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Certificat d’irrécouvrabilité : récupérer la TVA quand un client est en liquidation judiciaire

Le signal est très concret pour les fournisseurs, freelances, agences et prestataires B2B : les liquidations judiciaires restent nombreuses en 2026 et les avis BODACC publiés début mai montrent encore un flux dense de sociétés parisiennes placées en liquidation, parfois en liquidation judiciaire simplifiée. Pour le créancier, la question n’est alors plus seulement « comment recouvrer ma facture », mais aussi : que faire si le mandataire confirme qu’aucun paiement n’est réaliste, comment obtenir un certificat d’irrécouvrabilité, et comment récupérer la TVA déjà reversée à l’administration ?

Cet angle est distinct de la déclaration de créance en liquidation judiciaire : la déclaration sert à entrer dans la procédure collective et à préserver ses droits. Le certificat d’irrécouvrabilité intervient souvent plus tard, lorsque la perspective de paiement devient nulle ou trop faible. Il sert à documenter la perte, à sécuriser le dossier comptable et, surtout, à traiter la TVA collectée sur une facture qui n’a jamais été réglée.

À quoi sert un certificat d’irrécouvrabilité ?

Le certificat d’irrécouvrabilité est un document de preuve. Il ne transforme pas une facture impayée en créance payée. Il constate, au contraire, que les diligences utiles n’ont pas permis d’obtenir le règlement et que la créance doit être traitée comme irrécouvrable.

En pratique, il intéresse trois sujets.

D’abord, le recouvrement : il matérialise le fait que les poursuites ordinaires ou la procédure collective ne permettent pas d’espérer un paiement utile. Dans une liquidation judiciaire, le certificat peut être demandé au liquidateur ou au mandataire lorsque le rang de la créance, l’actif disponible et l’état de la procédure rendent le paiement improbable.

Ensuite, la comptabilité : la société créancière doit distinguer une créance simplement douteuse d’une créance réellement perdue. Une facture en retard, un client silencieux ou une mise en demeure infructueuse ne suffisent pas toujours. Le certificat aide à justifier le passage en perte lorsque le dossier est contrôlé.

Enfin, la TVA : si la TVA a été facturée et reversée alors que le prix n’a jamais été encaissé, l’entreprise peut chercher à imputer ou obtenir la restitution de la taxe, sous les conditions prévues par l’article 272 du Code général des impôts. C’est souvent le point le plus urgent, car il redonne immédiatement un peu de trésorerie à une entreprise déjà fragilisée par l’impayé.

Client en liquidation judiciaire : faut-il attendre la clôture ?

Non, pas toujours. Le régime de TVA est plus pratique qu’on ne le pense souvent.

L’article 272 du Code général des impôts prévoit que la TVA perçue à l’occasion de ventes ou de services peut être imputée ou remboursée lorsque les créances deviennent définitivement irrécouvrables. Il ajoute que l’imputation ou le remboursement peuvent intervenir dès la décision de justice qui prononce la liquidation judiciaire. Cela signifie qu’il ne faut pas confondre deux choses :

  • la certitude commerciale que le client ne paiera pas ;
  • la preuve fiscale permettant de régulariser la TVA.

Le BOFiP BOI-TVA-DED-40-10-20 confirme cette logique : en cas de liquidation judiciaire, la récupération de la taxe peut intervenir dès la date du jugement prononçant la liquidation. C’est un point important pour les TPE et PME qui ont déjà supporté la TVA sur une facture importante.

En revanche, la récupération de la TVA suppose une rectification préalable de la facture initiale. Il ne suffit donc pas d’archiver un jugement de liquidation ou un avis BODACC. Il faut préparer un dossier propre : facture initiale, preuve de la prestation ou de la livraison, déclaration de créance si elle était nécessaire, décision de liquidation, échanges avec le mandataire ou liquidateur, et facture rectificative ou duplicata comportant les mentions adaptées.

Quelle différence entre certificat, jugement de liquidation et facture rectificative ?

Les trois documents ne jouent pas le même rôle.

Le jugement de liquidation judiciaire prouve que le débiteur est placé dans une procédure où l’activité cesse ou où le liquidateur réalise les actifs. Il donne une base forte pour agir vite, notamment en matière de TVA.

Le certificat d’irrécouvrabilité explique que, dans le dossier précis du créancier, la créance ne sera pas réglée ou ne le sera pas utilement. Il est particulièrement utile lorsque l’administration fiscale, l’expert-comptable, l’affactureur ou l’assureur-crédit demande une justification individualisée.

La facture rectificative est la pièce fiscale qui permet de régulariser la TVA. Le Conseil d’État a déjà jugé que l’article 272 du CGI ne fixe pas, en cas de liquidation judiciaire du client, un délai spécifique imposant que la facture rectificative soit produite avant la clôture de la liquidation. La décision Conseil d’État, 28 juillet 2011, n° 318872 reste utile parce qu’elle rappelle que la rectification de facture est une condition centrale du remboursement ou de l’imputation.

La bonne méthode consiste donc à ne pas attendre passivement. Dès que la liquidation est connue, le créancier doit identifier le liquidateur, vérifier la date de publication BODACC, déclarer sa créance si le délai court encore, puis organiser le volet fiscal avec l’expert-comptable.

Que demander au mandataire ou au liquidateur ?

La demande doit être précise. Une formule vague du type « merci de m’envoyer un certificat » risque de rester sans effet si le dossier n’est pas identifié ou si la procédure est encore trop récente.

Il faut idéalement transmettre :

  • la dénomination et le SIREN du débiteur ;
  • le numéro de la procédure ou les références du jugement ;
  • le montant HT, la TVA et le TTC de chaque facture ;
  • la date d’émission et l’échéance ;
  • les preuves de livraison, bon de commande, contrat, devis signé ou procès-verbal de réception ;
  • la copie de la déclaration de créance et de son accusé, si elle a été faite ;
  • les relances et mises en demeure envoyées avant l’ouverture de la procédure.

Le créancier doit aussi demander si sa créance figure bien dans l’état des créances et si une perspective de dividende existe. Cette question rejoint l’ordre de paiement des créanciers en liquidation judiciaire : un fournisseur chirographaire n’est pas payé comme un créancier bénéficiant d’une sûreté, un salarié ou certains frais de procédure.

Si le liquidateur refuse ou diffère la délivrance du certificat, il faut comprendre pourquoi. La procédure peut être trop récente. L’actif peut ne pas être encore réalisé. Une contestation peut exister sur la créance. Dans ces cas, le sujet n’est pas seulement fiscal : il peut falloir produire une pièce manquante, répondre à une contestation ou envisager un recours ciblé.

TVA, perte comptable et preuve : les erreurs fréquentes

La première erreur consiste à confondre impayé et irrécouvrabilité. Une facture en retard de 60 ou 90 jours peut justifier une mise en demeure, une injonction de payer ou une provision, mais pas nécessairement une perte définitive. L’irrécouvrabilité suppose un événement ou un faisceau d’indices plus fort : liquidation judiciaire, échec des poursuites, absence d’actif, clôture pour insuffisance d’actif, certificat du professionnel chargé du dossier.

La deuxième erreur consiste à ne pas déclarer la créance parce que « le client est déjà mort ». Même si les chances de paiement sont faibles, la déclaration de créance évite de se faire opposer une négligence procédurale. Elle crée aussi une trace utile pour les demandes ultérieures.

La troisième erreur consiste à récupérer la TVA sans facture rectificative. Le texte fiscal et la doctrine administrative imposent de justifier la rectification préalable. Un simple mail interne, une écriture comptable ou une capture d’écran d’un avis de liquidation ne suffisent pas à eux seuls.

La quatrième erreur est de mélanger tous les débiteurs. Chaque créance doit être documentée facture par facture. Si une partie a été payée, si un avoir a été émis, si un affactureur est intervenu ou si une assurance-crédit a indemnisé une fraction de la perte, le montant régularisable doit être recalculé.

La cinquième erreur est d’oublier les garanties. Même si le client est liquidé, il peut exister une caution, une garantie à première demande, une réserve de propriété, un nantissement, une assurance-crédit ou une responsabilité personnelle à examiner. Le certificat d’irrécouvrabilité ne doit pas fermer trop vite toutes les pistes de recouvrement.

Cas pratique : une facture de 24 000 euros TTC

Une société de services a facturé 20 000 euros HT, soit 24 000 euros TTC avec 4 000 euros de TVA. Le client ne paie pas, puis est placé en liquidation judiciaire. Le fournisseur a déjà déclaré et reversé la TVA.

Le premier réflexe est de vérifier le jugement et la publication. Le deuxième est de déclarer la créance dans le délai de deux mois si elle est antérieure au jugement. Le troisième est de demander au liquidateur les perspectives de paiement et, lorsque la situation le permet, une attestation ou un certificat d’irrécouvrabilité. Le quatrième est de préparer la facture rectificative permettant de traiter la TVA.

Le gain financier n’est pas le paiement de la facture : la perte commerciale reste là. Mais la société peut éviter de supporter définitivement 4 000 euros de TVA sur une prestation non payée. Pour une PME qui subit plusieurs impayés dans la même période, ce réflexe peut représenter une vraie différence de trésorerie.

Paris et Île-de-France : pourquoi agir vite

À Paris et en Île-de-France, les procédures collectives sont nombreuses et les avis BODACC se succèdent rapidement. Les créanciers doivent donc s’organiser dès la publication du jugement : identification du tribunal des activités économiques, coordonnées du mandataire ou liquidateur, date limite de déclaration, pièces contractuelles, montant exact de la TVA et état des garanties.

Le cabinet intervient en droit des affaires pour sécuriser ces dossiers lorsque la facture impayée révèle un problème plus large : client en procédure collective, contestation du contrat, garantie non activée, caution du dirigeant, affacturage, ou risque de perte fiscale faute de pièce suffisante.

Dans les dossiers les plus sensibles, il faut traiter trois calendriers en parallèle : le calendrier de la procédure collective, le calendrier comptable et fiscal, et le calendrier contentieux si une garantie ou une responsabilité peut encore être actionnée.

Checklist avant de passer la créance en perte

Avant de classer le dossier, vérifiez au minimum :

  • le jugement de liquidation ou la décision qui rend la créance définitivement irrécouvrable ;
  • la publication BODACC et la date limite de déclaration ;
  • l’accusé de déclaration de créance ;
  • la position du mandataire ou du liquidateur sur les perspectives de paiement ;
  • l’existence ou non d’une sûreté, d’une caution, d’une réserve de propriété ou d’une assurance-crédit ;
  • la facture rectificative ou le duplicata portant les mentions nécessaires ;
  • le traitement comptable de la perte et de la TVA ;
  • la cohérence entre les montants HT, TVA, TTC, avoirs, paiements partiels et indemnisations.

Cette checklist évite deux risques opposés : abandonner trop vite une créance qui pouvait encore être sécurisée, ou récupérer la TVA sur un dossier insuffisamment justifié.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».