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Résilier un bail commercial hors période triennale : retraite, invalidité et pièges à éviter en 2026

Un commerçant installé depuis quatre ans dans ses murs souhaite cesser son activité avant la prochaine échéance triennale de son bail commercial. Il ignore s’il peut résilier hors période et à quelles conditions. La règle du 3-6-9 impose en principe une durée minimale de neuf ans et un congé donné à l’expiration de chaque période triennale, avec un préavis de six mois. Toutefois, le législateur a prévu deux exceptions majeures au profit du locataire : le départ à la retraite et l’invalidité. La Cour de cassation a également rendu deux arrêts importants entre février et novembre 2025 sur la clause résolutoire et la suspension de ses effets. Ces décisions modifient la donne pour les contentieux en cours. En pratique, le non-respect du préavis de six mois ou de la date du dernier jour du trimestre civil entraîne purement et simplement la nullité du congé et le maintien du locataire dans ses obligations.

La règle du congé triennal et ses exceptions légales

L’article L. 145-4 du Code de commerce (texte officiel) dispose :

« La durée du contrat de location ne peut être inférieure à neuf ans. Toutefois, le preneur a la faculté de donner congé à l’expiration d’une période triennale. » Cette faculté est d’ordre public : les parties ne peuvent pas y renoncer contractuellement. Le congé doit respecter les formes et délais de l’article L. 145-9 du Code de commerce (texte officiel), qui prévoit :

« À défaut de congé ou de demande de renouvellement, le bail fait par écrit se prolonge tacitement au-delà du terme fixé par le contrat. »

Le locataire qui donne congé à l’échéance triennale n’a pas besoin de motiver sa décision. Il lui suffit de respecter un préavis de six mois et de viser le dernier jour du trimestre civil. Le congé doit être notifié par lettre recommandée avec accusé de réception ou par acte de commissaire de justice.

Deux exceptions permettent au preneur de sortir du cadre triennal. L’alinéa 4 de l’article L. 145-4 prévoit que le preneur peut donner congé à tout moment dans deux cas. Il doit avoir demandé à bénéficier de ses droits à la retraite du régime social auquel il est affilié. Il peut aussi avoir été admis au bénéfice d’une pension d’invalidité attribuée dans le cadre de ce régime. Cette résiliation anticipée obéit néanmoins aux mêmes formalités de délai et de forme que le congé triennal.

Mode de résiliation Délai Conditions Formalités
Congé à l’échéance triennale 6 mois avant le dernier jour du trimestre civil Aucune motivation requise Lettre recommandée AR ou acte extrajudiciaire
Retraite ou invalidité 6 mois avant le dernier jour du trimestre civil Justificatif de retraite ou pension d’invalidité Lettre recommandée AR ou acte extrajudiciaire
Clause résolutoire 1 mois après commandement infructueux Manquement contractuel (loyers, charges, exploitation) Commandement de payer ou de faire, puis résiliation de plein droit

La résiliation anticipée pour départ à la retraite ou invalidité

Le preneur qui remplit les conditions de l’alinéa 4 de l’article L. 145-4 bénéficie d’un droit de résiliation à tout moment, indépendamment des échéances triennales. Ce mécanisme vise à protéger le commerçant qui, pour des raisons de santé ou d’âge, ne peut plus assumer l’exploitation de son fonds. La Cour de cassation a précisé que le preneur donnant congé pour la fin d’une période triennale n’a pas l’obligation de motiver son congé. Cette liberté s’étend logiquement au congé donné pour départ à la retraite ou invalidité, dès lors que le locataire justifie de sa qualité de retraité ou d’invalide.

Le délai de préavis reste fixé à six mois. Le congé doit viser le dernier jour d’un trimestre civil. Le locataire qui néglige ces formalités voit son congé annulé et reste redevable des loyers jusqu’à la prochaine échéance triennale valablement atteinte. Il est donc impératif de vérifier la date d’effet souhaitée et de calculer le délai de six mois en amont.

La clause résolutoire et le commandement de payer

L’article L. 145-41 du Code de commerce (texte officiel) dispose :

« Toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. » Cette clause permet au bailleur de mettre fin au bail en cas de manquement du locataire, notamment de non-paiement des loyers ou des charges, mais aussi de défaut d’exploitation du fonds.

Dans un arrêt du 6 février 2025, la Cour de cassation est venue préciser le champ d’application de la suspension judiciaire de la clause résolutoire. La chambre civile a jugé que l’article L. 145-41, alinéa 2, du code de commerce autorise le juge à accorder des délais au preneur à un bail commercial. Il peut ainsi suspendre la réalisation et les effets de la clause résolutoire, quel que soit le manquement reproché, y compris à une obligation de faire (Cass. 3e civ., 6 février 2025, n° 23-18.360 (décision)), motifs : « Attendu que l’article L. 145-41, alinéa 2, du code de commerce autorise le juge à accorder des délais au preneur et à suspendre la réalisation et les effets de la clause résolutoire, quel que soit le manquement reproché, y compris à une obligation de faire. »

Ce revirement jurisprudentiel élargit considérablement la protection du locataire. Le juge peut désormais accorder des délais et suspendre la clause résolutoire même en cas de défaut d’exploitation, et non seulement pour impayés. Le bailleur qui invoque une clause résolutoire doit donc s’attendre à une contestation systématique sur ce point.

Quelques mois plus tard, la Cour de cassation a rappelé une règle de validité des clauses résolutoires. Toute clause prévoyant un délai de résiliation inférieur au délai légal d’un mois après commandement doit être réputée non écrite (Cass. 3e civ., 6 novembre 2025, n° 23-21.334 (décision)), motifs : « Qu’il résulte de l’article L. 145-41 du code de commerce que la clause résolutoire doit être réputée non écrite si le bail est en cours au jour de l’entrée en vigueur de la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014. »

Les erreurs de forme et de délai qui invalident le congé

Le congé est un acte unilatéral qui met fin au bail par la seule manifestation de volonté de celui qui l’a délivré. Il doit être clair et non équivoque. Le locataire qui maintient son exploitation au-delà de la date d’effet du congé ne renonce pas implicitement à celui-ci. La Cour de cassation a jugé (Cass. 3e civ., 26 janvier 2022, n° 21-10.828 (décision)), motifs : « Le congé est un acte unilatéral qui met fin au bail et le maintien dans les lieux du locataire au-delà de la date d’effet du congé qu’il a délivré ne peut s’interpréter comme une renonciation à ce congé que si les circonstances établissent de façon non équivoque sa volonté de renoncer. »

Plusieurs erreurs classiques entraînent la nullité du congé. Le préavis de six mois est impératif. Un congé signifié cinq mois avant l’échéance est nul. Le congé doit viser le dernier jour du trimestre civil : un congé donné pour le 15 mars ou le 10 juin est irrecevable. Enfin, le congé doit être notifié par écrit avec preuve de réception ; un simple courriel ou un appel téléphonique ne suffit pas.

Le locataire qui commet une de ces erreurs reste tenu par le bail. Il doit payer les loyers jusqu’à la prochaine échéance triennale valablement atteinte. Dans certains cas, le bailleur peut également réclamer des dommages-intérêts pour trouble de jouissance ou retard.

L’indemnité d’occupation et la libération des locaux

Après la résiliation du bail, le locataire qui reste dans les locaux doit une indemnité d’occupation au bailleur. Cette obligation vaut quel que soit le mode de résiliation : congé, clause résolutoire ou décision judiciaire. Cette indemnité correspond généralement au montant du loyer et se substitue au loyer dû. La Cour de cassation a rappelé dans un arrêt du 14 novembre 2024 que l’indemnité d’occupation est due tant que le locataire n’a pas restitué les clefs. Les lieux doivent être libérés de manière effective et intégrale (Cass. 3e civ., 14 novembre 2024, n° 23-16.539 (décision)), motifs : « Par principe, l’indemnité d’occupation doit être réglée jusqu’à la libération effective et intégrale des lieux. »

Mise en garde : Le locataire qui quitte les locaux sans remettre les clefs au bailleur reste redevable de l’indemnité d’occupation. Il convient de procéder à un état des lieux contradictoire et de remettre les clefs par écrit pour fixer la date de libération.

Le calcul de l’indemnité d’occupation peut être contesté devant le juge des loyers commerciaux. Le locataire qui estime que le montant réclamé est excessif peut saisir le tribunal pour fixation du montant. Cette procédure est distincte de l’action en résiliation et obéit à des délais spécifiques.

Paris et Île-de-France : compétence du tribunal et délais constatés

Les litiges relatifs aux baux commerciaux relèvent du tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble. À Paris, le tribunal judiciaire de Paris est compétent pour les locaux situés dans les vingt arrondissements. Pour les communes d’Île-de-France, la compétence revient au tribunal judiciaire du département concerné. Le tribunal de Nanterre est compétent pour les Hauts-de-Seine. Le tribunal de Bobigny l’est pour la Seine-Saint-Denis. Le tribunal de Créteil l’est pour le Val-de-Marne.

Les délais de jugement varient selon la complexité du dossier. En référé, le juge peut statuer en quelques semaines sur une demande de suspension de clause résolutoire ou d’expulsion. Au fond, une procédure de résiliation de bail commercial peut durer de douze à dix-huit mois à Paris. Cette durée s’explique par la charge des tribunaux et par la fréquence des expertises judiciaires sur l’état des lieux ou l’évaluation du fonds. Le contentieux de l’indemnité d’éviction, lorsqu’il est joint à la procédure, allonge encore les délais. Pour plus de détails sur l’évaluation de cette indemnité, vous pouvez consulter notre analyse sur l’indemnité d’éviction en bail commercial.

Questions fréquentes

Puis-je résilier mon bail commercial avant la fin des trois ans si je ne suis ni retraité ni invalide ?
Non. Hors les cas de retraite et d’invalidité prévus par l’article L. 145-4 du Code de commerce, le locataire ne peut donner congé qu’à l’expiration d’une période triennale. Toute clause contractuelle contraire est réputée non écrite.

Quel délai de préavis dois-je respecter pour résilier mon bail commercial ?
Le préavis est de six mois. Le congé doit être donné pour le dernier jour du trimestre civil. Un congé signifié le 15 mars pour le 30 septembre suivant respecte le délai. En revanche, un congé signifié le 15 avril pour le 30 septembre suivant est en retard d’un mois et donc nul.

Puis-je donner congé par courriel ou par téléphone ?
Non. Le congé doit être notifié par lettre recommandée avec accusé de réception ou par acte de commissaire de justice. Un courriel, un SMS ou un appel téléphonique ne constituent pas des moyens valables.

Que se passe-t-il si je reste dans les locaux après la date d’effet du congé ?
Le maintien dans les lieux au-delà de la date d’effet du congé ne vaut pas renonciation à celui-ci, sauf volonté non équivoque. Toutefois, vous devez une indemnité d’occupation au bailleur tant que vous n’avez pas libéré les locaux et remis les clefs.

Le bailleur peut-il résilier le bail pour défaut d’exploitation ?
Oui, mais la clause résolutoire ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. Depuis l’arrêt du 6 février 2025, le juge peut suspendre les effets de la clause résolutoire même en cas de défaut d’exploitation, et non seulement pour impayés.

Quel tribunal saisir pour un litige de bail commercial à Paris ?
Le tribunal judiciaire de Paris est compétent pour les locaux situés dans la capitale. Pour les autres départements d’Île-de-France, la compétence revient au tribunal judiciaire du département de situation de l’immeuble. Pour une approche stratégique des contentieux de bail commercial, vous pouvez consulter notre expertise en bail commercial à Paris.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».