Signal Logement sur la lutte contre le mal logement, la fiche Service-Public sur l’habitat insalubre, ainsi que les articles L. 511-2, L. 511-4, L. 511-6 et L. 511-11 du code de la construction et de l’habitation.

Pour la non-decence du logement loue, le texte de base est l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989, complete par le decret du 30 janvier 2002 sur les caracteristiques du logement decent.

Pour replacer votre dossier dans une strategie plus large, vous pouvez aussi consulter notre page avocat en droit immobilier a Paris, notre page sur les troubles de jouissance locative, notre article sur le logement indecent lorsque le proprietaire ne fait pas les travaux et notre analyse sur l’arrete de peril, le relogement et les recours contre le syndic.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».