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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Locataire parti sans prévenir en octobre 2026 à Paris : récupérer votre logement abandonné, faire payer les loyers et relouer

Votre locataire ne paie plus depuis deux ou trois mois, sa boîte aux lettres déborde, les voisins affirment qu’ils ne l’ont pas vu depuis des semaines et le gardien évoque un départ en catimini. À Paris, où chaque mois de vacance coûte une part substantielle du loyer annuel, la tentation est grande de changer les serrures et de relouer sans attendre. Cette reprise sauvage reste pourtant une voie de fait : tant que le bail n’est pas résilié par le juge, le locataire en titre peut revenir, exiger la réintégration et réclamer des dommages et intérêts, même s’il devait des loyers. La loi du 6 juillet 1989 organise une voie régulière et rapide, pensée exactement pour ce cas de figure : la procédure de reprise des locaux abandonnés. Elle permet de faire constater l’abandon par un commissaire de justice, d’obtenir du juge la résiliation du bail et la reprise des lieux, puis de réclamer l’arriéré dans la même instance. En octobre 2026, le calendrier ajoute une urgence pratique : la trêve hivernale suspend les expulsions à compter du 1er novembre, et si votre logement s’avère finalement encore occupé, votre dossier basculera vers une expulsion classique, bloquée tout l’hiver. Agir dès maintenant, avec les bons actes et dans le bon ordre, conditionne donc la possibilité de relouer avant la fin de l’année. Cet article décrit chaque étape, les pièces à réunir, les délais à respecter et les erreurs qui font rejeter les requêtes, à partir des textes en vigueur et de deux décisions récentes rendues sur ce fondement.

I. Faire constater l’abandon du logement et faire résilier le bail par le juge

A. Prouver que votre locataire a quitté les lieux sans prévenir ni donner congé

Le point de départ de toute la procédure tient dans un constat simple : un locataire qui a disparu sans donner congé reste juridiquement locataire. Son silence, même prolongé, ne résilie pas le bail à lui seul. La première question que le juge examinera porte donc sur la réalité du départ, et c’est à vous, bailleur, de la documenter. Avant tout acte de commissaire de justice, rassemblez les indices : relevés de loyers impayés, attestations écrites du gardien ou des voisins, photographies datées de la boîte aux lettres pleine, constats de compteurs d’eau ou d’électricité à l’arrêt, courriers revenus avec la mention destinataire inconnu à cette adresse, dépôt de garantie jamais réclamé. Aucun de ces éléments ne suffit isolément, mais leur faisceau oriente la suite et évite une mise en demeure prématurée qui alerterait un locataire simplement en déplacement prolongé.

La loi ouvre la procédure dès que des présomptions sérieuses existent : « Lorsque des éléments laissent supposer que le logement est abandonné par ses occupants, le bailleur peut mettre en demeure le locataire de justifier qu’il occupe le logement. » Cette mise en demeure doit être délivrée par acte de commissaire de justice, et la pratique recommande de la coupler avec un commandement de payer les loyers dus : le même acte remplit alors deux fonctions, il réclame l’arriéré et il somme le locataire de prouver qu’il occupe encore les lieux. Le jugement du tribunal judiciaire de Bonneville du 1er octobre 2025, rendu sur ce fondement, illustre la chronologie à respecter : un commandement de payer délivré en août, une sommation de justifier de l’occupation en octobre, un procès-verbal de constat en décembre, puis la saisine du juge. Chaque acte doit être conservé avec sa preuve de signification, car la première cause de rejet des requêtes tient aux pièces manquantes : dans cette même affaire, une première requête avait été rejetée en décembre 2024, le juge estimant ne pas pouvoir vérifier l’existence d’un bail régularisé entre les parties faute de bail signé produit. Produisez donc dès l’ouverture du dossier le bail signé par les deux parties, l’état des lieux d’entrée et le décompte détaillé de l’arriéré.

Une fois la mise en demeure signifiée, le locataire dispose d’un mois pour répondre. La loi est explicite : « S’il n’a pas été déféré à cette mise en demeure un mois après signification, le commissaire de justice peut procéder, dans les conditions prévues aux articles L. 142-1 et L. 142-2 du code des procédures civiles d’exécution, à la constatation de l’état d’abandon du logement. » Ce délai d’un mois court à compter de la signification, pas de l’envoi, et il doit être décompté avec rigueur : un constat dressé trop tôt fragilise toute la procédure. Si le locataire répond et justifie de son occupation, la voie de l’abandon se referme et il faut basculer vers la résiliation pour impayés avec expulsion. S’il garde le silence, le commissaire de justice pénètre dans le logement pour vérifier. Il ne peut pas forcer la porte seul : « En l’absence de l’occupant du local ou si ce dernier en refuse l’accès, l’huissier de justice chargé de l’exécution ne peut y pénétrer qu’en présence du maire de la commune, d’un conseiller municipal ou d’un fonctionnaire municipal délégué par le maire à cette fin, d’une autorité de police ou de gendarmerie, requis pour assister au déroulement des opérations ou, à défaut, de deux témoins majeurs qui ne sont au service ni du créancier ni de l’huissier de justice chargé de l’exécution. Dans les mêmes conditions, il peut être procédé à l’ouverture des meubles. » À Paris, l’organisation pratique passe par la mairie d’arrondissement et le commissariat : prévoyez ces démarches à l’avance, car la disponibilité des témoins conditionne la date du constat. Après la visite, « Lorsque l’huissier de justice a pénétré dans les lieux en l’absence du débiteur ou de toute personne s’y trouvant, il assure la fermeture de la porte ou de l’issue par laquelle il est entré. » Le changement de serrure à ce stade, sans décision du juge, reste interdit : le commissaire referme et sécurise, il ne vous remet pas les clés.

Le procès-verbal d’abandon constitue la pièce maîtresse du dossier. La loi impose son contenu : « Si le logement lui semble abandonné, ce procès-verbal contient un inventaire des biens laissés sur place, avec l’indication qu’ils paraissent ou non avoir valeur marchande. » Exigez un inventaire précis, pièce par pièce, avec photographies et estimation de la valeur marchande : ce document déterminera le sort des meubles restants et prouvera au juge que le départ est définitif. Le tribunal l’a retenu expressément dans son jugement du 1er octobre 2025 : « le procès-verbal en date du 9 décembre 2024 dressé par commissaire de justice a établi que le logement était vide de toute occupation et de tous biens personnels », constatation qui a fondé la résiliation. Enfin, vérifiez que chaque acte du commissaire comporte les mentions légales, car « Tout acte d’huissier de justice indique, indépendamment des mentions prescrites par ailleurs : 1. Sa date », avec les identités complètes du requérant, du commissaire et du destinataire, et « Ces mentions sont prescrites à peine de nullité ». À ce stade, vous disposez d’un dossier complet : bail signé, mise en demeure restée sans réponse, procès-verbal d’abandon avec inventaire. Il est temps de saisir le juge.

B. Obtenir du juge la résiliation du bail et sécuriser la reprise des lieux

La saisine du juge des contentieux de la protection du lieu de situation de l’immeuble s’effectue par requête, une voie plus rapide et moins coûteuse qu’une assignation. La requête expose l’objet de la demande, l’identité des parties et les justificatifs : bail signé, mise en demeure, procès-verbal d’abandon avec inventaire, décompte de l’arriéré. La fiche officielle de Service-Public sur le départ à la cloche de bois détaille cette démarche étape par étape et rappelle que le juge statue par ordonnance : s’il estime la requête fondée, il constate la résiliation du bail, ordonne la reprise des lieux et peut statuer dans le même temps sur les impayés. Le jugement de Bonneville confirme que cette condamnation pécuniaire peut être demandée dans la même instance, ce qui évite une seconde procédure : les bailleurs y avaient sollicité, outre la résiliation, le paiement de l’arriéré et l’article 700, et le tribunal a condamné la locataire à payer 14 500,94 euros au titre de l’arriéré locatif arrêté au 1er octobre 2025, avec intérêts au taux légal. Si le juge rejette la requête, sa décision n’est pas susceptible de recours, mais la voie ordinaire reste ouverte : engager la résiliation pour impayés avec demande d’expulsion. D’où l’importance d’un dossier complet dès la première requête, avec le bail signé dont l’absence avait provoqué le premier rejet dans l’affaire de Bonneville.

L’ordonnance obtenue ne produit ses effets qu’après signification au locataire, et le bailleur doit agir vite : il dispose de deux mois pour faire signifier l’ordonnance par commissaire de justice, faute de quoi elle devient caduque. La signification doit informer le locataire de ses droits, notamment de son droit de contester l’ordonnance dans le mois qui suit en saisissant le greffe du tribunal. Cette contestation ouvre une audience contradictoire à l’issue de laquelle le tribunal rend un jugement qui remplace l’ordonnance. Le mécanisme protège les deux parties : le bailleur diligent obtient une décision rapide, et le locataire qui n’avait pas réellement abandonné les lieux, hospitalisation prolongée ou déplacement contraint par exemple, peut se défendre. Mais la protection a une contrepartie pour le bailleur de mauvaise foi : si le tribunal estime la demande abusive, il peut prononcer une amende civile, car « Celui qui agit en justice de manière dilatoire ou abusive peut être condamné à une amende civile d’un maximum de 10 000 euros, sans préjudice des dommages-intérêts qui seraient réclamés. » Ne déclenchez donc la procédure que sur des indices sérieux et documentés, jamais pour exercer une pression sur un locataire présent mais en retard de paiement.

Un arrêt de la troisième chambre civile de la Cour de cassation du 19 décembre 2019, pourvoi numéro 18-19.063, éclaire deux points décisifs de cette phase. D’abord, la procédure d’abandon fonctionne et produit tous ses effets : dans cette affaire, « ayant fait constater l’abandon du logement, la bailleresse a obtenu, le 16 décembre 2013, une ordonnance constatant la résiliation du bail sur le fondement de l’article 14-1 de la loi du 6 juillet 1989, condamnant M. N… au paiement d’un arriéré locatif et autorisant la reprise des lieux, qui est intervenue le 7 mars 2014 ». Ensuite, il faut distinguer l’abandon silencieux du congé exprès du locataire : la Cour vise « l’article 12 de la loi du 6 juillet 1989 » et casse l’arrêt d’appel au motif que « la cour d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, a violé le texte susvisé », après avoir relevé que la lettre du locataire s’analysait en une décision unilatérale de mettre fin au contrat. Concrètement, si votre locataire vous a adressé un congé en bonne forme, même maladroitement rédigé, le bail a pris fin à l’expiration du préavis et la procédure d’abandon devient inutile : réclamez simplement l’arriéré et reprenez les lieux après état des lieux de sortie, ou faites constater la vacance. La procédure de l’article 14-1 sert le cas inverse, celui où aucun congé ne vous est parvenu et où le silence du locataire laisse planer le doute. Vérifiez donc votre courrier et vos messages avant d’engager des frais : une lettre recommandée oubliée dans un dossier peut changer toute la stratégie. Retrouvez l’arrêt du 19 décembre 2019 sur le site de la Cour de cassation pour le texte intégral des motifs.

Lorsque l’ordonnance n’est plus contestable, le commissaire de justice procède à la reprise matérielle des lieux et dresse un procès-verbal de reprise. Le texte réglementaire encadre strictement cette mission : « Lorsqu’il est autorisé par décision de justice passée en force de chose jugée à reprendre des locaux abandonnés, dans les conditions prévues par les articles 1er à 8 du décret n° 2011-945 du 10 août 2011 pris pour l’application de l’article 14-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 », le commissaire exécute la reprise selon les formes prévues par ce décret, avec témoins et inventaire complémentaire si nécessaire. Ce n’est qu’à compter de ce procès-verbal que vous pouvez changer les serrures, faire le ménage et engager les réparations. Conservez l’original avec l’ordonnance et sa signification : ces trois pièces prouvent la régularité de la reprise si le locataire réapparaît des mois plus tard ou si un tiers conteste votre possession. Le décret du 10 août 2011 relatif aux procédures de résiliation et de reprise en cas d’abandon précise les conditions d’application de l’ensemble du dispositif.

II. Récupérer les loyers impayés, traiter les meubles restants et relouer à Paris

A. Faire condamner le locataire disparu au paiement de l’arriéré de loyers et de charges

La disparition du locataire n’éteint pas sa dette : les loyers et charges échus jusqu’à la résiliation restent dus, et le juge peut les mettre à sa charge dans la même décision qui ordonne la reprise. Le tribunal de Bonneville l’a rappelé sans détour : « l’obligation au paiement du loyer et des charges par la défenderesse n’est pas contestable, résultant du bail et de l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 ». Formulez donc systématiquement une demande de condamnation au paiement dans votre requête, avec un décompte mois par mois distinguant loyer, charges provisionnelles et régularisations, déduction faite des versements partiels et des aides au logement perçues directement par le bailleur. Le décompte arrêté à une date précise, comme les 14 500,94 euros arrêtés au 1er octobre 2025 dans l’affaire de Bonneville, facilite le travail du juge et l’exécution ultérieure. Demandez les intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure ou de l’assignation, ainsi qu’une indemnité sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile pour vos frais irrépétibles.

En revanche, n’espérez pas cumuler arriéré et indemnité d’occupation pour l’avenir : lorsque le logement est vide et repris immédiatement, le tribunal refuse cette indemnité. À Bonneville, les juges du tribunal de Bonneville ont retenu que « la reprise des lieux étant immédiate, aucune occupation sans droit ni titre ne justifie l’octroi d’une indemnité d’occupation pour l’avenir ». La dette s’arrête donc à la résiliation, et seuls les loyers courus jusqu’à cette date peuvent être réclamés, outre les frais de remise en état si l’état des lieux de sortie, ou le procès-verbal de reprise, révèle des dégradations. Cette limite a une conséquence pratique sur le chiffrage : arrêtez le compteur à la date de résiliation fixée par le juge, et traitez séparément les dégradations sur devis d’artisan, avec photographies du commissaire de justice. Les frais de procédure eux-mêmes sont en partie récupérables : dans l’affaire citée, la locataire a été condamnée aux dépens incluant le coût de l’assignation, de la mise en demeure, du procès-verbal de constat et des frais de serrurerie. Notez toutefois la sévérité du tribunal sur les actes inutiles : le coût du commandement de payer et de ses dénonciations a été écarté des dépens, jugé étranger à la procédure de résiliation pour abandon. À Paris, où chaque acte de commissaire a un coût, cette leçon vaut de l’or : concentrez vos dépenses sur les actes exigés par l’article 14-1, mise en demeure d’occuper, procès-verbal d’abandon, requête et signification de l’ordonnance, plutôt que de multiplier les actes parallèles.

Obtenir la condamnation ne suffit pas, encore faut-il la recouvrer sur un débiteur introuvable. Commencez par les recherches : fichier des comptes bancaires, employeur mentionné au dossier de location, nouvelle adresse via les organismes sociaux ou le service des impôts, enquête du commissaire de justice. Saisie sur compte bancaire, saisie des rémunérations et saisie-vente des biens retrouvés restent possibles sur le fondement du jugement, qui constitue un titre exécutoire. Lorsque le locataire qui ne paie pas son loyer demeure insolvable ou introuvable durablement, activez les garanties souscrites à l’entrée : caution solidaire, garantie Visale ou assurance loyers impayés, dans les délais et formes prévus par chaque contrat. Déclarez le sinistre à l’assureur dès la mise en demeure restée sans réponse, sans attendre l’ordonnance, car les polices imposent des délais de déclaration courts. Si le locataire réapparaît à l’audience d’opposition, ce qui arrive plus souvent qu’on ne l’imagine, la comparution offre une occasion de négocier un échéancier homologué par le juge : un paiement étalé vaut mieux qu’un jugement inexécutable. Dans tous les cas, conservez le jugement de condamnation pendant dix ans : une situation patrimoniale peut s’améliorer, un héritage survenir, un emploi être retrouvé, et le titre permettra alors de relancer l’exécution.

B. Vider le logement en règle, gérer les biens laissés et relouer sans risque à Paris

Les meubles et objets restés sur place suivent un régime précis, et toute évacuation sauvage à la déchetterie expose le bailleur à une action en responsabilité du locataire réapparu. Le juge qui constate la résiliation tranche sur leur devenir : « Le juge qui constate la résiliation du bail autorise, si nécessaire, la vente aux enchères des biens laissés sur place et peut déclarer abandonnés les biens non susceptibles d’être vendus. » Demandez donc expressément cette autorisation dans votre requête, en vous appuyant sur l’inventaire du commissaire de justice. Pour les biens de valeur, meubles en bon état, électroménager récent, le régime est celui de la vente forcée : « Si les biens laissés sur place ou déposés en un lieu approprié ont une valeur marchande, il est procédé à leur vente forcée comme en matière de saisie-vente. » Le produit de la vente sert d’abord à payer les frais puis votre créance de loyers, et le solde éventuel est consigné au profit du locataire : « Le produit de la vente, après déduction des frais et s’il y a lieu du montant de la créance du bailleur, est consigné auprès de la Caisse des dépôts et consignations au profit de la personne expulsée ». Pour les objets sans valeur, cartons d’emballage, literie hors d’usage, ustensiles cassés, « Les biens n’ayant aucune valeur marchande sont réputés abandonnés, à l’exception des papiers et documents de nature personnelle qui sont placés sous enveloppe scellée et conservés pendant deux ans par l’huissier de justice. » Passeports, livrets de famille, relevés bancaires, photos de famille et documents administratifs doivent donc être mis sous scellés et conservés deux ans, jamais jetés. Le locataire dispose d’un mois après la signification de l’ordonnance pour retirer ses biens, et ce n’est qu’à l’expiration de ce délai sans contestation que la vente ou l’évacuation devient définitive. Photographiez chaque étape et faites établir un procès-verbal d’enlèvement : ces preuves ferment la porte aux réclamations tardives.

Deux situations particulières appellent une vigilance redoublée. D’abord, le logement loué meublé ne relève pas de la procédure d’abandon : pour un bail meublé ou un bail mobilité, il faut demander au juge la résiliation du bail et l’expulsion sur le fondement des impayés, selon la procédure classique avec commandement de payer et délais légaux. Vérifiez donc la nature exacte du bail avant d’engager des frais : un logement parti avec ses meubles mais loué vide suit l’article 14-1, un logement loué meublé suit la voie de l’expulsion. Ensuite, l’articulation avec la trêve hivernale mérite un raisonnement précis. Le tribunal de Bonneville a jugé qu’« une telle reprise ne nécessite pas que soit ordonné l’expulsion de la défenderesse, cette dernière n’occupant déjà plus les lieux lesquels sont vides de sa personne et de ses biens », et a en conséquence rejeté la demande d’expulsion. Autrement dit, reprendre un logement réellement vide n’est pas expulser, et la trêve qui suspend les expulsions à compter du 1er novembre ne fait pas obstacle à la reprise des lieux abandonnés dûment constatée. Mais cette solution suppose un logement effectivement vide : si le commissaire découvre un occupant, un membre de la famille resté sur place ou un sous-locataire, la procédure d’abandon s’arrête et le dossier bascule vers l’expulsion, avec ses délais, son concours de la force publique et sa suspension hivernale. En octobre 2026, concluez-en une règle d’action simple : faites dresser le procès-verbal d’abandon sans attendre, car chaque semaine perdue rapproche du 1er novembre et réduit vos options si un occupant se révèle. Pour mesurer ce qui vous attend dans ce scénario défavorable, consultez le rappel des règles et délais applicables aux expulsions parisiennes à l’approche de la trêve hivernale.

À Paris et en Île-de-France, la dernière phase, relouer vite et bien, obéit à des contraintes locales fortes. Ne remettez pas le logement sur le marché avant que l’ordonnance soit définitive et le procès-verbal de reprise dressé : un nouveau bail signé pendant le délai d’opposition du premier locataire créerait un conflit de titres inextricable. Une fois la reprise sécurisée, traitez le logement comme une relocation classique avec un niveau d’exigence relevé : diagnostics en cours de validité, état des lieux d’entrée contradictoire détaillé avec photographies, dossier de location vérifié dans le respect des pièces exigibles, garantie contre les impayés souscrite avant la remise des clés. Le contentieux que vous venez de traverser doit servir de leçon : impayé signalé dès le premier mois, relance écrite dès le deuxième, commandement de payer sans tarder au-delà, car l’ancienneté de la dette complique toujours le recouvrement. Saisissez le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris, pôle de la protection, pour la requête : la juridiction traite un volume élevé de ces dossiers et sanctionne les requêtes incomplètes, d’où l’importance du bail signé et de l’inventaire chiffré. Conservez l’ensemble du dossier, ordonnance, significations, procès-verbaux et jugement de condamnation, pendant dix ans : c’est le délai de l’exécution forcée, et le locataire disparu d’octobre 2026 peut réapparaître solvable bien plus tard, notamment à l’occasion d’une succession, d’un emploi retrouvé ou d’une demande d’aide au logement qui fera ressurgir votre créance.

Conclusion

Face à un locataire parti sans prévenir, le bailleur parisien dispose d’une arme efficace à condition de respecter son mode d’emploi : documenter les indices d’abandon, faire délivrer par un commissaire de justice la mise en demeure de justifier de l’occupation, laisser courir le mois de réponse, faire dresser le procès-verbal d’abandon avec inventaire, saisir par requête le juge des contentieux de la protection pour obtenir la résiliation et la reprise, signifier l’ordonnance dans les deux mois, purger le mois d’opposition, puis reprendre les lieux par procès-verbal. Dans la même instance, réclamez l’arriéré de loyers et de charges, arrêtez le décompte à la résiliation sans y ajouter d’indemnité d’occupation pour un logement vide, et demandez au juge de trancher le sort des meubles restants, vente aux enchères des biens de valeur avec consignation du solde, conservation sous scellés des papiers personnels pendant deux ans. N’oubliez pas les garde-fous : aucun changement de serrure avant le procès-verbal de reprise, aucune évacuation de meubles avant l’autorisation du juge, aucune requête sans le bail signé, et un dossier calibré sur les seuls actes exigés par l’article 14-1. À quelques semaines de la trêve hivernale, l’enjeu calendaire est clair : un logement réellement vide peut être repris même après le 1er novembre, mais un occupant découvert trop tard fera basculer le dossier vers une expulsion suspendue jusqu’au printemps. Faites constater l’abandon dès octobre, et vous relouerez en sécurité avant la fin de l’année.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».