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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Galxe : staking G, Smart Savings et Gravity Alpha ferment, comment récupérer vos fonds avant le 26 octobre 2026 ?

Les utilisateurs de Galxe, plateforme web3 de quêtes et de récompenses, n’ont plus que quelques jours pour récupérer ce qu’ils détiennent sur trois services en cours de fermeture : le staking du jeton G, l’ancien produit d’épargne Smart Savings et Gravity Alpha, première version de la chaîne de blocs de la plateforme. Selon l’annonce publiée dans son centre d’aide le 21 juillet 2026 et mise à jour le 19 octobre 2026, les jetons autres que G doivent quitter Gravity Alpha avant le 23 octobre 2026, la page de staking et le pont natif seront mis hors ligne le 26 octobre 2026 à 3 heures UTC, soit 4 heures à Paris, et le réseau cessera définitivement de fonctionner le 1er novembre 2026. Le même 19 octobre, la plateforme a rappelé sur son compte X que les soldes Smart Savings qui n’auraient été ni retirés ni transférés à temps basculeront automatiquement vers Smart Balance, un solde de crédits que ses conditions d’utilisation déclarent non retirable.

À la date de rédaction, aucune source officielle ne fait état d’une défaillance de la plateforme, d’un incident technique ou d’un dommage subi par des utilisateurs, et aucune responsabilité n’est établie. La plateforme a annoncé ces fermetures dès juillet 2026, a multiplié les rappels et met à disposition plusieurs voies de sortie, dont une procédure de retrait rapide. Les conditions acceptées par chaque utilisateur priment sur l’analyse générale qui suit, et seul un juge pourrait trancher un éventuel litige. Il faut d’abord savoir quoi faire, et dans quel ordre, avant les échéances (I), puis mesurer ce que le droit français permettrait de faire valoir si des fonds restaient bloqués ou étaient convertis en crédits (II).

I. Avant le 23 et le 26 octobre 2026 : quels gestes pour ne rien laisser derrière soi ?

Les trois services ne ferment ni au même moment ni de la même manière. L’erreur la plus coûteuse consisterait à se fier à la seule date du 1er novembre, longtemps affichée par la plateforme, alors que les opérations qui demandent sept jours doivent être lancées bien avant.

A. Trois échéances, trois produits : ce qui ferme exactement, et à quelle heure

Le calendrier s’est construit en trois temps. Le 7 juillet 2026, la plateforme a annoncé que son produit d’épargne laissait la place à un solde de crédits destiné à régler des frais : depuis cette date, les nouveaux dépôts sont crédités sur ce solde, et les détenteurs d’une épargne existante étaient invités à la retirer ou à la transférer avant le 1er novembre 2026. Les 21 et 22 juillet 2026, elle a annoncé l’arrêt de son ancien réseau de deuxième couche au 1er novembre 2026 et la fermeture, à la même date, de son portail de staking. Le 19 octobre 2026, elle a avancé les dates utiles, en expliquant que le désengagement des jetons stakés comme les retraits par le pont natif prennent chacun sept jours, et qu’il faut donc les lancer assez tôt pour qu’ils aboutissent avant l’arrêt du réseau.

Il en résulte trois échéances, que nous reprenons telles qu’elles figurent dans l’annonce mise à jour le 19 octobre 2026, en les convertissant à l’heure française :

  • avant le vendredi 23 octobre 2026 : les jetons USDT, USDC, ETH et les autres jetons qui ne sont pas celui de la plateforme doivent quitter l’ancien réseau par le pont Stargate. Aucune heure n’est indiquée ; par prudence, mieux vaut agir au plus tard le jeudi 22 octobre ;
  • le lundi 26 octobre 2026 à 3 heures UTC, soit 4 heures du matin à Paris, ou le dimanche 25 octobre à 20 heures sur la côte ouest des États-Unis : le portail de staking et le pont natif sont mis hors ligne. Toute demande de désengagement et tout retrait par le pont natif doivent avoir été lancés avant ce moment ;
  • le dimanche 1er novembre 2026 : l’ancien réseau cesse définitivement de fonctionner, et les actifs qui y seraient restés ne pourront plus être transférés.

Deux précisions s’imposent. La France repasse à l’heure d’hiver dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre ; l’échéance tombe dans la nuit suivante, celle du dimanche au lundi, et il serait imprudent d’attendre le dimanche soir. Ensuite, les documents publiés ne concordent pas tous : la page d’aide consacrée au solde de crédits, datée du 10 août 2026, mentionne encore le 1er novembre pour retirer l’ancienne épargne, alors que le message publié le 19 octobre et le bandeau affiché dans l’application fixent la limite au 25 octobre à 20 heures, heure du Pacifique, c’est-à-dire au lundi 26 octobre à 4 heures à Paris. En pareil cas, seule la date la plus proche protège réellement. La documentation technique du réseau ajoute qu’il ne sera plus réglé en décembre 2026 ; cette mention décrit l’extinction technique de la chaîne, et non un délai supplémentaire laissé aux utilisateurs.

Qui est concerné ? Toute personne qui a staké le jeton de la plateforme, que ce soit sur Ethereum, sur BNB Chain ou sur l’ancien réseau ; toute personne qui détient encore un solde dans l’ancien produit d’épargne ; et toute personne qui conserve des jetons sur l’ancien réseau, ne serait-ce que des montants résiduels issus de quêtes ou de récompenses. La plateforme précise que son portail de staking ferme pour tous les réseaux, y compris pour ceux qui avaient staké sur Ethereum ou sur BNB Chain. Ces fermetures rappellent celles de deux autres réseaux de deuxième couche, dont nous avons détaillé le calendrier et les conditions de sortie dans notre article sur la fermeture de Blast et d’Abstract.

B. Désengager, transférer, retirer : l’ordre des opérations et les preuves à conserver

Pour les jetons stakés, la démarche décrite par la plateforme est la suivante : se connecter au portail de staking avec le portefeuille qui a servi à staker, choisir le désengagement, sélectionner le réseau sur lequel les jetons doivent revenir, indiquer le montant ou choisir la totalité, accepter les conditions du staking et confirmer la transaction en payant les frais de réseau. Les jetons ne reviennent qu’au terme d’une période de blocage de sept jours, sur la chaîne où ils avaient été stakés. Si vous avez utilisé plusieurs portefeuilles rattachés au même identifiant, chaque portefeuille doit être traité séparément. Le désengagement met fin aux bonus attachés au staking, y compris au bonus supplémentaire de 20 % accordé à ceux qui avaient staké avant le 8 mai 2024 : c’est un coût réel, mais sans commune mesure avec le risque de laisser des jetons derrière soi. La plateforme permet d’annuler une demande pendant la période de blocage ; à l’approche de l’échéance, une telle annulation reviendrait à renoncer à la sortie.

Ceux qui avaient staké sur l’ancien réseau doivent franchir une étape de plus. Leurs jetons reviendront, au terme des sept jours, sur ce réseau qui s’arrête le 1er novembre. La plateforme recommande alors d’utiliser la procédure de retrait rapide de son pont officiel, qui transfère les jetons vers Ethereum en une dizaine de minutes environ, puis, si on le souhaite, de les transférer d’Ethereum vers le nouveau réseau. La voie classique du pont natif impose un délai de sept jours et ne pourra plus être utilisée après la mise hors ligne du 26 octobre ; un retrait déjà engagé par cette voie ne peut pas être accéléré après coup. La plateforme mentionne une troisième voie, qui consiste à déposer les jetons sur une plateforme d’échange acceptant encore les dépôts depuis l’ancien réseau ; il faut alors vérifier, au moment de l’envoi et non la veille, que ce réseau figure toujours parmi les dépôts acceptés, et garder à l’esprit que les jetons sont alors confiés à un tiers.

Pour les autres jetons présents sur l’ancien réseau, la documentation du réseau est sans ambiguïté : les USDC, USDT et ETH y ont été émis par le pont Stargate, et le pont natif ne peut pas les traiter. Le pont Stargate est donc la seule sortie, avant le 23 octobre selon l’annonce. Sur ce pont, l’USDC apparaît sous la désignation USDC.e, ce qui peut faire croire à tort qu’un solde a disparu. Les jetons DAI et WBTC empruntent, eux, le pont natif, avec son délai de sept jours, ce qui impose de les envoyer avant la mise hors ligne du 26 octobre.

Pour l’ancienne épargne, deux choix sont proposés : la retirer ou la transférer vers le solde de crédits. Seul le retrait conserve la possibilité de récupérer les fonds. La procédure se lance depuis la page du solde de crédits, en choisissant le coffre concerné, en USDT ou en ETH, puis le montant. Lorsque la liquidité le permet, les jetons représentatifs détenus dans l’épargne sont échangés immédiatement contre des USDT ou des ETH ; à défaut, une voie plus lente est proposée, qui détruit ces jetons représentatifs et permet de réclamer les fonds sur Ethereum sept jours plus tard. Selon le centre d’aide, les frais de réseau de ce retrait se paient dans le jeton de la plateforme : sans un petit solde de ce jeton dans le portefeuille, l’opération ne peut pas être confirmée, et mieux vaut donc s’en procurer avant d’engager le retrait. La même prudence vaut pour le guide officiel de transfert du jeton, qui suggère, pour réclamer plus commodément des récompenses, de déposer des fonds dans le solde de crédits : tout ce qui y est déposé ne peut plus être retiré.

Avant chaque opération, gardez une trace de ce que vous détenez. Une capture d’écran datée des soldes affichés par le portail de staking, par la page d’épargne et par l’explorateur de blocs de l’ancien réseau, l’adresse de chaque portefeuille, puis l’identifiant de chaque transaction de désengagement, de transfert et de retrait constituent les éléments que vous pourriez avoir à produire si un retrait n’aboutissait pas. Enregistrez aussi, au format PDF, les pages d’annonce telles qu’elles se présentent à la date à laquelle vous agissez, puisqu’elles ont déjà changé. Notre article sur la preuve de vos avoirs lorsque le compte devient inaccessible détaille les modes de preuve utiles.

Enfin, les migrations de réseau attirent les escrocs. N’utilisez que les liens figurant dans le centre d’aide officiel, ne communiquez jamais votre phrase de récupération, et méfiez-vous de tout prétendu support qui vous écrit le premier pour vous aider à migrer. Les mécanismes de ces fraudes, et les réflexes à adopter si vous avez déjà payé, sont décrits dans notre article consacré aux faux liquidateurs et aux faux intermédiaires de récupération.

II. Fonds bloqués ou épargne convertie en crédits : que permettrait le droit français ?

Supposons qu’un désengagement n’aboutisse pas, qu’un solde ait été oublié ou que l’ancienne épargne ait été transférée d’office vers le solde de crédits. La question devient juridique, et elle commence par les contrats. Les conditions générales d’utilisation de la plateforme, entrées en vigueur le 10 septembre 2025, désignent comme exploitant une société des îles Vierges britanniques, retiennent le droit de ce territoire et renvoient les litiges à un arbitrage administré par le centre d’arbitrage international des îles Vierges britanniques, selon le règlement d’arbitrage de la CNUDCI, devant un arbitre unique et en anglais, avec une renonciation aux actions collectives. Elles prévoient qu’elles peuvent être modifiées à tout moment, avec ou sans avertissement, la poursuite de l’utilisation valant acceptation, et précisent que les fonds ou crédits du solde de crédits ne peuvent pas être retirés et ne peuvent servir qu’aux services désignés sur la plateforme. Les conditions propres au staking, mises à jour le 23 avril 2024, ont pour cocontractant une société de droit singapourien, désignent le droit de Singapour et l’arbitrage du centre international d’arbitrage de Singapour, après une tentative de règlement amiable. Elles présentent le service comme une simple interface donnant accès à un protocole de staking, fournie sans garde des actifs, et réservent la faculté d’interrompre des fonctionnalités sans préavis.

A. Une épargne transformée en crédits non retirables : une conversion qui pourrait être discutée

Le changement est substantiel. Selon le centre d’aide, le solde de crédits ne produit aucun rendement, n’est pas remboursable et ne peut être retiré ; il est exprimé en dollars américains, n’a de valeur que sur la plateforme, où il sert à payer des frais de réseau ou d’abonnement, supporte une commission de 10 % des frais de réseau, avec un minimum de 0,01 dollar, et ses crédits sont valables un an. L’ancienne épargne, elle, était placée en USDT ou en ETH dans des coffres rémunérés, et pouvait être retirée. Pour l’utilisateur qui n’aurait pas agi à temps, la conversion substituerait donc à des crypto-actifs qu’il pouvait récupérer un crédit d’usage, à durée limitée.

Le droit de la consommation ne protège que le consommateur, que l’article liminaire du code de la consommation définit comme « toute personne physique qui agit à des fins qui n’entrent pas dans le cadre de son activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole ». Le particulier qui a placé son épargne personnelle peut y prétendre, même si une partie des services de la plateforme s’utilise sans contrepartie financière : pour l’utilisatrice d’un réseau social, la cour d’appel de Paris a retenu cette qualité, faute de tout élément établissant une intention lucrative ou une finalité professionnelle (CA Paris, 25 janvier 2023, n° 22/15759).

La qualification n’est pas acquise à tous. À propos d’un investisseur qui exerçait habituellement des activités professionnelles liées aux placements, la cour d’appel de Toulouse a rappelé que la qualité de consommateur « ne peut être reconnue qu’à une personne agissant en dehors et indépendamment de toute activité ou finalité d’ordre professionnel dans l’unique but de satisfaire à ses besoins de consommation privée », et elle a fait application de la clause désignant les juridictions étrangères retenues par une plateforme estonienne d’investissement en crypto-actifs (CA Toulouse, 25 juin 2025, n° 24/02146). Celui qui enchaîne les quêtes à une échelle quasi professionnelle, au travers d’une société ou de dizaines de portefeuilles, s’exposerait à la même objection.

Le choix du droit des îles Vierges britanniques ne prive pas nécessairement le consommateur résidant en France de la protection contre les clauses abusives. L’article L. 232-1 du code de la consommation prévoit que, nonobstant toute stipulation contraire, le consommateur conserve la protection issue de la directive européenne du 5 avril 1993 sur les clauses abusives « lorsque le contrat présente un lien étroit avec le territoire d’un Etat membre ». Un contrat conclu en ligne depuis la France par une personne qui y réside pourrait présenter un tel lien ; la plateforme pourrait objecter que son service n’est pas orienté vers la France, et le juge apprécierait.

Reste à savoir ce que la plateforme devait à l’épargnant. Les documents publics ne décrivent pas précisément le montage, mais la faculté qu’elle se reconnaît de transférer elle-même les soldes restants laisse penser qu’elle en avait le contrôle. Si l’opération s’analysait comme un dépôt, l’article 1915 du code civil le définit comme « un acte par lequel on reçoit la chose d’autrui, à la charge de la garder et de la restituer en nature », l’article 1932 du code civil précise que « Le dépositaire doit rendre identiquement la chose même qu’il a reçue », et l’article 1944 du code civil ajoute que « Le dépôt doit être remis au déposant aussitôt qu’il le réclame, lors même que le contrat aurait fixé un délai déterminé pour la restitution ».

Si, au contraire, la plateforme utilisait les fonds pour produire le rendement promis, la qualification de prêt de consommation pourrait être retenue. Selon l’article 1892 du code civil, ce contrat est celui par lequel « l’une des parties livre à l’autre une certaine quantité de choses qui se consomment par l’usage », à charge pour l’emprunteur d’en rendre autant, et l’article 1902 du code civil dispose : « L’emprunteur est tenu de rendre les choses prêtées, en même quantité et qualité, et au terme convenu. » Notre article sur le sort des crypto-actifs en staking, en Earn ou en simple conservation développe ces qualifications et leurs conséquences.

Dans les deux hypothèses, ce qui est dû, ce sont des USDT ou des ETH, et non des crédits d’usage. Or l’article 1342-4 du code civil précise, à propos du créancier : « Il peut accepter de recevoir en paiement autre chose que ce qui lui est dû. » L’acceptation du créancier est donc nécessaire, et l’article 1120 du code civil pose en principe que « Le silence ne vaut pas acceptation, à moins qu’il n’en résulte autrement de la loi, des usages, des relations d’affaires ou de circonstances particulières. » La plateforme pourrait répondre que l’utilisateur a adhéré à des conditions modifiables, qu’il a été averti plus de trois mois à l’avance et qu’il pouvait retirer ses fonds jusqu’au dernier jour : c’est sur ce terrain que le débat se nouerait, et l’issue dépendrait des conditions réellement acceptées par chacun.

Les clauses qui permettent cette conversion pourraient, en outre, être confrontées au droit des clauses abusives. Selon l’article L. 212-1 du code de la consommation, « sont abusives les clauses qui ont pour objet ou pour effet de créer, au détriment du consommateur, un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties au contrat ». Le 3° de l’article R. 212-1 du code de la consommation range parmi les clauses présumées abusives de manière irréfragable celles qui ont pour objet ou pour effet de « Réserver au professionnel le droit de modifier unilatéralement les clauses du contrat relatives à sa durée, aux caractéristiques ou au prix du bien à livrer ou du service à rendre ». Une clause permettant de modifier les conditions à tout moment, avec ou sans avertissement, et de transformer un produit d’épargne retirable en crédits non retirables pourrait être examinée sous cet angle.

La force de cette liste a été rappelée par la Cour de cassation, qui, statuant elle-même sur une clause d’un contrat de location de véhicule, a relevé que la clause entrait dans les prévisions de ce texte : « Cette liste noire s’imposant au juge, sans que la preuve contraire puisse être apportée », la clause devait être réputée non écrite (Cass. 1re civ., 17 décembre 2025, n° 24-11.295). La sanction est fixée par l’article L. 241-1 du code de la consommation : les clauses abusives sont réputées non écrites, et le contrat continue de s’appliquer sans elles s’il peut subsister.

Le 4° de l’article R. 212-2 du code de la consommation présume par ailleurs abusives, sauf preuve contraire du professionnel, les clauses ayant pour objet ou pour effet de « Reconnaître au professionnel la faculté de résilier le contrat sans préavis d’une durée raisonnable ». Le juge n’attend pas que le consommateur le lui demande : selon l’article R. 632-1 du code de la consommation, « Il écarte d’office, après avoir recueilli les observations des parties, l’application d’une clause dont le caractère abusif ressort des éléments du débat. » La Cour de cassation juge, dans le même sens, que « le juge national est tenu d’examiner d’office le caractère abusif d’une clause contractuelle dès qu’il dispose des éléments de droit et de fait nécessaires à cet effet » (Cass. 1re civ., 2 février 2022, n° 19-20.640).

La durée de l’avertissement compte aussi. Un service fourni sans terme fixé relèverait des contrats à durée indéterminée, et l’article 1211 du code civil dispose : « Lorsque le contrat est conclu pour une durée indéterminée, chaque partie peut y mettre fin à tout moment, sous réserve de respecter le délai de préavis contractuellement prévu ou, à défaut, un délai raisonnable. » La Cour de cassation l’a rappelé dans une autre matière : « si chaque partie à un contrat conclu ou renouvelé pour une durée indéterminée peut résilier unilatéralement celui-ci, c’est à la condition de respecter un délai de préavis raisonnable » (Cass. com., 6 décembre 2023, n° 21-25.369).

Plusieurs éléments jouent ici en faveur de la plateforme : la fin de l’épargne a été annoncée le 7 juillet 2026, l’arrêt du réseau et du staking les 21 et 22 juillet, soit plus de trois mois à l’avance, et l’avancement du 19 octobre ne retranche qu’environ six jours à l’échéance initiale, pour tenir compte du délai technique de sept jours. À l’inverse, un utilisateur pourrait faire valoir que des pages d’aide affichaient encore le 1er novembre. Si ces pages étaient regardées comme faisant partie de l’information contractuelle, l’article L. 211-1 du code de la consommation, qui exige des clauses claires et compréhensibles, ajoute : « Elles s’interprètent en cas de doute dans le sens le plus favorable au consommateur. » L’article 1104 du code civil impose enfin que les contrats soient négociés, formés et exécutés de bonne foi. Le caractère raisonnable du préavis et la portée de la discordance des dates relèveraient de l’appréciation du juge.

Le droit de la monnaie électronique, enfin, ne paraît pas offrir de raccourci. L’article L. 315-1 du code monétaire et financier définit la monnaie électronique comme une valeur monétaire émise contre la remise de fonds « et qui est acceptée par une personne physique ou morale autre que l’émetteur de monnaie électronique ». Des crédits utilisables uniquement sur la plateforme qui les émet ne semblent pas remplir cette condition, de sorte que les règles propres au remboursement de la monnaie électronique seraient difficiles à invoquer. Une contestation reposerait donc sur le droit commun des contrats et sur le droit des clauses abusives, et non sur un droit automatique au remboursement.

Si la conversion intervient malgré tout, conservez la preuve du solde converti, de sa valeur en USDT ou en ETH à la date de la conversion et des annonces alors en ligne, puis adressez une réclamation écrite demandant la restitution en nature. Utiliser ensuite ces crédits pour régler des frais pourrait être présenté comme une acceptation de la conversion : mieux vaut y réfléchir avant de les dépenser, même si leur durée de validité d’un an joue contre l’utilisateur qui attend.

B. Agir depuis la France : réclamation, juge compétent et limites pratiques

La première démarche reste amiable. Les conditions du staking imposent de tenter d’abord de régler le différend de bonne foi avec la plateforme ; une réclamation écrite, adressée au support et conservée, satisfait cette exigence et date votre demande. Elle doit identifier le portefeuille, le service concerné, les montants, les transactions et ce que vous demandez, en principe la restitution des actifs eux-mêmes. Elle peut valoir mise en demeure : l’article 1344 du code civil prévoit que le débiteur est mis en demeure de payer « par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante », ou par la seule exigibilité de l’obligation si le contrat le prévoit.

La preuve vous incombe, puisque, selon l’article 1353 du code civil, « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. » Face à une société commerciale, elle pourrait être rapportée largement : l’article L. 110-3 du code de commerce dispose qu’« A l’égard des commerçants, les actes de commerce peuvent se prouver par tous moyens », ce qui permettrait de produire les captures d’écran, les relevés de l’explorateur de blocs et les échanges avec le support. C’est pourquoi les preuves rassemblées avant les échéances comptent autant que les démarches elles-mêmes.

Si la réclamation échoue, les clauses d’arbitrage ne ferment pas nécessairement la porte du juge français. Le 10° de l’article R. 212-2 du code de la consommation présume abusives les clauses ayant pour objet ou pour effet de « Supprimer ou entraver l’exercice d’actions en justice ou des voies de recours par le consommateur, notamment en obligeant le consommateur à saisir exclusivement une juridiction d’arbitrage non couverte par des dispositions légales ». Le professionnel peut toutefois renverser cette présomption. L’article 1448 du code de procédure civile impose en principe au juge étatique saisi d’un litige relevant d’une convention d’arbitrage de se déclarer incompétent, sauf si le tribunal arbitral n’est pas encore saisi et si la convention est nulle ou inapplicable de façon évidente ; la version de ce texte applicable à compter du 1er janvier 2027 conserve ce principe, en le retouchant.

La Cour de cassation a cependant approuvé une cour d’appel qui avait écarté, comme abusive, la clause compromissoire standardisée d’un cabinet étranger opposée à une cliente résidant en France, en jugeant que « La règle procédurale de priorité édictée par ce texte ne peut avoir pour effet de rendre impossible, ou excessivement difficile, l’exercice des droits conférés au consommateur par le droit communautaire que les juridictions nationales ont l’obligation de sauvegarder » (Cass. 1re civ., 30 septembre 2020, n° 18-19.241). Un arbitrage mené en anglais devant un arbitre unique, administré aux îles Vierges britanniques ou siégeant à Singapour selon le service en cause, pour des montants souvent modestes, est le type de situation dans lequel cette jurisprudence pourrait être invoquée ; seul le juge dirait si la clause crée, en l’espèce, le déséquilibre significatif exigé.

Pour la part du litige qui relèverait des tribunaux étatiques, les conditions générales désignent les juridictions des îles Vierges britanniques. Le règlement européen Bruxelles I bis ouvre au consommateur les juridictions de son domicile lorsque le professionnel dirige ses activités vers son État, mais cette condition doit être prouvée : la Cour de cassation, reprenant la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, rappelle que « la simple accessibilité du site internet du commerçant ou de celui de l’intermédiaire dans l’État membre sur le territoire duquel le consommateur est domicilié est insuffisante » (Cass. 1re civ., 17 juin 2026, n° 24-21.528). Avec un site rédigé en anglais et des montants exprimés en dollars, la démonstration ne serait pas évidente.

Même lorsque cette condition fait défaut, la Cour de cassation protège le consommateur domicilié en France. Par un arrêt publié au Bulletin et retenu pour son rapport annuel, elle a jugé qu’« En cas de contrat conclu avec un consommateur, celui-ci ne peut être privé par une clause attributive désignant une juridiction étrangère du droit de saisir les juridictions françaises s’il est domicilié en France » (Cass. 1re civ., 25 mars 2026, n° 24-21.790).

Le 7 octobre 2026, elle a précisé que cette solution vaut lorsque le contrat a été conclu avec un professionnel domicilié dans un État tiers sans remplir les conditions du règlement : dans ce cas, selon les principes du droit international privé français, « le consommateur, domicilié en France à la date de l’acte introductif d’instance, ne peut être privé, par une clause attributive désignant une juridiction étrangère, du droit de saisir les juridictions françaises » (Cass. 1re civ., 7 octobre 2026, n° 25-14.323). Les îles Vierges britanniques et Singapour sont des États tiers au regard de ce règlement. Ces arrêts visent les clauses attributives de juridiction ; pour les conventions d’arbitrage, c’est la voie de la clause abusive, décrite plus haut, qui serait à suivre.

En France, l’article R. 631-3 du code de la consommation précise : « Le consommateur peut saisir, soit l’une des juridictions territorialement compétentes en vertu du code de procédure civile, soit la juridiction du lieu où il demeurait au moment de la conclusion du contrat ou de la survenance du fait dommageable. » Le demandeur de nationalité française peut en outre invoquer l’article 14 du code civil, qui permet de traduire un étranger devant les tribunaux de France « pour les obligations par lui contractées en pays étranger envers des Français ».

Le temps de l’action en justice n’est pas celui des retraits. Selon l’article 2224 du code civil, « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer », et l’article L. 218-1 du code de la consommation interdit de modifier ce délai dans un contrat entre un professionnel et un consommateur, puisque les parties « ne peuvent, même d’un commun accord, ni modifier la durée de la prescription ». Une réclamation précise, puis une réflexion sur l’opportunité d’agir, restent donc possibles après les échéances, à condition d’avoir conservé les preuves.

Il faut toutefois rester lucide. Un jugement français rendu contre une société des îles Vierges britanniques ou de Singapour devrait encore être exécuté là où elle détient des actifs, et le coût d’une procédure peut dépasser les sommes en jeu, souvent modestes. Les conditions comportent une renonciation aux actions collectives ; les voies collectives ouvertes en France, et leurs limites, sont présentées dans notre article sur les épargnants qui veulent agir ensemble, et notre article sur ce que l’épargnant peut faire sans avocat aide à proportionner l’effort à l’enjeu.

Le cadre réglementaire n’apporte pas davantage de garantie. Depuis le 1er juillet 2026, l’article L. 54-10-1 du code monétaire et financier précise que « les crypto-actifs sont ceux soumis au règlement (UE) 2023/1114 », le règlement européen sur les marchés de crypto-actifs. Les documents publics consultés ne permettent pas d’établir si la plateforme fournit en France un service sur crypto-actifs au sens de ce règlement, et ses conditions de staking la présentent comme une interface qui ne garde pas les actifs de ses utilisateurs. Elle ne figure pas dans la liste noire des crypto-actifs de l’Autorité des marchés financiers mise à jour le 8 octobre 2026. Quant au fonds de garantie des dépôts et de résolution, l’article L. 312-4 du code monétaire et financier réserve l’adhésion aux établissements de crédit, aux entreprises d’investissement et aux autres entités qu’il énumère : des avoirs détenus sur une telle plateforme n’entrent pas dans son champ.

Conclusion

En pratique, le calendrier tient en trois dates. Avant le vendredi 23 octobre 2026, sortez de l’ancien réseau les USDT, USDC et ETH par le pont Stargate. Avant le lundi 26 octobre à 4 heures, heure de Paris, et de préférence dès le week-end précédent, lancez le désengagement de vos jetons stakés, quel que soit le réseau, envoyez par le pont natif les jetons qui en dépendent et retirez votre ancienne épargne plutôt que de la laisser convertir en crédits que vous ne pourrez plus retirer. Si vos jetons reviennent sur l’ancien réseau, transférez-les par la procédure rapide avant le dimanche 1er novembre. À chaque étape, conservez captures, adresses et identifiants de transaction.

Si, malgré tout, des fonds restaient bloqués ou étaient convertis, le droit français offrirait des arguments : la qualification de dépôt ou de prêt, qui oblige à restituer les actifs eux-mêmes, l’exigence d’une acceptation pour tout paiement différent de ce qui est dû, le contrôle des clauses abusives, y compris des clauses d’arbitrage, et la compétence du juge français au profit du consommateur domicilié en France. Ces arguments supposent la qualité de consommateur, une preuve solide et une démarche proportionnée aux sommes en jeu.

À la date de rédaction, aucune source officielle ne fait état d’une défaillance, d’un incident ou d’un dommage, et aucune responsabilité de la plateforme n’est établie ; elle a annoncé ces fermetures plusieurs mois à l’avance et propose des voies de sortie. Les conditions acceptées par chaque utilisateur priment sur l’analyse générale de cet article, et seul le juge pourrait trancher un litige.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».